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Nature
et divinité (XII) J'ai toujours
aimé l'eau passionnément, et sa vue me jette dans une rêverie délicieuse quoique
souvent sans objet déterminé. Je ne manquais point à mon lever, lorsqu'il faisait beau,
de courir sur la terrasse humer l'air salubre et frais du matin, et planer des yeux sur
l'horizon de ce beau lac, dont les rives et les montagnes qui le bordent enchantaient ma
vue. Je ne trouve point de plus digne hommage à la Divinité que cette admiration muette
qu'excite la contemplation de ses oeuvres, et qui ne s'exprime point par des actes
développés. Je comprends comment les habitants des villes, qui ne voient que des murs,
des rues, et des crimes, ont peu de foi; mais je ne puis comprendre comment des
campagnards, et surtout des solitaires, peuvent n'en point avoir. Comment leur âme ne
s'élève-t-elle pas cent fois le jour avec extase à l'auteur des merveilles qui les
frappent? Pour moi, c'est toujours à mon lever, affaissé par mes insomnies, qu'une
longue habitude me porte à ces élévations de coeur qui n'imposent point la fatigue de
penser. Mais il faut pour cela que mes yeux soient frappés du ravissant spectacle de la
nature. Dans ma chambre, je prie plus rarement et plus sèchement: mais à l'aspect d'un
beau paysage, je me sens ému sans pouvoir dire de quoi. J'ai lu qu'un sage évêque, dans
la visite de son diocèse, trouva une vieille femme qui, pour toute prière, ne savait
dire que O! Il lui dit: "Bonne mère, continuez de prier toujours ainsi; votre
prière vaut mieux que les nôtres." Cette meilleure prière est aussi la mienne. |
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