MORREN Edouard (1833-1886)
Fin 1835,
il suivit sa famille à Liège, où son
père, Charles Morren venait
d'être nommé professeur. La première enfance
d'Edouard se passa dans les environs de Liège, à
Bois-l'Evêque, où son père habitait une maison de
campagne. Tout enfant, il accompagnait fréquemment celui-ci
dans ses herborisations et prit goût ainsi de bonne heure aux
choses de la nature. Il fit ses humanités au collège
Saint-Servais, où il entra à l'âge de 10 ans. Ses
parents développèrent chez l'adolescent l'amour de la
nature, celui des lettres et des arts. Entré à
l'Université le 5 octobre 1849, il obtenait, le 15 avril 1851,
le diplôme de candidat en philosophie et lettres. Son
père songeait à faire de son fils un avocat et l'envoya
suivre les cours de droit. Mais, Edouard pensait plus volontiers aux
plantes et rêvait d'herborisations et de voyages botaniques. Il
fallut bien lui permettre l'étude des sciences naturelles. En
1852, pour répondre à une question de concours
proposée par l'Académie, Morren envoya un
mémoire formant un manuscrit de 516 pages, accompagné
d'un atlas de 28 planches. Les examinateurs (Spring, Martens et
Kickx), constatant que ce travail ne répondait pas
complètement à la question posée,
décidèrent qu'il n'y avait pas lieu de décerner
le prix à son auteur, mais proposèrent d'accorder
à celui-ci une médaille de vermeil. Ses recherches
servirent plus tard, de base à une thèse
présentée à la Faculté des sciences de
l'Université de Gand et qui fut publiée, en 1858, sous
le titre de : Dissertation sur les feuilles vertes et
colorées.
En 1855,
un malheur s'abattit sur la famille Morren : Charles, vaincu par
l'excès de travail, tomba gravement malade (il aurait perdu la
raison, l'annonce de sa mort fut d'ailleurs faite dans
différentes publications botaniques, en 1857 !) et
Edouard, fils aîné d'une famille de quatre enfants, fut
appelé à assumer la mission de chef de famille. Il fut
en outre chargé par l'Université de remplacer
provisoirement son père et, le 8 mars 1855, le professeur
improvisé débuta par une leçon qui fut un
véritable succès. Il dut aussi prendre en charge la
direction de plusieurs publications périodiques, notamment de
La Belgique Horticole, luxueuse publication (traduite en espagnol,
sous le nom de : La Espana Horticola) ainsi que la direction
du jardin botanique, qui, loin d'être terminé (il fut
inauguré en 1883), donna par la suite encore bien des soucis
au jeune Morren. Nous passerons rapidement sur les détails de
ses nombreuses occupations : étude des plantes carnivores,
rédaction de notices biographiques, secrétariat de
congrès et expositions, description de plantes nouvelles pour
la science qui arrivaient en masse chez les grands horticulteurs
[Jacob-Makoy, Linden, etc.] ; ses descriptions faisaient la fortune
des introducteurs et répandaient leur renommée ; il a
baptisé 14 Marantacées, 9 Orchidacées, 2
Malvacées, 1 Lentibulariacée, 1 Primulacée, 2
Acanthacées, 1 Pipéracée, 2 Crassulacées
(dont le Sempervivum funckii var. aqualiense : cf.
Beaujean, 1997) mais c'est surtout dans la grande famille des
Broméliacées qu'il se distingua : 77 espèces ou
variétés nouvelles furent publiées, sans compter
celles qu'il envisageait encore de décrire et que la mort ne
le lui permit pas de réaliser.
Quelques plantes décrites par Edouard Morren :
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Billbergia euphemiae E.Morren
Espéce de Bromeliacae dédiée à son épouse Euphémie par Edouard Morren.
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Oncidium limminghei E.Morren
Cette orchidée est la première plante à avoir été décrite par Edouard Morren.
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Abutilon vexillarium E.Morren
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Pinguicula flos-mulionis E.Morren
Une plante rapportée du Mexique
par Omer de Malzinne
Ses descriptions, dans La Belgique Horticole, étaient le plus souvent accompagnées d'aquarelles ; s'il en réalisa lui-même un grand nombre, il fit aussi appel à plusieurs artistes successifs:
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![]() (aquarelle de J. Cambresier) |
![]() (aquarelle de V. de Sartorius) |
Le nombre d'aquarelles répertoriées par le Dr. Jason R. Grant de l'Université de Maryland, spécialiste des Bromeliaceae, s'élève à 536, soit 490 à Kew et 46 à Liège (LG), et non 380 comme l'affirme Jorissenne (1887). Le Dr. Grant, lors d'un voyage en Europe en 1996, eut le loisir d'étudier les aquarelles déposées à Kew. Il eut ainsi l'occasion de réaliser 123 photographies, mais pour d'obscures raisons il ne put mener cette entreprise à son terme ; bien plus, il lui fut interdit de reproduire ses photographies dans ses publications.
Le lecteur s'étonnera peut-être de voir figurer la majorité des aquarelles dans les collections des Royal Botanical Gardens à Kew. Cela s'explique par le fait que suite au décès de Morren, sa veuve dut s'acquitter des frais de succession et fut obligée de vendre la bibliothèque (7149 ouvrages, dont certains rarissimes, et de nombreux manuscrits) et les aquarelles de plantes. La Belgique perdit ici encore l'occasion unique de conserver ce patrimoine exceptionnel que Morren avait patiemment rassemblé dans sa maison de la Boverie à Liège, aujourd'hui disparue.
C'est donc en 1887 que la collection des vélins et le manuscrit de la monographie des Bromeliaceae fut acquis par le jardin botanique de Kew, pour les travaux de celui qui devait continuer l'oeuvre de Morren, J.G. Baker, premier assistant à l'herbarium de Kew. Le travail de Morren était à ce point avancé, que Baker pouvait, en 1889, publier à Londres son "Handbook of the Bromeliaceae". Il est à noter que pour les espèces décrites par Morren comme nouvelles, mais non publiées, Baker se référa aux aquarelles et celles-ci sont donc considérées comme les types de ces espèces, alors que l'herbier contenant les plantes séchées restait à LG.
Cet herbier sera vu notamment par 5 spécialistes :
Dr Jason R. Grant,
spécialiste des Bromeliaceae,
lors de son passage à liège en 1996, sur la tombe d'Edouard et Charles Morren.
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Dr Andrea Costa,
spécialiste des Bromeliaceae,
lors de sa visite à Liège en 1997
dans la serre des Bromeliaceae
Notons pour la petite histoire, que nous avons eu l'honneur de recevoir certains et de les conduire se recueillir sur la tombe des Morren, à Robermont. Quant à la bibliothèque, nous ne savons ce qu'elle est devenue ; elle fut probablement disséminée à travers l'Europe, puisque le catalogue Brockhaus (1889) qui y fait référence est déjà diminué de quelque 2333 numéros par rapport au premier catalogue d'inventaire établi (Anonyme, 1887).
Outre son projet de monographie des Bromeliaceae,
Morren poursuivit l'oeuvre entreprise dès 1840 par son
père. Il ne se contenta pas de l'expérience qu'il avait
déjà acquise ; il s'empressa d'aller examiner avec le
plus grand soin les instituts étrangers qui pouvaient servir
de modèle à celui du jardin botanique de Liège.
Le plan primitif de son père avait été
modifié en fonction de l'évolution de la science, mais
les longues et nombreuses tracasseries administratives, ainsi que le
manque de moyens financiers, ne permirent la réalisation que
d'une partie du projet. L'institut de botanique, pourvu de
laboratoires et de salles de cours fut édifié, mais
l'ensemble des serres prévues ne fut jamais
complètement réalisé. Morren dut alors se battre
pour sauvegarder l'entièreté des surfaces
prévues pour le jardin. Il fut question, pendant un moment,
d'y construire d'autres instituts, ce qui aurait réduit
à néant l'idée primitive de ses concepteurs.
Morren dut cependant céder une part des terrains pour
l'édification de l'institut de pharmacie. Le 24 novembre 1883,
l'institut et le jardin botaniques furent enfin inaugurés, en
présence du Ministre de l'Instruction publique et autres hauts
fonctionnaires des administrations centrale et communale, du corps
professoral et des étudiants.
Quelques plantes dédiées à Edouard Morren :
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Rose 'Edouard Morren'
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Poire 'Beurré Edouard Morren'
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Morren ne profita pourtant pas longtemps de son oeuvre ; un ulcère chronique lui rongeait l'estomac et, comme l'a écrit Jorissenne (1887),
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