Paris a choisi le vainqueur au Congo
DÉMOCRATIE (?) A L'INTÉRIEUR DE L'HEXAGONE,
FASCISME A L'EXTÉRIEUR, NOTAMMENT EN AFRIQUE CENTRALE
PARIS A CHOISI LE VAINQUEUR AU CONGO
SASSOU NGUESSO AVAIT BESOIN D'ARMES
ET DE L'INTERVENTION DES TROUPES ANGOLAISES.
L'ELYSÉE, LE GOUVERNEMENT ET ELF ONT DONNÉ LEUR FEU VERT.
(Extrait du Canard Enchaîné du 22 octobre 1997) - (*)
Avec l'accord tacite de Paris, des livraisons d'armes via l'Angola, le Gabon et le Sénégal ont permis d'équiper les milices de Sassou Nguesso. Parfois même, achats et expéditions ont eu la capitale française pour cadre. Exemple: les quelques 25 tonnes de caisses bien lourdes (... et de tee-shirts) parties de l'aéroport du Bourget, le 4 juin dernier, et transitant par Franceville, au Gabon, avant d'être livrées aux hommes de Sassou (« Le Canard » du 13/8).
Les Angolais n'ont pas seulement fourni des troupes bien équipées pour l'assaut final. Ils ont offert leur port de Luanda pour réceptionner près de 200 tonnes d'armement en provenance du Brésil. Le tout expédié aux partisans de Sassou via le Gabon. Et l'embauche de mercenaires israéliens par le futur vainqueur n'a guère choqué Paris. D'ailleurs, dans le camp adverse, d'autres Israéliens avaient aussi trouvé un emploi chez Pascal Lissouba.
Nerf de la guerre
Enfin, les petits navires que la compagnie ELF utilise pour ravitailler ses plates-formes pétrolières en mer, au large de Pointe-Noire, ont parfois permis de déposer des unités angolaises et des partisans de Sassou sur la rive de cette capitale économique du Congo. Rien d'étonnant, donc, si un haut fonctionnaire français confie au «Canard» qu'«à Paris on se dit ravi que les Angolais assurent l'ordre à Brazzaville et à Pointe-Noire». Il ne leur reste plus qu'à mettre fin aux pillages...
Est-ce là cette «nouvelle politique africaine» dont on nous rebat les oreilles depuis quelques mois ? Chirac le premier, qui, le 5 septembre, proclamait en Mauritanie que la France s'interdisait désormais «toute ingérence [dans les affaires africaines], ce qui a parfois été le cas dans le passé». Si l'on comprend bien, l'aspect nouveau de cette politique consisterait à pratiquer un camouflage maladroit et à s'ingérer dans une guerre civile par Etats interposés.
C'est l'Elysée qui a mené le jeu; le gouvernement Jospin a suivi, sans trop d'enthousiasme, et il y a eu un peu de tirage au Quai d'Orsay. Rien de prestigieux, donc.
Quant au nerf de la guerre, il en a fallu pour pouvoir se battre durant plus de quatre mois à Brazzaville. Dans le camp de Pascal Lissouba, on a utilisé la redevance «pétrolière» qu'ELF versait normalement chaque mois à la présidence du Congo pour acheter des armes, et notamment des hélicoptères russes pilotés par des Ukrainiens. D'autres équipements (petits blindés, armes légères, etc.) étaient attendus de Russie et de Biélorussie. Mais ils n'étaient pas encore arrivés à bon port quand Brazzaville est tombée.
Dans le camp de Sassou Nguesso, on ne disposait pas de cette manne.Alors, qui a fourni l'argent, parfois des uniformes, les armes et les vivres ? Beaucoup y avaient quelque intérêt.
L'Angola, par exemple, qui voulait voir un ami sûr revenir au pouvoir à Brazzaville. Ensuite, le président gabonais Omar Bongo, gendre de Sassou, et dont une partie des proches se sont mobilisés. Enfin ELF, qui pompe beaucoup de pétrole tant au Congo qu'en Angola, et qui s'est réjoui de l'entrée des troupes angolaises dans son fief pétrolier de Pointe-Noire. La direction du groupe français était partagée, dit-on, mais la balance a fini par pencher en faveur de Sassou, qui, au nom du «marxisme» à l'africaine, a régné sur le Congo de 1979 à 1992, en s'entendant fort bien avec Moscou, ELF et déjà Chirac.
Pour ce qui est de définir, à Paris, une nouvelle politique à l'égard de nos anciennes colonies, on verra plus tard. Quand surviendra la prochaine crise africaine.
Claude Angeli
(*)- [NDLR : Après avoir donné des leçons de «bonne gouvernance», Paris a appliqué dans le cas du Congo-Brazzaville, les enseignements de feu Foccart qui privilégeait la logique du pyromane-pompier. Ce comportement de la France à l'égard de nos pays ne peut pas laisser indifférents la Communauté internationale et ne pas être étudié, apprécié à sa juste valeur par tous les Africains épris de paix et de justice.
En général, les Noirs africains n'ont pas la culture de la violence, particulièrement celle des prises d'otages ou de pauses de bombes. Néanmoins, avec des tragédies comme celle que vient de vivre le Congo, il est fort à craindre que les générations montantes ne puissent avoir la même «patience», le même comportement que ceux de leurs aînés d'aujourd'hui. Si, dans les décennies à venir, la France ne change pas de politique à l'égard de l'Afrique Noire, ceux qu'on a toujours pris pour des «grands enfants» (sic) - il y a un moment où les enfants grandissent, mûrissent aussi -, risquent de se réveiller, d'apprendre et, ce jour-là, à la grande surprise du monde entier, les dégats seront sans doute énormes. Nous disons donc, simplement, à la France : ATTENTION !!! Car le comportement fasciste que vient d'afficher la France au grand jour en Afrique, dans la tragédie congolaise, restera longtemps indélébile et inoubliable.
Quant au nouveau pouvoir mis en place au Congo par ce pays, la France (par le Gabon, le Tchad, le Sénégal et l'Angola interposés), nous disons simplement - et l'ensemble des Africains le pensent sans doute aussi - qu'«IL EST LE POUVOIR DE LA HONTE, DE L'INDIGNITE», parce qu'il est un pouvoir par procuration, un pouvoir non mérité, un pouvoir imbibé de sang humain, un pouvoir contrôlé par d'autres, et l'homme qui le détient en est le pantin manipulable à souhait. Il se fera mener par le bout du nez, appliquant et executant le diktat de ses maîtres. Ainsi, a-t-il vendu la dignité et la souverainté de la Nation congolaise.]
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