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Jacqueline de Bavière

 

 

« Histoire imaginaire et construction de l'Etat bourguignon :  la traduction des annales du Hainaut » par Robert B. Rigoulot

(en anglais, résumé libre par Ph. Reul)

 

Durant l'année 1447, Simon Nockart, un conseiller du Duc Philippe le Bon de Bourgogne évoque la présentation à son Maître d'une chronique de Hainaut, une nouvelle version traduite en français des Annales Historiae illustrium Principum Hannoniae,  vieilles d'un demi siècle et écrites en latin par un moine franciscain et enseignant de Valenciennes : Jacques de Guise (1334-1339).  La traduction est due à Jacques Wauquelin qui travaillait à Mons.  La version française a éclipsé l'original.  En effet, il n'y a pas plus de 5 copies des Annales en latin alors qu'il y a plus d'une vingtaine de  copie manuscrites de la traduction et qu'elles fûrent imprimées au XVIème siècle. 

 

Ce texte des chroniques du Hainaut a intrigué différentes générations d'historiens de l'art. 

 

C’est ainsi que la miniature délicatoire qui représente Wauquelin offrant son travail au Duc Philippe  aurait influencé la peinture néerlandaise des manuscrits des miniatures.

 

Le patronage des Valois, Ducs de Bourgogne, spécialement leur patronage aux écrits historiques était important. Richard Vaughan raconte que la plupart des chroniqueurs en français des zones sous l'influence de Philippe le Bon étaient subsidiés par la Cour bourguignonne. 

 

Les chroniques du Hainaut diffèrent dans le style et dans le sujet de la majorité des productions historiques du même temps.  La plupart sont écrites comme des livres "des faits" dans le nouveau style mis à l'honneur par Froissart : mémoire contemporaine de campagnes des Princes et faits d’armes de leurs partisans.  La traduction des Annales Hannoniae à mi-règne de Philippe le Bon représente une rupture avec les normes de l'historiographie bourguignonne alors que Jacques de Guise, leur auteur initial,  naquit seulement trois ans avant Froissart et adhère, quant à lui,  à la tradition des chroniques médiévales.

 

Une des sources principales du travail de J.acques de Guise est constituée par le chronicon de sijer de Gembloux.  Guise est original en ce sens qu'il essaie de remonter aux origines de l'histoire du Hainaut.  C'est ainsi qu'il donne au Hainaut une origine troyenne . Cela permet de le comparer à l’oeuvre de Geoffrey Monmouth du 12ème siècle qui dans son histoire des rois d'Angleterre part de la chute de Troie aux campagnes du roi Arthur.  Guise évoque ainsi la création de Bavay en Hainaut par des réfugiés troyens.  Selon ce dernier,  le fondateur du Hainaut était le Prince Phrygien, Bavo (cousin de Priam).  La monarchie familiale d’origine fut remplacée par une monarchie élective, ce qui précipita la décadence. Après un retour à  une monarchie héréditaire, les Belges de l'époque se développèrent et ils connectèrent leur territoire par les chaussées dites Brunehault . A cause d'un retour fatal aux monarchies électives,  les Belges, selon de Guise, perdirent leur unité et ne furent pas capables de résister aux invasions romaines.

 

La traduction commandée des Annales Hannoniae fait partie d'un projet politique bourguignon.

 

Le travail de Wauquelin aurait d'ailleurs eu deux autres sponsors que le Duc, à savoir Nockar  et Jean de Croy  qui étaient également au service de Philippe le Bon en Hainaut lorsque ce comté était devenu bourguignon. Comme le dit Wauquelin dans la préface de sa traduction les chroniques du Hainaut ne démontrent pas seulement l'antiquité du pays mais également le fait que le souverain descende des  plus hautes familles nobles et a un sang venant des Troyens. Faire remonter l'origine des nations européennes aux Troyens était assez répandu au milieu du XVème siècle. Cette pratique se répètera au milieu du XVIIème siècle avec l'origine franque de la France.  On remarque d'ailleurs des similitudes avec les origines mythiques de Venise, des Normands et des Anglais.

 

Cette question de l'origine troyenne ou franque est spécialement le fait de la monarchie française elle-même, notamment dans les grandes chroniques de France dérivées (en français) des chroniques de Saint Denis (en latin).

 

Le déclin de la monarchie française (guerre de cent ans) spécialement aux 14 et 15ème s. a suscité différentes tentatives pour donner également une origine prestigieuse à différents comtés, duchés.  Ce qui était dans une certaine mesure, une justification de leur tentative d'autonomie.  Les chroniques du Hainaut s'inscrivent dans cette optique.

 

La nature réelle de l'entité politique créée par les Valois, ducs de Bourgogne, fait l'objet de discussions nombreuses.  L'ambition de Philippe Le Bon  était-elle de créer un royaume sur tout ou partie de ses terres ou voulait-il être le premier dans le royaume de France en utilisant la puissance bourguignonne comme élément de pression ?  La question a passionné différents historiens mais on peut penser que cette volonté de faire remonter au plus loin l'origine des ducs bourguignons et de justifier l'importance de leur pourvoir sur les mêmes bases d’origines histoiriques qu’une des justifications du pouvoir royal de France  s'inscrit dans ce contexte.  Les Valois, Ducs de Bourgogne, collectaient les marques de puissance non seulement en matière de pouvoirs politique et judiciaire mais également au niveau du cérémonial et des symboles. Le  texte de Wauquelin évoquant les origines hennuyères  mais en  les élargissant à un royaume belge de l'origine, antérieur aux Romains, participait à la justification du pouvoir des bourguignons en Hainaut mais également sur l'ensemble de leur terres présentes et à venir. Ce royaume belge mythique avait d’ailleurs un territoire pas trop éloigné des Etas bourguigons..

 

Cette traduction des chroniques du Hainaut servit aussi à Wauquelin lorsqu'il préparait (1447) la version en proses du roman de Gérard de Roussillon qui rapporte la vie légendaire du premier duc de Bourgogne. Elles furent aussi une source d’ispiration  lorsque Jean Mancel prépara à la commande du Duc de Bourgogne une nouvelle rédaction de «  Fleur des Histoires », au alentour de 1464. Il y inséra différents chapitres des chroniques du Hainaut. Les Bourguignons s'étaient donc ainsi créés une mini-constellation de travaux quasi historiques qui confortaient symboliquement le pouvoir des Ducs. Les travaux de Wauquelin furent quasi oubliés lorsque le projet bourguignon disparut avec la mort du Téméraire,

 

Un natif de Bavay, Jean Lemaire de Belges, l'un des derniers représentants de la culture bourguignonne littéraire redécouvrit le texte des Chroniques de Guise et celui de Wauquelin dans une librairie de Valenciennes au début du 16ème s.  Intrigué par cette histoire de Bavo et de ses successeurs, il l’intégra dans les grandes lignes dans les généalogies des anciens rois d'Europe et avec d’autres textes d’auteurs italiens les incorpora dans son « Illustration de Gaule et singularités de Troie » un travail imprimé à diverses reprises au

XVIème s.

 

 

 

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Dernière révision faite le 26 mai 2003