"Une forêt sans ours n'est pas une vraie forêt." Robert Hainard
Rechercher, dans les écrits, les traces d'un animal disparu du massif des Vosges depuis plus de 2 siècles n'est pas chose facile. Autant la disparition, beaucoup plus récente, du loup a inspiré bon nombre d'auteurs contemporains, celle de l'ours se fait beaucoup plus discrète.
Je ne compte plus les heures passés dans les bibliothèques municipales de Gérardmer, de Nancy, celle de l'Ecole Nationale du Génie Rural et Forestier, les Archives départementales mais cela m'a permis de découvrir des ouvrages passionnants et totalement tombés dans l'oubli.
J'ai également embêté pas mal de monde avec mes ours et je tiens à remercier ici le personnel de la Bibliothèque de Gérardmer, Mme LIONNET documentaliste de l'Ecole Nationale du Génie Rural et Forestier de Nancy, Mme BIANCHI à ANDLAU qui m'a si aimablement raconté l'histoire de l'Abbaye d'Andlau, le personnel de la Bibliothèque Municipale de Nancy que j'ai souvent sollicité durant le mois de Septembre 99, ainsi que le personnel des Archives Départementales de Meurthe et Moselle.
- J'ai entendu quelque chose, là dans les fourrés…
- Mer…, un ours !!
Un ours noir, pas très grand, émerge des fourrés et traverse le sentier sur lequel nous nous apprêtions à passer.
- Attention, il y a un ourson !! …Non, deux !!
Effectivement, deux magnifiques boules de poils sortent à leur tour des buissons, le second grimpe dans un épicéa à quelques mètres de moi et me regarde avec des yeux innocents d'ours en peluche. La tentation de s'approcher est grande, un grognement sourd de la mère nous en dissuade, les trois animaux disparaissent lentement comme s'ils n'avaient jamais existé…
Cette brève rencontre dans le massif des North Cascades dans le nord-ouest des Etats Unis remonte à l'été 91 et il ne m'en a pas fallu plus pour attraper un virus dont il est difficile de se remettre, celui des …OURS !
Bien sûr, il y a d'autres animaux sauvages magnifiques sur terre, mais celui là a quelque chose de plus, peut être fait il référence à des peurs, des croyances enfouies au plus profond de nous, ou alors est ce dû à sa lointaine ressemblance avec son seul prédateur : l'homme, qui sait ?
Quel rapport entre l'ours et les Vosges ? "Encore un fou qui veut réintroduire une espèce sauvage disparue ? ". Non, cela est suffisamment difficile avec d'autres espèces bien plus inoffensives que les ours…
Au cours d'une randonnée, il y a ce qu'on voit, le paysage, les animaux, les fleurs; ce que l'on entend, les bruits de la forêt, d'un torrent, de l'activité d'une ferme; ce que l'on sent, les odeurs des fleurs, des sous bois; mais il y a aussi, et surtout, ce que l'on ressent et qui n'est pas forcément palpable. La présence de l'ours dans les Vosges fait partie de ces choses là.
La dernière fois que je parcourais l'étroit vallon entouré de profondes forêts du Kolben, au dessus de Mittlach, je ne pouvais m'empêcher de penser à ce que devaient ressentir les habitants de la région, il y a un peu plus de deux siècles, lorsque parcourant ce même chemin, ils s'attendaient à voir sortir, à chaque instant, un ours des fourrés car l'ours a bien existé dans nos Vosges et c'est ce que je vais essayer de vous raconter.
La chaîne des Vosges s'allonge parallèlement au Rhin sur 170 kms. Elle représente un ancien fragment du socle primitif plissé à l'époque hercynienne; elle se compose de roches dures (granit, porphyres).
Au sud, où se trouvent les principaux sommets (Ballon de Guebwiller – 1421 m., le Hohneck – 1362 m.), on y trouve la roche cristalline représenté essentiellement par le granit. Au nord, les Vosges sont moins élevées (Le Donon – 1009 m.) et à dominante gréseuse.
Les versants Est et Ouest sont dissymétriques. Le versant Est tombe brusquement sur la plaine d'Alsace, le flanc Ouest s'incline doucement vers le plateau lorrain. Cette configuration prend son origine à l'ère primaire (600 millions d'années) où un massif de type hercynien (altitude supposée : 6000 m.) émerge de la mer qui recouvre la région à cette époque, ce massif sera raboté est recouvert par les eaux et les sédiments au cours de l'ère secondaire.
L'ère tertiaire voit la naissance des Alpes et par contre coup fait se soulever de vieux massifs comme les Vosges (altitude supposée : 3000 m.), ensuite la partie centrale disloquée par le soulèvement s'affaisse et donne naissance au fossé rhénan séparant ainsi ce qui va devenir les Vosges à l'Ouest et la Forêt Noire à l'Est. Le fossé est progressivement envahi par la mer.
Pendant la glaciation de l'ère quaternaire, des glaciers recouvrent les Vosges du Sud, ils élargissent les vallées, creusent des cirques où se formeront plus tard ces lacs qui contribuent au charme de la région. Lorsque les glaciers se retirent, ils laissent des sommets décapés découvrant les granits les plus anciens, des moraines qui s'entassent dans le fond des vallées. Le relief des Vosges commence à ressembler à ce qu'on voit aujourd'hui.


Coupe
géologique des Vosges et de la Forêt Noire
Deux rivières importantes prennent leur source dans le massif des Vosges : la Meurthe et la Moselle, qui se jettent toutes deux dans le Rhin. La ligne de partage des eaux entre la mer du Nord et la Méditerranée passe au sud du massif (Ballon d'Alsace 1284 m.).
Le massif des Vosges formant une frontière quasi infranchissable pendant très longtemps, la Lorraine d'un côté et l'Alsace de l'autre eurent des histoires longtemps indépendantes avec de temps en temps des points de rencontre assez violents !
52 Avant JC. Habitée par les Celtes, la Lorraine est envahie par les légions de César. La Pax Romana s'instaure.
IIIe siècle. Premières invasions barbares. Les villes s'entourent de remparts.
Ve siècle. Fondation de monastères, en particulier sur le St Mont avec St Amé en 476. Invasions des Alamans et des Francs. Pillage des cités.
843. Traité de Verdun. Fondation de la Lotharingie.
925. La Lorraine est rattachée au St Empire Romain Germanique. La Lorraine est alors sous le pouvoir de 3 évêchés : Toul, Verdun et Metz. Les Vosges dépendent de l'évêché de Toul.
1250. Déclin de la puissance des princes allemands. Anarchie en Lorraine où les rois de France essaient de s'imposer.
1618. Début de la Guerre de Trente Ans qui va laisser les Vosges dévastées.
1648. Dans le processus de réunification de la Lorraine à la France, le traité de Munster représente une date importante : Il reconnaît la souveraineté de la France sur les 3 évêchés de Toul, Verdun, et Metz.
1766. A la mort du duc Stanislas Leszczynski, la Lorraine devient francaise.
1794. Lors de la déclaration de la Patrie en danger, les Vosges envoient proportionnellement le plus grand nombre de volontaires. En récompense, il fut décidé que chaque ville aurait une place des Vosges.
1870. La Lorraine est envahie et partiellement rattachée à l'Empire allemand.
1914-1918. Furieuses batailles sur les crêtes vosgiennes.
1940. La Lorraine est pratiquement annexée à l'Allemagne.
1944. Les allemands cramponnés aux sommets vosgiens ralentissent l'avance alliée durant l'hiver 1944-1945. Le maquis vosgien va payé un lourd tribut.
58 avant JC. L'Alsace habitée par les Celtes est envahie par les Germains. César les rejette au-delà du Rhin, fixant la frontière pour 5 siècles. La paix romaine règne sur le pays.
IIIe siècle. L'Alsace commence à cultiver la Vigne.
IVe et Ve siècle. Alamans, Vandales et Huns dévastent successivement le pays.
817. Louis le Débonnaire partage l'héritage de Charlemagne entre ses 3 fils, l'Alsace revient à Lothaire.
870. Charles le Chauve concède l'Alsace à Louis le Germanique.
10e siècle. L'Alsace se sépare de la France pour 7 siècles.
14e siècle. Pour résister aux excès de la féodalité, 10 villes d'Alsace se réunissent pour former la Décapole.
1618-1648. La Guerre de Trente Ans ravage l'Alsace. Les armées de suédois sèment la terreur dans la région.
1648. Le traité de Munster donnent des droits à la France sur l'Alsace (sauf Strasbourg et Mulhouse).
18e siècle. La culture et l'industrie se développent en Alsace.
1870-71. L'Alsace est envahie et le traité de Francfort la rattache à l'Empire allemand.
1914-1918. De violents combats ont lieu, 30 000 morts sur la seule colline du "Vieil Armand".
1940-1945. L'Alsace est de nouveau occupée par les allemands.
1949. Le siège du conseil de l'Europe est fixé à Strasbourg.
La forêt domine. Cette forêt est principalement composée de sapins, d'épicéas et de hêtres. Le pins a colonisé les endroits plus chauds et plus secs. Sur les crêtes, la forêt disparaît au profit des chaumes qui servent de pâturage aux troupeaux l'été. La géologie des Vosges a permis la création de nombreuses tourbières.
De chaque côté de la crête reposent de nombreux lacs : Gérardmer, Longemer, Retournemer, Lac Blanc, Lac Noir, etc.. Ils sont pratiquement tous transformés en réservoir, utilisés jadis pour les filatures et tissages, ils servent désormais à produire de l'électricité, ou à réguler le débit des cours d'eau.
La
forêt abrite une population importante de cervidés (cerfs, chevreuils). Le
chamois a été réintroduit sur les crêtes à la fin des années 50, le lynx
beaucoup plus récemment. Le Grand Tétras, bien que récemment protégé, est
menacé.
En 1989, le Parc Naturel Régional des Ballons des Vosges voit le jour. Il englobe le sud du massif vosgien, depuis la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines jusqu'aux portes de Belfort et de Luxeuil-les-Bains et s'organise autour des hautes Vosges, la partie la plus élevée du massif.
Mais, il y a plus de deux siècles, un animal effrayait encore les habitants des Hautes Vosges : l'ours !
Au même titre que l'homme, l'ours fait partie de la grande famille des mammifères, qui est une classe de l'embranchement des vertébrés.
Parmi ces mammifères, on distingue différents ordres dont celui des carnivores. Cet ordre des carnivores est lui même divisé en 5 familles : les canidés (loups, renards), les mustélidés (martres, gloutons, blaireaux, loutres..), les viverridés (genette), les félidés (chats, lynx) et enfin les ursidés.
Dans cette famille des ursidés, on va trouver différentes espèces d'ours :
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L'ours brun
(Ursus Arctos). C'est l'ours que
l'on trouve en Europe, c'est presque certainement l'ours qui peuplait encore
les Vosges il y a 2 siècles. |
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· L'ours noir (Ursus Americanus) ou baribal. Il vit uniquement sur le continent nord-américain. |
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L'ours polaire
(Ursus Maritimus) qui vit sur
les côtes arctiques. On l'appelle parfois ours blanc. |
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L'ours à
lunettes (Tremarctos ornatus),
limité à la chaîne des Andes |
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L'ours des
cocotiers (Ursus malayanus)
habite les forêts de Birmanie, d'Indochine, du sud de la Chine, ainsi que
celles de Malaisie, Sumatra et Bornéo |
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L'ours Lippu (Ursus Ursinus) qui habite les forêts
tropicales de montagne du sri Lanka et de l'Inde |
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L'ours à
collier (Ursus thibetanus) vit dans les forêts d'Himalaya,
d'Indochine mais aussi à Taïwan, en Corée et au Japon. |
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Le Grand Panda
(Ailuropoda Melanoleuca) qui vit
dans les montagnes boisées de la chine méridionale et du Tibet. C'est le seul
ours totalement herbivore. |
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Cette classification n'a pas toujours fait l'unanimité. Au début de ce siècle, on distinguait de multiples espèces d'ours, jusqu'à plus de 80 sous-espèces rien que pour l'Amérique du Nord.
Il faut également citer l'Ours des cavernes (Ursus spelaeus) disparu depuis 12 000 ans mais dont on a retrouvé de nombreux restes sur notre sol.
L'ours tire son nom du latin ursus, les grecs le nommaient arktos, les celtes art ou arth (ce qui a donné le prénom Arthur). Les germaniques et les anglo-saxons le désignent par sa couleur bär en allemand, bear en anglais. Les russes l'appelle medved ce qui signifie mangeur de miel, quant aux indiens ils l'appellent "Grand Père".
L'ours est un quadrupède à l'allure massive
et faussement pataude. C'est un plantigrade, c'est à dire que lorsqu'il marche,
il pose la totalité de sa plante de pied sur le sol…tout comme l'homme.
Il peut se dresser sur ses pattes de derrière pour observer une situation ou humer une odeur mais rarement comme on a pu le voir au cinéma pour attaquer l'homme ou l'effrayer.
Sa musculature puissante (thorax, pattes antérieures et cou) lui permettent de manipuler de très lourdes charges, mais il peut se montrer extrêmement délicat comme pour cueillir des myrtilles. J'ai pu observer, en Alaska, des ours (Grizzlis) ingurgiter des myrtilles des heures durant en utilisant leurs pattes antérieures comme on le ferait avec un peigne à myrtilles.
Si l'ours de Kodiak peut exceptionnellement atteindre la tonne, l'ours de nos contrées excède rarement 200 kg.
L'ours brun est un omnivore, mais il est
surtout végétarien. Il sait très bien s'adapter et varie fréquemment son régime
alimentaire en fonction des saisons : fruits à l'automne, saumon ou truites à la
période de reproduction, etc..
Il est de plus très opportuniste et des restes de nourritures laissés par l'homme dans une poubelle par exemple ou dans une tente lui conviennent très bien.
Il est également capable de rester plusieurs jours à proximité d'une carcasse d'animal mort tant qu'il reste quelque chose à manger, c'est d'ailleurs cette méthode qui est utilisée pour l'observation de l'ours en Bulgarie, des animaux morts sont déposés au pied d'un mirador et il n'y a plus qu'à attendre la venue fréquente et régulière du plantigrade.
C'est également un grand consommateur d'insectes (fourmis, guêpes, abeilles, etc..).
Il semblerait que son besoin de viande se fasse sentir essentiellement au printemps et à l'automne, c'est à dire avant et après son sommeil hivernal. Dans les régions peuplées par l'homme, il aura tendance alors à prélever moutons ou chèvres.
Lorsque les cours d'eau permettent une pêche relativement facile (au moment de la fraie par exemple), c'est un grand amateur de truites et de saumon.

C'est également un grand amateur d'aliments sucrés et le miel des ruches est un véritable régal pour lui ou à défaut les sucreries qu'il pourrait trouver dans le sac à dos d'un randonneur.
Le rut a lieu entre la mi-mai et la mi-juillet. 2 à 3 jours après la fécondation, le développement de l'œuf se bloque jusqu'en novembre, pour reprendre jusqu'en janvier ou février époque de la naissance de l'ourson. Ainsi, le jeune ourson, qui ne pèse pas plus de 350 grammes à sa naissance, passera donc ses premiers mois au chaud dans la tanière blotti contre sa mère.
Pendant cette période, l'ourse aurait pour habitude de lécher sa progéniture d'où l'expression populaire "ours mal léché" qui désignait au XVIIe siècle un enfant "mal venu" ou un homme au physique grossier mais le sens de cette expression a évolué puisqu'elle est désormais synonyme de rustre[3].
La femelle met bat de 1 à 3 oursons. Un ours est adulte vers 4 à 5 ans, une femelle ne met bas que tous les 2 à 5 ans et cesse toute activité de reproduction dès l'âge de 25 ans. Les oursons restent avec leur mère de 1 à 2 ans, pendant cette période ils sont très vulnérables car ils peuvent être la proie d'un mâle.
Les données qui précédent permettent de démontrer la fragilité d'un effectif d'ours sur un territoire donné.
L'ours est un animal solitaire et farouche. L'ours brun est avant tout forestier même si en Europe de l'est, par exemple, on peut le rencontrer en automne dans les champs de maïs ou les vergers. Dans les pays nordiques (Scandinavie, Amérique du Nord) il passe une grande partie de son temps à découvert dans les alpages ou sur la toundra.
L'ours a besoin d'énormément d'espace, de l'ordre de 10 000 à 60 000 hectares même si dans certains pays d'Europe il semble se contenter de beaucoup moins (9 000 ha. seulement dans le Trentin en Italie et à peine 2 000 ha. dans le parc des Abruzzes). Bien évidemment, l'abondance de nourriture peut augmenter considérablement cette densité.
Au début de l'hiver, l'ours brun se cherche une tanière pour y passer l'hiver. cela peut être une cavité rocheuse, un abri sous la végétation, un arbre renversé. Parfois cette cavité est creusée ou tout du moins agrandie par l'ours.
Pendant cette pseudo hibernation, enroulé sur lui même, l'ours brun réduit sa consommation d'oxygène de moitié. Son cœur ne bat plus qu'à 8 battements par minute, contre 40 à 50 en temps normal[4]. Cet état n'est pas considéré comme une véritable hibernation comme d'autres animaux car la baisse de la température corporelle (32-33 °C) et du rythme respiratoire est peu importante, les spécialistes appellent cela une "léthargie carnivore".
Pendant cette période, l'ours se cache, ne se réveillant qu'exceptionnellement, s'il entend du bruit par exemple. Il vit sur ses réserves de graisse accumulées pendant l'automne. Cette graisse peut avoisiner 40 % de la masse de l'animal.
Pendant cette période, les fonctions digestives de l'animal sont bloquées, son tube digestif est obstrué par un bouchon fait de sécrétions diverses, de poils et de fècès. Une des premières occupations de l'ours au printemps est d'expulser ce bouchon ce qui a donné lieu à ce que les légendes nomment le "Pet de l'ours".[5]
La période d'hibernation est variable selon les climats. Dans les Pyrénées, elle dure de novembre à mars, dans le nord de l'Alaska c'est plus de 7 mois pendant lesquels l'ours reste dans sa tanière. Généralement la femelle hiberne plus longtemps que le mâle.
Les croyances populaires faisaient commencer l'hibernation vers le 10 décembre et se terminer le jour de la chandeleur ou parfois jusqu'à la lune de mai si l'hiver traînait en longueur[6].
Malheureusement, on n'a, à ma connaissance, aucun écrit concernant les Vosges permettant de préciser la longueur de cette hibernation ou bien la nature des tanières utilisées. Seuls quelques écrits parlent d'un ours qui aurait été tué dans sa tanière près de Mittlach…..
Par contre l'épisode qui suit tiré de la Revue des Eaux et Forêts de l'année 1894 nous conte une chasse à l'ours qui s'est déroulé dans les Alpes du nord mais qui permet d'imaginer le même genre de scènes pour le massif des Vosges un siècle plus tôt.
"Un ours superbe a été tué le 19
décembre dernier dans la forêt communale de Doussard (Hte Savoie) au canton de
Fontaine du Fayard, par M. le comte de Boigne, de Chambéry, assisté de deux
préposés forestiers, le brigadier Visou et le garde Falcy à la résidence de
Doussard.
Cette chasse n'a pas été sans danger; les
chasseurs ayant reconnu que l'ours occupait une tanière (où le brigadier Visou
avait déjà tué un ours en 1881) cherchèrent inutilement à le faire sortir en
faisant du bruit à l'entrée : alors le garde Falcy s'introduisit en rampant
dans la caverne dont l'entrée était très basse, mais dès qu'il y fut engagé
l'ours s'avança sur lui en hurlant. Falcy put se dégager à temps, et alors le
comte de Boigne et le brigadier Visou tirèrent en visant à la tête.
L'ours, qui n'était pas complètement sorti,
rentra dans sa tanière en râlant et quelques instants après Falcy put pénétrer
de nouveau et achever la bête d'un coup de fusil dans la région du cœur.
Cet animal qui pesait 153 kilos, fut
descendu à grand'peine à travers les rochers au milieu desquels se trouvait la
tanière et fut vendu à un boucher d'Annecy pour la somme de 220 fr. (non
compris la peau)."
Il semblerait que l'ours brun soit un animal assez peu touché par les maladies et les parasites, même s'il porte quelques puces ou tiques dans sa fourrure[7].
Finalement, à part lorsqu'il est très jeune, l'ours n'a qu'une chose à craindre c'est l'homme, puisqu'il n'a aucun autre prédateur.
L'ours est un animal peu loquace et extrêmement discret par rapport à sa taille. C'est tout juste, s'il grogne ou plutôt souffle lorsqu'il est contrarié ou surpris. Il est tout de même capable d'hurler de colère.
L'ourse appelle ses oursons en bêlant doucement et il paraît que ceux ci ronronnent de contentement lorsqu'ils sont rassasiés.
Les traces de l'ours·
Les empreintes
Généralement, les empreintes d'ours se reconnaissent assez facilement. En effet, leur taille n'autorise aucune méprise, mais, même pour un animal jeune, il est facile de ne pas confondre avec des empreintes de canidés comme le loup par exemple.
Les empreintes d'ours se caractérisent par la marque des pelotes digitales de formes elliptiques et au nombre de cinq. Largement étalées sur un arc de cercle, elles ne peuvent être confondues avec celles d'un autre animal.

Trace de Grizzly – Yukon 1999
Les marques des griffes sont généralement apparentes, ainsi que la paume qui est relativement allongée pour les pattes postérieures.
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Les fécès
Comme pour les empreintes, la taille des fécès d'ours ne porte pas à confusion. Leur aspect sera très variable en fonction de l'alimentation de l'animal. On les trouve généralement en forme de cylindre de plusieurs centimètres de diamètre et jusqu'à 6 ou 7 centimètres de long, mais on trouve aussi des bouses sans forme particulière. Les végétaux apparaissent très peu digérés comme les myrtilles par exemple qu'on retrouve à peine écrasées.
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Les arbres
griffés
Certains ours griffent les troncs, éventuellement pour se nourrir du liber riche en glucide, mais ce serait aussi pour signaler leur présence à des partenaires ou à des rivaux potentiels. Il semblerait qu'il préfèrent le sapin aux autres essences. Les zones griffées se situent entre 1 et 2 m. du sol[8].
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Poils
L'ours mue en été, on a donc beaucoup de chance de trouver des poils d'ours pendant cette période accrochés à des branches ou à un endroit où un ours se serait couché pendant quelque temps.
Il m'est arrivé plusieurs fois, en Alaska ou au Yukon, de tomber par hasard, au détour d'une randonnée, sur une couche d'ours. C'est toujours un moment chargé d'émotion mais aussi d'anxiété car la question qui se pose toujours est : "Depuis combien de temps l'ours a-t-il quitté cet endroit ?".
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Pierres
retournées et terriers dévastés
L'ours retourne des pierres, parfois de grosse taille, pour y dénicher des fourmis ou d'autres insectes.
Lorsqu'il est à la recherche de petits mammifères ou des réserves de nourriture accumulées par ceux-ci, l'ours est capable de creuser assez profond et très rapidement. Ces traces se repèrent de loin.
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Sentes dans les
hautes herbes
L'ours se déplace beaucoup, il laisse donc de nombreuses coulées qu'il partage bien évidemment avec d'autres animaux.
Dans les différents écrits concernant la présence de l'ours
en France et dans les Vosges en
particulier, l'ours est presque toujours
présenté comme un fauve féroce et sanguinaire.
Certains auteurs sont plus raisonnables comme dans ce récit datant du début du siècle : "Il y a quelques années un groupe de jeunes filles en excursion dans la montagne [apparament dans les alpes ?] se trouva soudain en présence d'un de ces fauves. L'épouvante fut grande…Nous voulons dire l'épouvante de l'ours qui détala de toute sa vitesse, terrifié des clameurs qu'il avait provoquées !"[9].
Comme tous les animaux sauvages, l'ours est un animal imprévisible et potentiellement dangereux. Sa force, son agilité, la taille de ses griffes et sa dentition font que, en cas d'agression, l'homme n'a pratiquement aucune chance d'avoir le dessus.
On peut rapidement en conclure que l'ours et l'homme ne font pas bon ménage même si certaines expériences prouvent que parfois ours et humains peuvent cohabiter[10]. On remarque, en effet que dans les zones habitées ou dans certains parcs nationaux comme celui du Denali (Alaska) par exemple, lorsque l'ours s'est habitué à l'homme et moyennant certaines précautions les problèmes entre ours et humains ont tendances à diminuer. Dans les Apennins, à moins de 150 km de Rome, les ours italiens semblent se porter à merveille.
Américains et canadiens, quant à eux, vivent dans un monde où subsistent encore de nombreux ours. L'ours noir est présent a peu près partout dans le nord des Etats Unis et l'Alaska, le Grizzly et dans une moindre mesure l'ours Polaire sont présents dans les provinces du nord-ouest du Canada et des USA.
Les gouvernements de ces deux pays se sont livrés ces dernières années à de grandes campagnes d'information dont le but est d'éviter les problèmes avec les ours. De nombreuses brochures ont été éditées, des diaporamas, des films également sont projetés dans différents endroits (centre touristiques, parcs nationaux, écoles, etc..) pour sensibiliser et éduquer habitants et touristes.
Le but est d'éviter le plus possible les accidents, mais également diminuer le nombre d'ours qui doivent être abattus car devenus trop dangereux, éduquer les gens au lieu de domestiquer la nature, un beau programme dont on pourrait de temps en temps s'inspirer…
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Ne jamais
s'approcher d'un ours.
Aussi évident que cela paraisse, ce conseil n'est pas forcément évident à suivre.
Contrairement à d'autres animaux sauvages, l'ours ne détale pas forcément à la vue de l'homme, il a même plutôt tendance à l'ignorer. Lors d'une rencontre, on n'est jamais vraiment certain qu'un ours a décelé une présence humaine car rien dans son comportement ne le trahit.
D'autre part, l'ours, surtout ceux de petite taille comme l'ours brun que l'on trouve en Europe ou l'ours Noir d'Amérique, n'est pas un animal très effrayant comme peu l'être un lion par exemple, donc la tentation de s'approcher (surtout pour les photographes !) est grande.
Il va sans dire que s'approcher d'un ourson va automatiquement entraîner une réaction extrêmement violente de la mère qui ne se trouve jamais très loin sauf, paradoxalement, chez l'ours noir dont la réaction première sera de mettre ses petits en sécurité avant de régler le problème lié à la rencontre avec des humains.
En 1998, en Finlande, un jogger qui visiblement s'était involontairement fourvoyé entre une ourse et ses jeunes s'est fait tuer par celle-ci[11].
· Ne jamais surprendre un ours.
Surtout s'il est en train de manger, dormir ou si c'est une femelle accompagnée de ses petits, l'ours réagit de façon très agressive à la surprise.
L'ours a un odorat excellent, une ouïe assez bonne, "l'ours entend les pas d'un marcheur à 300 m. dans la forêt[12]", mais les experts s'accordent pour dire que l'ours n'a pas une vue excellente, cela rend donc la surprise plus probable qu'avec pas mal d'autres animaux sauvages.
La seule solution lorsque le terrain n'est pas découvert, ce qui était le cas de la majorité du massif vosgien au temps de l'ours, consiste à manifester sa présence en faisant du bruit (siffler, chanter, parler etc…).
Dans la vallée du Kolben au dessus de Mittlach, on trouvait autrefois le long du chemin des sortes de moulins, actionnés par le mouvement de l'eau, et qui produisaient du bruit afin de faire croire aux ours qu'il y avait une activité humaine à proximité[13].
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Ne jamais nourrir
un ours
Ce nourrissage conscient ou involontaire (vivres dans une tente, restes de nourriture près d'un campement ou d'une maison, dépotoirs, poisson abandonné par un pêcheur, etc..) est à l'origine de la plupart des accidents.
Les ours ont vis à vis de la nourriture un comportement opportuniste et de plus ce sont des animaux qui ont la réputation d'être intelligents. Un ours qui a pu obtenir, une fois dans sa vie, de la nourriture grâce à une activité humaine sera enclin à associer homme et nourriture potentielle, cela marque généralement le début des ennuis pour l'un et l'autre…
·
Ne jamais courir
devant un ours
C'est en effet la meilleure solution pour déclencher chez l'animal l'instinct de chasse, de plus c'est un animal très puissant et qui court très vite (40 à 50 km/h, voir 60 km/h sur de courtes distances pour le grizzli).
Il semblerait que cet instinct de chasse soit d'autant plus marqué lorsqu'il s'agit d'enfants cela étant dû à leur taille moins impressionnante que celle d'un homme.
L'histoire des Vosges, et notamment celle de l'abbaye d'Andlau nous parle d'un enfant qui se serait fait dévorer par un ours.
C'est également un bon nageur.
Enfin, la plupart des ours (sauf les grizzlis) savent grimper dans les arbres.
Là aussi, dans les pays d'Amérique du Nord, des études très précises ont été menées pour savoir que faire en cas d'attaque de l'ours.
Depuis quelque années, des bombes anti-ours
(pepper spray) sont vendus dans les magasins de sport, ces bombes contiennent
un gaz additionné de capsaïcine un alcaloïde que l'on trouve dans le piment et
qui lui donne sa saveur brûlante.
Ces bombes semblent efficaces et remplacent avantageusement l'emploi d'une arme à feu mais des expériences récentes ont montré que si une projection de gaz au niveau de la tête de l'ours avait pour effet de chasser immédiatement l'animal, au contraire, on a vu des ours se rouler avec délectation dans de l'herbe ou de la poussière sur lesquelles avait été projeté ce même produit, cela serait sans doute dû aux caraténoïdes que l'on trouve également dans le piment.
Le contact physique peut être extrêmement bref mais est généralement assez violent. On dit toujours (au Canada et aux USA) que si c'est un ours Noir qui attaque, il faut tout faire pour se défendre et combattre (facile à dire !!) avec tout ce qui se présente (hâche, pierre, morceau de bois, etc..), par contre avec un Grizzli il n'y a qu'une chose à faire c'est protéger ses organes vitaux (genoux contre la poitrine, mains sur la nuque, face contre terre) et attendre (!). Le problème est de déterminer le plus rapidement possible à quel ours, on a à faire.
Ce mode de défense, en faisant le mort, se retrouve dans pas mal de récits et notamment de très anciennes fables comme celle "des Voyageurs et l'Ours", fable d'Esope, reprise par La Fontaine. Deux voyageurs liés d'amitié se retrouvent nez à nez avec un ours. L'un se sauve dans un arbre, l'autre fait le mort. L'ours renifle longuement le voyageur qui est à terre puis se sauve. Le voyageur qui était caché dans l'arbre descend alors de sa cachette et demande à l'autre ce que la bête lui a raconté. Malicieux, ce dernier répond à son ami "Ne plus voyager à l'avenir avec des amis qui se dérobent devant le danger".
L'ours est chassé en Amérique du Nord, en Sibérie, dans certains pays de l'est et en Finlande (une centaine abattue en 98 dans ce pays)[14]. En France, il fait partie des espèces protégées mais cette protection a dû attendre que l'espèce soit à la limite de l'extinction.
Il n'y a pas si longtemps on chassait l'ours sur notre sol et l'extrait suivant, datant de 1888 et tiré de la Revue des Eaux et Forêts raconte une de ces chasses se déroulant dans la région d'Annecy.
"Le
28 Octobre, le brigadier-forestier Gonthier, de Faverges, et les gardes Falcy
et Suscillon étant en tournée dans le vallon supérieur de Saint-Ruph,
trouvèrent une piste d'ours descendant de l'Arcalod et se dirigeant vers la
Sambuy et les chalets de Seythenex…"
"Vers
1 heure de l'après-midi, étant embusqués sur la lisière du bois, Gonthier et
Suscillon virent sur un plateau découvert une ourse venant droit sur eux sans
les apercevoir.
Masqués
par les arbres, les deux forestiers ont fait feu de leurs mousquetons en même
temps, dès que l'ourse fut à une cinquantaine de mètres.
La
bête tomba foudroyée sur la neige profonde de plus d'un mètre en cet endroit….
L'ourse
mesurait 2 m. de longueur, 1 m. 20 de circonférence. Elle pesait 110 kilog., et
elle portait un lard de plus de 10 centimètres d'épaisseur.
En 1913, on trouve dans La Montagne, revue du Club Alpin Français, un court article faisant état des derniers ours des Alpes qualifiés de "peu dangereux". L'article, reproduit dans la Revue des Eaux et Forêts de l'époque se termine par une note rassurante pour les promeneurs :
"On se demande souvent s'il y a encore
de l'ours dans nos vallées des Alpes. A notre connaissance, il y a encore de ce
peu dangereux plantigrade quelques spécimens dans le Vercors, environ du Grand
Veymont, dans la Haute-Combe du Charbon et ses forêts vierges, massif des
Bauges, enfin dans la forêt de Saint-Hugon, massif d'Allevard.
Au commencement de cet été, le chasseur
Auguste Roux, de Saint-Rémy, a tué une belle bête du poids de 100 kg. Environ,
au dessus du Pré Rémy, où on lui avait signalé le pied. Deux autres ours de
forte taille y ont été repérés. Ces fauves se reproduisent dans les antres
dissimulés au fond des fourrés des forêts de sapins de la Haute-Combe du Bréda,
d'où ils parcourent le haut massif. Bien innocemment du reste."
Dans les Pyrénées, la chasse est interdite depuis 1972, ce qui ne veut pas dire que des animaux n'ont pas été tirés depuis cette date soit par "erreur" soit par braconnage.
La cohabitation entre l'ours et les bergers n'est pas toujours facile car les animaux domestiques et notamment le mouton rentre pour une petite partie (de l'ordre de 10 %) dans l'alimentation de l'ours. Autrefois, les bergers gardaient leurs troupeaux à l'aide de chiens de protection (Montagne des Pyrénées par exemple) ce qui ne se fait pratiquement plus. De plus, de nombreuses pistes pastorales ont été tracées dans la montagne ce qui réduit l'espace de tranquillité de l'ours.
Les dégâts attribués à l'ours sont souvent exagérés. En 1961, par exemple, c'est "une bande d'une vingtaine d'ours" qui auraient massacré dans les Pyrénées "cinq vaches, une jument, une ânesse et dix brebis", de plus, lors de cette razzia, "vingt-six animaux auraient disparus" ![15]
Le "Groupe Ours", créé en 1982, rassemble des représentants d'associations de protection de la nature, des scientifiques et des personnalités intéressés à la sauvegarde de l'ours brun en France. Après un certain nombre de manifestations (concours dans les écoles, expositions, films, etc..), le "Groupe Ours" a donné naissance à l'association "Artus" chargée d'élaborer des projets de réintroduction de l'ours. En 96, ARTUS procéda au relachage de plusieurs ours en provenance de Slovénie.
A l'heure actuelle dans les Pyrénées, il reste côté français une douzaine d'ours, contre plus de soixante sur le côté espagnol, et récemment de jeunes oursons ont été observés[16].
En 1987, Christian Kempf écrivait dans son livre "Le retour des seigneurs" : "..du Chablais aux Glières ou au Vercors, l'ours pourrait probablement être de retour avant l'an 2000". On ne peut que constater qu'il s'est (pour l'instant…) trompé et l'émoi que suscite le loup dans le Mercantour laisse penser que ce n'est pas demain la veille que l'on verra des ours dans les Alpes du nord et encore moins dans les Vosges.
Dans le monde, il resterait environ 200 000 à 300 000 ours bruns dont ¼ environ se trouve en Amérique du Nord. En Europe, c'est en Roumanie qu'ils seraient les plus nombreux (plus de 6000).
----------Dernière Minute ----------Dernière Minute ----------Dernière Minute ----------Dernière Minute------
"Mercredi 29 Mars 2000 : Les
députés ont voté un amendement visant à bannir des Pyrénées les ours slovènes
qui y ont été introduits en 1996, une décision qui a provoqué la colère des
écologistes.
Ce texte, examiné dans le cadre de
l'examen du projet de loi sur la chasse, prévoit la capture des ours qui vivent
notamment près des villages d'Orlu et de Merens-les-Vals, en Ariège, en raison
des attaques qu'ils mènent contre les troupeaux.
Après un long débat entre les élus Verts, hostiles à cette
mesure, et le reste de l'Assemblée, les députés ont adopté l'amendement
d'Augustin Bonrepaux, élu socialiste de l'Ariège."
Dans l'inventaire de la faune vosgienne, l'ours fait partie de ces animaux qui ont disparu à jamais du paysage. Les dernières traces vérifiables remontent au milieu du XVIIIe siècle.
L'ours est loin d'être le seul animal ayant peuplé les Vosges et qui soit aujourd'hui disparu. Les bisons ont disparu vraisemblablement au VIIIe siècle, les Aurochs au XIe, les castors, lynx et les tarpans (chevaux sauvages) au XVIe. [17]
Les élans ont du disparaître encore plus tôt, dès le VIe siècle[18], on peut pourtant facilement imaginer cet animal se nourrissant au milieu des tourbières, comme le font encore à l'heure actuelle les élans des pays scandinaves ou d'Amérique du Nord.
L'ours a disparu des Vosges, mais de quel ours s'agissait il ?
Il ne fait aucun doute, tous les auteurs le confirment, que cet ours était l'ours brun (Ursus Arctos), même si à des époques antérieures à la présence de l'homme dans les Vosges, c'est à dire avant la dernière glaciation, le grand ours des cavernes (Ursus Speloeus) a habité notre région.
Des ossements d'ours des cavernes ont été retrouvés dans la grotte de Sentheim, non loin de Masevaux, dont une tête parfaitement conservée. Ces vestiges auraient été transportés au musée d'histoire naturelle de Mulhouse, mais celui-ci a été totalement détruit pendant la dernière guerre.
Cet ours n'a apparemment pas survécu à la glaciation, même si certains auteurs[19] pensent que l'ours des cavernes était encore, du temps des romains, le gibier de grande chasse des germains.

A cette espèce d'ours a succédé l'Ours Brun d'Europe, dont les derniers représentants en France font parler d'eux de temps en temps dans les Pyrénées.
Apparemment, l'ours brun était commun dans les Vosges gauloises ou celtiques, il faut dire qu'à cette époque le massif n'était sûrement qu'une immense forêt vierge impénétrable pour l'homme, donc l'habitat rêvé de cet animal.
On peut supposer[20]que la civilisation romaine, par son expansion dans la région, a dû réduire sensiblement l'habitat du plantigrade sauf dans les parties reculées du massif où les romains se sont contenté d'ouvrir quelques voies de communication pour traverser le massif d'est en ouest.
Le déclin de la civilisation latine avec la ruine des villages et la dépopulation des campagnes semble ensuite avoir rendu aux Vosges l'apparence d'une contrée sauvage. A la fin du VIe siècle, le poète Veniantus Fortunatus cite l'ours parmi les fauves qui sont chassés dans les Vosges.
Au VIIe siècle, le moine Jonas[21], cite également les ours : " Il choisit son ermitage, dans la vaste forêt des Vosges, dont les solitudes profondes ne sont peuplées que par des bêtes sauvages, les ours, les urus et les loups"
L'urus (traduction du latin bubalus) était probablement une sorte de bison à large corne, disparue ensuite[22].
L'ours fut également chassé par les rois mérovingiens lorsqu'ils résidaient en Alsace.
L'abbaye d'Andlau, près de Barr en Alsace, doit, d'après la légende, son origine (vers 887) aux indications d'un ours : L'impératrice Richarde, femme de Charles le Gros, voulait fonder un monastère de chanoinesses pour les filles de la noblesse de l'époque. Ayant prié sur le tombeau de Sainte Odile, elle eût une vision qui l'engageait à bâtir son monastère à l'endroit où elle verrait une ourse avec ses petits. La légende indique qu'un jour où l'impératrice se promenait au bord du ruisseau de l'Andlau, elle vit un ours qui creusait une fosse dans la terre. La légende dit que c'était pour enterrer un ourson mort. Richarde décida d'ériger l'abbaye à cet endroit.
En souvenir de l'origine du monastère, on
entretenait ensuite dans l'enclos de l'abbaye un ou plusieurs ours. Chaque
boulanger qui venait vendre du pain sur le marché de la ville était tenu de
donner, chaque semaine, un pain pour nourrir l'animal.
A
la suite d'un accident où un enfant aurait été dévoré par l'un d'eux, les
animaux furent remplacés par un ours sculpté en grès plus inoffensif. A l'heure
actuelle, cet statue d'ours a été déposée dans la crypte de l'abbaye qui est
située sur le trou supposé creusé par l'animal.
De nombreuses sculptures, d'époques diverses, rappellent l'ours. La plus ancienne (1140) est certainement celle représentant un chevalier bravant un ours de l'épée qui se trouve sur une frise située sur un des murs de l'ancienne abbaye.
L'ours était également présent dans les plaines comme nous l'apprend Henri II, empereur germanique, qui en 1017 donne à Werinhaire (ou Wernher), évêque de Strasbourg, le droit exclusif de chasser sur le massif forestier qui s'étendait au sud de Strasbourg de "telle sorte qu'il ne sera licite à personne d'y chasser, sans sa permission, ni cerf, ni biche, ours mâle ou femelle, sanglier ou truie, chevreuil ou chèvre sauvage"[23]
Des récits[24] attestent également que l'empereur germanique Frédéric Barberousse venait chasser l'ours dans la forêt d'Haguenau au XIIe siècle.
A la lecture de ce qui précède, on pourrait croire que le droit de chasser l'ours n'était que le privilège des rois et des seigneurs. Cela semble changer par la suite, puisqu'au XIIIe siècle, les habitants des environs de Thann et de Saint Amarin avaient le droit de chasser, mais lorsqu'ils tuaient un ours mâle, ils devaient au seigneur, à l'époque résidant à l'abbaye de Remiremont, la tête et la patte antérieure droite de l'animal.
Il va sans doute que ce droit de chasse octroyé aux habitants avait pour but d'éviter la prolifération de ces plantigrades, car il arrivait parfois des accidents comme celui qui a coûté la vie au père de Jean Geiler de Kaysersberg, le grand prédicateur de la cathédrale de Strasbourg.
L'accident eut lieu à Ammerschwihr, dans le vignoble près de Colmar, en 1448.
"S'étant joint à des chasseurs qui poursuivaient un ours dont les vignes de ce bourg avaient beaucoup à souffrir, il eut le malheur de ne le frapper que d'une manière incomplète avec son épieu ferré. Le cruel animal se jeta sur lui et le mordit si furieusement dans une jambe qu'il se crut perdu. Il appela ses compagnons à son secours, mais ceux-ci épouvantés avaient fui pour assurer leur propre salut; il fut réduit à lutter seul contre le péril. Les blessures qu'il reçut dans ce terrible combat ayant été envahies par la gangrène, l'infortuné tabellion[25] mourut"[26].
A la même époque, une chronique de Guebwiller nous apprend qu'en 1475, des ours exercent de grands ravages parmi les bêtes en pâture et que même les habitants travaillant dans les vignes et les champs avoisinants sont obligés de se sauver devant les ours hantant la région.
L'ours a une réputation de nuisible bien établie qu'il gardera jusqu'à son extinction définitive quelques siècles plus tard.
Au XVIe siècle, la chasse à l'ours est encouragée un peu partout dans les Vosges, on en retrouve des témoignages dans les environs du val d'Ajol, Giromagny, Orbey, etc…mais on retrouve un peu partout cette tradition qui veut que têtes et pattes d'ours reviennent au seigneur du lieu.
Au XVIe siècle, "la ville de Munster envoyait à des personnages qui protégeaient ses intérêts devant les tribunaux de Spire et de Rottweil des jambons d'ours accompagnés de fromages du pays"[27], d'autre part la patte d'ours semblait être un met très raffiné puisque, en 1622, le prince Frédéric-Louis de Wurtemberg envoya à son frères les deux pattes de devant d'un ours, qu'il venait de tué, afin qu'elles soient servies "quand il aurait nombreuse et belle compagnie".
Il semblerait que la valeur attribuée à ces pattes d'ours dépasse le domaine strictement culinaire mais fasse référence également à certaines croyances. En effet la patte d'ours ressemble beaucoup à une main humaine, de plus les anciens pensaient que lorsqu'il hibernait l'ours se nourrissait uniquement en se léchant les pattes antérieures, les pattes d'ours étaient donc symbole de force de virilité et de résistance.
La fin du XVIe et le début du XVIIe semblent marquer la fin de la prolifération de ces animaux dans les plaines, mais l'animal reste présent dans les contrées plus reculées formées par les hautes vallées.
Cela peut s'expliquer par le fait que les 2 siècles précédents ont connu un formidable mouvement d'expansion de la population vers les zones jusqu'alors inhabitées. On a jamais autant défriché de forêts pour en faire des pâturages ou parfois même des cultures.
A cette époque, les habitants de Gérardmer sont excédés et ils présentent au duc de Lorraine une requête pour obtenir le maintien de leur droit de chasser l'ours et le loup qui dévorent leurs troupeaux sur les pâturages de montagne sans être obligés de payer un tribut au receveur d'Arches comme c'est la coutume à l'époque.
Dans cette requête, datée du 8 juin 1607, à laquelle j'ai pu avoir accès aux archives départementales de Nancy, les géromois décrivent leur région comme "..environnée de hautes montagnes et tous bestiaux, en danger d'être mangé par les loups, ours et autres bêtes sauvages.." Diantre, les temps ont bien changé !
Je ne sais pas si c'est grâce à cette description sans nulle doute exagérée, mais ils auront gain de cause à condition d'attacher au portail de l'église de Gérardmer les têtes des animaux tués.
Normalement "tête et patte droite de devant" auraient dû être apportées à la recette d'Arches mais vu les difficultés de communications de l'époque, les habitants de Gérardmer avaient obtenu, ainsi que leurs voisins de la Bresse, cette dérogation.
Cette tradition semble s'être perpétuée fort longtemps puisque l'abbé Morel mort en 1830 déclare avoir vu, dan son enfance, plusieurs têtes ainsi exposées à Sapois et à Rochesson[28].
A cette même époque, "les animaux dangereux étaient si nombreux" à Gérardmer " que les hommes escortaient en armes les femmes qui allaient travailler aux champs"[29].
Plus au sud, à Fougerolles, cela ne va pas beaucoup mieux puisqu'en 1620, une famille d'ours s'est installée dans les souterrains du château et il faudra réquisitionner la population pour les en chasser[30]. Cette anecdote, par le côté peu naturel du comportement de ces animaux, semble montrer qu'à cette époque l'ours commence à avoir de sérieux problèmes de cohabitation avec l'homme.
Dans la prévôté d'Arches, près d'Epinal, les chasseurs d'ours recevaient, en échange de la tête et d'une des pattes antérieures de l'ours qu'ils venaient de tuer, "une pinte de vin, 6 sols de Lorraine et deux picotins d'avoine pour leur cheval"[31].
A la fin du XVIIe les ours ont presque disparu, tout du moins temporairement. Même sur les chaumes "..impitoyablement traqués, les fauves se font rares"[32].
La guerre de Trente Ans avec l'invasion des suédois dès 1630 a fait déserter les paysans des hautes chaumes et provoqué l'abandon des villages. "La permanence des guerres et les fléaux qui les accompagnent avaient favorisé dans une large mesure la multiplication des loups et autres bêtes dangereuses"[33].
Les "fauves..recommençaient de pulluler au pourtour des gazons"[34]. Les loups ont établi leurs repaires dans les maisons abandonnées, des sanglier s'attaquent à l'homme (!), c'est ainsi qu'aurait péri le 8 janvier 1642, Mathis Abel, maire de La Bresse.
L'ours reprend, durant cette période, possession des forêts, il hante les répandises, c'est à dire ces bois qui bordent les chaumes[35], il redescend même jusqu'en plaine, il dévaste les vignobles de la région de Thann.
Le greffier de Munster note en 1662 que "..nulle part, dans la vallée, on est à l'abri des incursions des ours, loups et autres animaux nuisibles"[36]
On signale qu'un chasseur en tua un énorme dans la forêt de Barr, non loin du Hohwald en 1675. Le chasseur fut grassement récompensé pour avoir délivré la forêt de ce fauve. Un autre est tué près d'Andlau en 1695.
Mais dès la fin de la guerre de Trente Ans, les marcaires remontent sur les chaumes, les communications entre l'Alsace et la Lorraine sont rétablies et les ours ainsi que les autres bêtes sauvages comme les loups sont de nouveaux traqués.
A cette époque, un parisien distingué, Monsieur de l'Hermine, emprunte le col de Bussang et même s'il éprouve quelques craintes car "c'est une forêt presque continuelle et fort épaisse de sapin, peuplée de grande quantité de venaison, et même d'animaux dangereux, tels que loups cerviers et des ours", il rassure tout de même assez vite le lecteur en précisant que "grâce aux soins du Roy", la route "est bien débarrassée"[37].
A partir de cette époque et jusque vers le milieu du XVIIIe, période de l'extinction définitive, l'ours se fait de plus en plus rare et les récits ne font plus état que d'animaux solitaires, parfois de grande taille, ce qui semble montrer que l'animal a de plus en plus de mal à se reproduire et à échapper aux conséquences de l'augmentation de la population, l'extension des villages et le défrichement des forêts.
Il se pourrait même que ces individus encore aperçus à quelques rares occasions soient des animaux errants venus du Jura ou des Alpes où l'ours est encore abondant à cette époque[38].
Il semblerait qu'il ait disparu plus tôt du côté vosgien que sur le versant alsacien, puisque sur le flanc occidental des Vosges le dernier spécimen serait tombé dans la forêt entre Bussang et Ventron en 1709[39], alors qu'on en aurait tué encore six ou sept non loin de Munster entre 1725 et 1755.
A la même époque, un ours "long de quatorze pieds" est abattu au Lac Blanc.
Il est très difficile de savoir quand et où a été tué le dernier ours des Vosges.
Jean Bresch dans son ouvrage intitulé
"La vallée de Munster et les Vosges centrales" (1871) nous affirme
que le dernier ours tué dans les Vosges serait l'œuvre "d'un chasseur intrépide de Metzeral nommé
Gassen-Wold". Cet ours aurait été tué, vers la fin du XVIIIe,
au Kolben, vallée très étroite située au dessus de Mittlach et qui est dominée
par les sommets du Rainkopf, Rhotenbachkopf et Batteriekopf.
Il semblerait que dans cette vallée, les ours étaient encore craints puisque les habitants entretenaient sur le torrent de Kolben des appareils (Klappen) dont le bruit était censé éloigner les ours.
Gérard, quant à lui, nous indique que les gens de Guebwiller prétendent avoir tué un ours au fond de leurs montagnes peu de temps avant la révolution de 1789.
A ce propos, ce même auteur nous affirme avec
beaucoup de poésie que "la
révolution a fermé l'ère des grands carnassiers naturels en même temps que
l'ère des carnassiers politiques", ce à quoi on pourrait lui rétorquer
que puisque les uns ont réussi à refaire surface, pourquoi les autres n'y
arriveraient pas, mais je m'égare…
On parle également dans certains ouvrages d'un ours qui aurait été tué dans sa tanière par des jeunes gens au lieu dit Baerenfels, non loin du col de la Schlucht, entre 1750 et 1760.
Après la révolution et pendant fort longtemps, les seuls ours aperçus dans les Vosges seront ceux qui accompagnent ces saltimbanques qui survivent de l'aumône que les gens amusés leur donne en échange des misérables pantomimes exécutées par un animal enchaîné et muselé. Parfois l'un d'eux échappe à la vigilance de son propriétaire comme celui qui au mois de nivôse de l'an VII terrorisera les clients d'une brasserie de Schlestadt jusqu'à l'arrivée de son maître.
Quant à l'ours soit disant tué en 1830 à l'entrée de la Wormsa au pied du Hohneck, au lieu dit Baerenbach, après un corps à corps avec un berger, il s'agirait sans doute, une fois encore, d'un ours domestiqué qui se serait échappé[40].
Après son éradication des Vosges, l'ours va peu à peu disparaître du Jura où le dernier ours aurait été tué en 1803, du Massif Central, puis des Alpes (encore quelques spécimens au début du XXe siècle)[41], pour ne subsister, mais pour combien de temps encore, que dans les Pyrénées.

Des noms de lieux évoquant de façon plus ou moins directe l'animal, c'est absolument tout ce qu'il nous reste de l'ours dans notre région, il faudra donc s'en contenter. Les données qui suivent sont le résultat de recherches sur les cartes mais aussi en bibliothèque, de noms de lieux-dits, de ruisseau, de villages rappelant le plantigrade.
On peut classer ces noms de lieux en 2 catégories : les noms d'origine française et les noms d'origine alsacienne ou germanique.
Chaque lieu-dit est
repéré sur la carte d'après le [n°] situé derrière le nom.
·
L'URSON [1]
Gérardmer (88)
Lieu dit situé au
sud du lac de Gérardmer entre le col de Sapois et les Bas Rupts. La forêt
de l'Urson désigne également les étendues forestières dominant la vallée du
Bouchot entre le col du Haut de la Côte et les Blanches Roches.
Ce toponyme fait tout de suite penser à l'ourson, le petit de l'ours, mais
d'après certains auteurs, il faut tout de même être prudent car le même mot
patois irson ou heurson ou urson désigne
autant le hérisson que l'ours.
·
La BASSE de
l'OURS [2]
Gérardmer (88)
Une basse désigne un "lieu profond, encaissé, situé à l'extrémité supérieure d'une vallée[42]".
La Basse de l'Ours est située au nord de Gérardmer, proche du lieu-dit Kichompré.
L'abbé Jacquel, curé de Liézey nous décrit, en 1852, cet endroit de façon assez dramatique : "Il paraît certain que l'ours, jadis fort commun dans les Vosges, a dû habiter de préférence cette sombre contrée, semée de rochers, de cavités et de précipices"[43]
·
La BASSE de
l'OURS [3]
Commune d'Autrey (88)
Située
dans la forêt domaniale de Rambervillers. Un sentier balisé dit de la Roche de
l'Ours mène au rocher dominant cette basse[44]
·
Le PRE l'OURS ou
l'OURS [4]
·
POIL l'OURS [5]
Poil désigne aussi bien l'herbe des prairies que les arbres des bois[46].
·
Le BOIS de
l'OURS [6]
Commune d'Harol (88)
Petit bois (une quarantaine d'hectares) situé à l'est d'Harol.
·
Les OURSONS, les
URSONS [7]
Commune de Granges sur Vologne (88)
Ce lieu dit déjà présent sur les cartes de Cassini, se trouve en pleine forêt, à un kilomètre au sud de la route reliant le Kertoff à Granges sur Vologne.
·
La ROCHE de
l'OURS [8]
Commune de Bussang (88)
Roche individualisée, haute d'une trentaine de mètres située au sud-est de Bussang, sous la tête de la Bouloie. Cette roche est utilisée comme école d'escalade.
·
CASCADE de
l'OURS [9]
Commune de Bussang (88)
Cascade située sur le ruisseau de Noiregoutte, à proximité de la Roche de l'Ours.
·
TETE de l'OURS [10]
Commune du Thillot (88)
Située sur le GR7, à l'endroit où fut construit le fort de Château-Lambert en 1874[47].
·
FEIGNE l'OURS [11]
Commune du Val d'Ajol (88)[48]
·
CHAMP l'OURS [12]
Commune de Moyenmoutier (88)[49]
·
BAERENBACH [13]
Commune de Stosswihr (68), Forêt communale
de Hohrod (68)
Lieu dit (ruines) situé non loin de la crête entre la Schlucht et le Tanet
En allemand : Baer = "ours" et bach = "ruisseau", donc le "Ruisseau de l'Ours"
·
BAERENBACH [14]
Commune de Sewen (68)
Ferme auberge et ruisseau situé au nord est du lac d'Alfeld
·
BAERENBACH [15]
Forêt domaniale de Saverne (67)
Le Baerenbach est un affluent de la Zorn. Long de plus de 10 kms, il prend sa source à La Hoube (57). IL donne son nom à une maison forestière et à la vallée très encaissée et boisée qu'il parcourt.
·
BAERENKOPF [16]
Commune de Kirchberg – Vallée de la Doller
(68)
Kopf = "tête" en allemand, donc "Tête de l'ours"
Sommet (1074 m.) situé sur la crête qui borde vers le sud la vallée de Masevaux.
Refuge Club Alpin Français à proximité.
·
BAERENKOPF [17]
Commune de Hohrod (68)
Sommet boisé situé sur le champ de bataille du Linge entre Hohrod et le col du Wettstein. Le cimetière allemand est d'ailleurs situé au lieu dit Baerenstall, le mot stall signifiant écurie en allemand, on peut se demander ce que signifie l'expression "Ecurie de l'ours" ?
·
BAERENLOCH [18]
Commune de Masevaux (68)
Loch = "trou" en allemand, donc "Trou de l'ours"
Non loin de là, on trouve également un "Wolfenloch" (Trou du Loup) et également un "Trou du Loup" mais versant Territoire de Belfort, cette fois.
Thalweg situé à proximité du Baerenkopf
·
BAERENFELSEN [19]
Commune de Kruth (68)
Felsen = "rochers" en allemand, donc "Rochers de l'ours"
Groupe de rochers situé à l'est du Grand Ventron sur la crête boisée redescendant vers le lac de Kruth-Wildenstein.
·
BAERENBERG [20]
Commune de St-Pierre-Bois (67)
Berg = "montagne" en allemand, donc "Montagne de l'ours"
Lieu-dit situé en plein forêt sous le Ungersberg au dessus du Val de Villé.
·
BAERENDORF (67) [21]
Dorf = "village" en allemand, donc "Village de l'ours"
Petit village situé en marge du massif vosgien, à une quinzaine de kilomètres au nord de Sarrebourg.
·
BAERENTHAL (57) [22]
Thal = "vallée" en allemand, donc "Vallée de l'ours"
Petit village de la vallée de la Zinsel dans les Vosges du Nord
·
BAERACKER [23]
Commune de Luemschwiller (68)
Acker = "champ" en allemand, donc "Champ de l'ours"
Lieu-dit situé sur le flanc d'une colline à l'ouest de Obersmorschwiller, non loin d'Altkirch.
·
BAERENGARTEN [24]
Commune de Osenbach (68)
Garten = "jardin" en allemand, donc "Jardin de l'ours"
Lieu formé de prés situés entre Osenbach et Wintzfelden
·
HAUTE BERS [25]
Commune de Rimbach (68)
Il
semble fort probable que le mot Bers
soit une déformation de l'allemand Baer
Sommet (1252 m.) situé sur la crête qui va du Ballon d'Alsace au Rouge Gazon. Non loin de cet endroit se trouve également les lieux-dits "Basse Bers" et "Moyenne Bers" et le sommet de "Moyenne Bers" qui domine le magnifique lac du Neuweiher.
·
BERNSTEIN [26]
Commune de Dambach (67)
En allemand : Bern, baeren = "ours" et stein = "pierre", la "Pierre de l'Ours".
Château du XII ème siècle.(ruines) à l'ouest du village en bordure du GR5.
Les armoiries de la ville représentent un ours en train de gratter un sapin. Le surnom des habitants de DAMBACH était, paraît-il, "Boeren-Schmaltz", ce qui signifie "graisse d'ours".
Répartition des noms de
lieux
liés à l'ours sur l'ensemble du massif
vosgien
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La plupart des plantes que l'on trouve dans les Vosges possèdent un nom commun français et un nom commun alsacien. Parfois l'un d'eux, voire les deux, ont un rapport avec l'ours. C'est le cas du Raisin d'ours ou Busserole qui porte également le nom alsacien de Baerentraube, mais également de la Berce sphondyle ou Baerentatzen ou baerendopen, de l'astragale à feuille de réglisse qui porte le nom alsacien de baerenschotten. Plus connu l'Ail des Ours se dit Baerenknoewli. |
Busserole – Raisin d'Ours |
On retrouve également l'ours dans quelques légendes vosgiennes ou alsaciennes.
D'après une légende vosgienne, l'ours ne serait qu'un homme transformé en animal, par une punition de Dieu[50]. Cette légende dit que du temps ou Dieu habitait encore sur la terre, un homme eut l'idée de lui faire peur.
Il se cacha derrière un arbre et lorsque Dieu passa, il cria Ouch !
Dieu s'adressa alors à l'homme et lui dit : "Tu seras comme tu as fait". Et voilà comment les ours sont venus au monde.
Dans la version patois de cette légende, le "Ouch" se dit Oche qui est justement le mot désignant l'ours en patois vosgien.
Cette légende, comme beaucoup d'autres de par le monde, tire sûrement sa substance du fait que l'ours ressemble beaucoup à l'homme par certains côtés. Il est considéré comme "le plus proche des animaux différents de l'homme". Il est plantigrade comme lui, il peut adopter la station debout, il est omnivore. Chez les indiens Yavapai, par exemple, rien ne différencie l'ours de l'homme si ce n'est que le premier ne sait pas faire de feu ![51]
L'ours a toujours été considéré comme un animal doté de pouvoirs exceptionnels. Le rocher de l'ours d'Andlau donnerait un pouvoir fécondant aux femmes stériles qui se laisseraient glisser le long du rocher[52].
On trouve également dans de vieux écrits de la région de Colmar une histoire étrange et assez misanthropique.
Un jeune pâtre qui gardait des chèvres dans les montagnes d'Alsace aurait été enlevé, en 1265, par un ours. Il demeura pendant 2 ans avec ces animaux. Ensuite, "…pressé par le besoin de nourriture, il retourna une fois à la caverne des ours et serait volontiers de nouveau resté avec eux, pour se soustraire aux souffrance de la faim; mais n'ayant plus retrouvé les ours, il retourna avec tristesse parmi les hommes"[53].
Cette fable n'est pas sans rappeler celle plus connue de "Jean de l'ours".
Dans un style plus violent, on raconte l'histoire de ce garçon meunier qui, surpris dans son travail en pleine nuit par un ours, lui coupa les pattes de devant d'un coup de hache. Le lendemain matin, il s'aperçut qu'il manquait un avant-bras à la maîtresse de maison.
Parfois, dans ces légendes, l'ours est victime d'étranges maux, on raconte que près de Schlestadt, au XIVe siècle, un ours aurait péri en avalant une souris, celle-ci ayant rampé par les artères jusqu'au cœur de la bête. Les connaissances anatomiques avaient encore quelque progrès à faire…
La Chandeleur, fête du christianisme qui correspond à la présentation de Jésus au Temple, coïncide avec une ancienne fête païenne : la fête de l'ours. C'est le jour ou l'animal est sensé quitter sa tanière.
Si le temps est clément il effectue ce que la légende appelle le "pêt de l'ours" qui est sensé annoncer l'arrivée du printemps, sinon il prolonge son hibernation, et du même coup l'hiver, de quarante jours.
Plus proche de nous, l'ours en peluche, le "nounours" que pratiquement tout enfant possède un jour ou un autre rappelle que cet animal est encore fortement ancré dans l'inconscient collectif.
Cette tradition d'ours jouet remonte au début du siècle, même si c'est le fameux "Teddy Bear" de Théodore Roosevelt qui est à l'origine de l'ours en peluche tel qu'on le connaît aujourd'hui.
L'ours n'a pas totalement disparu puisqu'en cherchant bien, on le trouve encore sur les plaques des rues ou bien à l'enseigne de quelques restaurants.
Il existe quelques "rues de l'ours" en Alsace à Colmar, Mulhouse, Dambach la
Ville, à Heiligenstein, à Ammerschwihr, etc..
L'ours a également laissé sa trace dans les noms donnés à certains établissement comme des hôtels ou des restaurants. Parmi ceux qui subsistent encore, on peut citer l'Ours Blanc à Brumath et Haguenau, l'Ours Noir à Mutzig, Schiltigheim et Rouffach, le Petit Ours à Strasbourg, etc…
On retrouve également l'ours sur quelques armoiries : Celles de Dambach-la-ville, par exemple, représente un ours friand de miel qui s'appuie de ses deux pattes sur un sapin. Saint Colomban, fondateur du monastère de Luxeuil et compagnon de Saint Gall, est souvent représenté en compagnie d'un ours.
Enfin, on retrouve l'ours où on ne l'attendrait pas : sur
des bouteille de vin d'alsace ! En effet, 27 viticulteurs du village de Dambach-la-ville se sont groupés pour posséder leur
bouteille spécifique. Cette nouvelle bouteille de taille
légèrement supérieure à la bouteille traditionnelle constitue une première en
Alsace grâce à son écusson représentant un ours, symbole de la ville, tenant
une grappe de raisin gravé en relief, au niveau du col de la bouteille[54].
Elle semble lointaine l'époque où nos ancêtres devaient craindre l'ours lorsque, rentrant d'une dure journée de travail, ils devaient traverser une portion de forêt obscure. Bien sûr, ce serait stupide de regretter ce temps là, la vie était si précaire, les mots confort, sécurité, loisirs, temps libre, ne faisaient pas partie du vocabulaire où alors uniquement pour quelques privilégiés…
Depuis, l'homme a rationalisé son existence, sécurisé son environnement, planifié sa vie, assuré ses biens et c'est tant mieux, la vie est trop courte pour la passer à avoir peur, faim et froid.
Mais tout de même, n'est-on pas allé trop loin dans certains domaines ? La nature, par exemple : Un promeneur se perd, c'est de la faute du balisage, pas assez clair, un rocher se détache et tombe sur un chemin, il faut interdire le chemin, pas assez sûr, une avalanche ensevelit des randonneurs en raquettes, on accuse les services météorologiques, pas assez fiables, une tempête s'abat sur une forêt, on l'interdit, un animal fait des dégâts, on l'extermine, etc, etc…
Je crois que c'est Gaston Rebuffat qui disait dans un de ses livres que "se perdre sera bientôt un luxe rare", on pourrait, sans vouloir le plagier, dire "qu'avoir peur dans une forêt, au passage d'un col, au détour d'un chemin est devenu un luxe inaccessible".

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[1] Alsace Lorraine – Guide Michelin
[2] Alsace-Lorraine . Guide Michelin.
[3] Bobbé,Raffin, L'ABCdaire des ours, p. 67
[4] ibid. p. 122
[5] L'ABCdaire des ours, p.62
[6] Godron, Recherche sur les animaux sauvages qui habitaient autrefois la chaîne des Vosges p.128-129
[7] Service canadien de la faune, La faune de l'arrière pays
[8] Camara, Bulletin mensuel de l'ONC-Janvier 83 p.25
[9]
Thévenin, La
faune disparue de France, p.267
[10] Louis, Dérangement humain et mammifères sauvages
[11] Similä, Welcome to Finland, Le roi de la forêt se porte bien
[12] Pajetnov, Avec les ours, p. 198
[13] Bresch, Vallée de Munster et Vosges centrales, p.314
[14] Similä, Welcome to Finland, Le roi de la forêt se porte bien
[15] Debreyne, Revue Forestière française 1961, p. 44
[16] Nicolino, Terre Sauvage n° 143, p. 51
[17] Groupe d'étude des mammifères d'Europe, Atlas des mammifères sauvages d'Europe, p.123
[18] Linckenheld, L'anthropologie
[19] Zimmerman, Le monde avant la création
[20] Gérard, Faune historique de l'Alsace
[21] biographe de Saint Colomban qui était un grand missionnaire de l'église celte, originaire d'Irlande.
[22] Godron, Recherche sur les animaux sauvages qui habitaient autrefois la chaîne des Vosges p.21,22
[23] Gérard, Faune historique de l'Alsace, p.105 et Godron,Recherche sur les animaux sauvages qui habitaient autrefois la chaîne des Vosges, p.16.
[24] Lorentz et Schérer, Geschichte des Elsasses, p.24
[25] Tabellion : Officier public jouant le rôle de notaire
[26] Gérard, Faune historique de l'Alsace, p.107
[27] Gérard, Faune historique de l'Alsace, p.111
[28] Godron, Recherche sur les animaux sauvages qui habitaient autrefois la chaîne des Vosges, p.20
[29] Jacquel, Essai sur Gérardmer, p.166
[30] Godron, Recherche sur les animaux sauvages qui habitaient autrefois la chaîne des Vosges, p.20
[31] Annuaire des Vosges de 1835, p. 74
[32] Boyé, Les hautes chaumes des Vosges, p. 228
[33] Guyot, Les forêts lorraines jusqu'en 1789, p.341
[34] Ibid. p.302
[35] Savoye, La Bresse-Le Hohneck, clins d'œil sur l'histoire, p. 119
[36] Genin, Les hommes contre la forêt, p.25
[37] Boyé d'après H. de l'Hermine, Mémoires de deux voyages et séjours en Alsace, 1674-76 et 1681
[38] Gérard, Faune historique de l'Alsace, p.114
[39] Jacquel, Géradmer, Histoire et topographie du canton
[40] Poirot, Les Vosges n°3/87,p. 17
[41] Officiellement, le dernier ours des Alpes françaises aurait été tué dans la vallée de l'Arc en 1921, bien qu'on parle parfois d'un ours qui aurait été abattu dans le Vercors en 1937.
[42] Savoye, La Bresse-Le Hohneck Clins d'oeil sur l'histoire, p. 25
[43] Jacquel, Gérardmer, histoire et topographie du canton
[44] Poirot, Les Vosges - Revue trimestrielle du
Club Vosgien, N°3/87
[45] Marichal, Dictionnaire topographique de la France – les Vosges
[46] Boyé, Les hautes chaumes des Vosges, p.222
[47] Poirot, Les Vosges - Revue trimestrielle du Club Vosgien, N°3/87
[48] Ibid.
[49] Ibid.
[50] Oberlin, Essai sur le patois lorrain, p. 240
[51] Bobbé,Raffin, l'ABCdaire de l'ours, p. 13
[52] Kempf, Le retour des seigneurs, p.137
[53] Gérard, Faune historique de l'Alsace, p.106
[54] Source : Saint Gobain Emballages