NUMÉRO 85 vendredi 12 février 1999
- "El
supperyó femenino", par Silvia Elena Tendlarz
- "Stabilisations
dans la psychose", par Fabien Grasser
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" Les amateurs d'évaluation sont confrontés à plusieurs difficultés lorsqu'il s'agit de mesurer les embrouilles des hommes et des femmes avec le sexe. Nous avons tous présents à l'esprit les polémiques que l'évaluation de la proportion de sujets homosexuels dans la population par une étude sociologique avait soulevé. Le "Rapport Kinsey", publié il y a 50 ans, se trouvait accusé d'avoir surévalué cette proportion. Les Associations Gays attaquaient la nouvelle étude pour ses "a-priori" et ses préjugés conservateurs. Une biographie de Kinsey mettait bientôt en cause sa vie sexuelle et sa volonté d'exagérer les "traits de perversion" des populations. Une nouvelle étude sociologique, la plus étendue dans son enquête depuis le rapport Kinsey, vient d'être publiée. Elle est basée sur les données recueillies par une enquête faite en 1992 auprès de 1749 femmes et 1419 hommes. Le recueil procédait par entretiens individuels de 90 minutes. Les résultats, dont nous parle l'IHT d'aujourd'hui, évaluent la "dysfonction sexuelle". La liste des items inclut : le manque de désir, une douleur physique éprouvée durant le rapport, l'impossibilité de se sentir excité sexuellement, ou d'accomplir des relations sexuelles, l'éjaculation précoce et l'angoisse sur ses performances sexuelles. Le taux des troubles est " nettement plus élevé que quiconque l'avait anticipé ", note le responsable de l'enquête. 4 femmes sur 10 et un tiers des hommes relèvent du trouble. Les auteurs en concluent qu'il s'agit là d'un problème de santé publique et signalent que le Viagra est un premier pas qui devrait être poursuivi. L'étendue du problème devrait rendre plus modeste ceux qui s'astreignent à vérifier l'efficacité des psychothérapies et de la psychanalyse. " - Éric Laurent
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NUMÉRO 84 jeudi 11 février 1999
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"Conjoncture de point dancrage", par Véronique Mariage et les
intervenants des extensions et centre de jour du Courtil
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"La interpretación inexacta pero verdadera" (suite et fin), par Eduardo
Benito
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" Le "vocabulaire moral", selon le mot de Richard Rorty, s'est enrichi d'une nouvelle expression d'origine américaine : " moral hazard " ou " risque moral ". L'expression est étrange. Qu'est-ce qui peut donc ainsi lier une conduite morale à un risque ? En termes kantiens, la voix de la conscience nous donne plutôt accès à une certitude. C'est bien davantage du côté du Surmoi freudien qu'il faut chercher une dimension de risque dans l'expérience morale, celle de l'affolement. Le billet linguistique de William Safire, du 21 décembre 98, nous précise la source de l'expression. Elle vient des sciences économiques. Un professeur du MIT la définit ainsi : "Ce sont les actes dysfonctionnels induits par un contrat ou une loi. Si vous passez un contrat avec moi, énonçant pile je gagnes, face tu perds, ce type de contrat peut vous induire à prendre une quantité anormale de risques." Ce sont des cas, ajoute un Professeur de Princeton, "où l'existence d'une assurance sur le risque altère la conduite de l'assuré envers le risque lui-même". L'expression est née comme terme technique dans le milieu de l'assurance, mais elle a été élevée à la dignité du concept par l'excellent Kenneth Arrow, dans un article de 1962, puis dans son livre de 1971, "Essais sur la théorie du partage de risque". Cet auteur est entré dans l'histoire de la psychanalyse par la référence prise par Lacan, en 1969, à un autre de ses théorèmes. L'approche des assureurs du risque moral est très particulière : "L'exemple le plus simple consiste à brûler sa propre maison pour toucher l'assurance. C'est un acte immoral. Il le devient moins si l'on considère simplement que l'on est devenu moins soigneux pour éteindre les bougies." La question que nous pourrions nous poser est celle-ci : dans l'évaluation de ce risque, quelle part revient à l'acte manqué susceptible d'être commis par un sujet assuré ? " - Éric Laurent
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NUMÉRO 83 mercredi 10 février 1999
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"... Donner ce quon na pas. Un chien de ma chienne"(suite et fin
du premier épisode), par Alain Abelhauser
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"La interpretación inexacta pero verdadera" (suite), par Eduardo Benito
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" Différentes guerres de religion dévastent le monde et nous rappellent le bien-fondé de la mise en garde freudienne sur l'Amour. " Lorsque l'apôtre Paul eut fait de l'Amour universel des hommes le fondement de sa communauté chrétienne, la plus extrême intolérance de la part du christianisme à l'égard des non-convertis en fut la conséquence inévitable ; intolérance demeurée étrangère aux Romains dont la vie publique et politique n'était point fondée sur l'amour. " Freud, bien sûr, n'oubliait pas ses lectures de Flavius Josèphe, ni l'incendie du Temple. Il signalait le changement de régime qu'introduit l'amour sans limites. Entre Islam, Hindouisme, Catholicisme, l'Asie témoigne actuellement d'une série d'affrontements et d'une rage destructrice dont les Balkans nous donnent des témoignages plus proches. L'Indonésie présente, dans le chaos politique et économique qui l'étreint, un cas particulier. D'un côté, des foules dites "musulmanes" peuvent brûler des églises ou des villages dits "chrétiens", regroupant surtout des Chinois d'origine, faisant des victimes par centaines, femmes et enfants inclus. De l'autre, la "mode musulmane", diffusée dans les grandes villes et la bourgeoisie, est un phénomène unique. Newsweek, du 25 janvier 99, se faisait l'écho du succès d'une grande couturière : " Sa collection s'envole à mesure que les femmes achètent de nouveaux vêtements pour célébrer la fin du Ramadan ... Tous sont taillés avec le décorum adéquat, retombent en larges plis et dissimulent les courbes suggestives. La femme du président Habibie vient de faire son choix. " L'essayiste V.S. Naipaul soulignait, avant l'effondrement économique, la particularité de l'Islam indonésien. La circulation entre religions reste possible dans les pratique où le même "musulman" brûle de l'encens à ses ancêtres, rend visite au sorcier et se méfie du "maître de marionnettes". Cette "traduction" suffira-t-elle à mettre des limites à l'universel ? L'Amok triomphera-t-il? " - Éric Laurent
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NUMÉRO 82 mardi 9 février 1999
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"... Donner ce quon na pas. Un chien de ma chienne", par Alain
Abelhauser
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"La interpretación inexacta pero verdadera" (suite), par Eduardo Benito
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"Le transfert dans la névrose obsessionnelle" (suite et fin), par Lucie
Wolf
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" Les funérailles des rois en nos temps de républiques sont toujours l'occasion de s'interroger sur l'irréductible de leur place. Existe-t-il vraiment une république qui tienne sans royauté ? L'Europe connaît l'alternance démocratique et la diffusion de la social-démocratie. Elle connaît aussi l'omniprésence des anciennes familles régnantes, du moins là où les démocraties sont solidement implantées. Certes, ces rois et reines ne règnent que sur les curs des peuples, mais elles les occupent sans remèdes. Pour l'Angleterre, l'Espagne, la Suède, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, les faits sont criants de vérité. En France, il suffit de deux mandats présidentiels pour que la dérive monarchique soit longuement mise en évidence, puis commentée et disséquée. Le pays a d'ailleurs pris soin d'avoir en annexe une sorte de faisant fonction de royauté. Que ce soit sur un versant comique ne change pas profondément ce dont il s'agit. L'Italie a le Pape qui a depuis longtemps montré la voie, en renonçant à tout territoire séculier pour se consacrer à son magistère. C'est d'ailleurs à partir de là qu'il faut comprendre l'exception allemande. Toujours le Saint-Empire qui rôde sur les Länder. Au-delà de l'Europe, le Japon et les sociétés "confucéennes" articulent parfaitement le problème. Les USA ne sont-ils pas notre dernier rempart contre les rois, fermement appuyés sur les démonstrations patriciennes du Sénat et de ses grandes dynasties : Kennedy, Bush, Gore, etc. Pourtant un commentateur soulignait récemment un effet curieux des difficultés de la Présidence. À mesure que le Président est pris dans le blocage du Congrès et l'impossibilité de pouvoir travailler, son statut de symbole ne fait que croître. Il dénonçait là une pente monarchique. Faisons-nous vraiment autre chose que d'adapter la forme de monarchie constitutionnelle que souhaitait Hegel ? " - Éric Laurent
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NUMÉRO 81 lundi 8 février 1999
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"La interpretación inexacta pero verdadera", par Eduardo Benito
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"Le transfert dans la névrose obsessionnelle" (suite), par Lucie Wolf
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" Doit-on parler du féminisme français, d'une exception française dans le féminisme, d'un nouveau courant du féminisme français ? Sylviane Agacinski, dans "Le Monde" du 6 février, parle d'un " tournant décisif " que " les Françaises sont en train de faire prendre au féminisme ". " En réclamant, avec la parité, le partage effectif des responsabilités politiques, elles rejettent clairement l'idéologie "indifférencialiste" à l'abri de laquelle se perpétue aujourd'hui, malgré l'égalité de droits, le monopole masculin du pouvoir. " La perspective rompt avec "l'universalisme" à la française et revendique le recours à une discrimination positive envers les femmes dans les mandats et les fonctions électives. Dans ce dernier exposé de sa position, Sylviane Agacinski ajoute un développement sur les procréations assistées et l'adoption par couples du même sexe qui n'avait jamais été aussi clair. " Ceux qui, par crainte d'un prétendu "naturalisme", récusent toute inscription de la différence des sexes dans le droit se précipitent aveuglément dans la technique, comme si elle devait désormais, à elle seule, fonder le droit ... Ce sont les mêmes ... qui condamnent la parité et légitiment le droit aux enfants "biologiques ou adoptés" pour les couples du même sexe. La différence des sexes ne leur semble pas digne d'intéresser le droit, mais la biologie pratiquée en laboratoire justifie, selon eux, tous les droits. Demain, on pourra sinon abolir la différence entre les hommes et les femmes, du moins faire en sorte qu'ils n'aient plus besoin l'un de l'autre. " Que les hommes et les femmes n'aient plus besoin l'un de l'autre pour procréer ne fera que dénuder davantage l'enfant comme objet de demande et de vu. Du besoin au désir, le déchirement n'en sera que plus vif. L'incommensurable des jouissances ne ressortira que davantage. La fabrique du droit devra sans nul doute faire face aux conséquences. " - Éric Laurent
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NUMÉRO 80 vendredi 5 février 1999
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"Le transfert dans la névrose obsessionnelle" (suite), par Lucie Wolf
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"Secrétaire de laliéné aujourdhui"(suite et fin), par
François Sauvagnat
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"La Mujer como sintoma" (suite et fin),par Mirta Vazquez
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" La " Remarque sur le rapport de Daniel Lagache ", comporte de multiples " suggestions de travail ". L'une d'entre elles se formule ainsi : " Les préfixes de négation ne font-ils qu'indiquer en la réoccupant la place de cette ablation signifiante ? Le tu du non-dit se trouverait ainsi dans l'homophonie du français creuser sa forme au tu d'appel, sous lequel le sujet s'enverra ses propres intimations. " La toute récente publication de l'édition enrichie du " Dictionnaire historique de la langue Française ", sous la direction d'Alain Rey, est l'occasion de rouvrir le dossier du " mot " déjà pointé par Lacan. Le Dictionnaire nous confirme que " Mot est issu (v. 980) du bas latin "muttum", "son émis", dérivé régressif de "muttire", proprement "produire le son mu", d'où "souffler mot, grommeler" ... À basse époque, "muttum" est employé dans des phrases négatives, avec le sens littéral de "ne pas émettre un son". Il en va de même des premiers emplois de "mot" en français, attesté dans les locutions "ne soner mot" "ne rien dire" (v. 980), "n'en savoir mot" ... Le sens courant "d'élément signifiant et désignatif du langage" est lui-même attesté dès la fin du XIIème siècle, mais semble longtemps limité à la locution mot à mot (1170) qui implique une segmentation du discours (probablement par l'écriture). " Nous partons donc d'une onomatopée qui se dénature au point d'indiquer la place d'une ablation signifiante. Son emploi ne s'inverse en positivité qu'à partir d'un usage de pure répétition. Il signale luvre du morcellement au sein du signifiant qu'effectue la lettre. Dans l'interprétation de cet usage historique de "mot", tout tourne autour du "probablement par l'écriture". La rupture du signifiant qu'effectue la lettre y est indiquée. Qu'il ait fallu, pour que "mot" s'impose, que le "verbe" ait perdu de sa présence est d'autant plus remarquable. " - Éric Laurent
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NUMÉRO 79 jeudi 4 février 1999
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"Le transfert dans la névrose obsessionnelle", par Lucie Wolf
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"Secrétaire de laliéné aujourdhui"(suite), par François
Sauvagnat
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"La Mujer como sintoma" (suite),par Mirta Vazquez
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" Dans un " Avis au lecteur japonais ", Jacques Lacan évoquait " le bonheur de parler chinois dans sa langue ". Ce n'est pas un bonheur facile. L'effort de l'état chinois de faire parler ses nationaux dans une langue commune est toujours d'actualité. Un article récent de l'Economist fait le point sur l'état actuel de cette quête amorcée par les nationalistes depuis 1913. Pour cette revue, dont le préjugé pousse à séparer Hong Kong du reste de la Chine, la lutte continue. À partir de la coupure de 1949, la langue commune, Putonghua, était basée sur une simplification du dialecte de Pékin, il fallait " forcer le sud à suivre le nord ". C'est maintenant un fait, Putonghua est la langue du gouvernement, de l'école, de l'université. Le régime la promeut comme l'instrument de la réforme économique. Elle est présentée comme la standardisation d'une langue commune. Le seul problème est que, pour nombre de linguistes hors de Chine, les huit " dialectes régionaux ", que chacun parle chez soi, appartiennent en fait à des familles de langues distinctes. La langue la plus parlée, le Mandarin, l'est par 800 millions des 1 milliard trois de Chinois. Le Wu, autour de Shanghai est parlé par 90 millions de personnes, le Cantonnais par 70 millions. Cela sans compter les langues plus "minoritaires". La doctrine officielle est de se boucher les oreilles et de soutenir que la preuve de l'unicité de la langue réside dans l'usage commun des caractères dans la langue écrite. La preuve concerne surtout la langue d'échange. Puisqu'il faut en passer par la grammaire générative, certains linguistes du nord affirment avoir trouvé une grammaire sous-jacente commune aux huit langues. Les linguistes de Hong Kong trouvent des preuves du contraire. Si le devenir des langues en Chine est annoncé par l'Europe, la diversité ne peut que s'approfondir. Il se prépare un bel exemple de la stratification de l'Autre. " - Éric Laurent
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NUMÉRO 78 mercredi 3 février 1999
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ÉDITORIAL
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"Ya pas moyen de savoir !"(suite et fin), par Anne Sparfel et Gaële
Le Page
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"Secrétaire de laliéné aujourdhui"(suite), par François
Sauvagnat
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"La Mujer como sintoma" (suite),par Mirta Vazquez
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" La distinction entre réel et vérité est un instrument puissant. À se confondre, réel et vérité engendrent de curieux problèmes épistémologiques. Un auteur en est récemment venu à faire rentrer la science dans la catégorie des discours promis à leur fin. Après la fin de l'histoire, la fin de la métaphysique, la fin de la politique, nous aurions devant nous la " fin de la science ". C'est le titre d'un ouvrage de John Horgan publié en mai 1997. En réponse, le truculent John Maddox, qui fut éditeur de " Nature " pendant 25 ans, connu en France pour avoir privatisé les enquêtes d'évaluation des recherches du CNRS, s'est précipité pour publier un " Ce qui reste à découvrir ". L'humour du TLS, du 29 janvier 99, est de faire critiquer l'un par l'autre. Cela permet à Horgan de préciser sa position : " L'illusion postmoderne dénie à la science la possibilité d'atteindre la vérité. Étant donné le taux de rotation rapide des théories scientifiques, ... comment une théorie pourrait-elle être considérée comme vraie ? La plupart des scientifiques rejettent cette perspective, avec raison ; une grande partie du savoir scientifique est vrai de façon permanente, comme il vrai que la terre est ronde et non plate. Mais bien des scientifiques soutiennent une position qui n'est qu'à peine plus douteuse ; ils pensent que la science pourra toujours continuer à nous donner des vérités profondes sur l'univers. " L'originalité de cet auteur est donc d'être un scientiste pessimiste, se séparant des scientistes critiques comme Maddox, toujours appuyés sur l'optimisme qui semble aller de pair avec ce genre d'enthousiasme. Dans cette présentation, ce qui s'oublie est que le rapport de la science est avec le réel et non la vérité. La science se moque bien des vérités profondes. Le court moment où la science a touché à la vérité est maintenant passé. Ce que veut dire Horgan n'est rien d'autre. " - Éric Laurent
ERRATA : dans l'Éditorial d'hier, la première mention du nom de Thomas Kuhn a sauté. Nous la rétablissons ici : "Quelques débats en cours dans la philosophie des sciences autour de l'uvre de Thomas Kuhn méritent d'être suivis".
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NUMÉRO 77 mardi 2 février 1999
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"Ya pas moyen de savoir !", par Anne Sparfel et Gaële Le Page
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"Secrétaire de laliéné aujourdhui"(suite), par François
Sauvagnat
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"La Mujer como sintoma" (suite),par Mirta Vazquez
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" Comment entendre le dit de Lacan dans sa "Note aux Italiens", " croire que la science est vraie sous le prétexte qu'elle est transmissible (mathématiquement) est une idée proprement délirante que chacun de ses pas réfute en rejetant aux vieilles lunes une première formulation " ? Quelques débats en cours dans la philosophie des sciences autour de l'uvre de Thomas méritent d'être suivis. En quel sens en particulier peut-on dire qu'une ancienne théorie est conservée ou rejetée ? Une correspondance entre Steven Weiberg (physicien) et Alex Levine (philosophe des sciences) dans le dernier numéro de la revue "New York Review of Books", daté du 18 février, mérite d'être citée. Pour Mr Levine, " même aujourd'hui on continue à utiliser une partie importante de la physique aristotélicienne comme fiction utile. L'univers à deux sphères, dans lequel la terre est traitée comme le centre d'un volume limité par la sphère tournante des étoiles fixes, est une simplification de l'astronomie aristotélicienne et ptolémaïque, qui continue à être précieuse pour les navigateurs ... Nous continuons à naviguer comme si la terre était ronde. C'est faux mais utile. La thèse de Kuhn, telle que je la comprends est que, du point de vue contemporain, il en va de même pour les lois de Newton et celles de Maxwell. " Weinberg répond : " La différence entre le Pr. Levine est moi n'est pas dans notre façon de comprendre Kuhn : elle réside dans le fait que je suis en désaccord avec Kuhn ... Je ne vois pas de difficulté à décrire une théorie approchée comme vraie ou fausse ... Par exemple, bien que les équations de Maxwell fassent référence à une approximation, elles sont néanmoins précisément vraies ... Je ne suis pas d'accord sur le fait que les théories scientifiques d'Aristote soient toujours employées comme fictions utiles car ses théories n'avaient aucun contenu. " La position de Lacan est plus proche de celle de Weinberg que de celle de Kuhn. " - Éric Laurent
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NUMÉRO 76 lundi 1 février 1999
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"Secrétaire de laliéné aujourdhui", par François Sauvagnat
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"La Mujer como sintoma", par Mirta Vazquez
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" Certains jeux de mots finissent par passer dans la langue. Le Billet linguistique de William Safire dans l'IHT de ce lundi, nous le rappelle. Il nous apprend d'où vient l'expression " le rasoir d'Ockam ". L'accord universel sur ce dont il s'agit contraste avec l'embarras dont témoignent les spécialistes sur la difficulté à savoir pourquoi le principe de parcimonie est connu sous ce nom de " rasoir d'Ockam ", plutôt que de " principe d'Ockam ", ou de " ciseaux d'Ockam " par exemple. Prenons la définition du principe de parcimonie telle que nous la donne l'Encyclopédie Philosophique Universelle des Presses Universitaires de France (Tome 2) : " Il désigne plus fondamentalement une maxime ... dont la formule est donnée par la théologie nominaliste de Guillaume d'Ockam : "il ne faut pas multiplier les entités au-delà du nécessaire". L'empirisme moderne, de Hume à la " loi d'économie de la pensée " de Mach et à Carnap fera de ce " rasoir d'Ockam " " la maxime méthodologique majeure en matière de philosopher (B. Russell) ". Le texte reste discret sur le passage au " rasoir ". Safire se fonde sur la trouvaille de Roald Hoffman, Prix Nobel de chimie, qui a recherché la plus ancienne citation du principe sous sa forme métaphorique. Il a trouvé un article publié dans " Mind " en 1918, par W.M. Thornburn citant une note en bas de page dans un ouvrage de 1746 de Condillac (il s'agit donc de l'" Essai sur l'origine des connaissances humaines "). Thorburn souligne que, dans " un éclair d'esprit français " (a flash of Gallic wit), Condillac a caractérisé le principe d'Ockam comme le " rasoir des nominalistes ". C'est un Anglais, Sir William Hamilton, qui reprendra ce jeu de mot en 1836 dans une série de conférences. L'histoire mérite d'être ajoutée aux " Formations de l'Inconscient ". - "Eric Laurent
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NUMÉRO 75 vendredi 29 Janvier 1999
- "Remarques
à propos du symptôme...", par Vincent Dachy
- "O
corpo se anima" (suite), par Marcela Antelo
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" La même livraison du "Monde des Livres" présente les témoignages de deux grands penseurs sur le même objet : leur vieillesse. Pour Jean-Toussaint Desanti, l'expérience cruciale est une réflexion : " Il m'arrive parfois, à l'âge où je suis parvenu de me prendre à penser : *Quand je serai vieux, j'aurai le loisir de m'occuper de cela que j'ai négligé.* Qui m'entendrait me prendrait pour fou. Sitôt prononcée, cette parole me pousse toujours la même question que je ne peux refuser : *Pourquoi cette étrange pensée vient-elle à toi sans que tu l'aies cherchée ? Voudrais-tu te tenir pour immortel ?* La pensée était bien privée de sens, mais le fait qu'elle soit présentée à la conscience, lui, ne l'est pas ... On se tient éveillé en reprenant son passé sur le mode d'un avenir encore possible. " Claude Lévi-Strauss, à l'occasion d'un " Mélange " offert pour son quatre-vingt-dixième anniversaire, éprouve sa division subjective dans un registre comparable : " Ainsi y a-t-il aujourd'hui pour moi un moi réel, ... et un moi virtuel, qui conserve vive une idée du tout. Le moi virtuel dresse un projet de livre, commence à en organiser les chapitres, et dit au moi réel *c'est à toi de continuer*. Et le moi réel, qui ne peut plus, dit au moi virtuel : *C'est ton affaire. C'est toi seul qui voit la totalité.* Ma vie se déroule à présent dans ce dialogue très étrange. " La démographie et l'état actuel de la médecine conjuguent leurs efforts pour que les psychanalystes reçoivent de plus en plus de demandes de sujets dont l'âge dépasse la maturité. Freud craignait pour ces cas une trop grande rigidité. Ce dont témoignent ces deux penseurs, ce n'est pas de la rigidité, mais de la division. C'est la folie commune que nous partageons tous, jusqu'au bout. Tous ne veulent pas structurer leur inconscient comme un livre, mais personne n'échappe à l'assertion de certitude anticipée. " - Éric Laurent
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NUMÉRO 74 jeudi 28 Janvier 1999
- "O corpo se anima", par Marcela Antelo
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" Dans son livre "L'homme Moïse et la religion monothéiste", Freud distingue dans l'éthique deux parties, l'une qui est un espace de négociation public, l'autre d'une évidence soustraite à cette conversation. Pour la première, il nous dit : " Une partie de ce qu'elle prescrit se justifie d'une manière rationnelle par la nécessité de délimiter les droits de la communauté face à l'individu, les droits de l'individu face à la société et ceux des individus les uns par rapport aux autres. " Pour la seconde, il l'approche ainsi : " Ce qui dans l'éthique nous apparaît mystérieux, évident d'une manière mystique. " Ces deux parties, celle qui relève de la conversation publique et celle qui relève de l'évidence silencieuse, mystique, d'une communauté, sont toujours en jeu lorsqu'on évoque l'éthique ou les droits fondamentaux du sujet. Ce point est crucial pour constituer les limites d'une communauté. Qu'est-ce que la liberté d'association ? Deux groupes d'auteurs se séparent. Pour les uns, représentants de l'école typiquement US des " droits fondamentaux ", aucune instance gouvernementale ne peut intervenir dans le mode de constitution d'une association, même si cela entraîne ségrégation. Il n'y a pas de conflits entre droits fondamentaux, il n'y a conflit qu'entre l'individu et le gouvernement. C'est la tradition où se situe Richard Dworkin. Pour d'autres, dans la même tradition libérale, les droits fondamentaux peuvent entrer en conflit, il faut donc un arbitrage de l'état au nom du bien public. C'est l'école de Michael Walzer, Charles Taylor, etc. Leur modèle est le Canada. Ce sont deux perspectives sur le sacré et le mystique. Pour les uns, il est mystiquement certain qu'il n'y a pas conflit entre droits. Pour les autres, une communauté a le droit mystique évident de sauvegarder le style de vie public qu'elle choisit. Aucune de ces deux voies légales ne nous met à l'abri de la ségrégation. " - Éric Laurent
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NUMÉRO 73 mercredi 27 Janvier 1999
- "Sobre la guerra de los pañales", par Vicente Palomera
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" À chaque style de vie sa biotechnologie préférée. En ce sens, chacune vient dissoudre à sa façon l'unité de la " nature humaine " que le bien nommé " projet génome humain " vient incarner. La consistance que peut donner la biologie à l'idée de nature humaine se vérifie dans l'usage qu'en fait un auteur comme Salman Rushdie. Grand ironiste devant l'éternel, il n'en cherche pas moins un fondement " naturel " à la solidarité. Dans un article intitulé " L'impératif de la justice naturelle pour Clinton, Hussein et Pinochet ", il soutient que Clinton et le peuple irakien méritent la compassion et non Pinochet, au nom d'une humanité partagée ". Ce partage de l'humain, il le fonde dans la biologie, et cite Edward O. Wilson, le fondateur de la sociobiologie. " "La nature humaine existe et elle est à la fois profonde et très structurée". Si tel n'était pas le cas - soyons très clairs - alors l'idée d'universaux - les droits de l'homme, les principes moraux, le droit international - n'aurait aucune légitimité. " Soyons aussi clairs. Nous ne fondons pas le lien social sur une identification génétique commune, mais sur le refus commun d'une barbarie. Il faut un point où s'incarne le " non " du partage commun. Le plus intéressant de l'article de Rushdie est que son titre porte sur trois noms propres. Ils se retrouvent comme les " trois prisonniers " de la même condition. Pour nous reconnaître une humanité commune, il faut que deux au moins puissent se reconnaître par-delà les différences. Le couple opposé formé d'ennemis politiques, Clinton/Hussein, souligne l'humanité du peuple irakien et donc la nôtre. Cette identification même suppose une exclusion, celle qui prend le nom de Pinochet où se reconnaît l'inhumanité. Cette logique conduit au moins à un rejet. C'est ce refus qui constitue le sujet comme " non animal politique ". " - Éric Laurent
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NUMÉRO 72 mardi 26 Janvier 1999
- "La
femme au Pinocchio", par Catherine Bonningue
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"Ellas se quedan entre ellas" (suite), par Julio González, Mónica Marín
et Félix Rueda
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" Pourquoi le culte marial étendit-il son empire au cours du XIXème siècle ? Un essai de François Vigouroux, récemment paru aux Presses Universitaires de France, donne une réponse "psychanalytique" à cette question. Les progrès du culte seraient dus à la synergie entre le capitalisme libéral engendré par la révolution industrielle et les effets sociaux de l'identification hystérique. Philippe Simonnot ("Le Monde" du 22 janvier), en extrait le raisonnement de l'auteur : " En contraignant leurs fils à réussir et leurs filles à leur ressembler, ces reproductrices ont été au cours des siècles les véritables instigatrices du progrès intellectuel et scientifique. Il ne s'agit ni de vivre ni d'être. Mais de devenir. Ce schéma est celui de la névrose : attendre toujours de l'autrement, du demain, de l'ailleurs, la possibilité de vivre. C'est celui sur lequel est fondé le développement économique. " C'est une façon de formuler ce que Lacan avait appelé l'hystérisation du désir dans le capitalisme comme forme du discours du maître. Voilà une source que nous réintroduisons bien volontiers dans les références de l'Essai. Cette hystérisation n'est pas seulement saisissable dans la généralisation de l'insatisfaction, elle donne son allure au style marial de l'époque : " multiplication des apparitions et des pèlerinages, miracles, promulgation du dogme de l'Immaculée Conception, fêtes innombrables, dévotion excitée, cantique emblématique. " Il est plus intéressant d'interpréter cette conjoncture comme hystérisation plutôt que " domination de la mère ", à condition de saisir en quoi " La femme " est un des Noms-du-Père. Il reste donc un chapitre à écrire dans l'étude de ces phénomènes. Il passe par la connexion entre les études sur l'esprit victorien et celles qui portent sur le culte marial. Cette mise en relation complète le tableau du Malaise. " - Éric Laurent
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NUMÉRO 71 lundi 25 Janvier 1999
- "Ellas se quedan entre ellas", par Julio González, Mónica Marín et Félix Rueda
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" La variété des biotechnologies offertes permet la manifestation d'opinions de plus en plus différenciées, spécialement du point de vue " féministe ", qui n'est plus unifié. Les héritières de Simone de Beauvoir continuent à se méfier de toute corrélation entre la position féminine et les questions de la procréation. Les tenants de la parité parlent du " reniement absurde de la nature, de la maternité, et du corps féminin en général ", et par là considèrent légitime l'élaboration d'une opinion particulière sur les conséquences des biotechnologies. La différenciation est davantage affirmée dans les différents courants du féminisme américain. Mme Jennifer Merchant, maître de conférences à l'Université de Paris-II, dans un article publié dans "Le Monde" du 21 janvier 99, en donne une description. Le courant principal, celui de la National Organization of Women (NOW) ou National Abortion Rights Action League (Naral) suit ses principes de respect du choix individuel. Les différents styles de vie doivent être respectés, comme par exemple la procréation après la ménopause. Les féministes socialistes critiquent cet individualisme et dénoncent la volonté des classes dirigeantes de tout expliquer par le modèle biologique. Les féministes afro-américaines ou ethniques considèrent que l'accent mis par le " mainstream " sur le droit à l'avortement est trop lié aux préoccupations des femmes blanches bourgeoises. Elles veulent surtout que les femmes des minorités ne puissent pas servir de cobayes. Le féminisme postmoderne se félicite de la différenciation des positions et se méfie des grands projets, tels que la cartographie du génome, qui restaurent les illusions de l'universel. Chaque groupe a ses techniques préférées et sa hiérarchie de méfiances. La logique qui est à luvre est celle ci : croire à la lamelle implique la ruine de l'âme et de son idéal d'unité. " - Éric Laurent
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NUMÉRO 70 vendredi 22 Janvier 1999
- "As time goes
by ...", par Luis Erneta
-
"L'amour du prochain et la réponse freudienne" (suite), par Jean-Claude
Encalado
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by Dick and Daisy
" Les bouleversements induits par les technologies nouvelles en biologie dans les systèmes légaux se produisent de plus en plus vite. "Ornicar ? digital", dans son éditorial du numéro 54, le 10 décembre 1998, commentait la portée de la technique de culture de cellules embryonnaires totipotentes. La nouvelle était annoncée dans le numéro de la revue "Science" de la semaine. Un peu plus d'un mois plus tard, le 19 janvier, le directeur des Instituts Nationaux de santé US en tire la conséquence : le secteur privé ne sera pas laissé seul dans la poursuite des recherches sur la création d'une industrie de clonage qualifié de "thérapeutique". Tant qu'il s'agissait de débats sur l'embryon, il était facile de légiférer et de mettre des bornes. La forme du corps, observable grâce à l'échographie, même réduite à six centimètres, introduisait " de l'un ", permettait de nommer. On pouvait penser en termes de " future personne humaine ". Ce n'est plus possible. Les cultures de cellules totipotentes ou cellules ES (Embryonic Stem), nous font penser en termes de " composante de vie humaine pouvant être utile aux personnes humaines vivantes et malades ". C'est ce que note Mme Noëlle Lenoir, Présidente du comité d'éthique de l'Union Européenne, dans un entretien donné au journal "Le Monde", vendredi 22 janvier. Un nouveau vocabulaire surgit sous nos yeux. On oppose clonage reproductif, toujours interdit, et clonage thérapeutique pour mettre au point des organes de remplacement. L'opposition sera bientôt inopérante, " l'un se banalisant et l'autre restant banni ", comme le note Jean-Yves Nau. La nomination viendra des guides de procédures techniques. Les NIH vont en produire un. En Europe, la situation est incohérente. L'Angleterre et la Belgique vont bientôt publier des " guidelines ". En France, les travaux sont " de facto " interdits. Dans ces difficultés, nous vérifions la différence entre la forme du corps et l'objet que l'on en extrait. Les cellules ES ne nous font pas croire à l'âme, mais à la lamelle. " - Éric Laurent
NUMÉRO 69 jeudi 21 Janvier 1999
- "La
"instancia de la letra" y sus relaciones con el escrito", par Marco
Mauas
-
"L'amour du prochain et la réponse freudienne" (suite),par Jean-Claude
Encalado
- "El
suenyo del sentido" (suite et fin), par Mario Goldenberg
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by Dick and Daisy
" Dans le même temps où l'on extrait du corps tout ce que l'on peut pour le morceler, sa mortification passionne. Ce sont deux façons distinctes d'éprouver l'étrangeté du corps. Elles peuvent cependant se confondre. L'histoire du portrait témoigne de son extraction comme image signifiante, et de la mortification qu'elle implique. Cette image signifiante est d'un autre ordre que celle qui règle " la scopie des corps ". L'exposition récente à Paris d'un type particulier d'images dit " portraits du Fayoum " dévoile un moment de l'histoire du " rapport à son propre corps comme étranger ". Ces portraits funéraires gréco-romano-égyptiens sont une des étapes sur le chemin qui mène " du masque au visage, puis du visage à la répétition de la face et du type dans l'icône ". Portraits ressemblants ou icônes typologiques, les deux sont extraction signifiante. Jean-Christophe Bailly, dans son "Essai sur les portraits du Fayoum", le met particulièrement en valeur à la suite d'André Grabar. À travers deux témoignages du IIème siècle, l'un tiré des Actes apocryphes de l'apôtre Jean, l'autre d'une déclaration de Porphyre, nous voyons combien le portrait était avant tout saisi comme celui d'un mort. Jean, voyant son portrait qu'avait commandité un élève, Lycomède, lui dit : " Ce que tu viens de faire est puéril et imparfait : tu as peint le portrait d'un mort. " Plotin, refusant que l'on fasse son portrait disait : " N'est-ce pas assez de porter cette image dont la nature nous a revêtus ? Faut-il encore permettre de laisser derrière nous une image de cette image ... comme s'il s'agissait d'une chose digne d'être vue . " La volonté de se détacher du corps si opposée à celle de la Grèce classique aboutit au même point : l'âme. C'est ce que Lacan nous a fait entendre : " Le rapport à son propre corps comme étranger ... c'est ce qui fait croire à l'âme, à la suite de quoi on en vient à penser qu'on a une âme. " " - Éric Laurent
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NUMÉRO 68 mercredi 20 Janvier 1999
- "El
suenyo del sentido", par Mario Goldenberg
- "L'amour
du prochain et la réponse freudienne" (suite), par Jean-Claude Encalado
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" À mesure que nous savons mieux extraire des objets du corps, le morceler en objets d'échange, ceux-ci imposent leur logique d'extraction et de redistribution. Nous le voyons avec le sang. Le livre récemment paru chez Knopf, de Douglas Starr, "Blood : An Epic History of Medecine and Commerce", nous en donne une histoire. Helen Epstein en rend compte dans la "New York Review of Books" du 4 février 99. La découverte de la circulation par William Harvey au dix-septième siècle est tardive. Les médecins ont dès l'antiquité, en Grèce et en Égypte, pratiqué la saignée. À défaut de pouvoir distribuer largement une pharmacopée, ils extrayaient largement le " kakon ", le mauvais objet interne. Une fois la circulation découverte et les premières transfusions de sang animal tentées, l'histoire est celle d'une déshabitation progressive de toutes les qualités et des esprits vitaux que le sang était censé transporter. C'est aussi l'histoire d'une épidémiologie de ce qu'il transporte effectivement. Les pionniers qui ont marqué l'histoire de la transfusion, comme Alexis Carrel, mystique eugéniste, ou le japonais Ryochi Naito, bourreau expérimentateur, soulignent l'horreur qui enveloppe cette histoire bien avant celle qui est propre à la réduction du sang à un objet d'échange. La première urgence de nettoyage des banques de sang n'est pas née du virus HIV, mais de celui de l'hépatite B, à partir des années soixante. Elle donne lieu à des transferts de responsabilité entre états et à la rupture avec les pratiques d'achat de sang auprès de particuliers. C'est la lutte contre le HIV qui révèle combien l'extraction de l'objet à partir de donneurs " volontaires " ne séparait pas suffisamment les populations à risque. Elle fait apparaître les inerties administratives aussi bien que les méfaits de la privatisation à outrance. L'anthropologue Mary Douglas y voit une idéalisation de la communauté face aux corps impurs. Nous dirons que l'idéal communautaire a tenté de maîtriser l'objet et son histoire propre de la pire manière. La psychanalyse peut aider à aborder ces obscurs objets du ressentiment. " - Eric Laurent
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NUMÉRO 67 mardi 19 Janvier 1999
-
"L'instance de la lettre dans l'inconscient japonais", par Shinya
Ogasawara
-
"L'amour du prochain et la réponse freudienne" (suite), par Jean-Claude
Encalado
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by Dick and Daisy
" Le monde de la reproduction mécanique contribue sous toutes ses formes à la prolifération des faux-semblants. La multiplication des images, l'ubiquité de la reproduction du son, la prolifération des objets à jeter, l'offre constante de choses à dévorer produisent une bizarre étrangeté. Nous avons à la fois la satisfaction pulsionnelle généralisée et l'accentuation du rapport à l'objet perdu. La science, loin de nous délivrer de l'idolâtrie de la mimésis, l'accentue. L'objet technique veut se faire notre partenaire et pour cela nous trompe, à notre plus grande satisfaction. Aux objets reproduits, dont Walter Benjamin a parfaitement décrit les conséquences sur le goût, il faut ajouter l'ordinateur. Il nous trompe toujours plus en devenant multimédia, par la facilité de l'interface et de son écran. Plus profondément, il nous trompe par la facilité de " l'émulation ". Le terme désigne la capacité d'un type de logiciels à imiter le fonctionnement d'un autre type de programme si parfaitement que le phénomène de duplication devient invisible. John Markoff , du New York Times, décrit un pas de plus sur cette voie. " Depuis quatre ans, un programmeur suisse, Mr Julliard, a coordonné un projet international peu remarqué, qui a pour but de permettre aux utilisateurs de PC de faire tourner leurs programmes dépendant de Windows sur des programmes dépendant de Linux-un système distribué gratuitement, dont les pratiquants voudraient le voir détrôner l'hégémonie de Microsoft. " Le succès n'est pas encore en vue, mais l'état des choses s'en rapproche. Pour d'excellents motifs démocratiques ou de vilains motifs de vouloir occuper la place, peu importe. C'est maintenant au niveau de l'écriture même que se produit le double, l'écart, la menace de faire le mauvais choix, l'obsolescence programmée, sans que nous n'en sachions rien. L'écriture , au-delà du miroir, produit une forme nouvelle du masque. " - Eric Laurent
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NUMÉRO 66 lundi 18 Janvier 1999
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ÉDITORIAL
-
"L'amour du prochain et la réponse freudienne", par Jean-Claude Encalado
- "El
padre como sintoma" (suite et fin), par Ronald Portillo
- "La
"fraternité discrète" ou les sources anglaises du cartel" (suite et
fin), par Philippe Cullard
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" Le Herald Tribune nous présente aujourd'hui, sous la plume d'Erica Goode, du New York Times, le nouveau visage de la politique de la psychanalyse dans la civilisation américaine. Il s'agit de Robert Pyles, président de l'Association Psychanalytique Américaine. Celle-ci regroupe 3200 membres, soit un tiers environ des psychanalystes praticiens aux USA. La crise que traverse la profession a donné lieu à une plus grande ouverture. Il veut en être le représentant : " La rigide orthodoxie néo-freudienne, qui a longtemps verrouillé la psychanalyse américaine, a laissé la place peu à peu à un pluralisme théorique plus aimable, et, changement radical, il n'est plus nécessaire d'être médecin. Comme en un écho des années pionnières, les femmes sont de nouveau très présentes, donnant une perspective féministe à une théorie traditionnellement masculinisée ... Les congrès annuels étaient jusqu'à il y a peu peuplés d'hommes grisonnants en costume sombre. Les discussions se centraient sur des thèmes étroitement techniques et pratiques, sans référence aux événements du monde extérieur. En opposition, le public des récentes manifestations incluait des analystes plus jeunes, beaucoup de femmes, et quelques représentants des minorités. Les tables rondes avaient pour thème la race, l'adoption, l'homophobie, les abus sexuels. Les psychanalystes parlaient de leur travail dans des environnements atypiques : équipes de base-ball, crèches, équipes de prévention policières. Des perspectives théoriques nouvelles figuraient au programme : la relation d'objet, la psychologie du self de Kohut, et la psychanalyse lacanienne. Cependant, la différence la plus frappante était dans la façon dont les analystes parlaient de leur interaction avec leurs patients. " Le terme clef est lâché. Ce qui unit le pragmatisme éclectique de chacun est la référence au contre-transfert. " - Éric Laurent
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NUMÉRO 65 vendredi 15 Janvier 1999
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ÉDITORIAL
- "El
padre como sintoma", par Ronald Portillo
- "La
"fraternité discrète" ou les sources anglaises du cartel" (suite),
par Philippe Cullard
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by Dick and Daisy
" Nous terminerons aujourd'hui, avec le dernier éditorial de la semaine, notre visite de l'exposition consacrée par la Bibliothèque du Congrès à Freud - ou plutôt de son livre compagnon. Oliver Sacks, professeur de neurologie à New York et auteur à succès (Awakenings), épingle la " nachträglichkeit ", " l'après-coup " lacanien, comme le mécanisme central de l'inconscient freudien. À la suite d'Arnold Modell, il propose de traduire le terme par " retranscription ". La mémoire comme mécanisme de transcription et de retranscription rejoint une conception dynamique de la neurologie. " Dans le dernier tiers du vingtième siècle, l'essentiel de la neurologie et des neurosciences a rejoint une conception dynamique et constructionnelle du cerveau ... Gerald Edelman surtout a créé un modèle neurobiologique très détaillé de l'esprit ... où à travers des recatégorisations répétées à des niveaux de plus en plus hauts, on atteint finalement la conscience. Ainsi, pour Edelman, toute perception est une création et tout souvenir est une re-création où une recatégorisation. " Sacks voit ainsi une réconciliation entre neurologie et psychanalyse, entre sens et science, entre le darwinisme de Freud et le " darwinisme neuronal " d'Edelman. Ce n'est pas cette réconciliation trop générale que nous cherchons. Il nous suffit de savoir que la neurologie n'est pas incompatible avec le mode de fonctionnement de l'inconscient. L'intérêt du modèle d'Edelman est surtout de critiquer la notion de représentation mentale et la conception d'un esprit-ordinateur. Par l'importance qu'il donne à la métaphore et la métonymie comme modes de construction des catégories, il critique toute sémantique figée. Il nous fait saisir à quel point la relation de similitude est étrange. C'est l'occasion pour nous de relire combien la façon dont Lacan l'a saisie a évolué au cours de son enseignement. " - Éric Laurent
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NUMÉRO 64 jeudi 14 Janvier 1999
- - "
Le modèle, lexemple, lexception" (suite et fin), par Monique
Amirault
- "La
"fraternité discrète" ou les sources anglaises du cartel", par
Philippe Cullard
- "Una
palabra real" (suite et fin), par Susana Huler
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by Dick and Daisy
" Dans sa contribution au volume " Freud : Le conflit et la civilisation ", Robert Coles, psychiatre d'enfants, élève d'Erick H. Erickson, lui-même analysant d'Anna Freud, pur produit donc de l'ego psychology, rapporte une série d'entretiens inédits réalisés avec ces deux analystes. Les entretiens portaient sur la réception de la psychanalyse aux USA, l'évolution des analystes et celle des analysants. Dans ce recueil, une déclaration d'Anna Freud frappe par la simplicité avec laquelle elle désigne un problème pour la psychanalyse. C'est un entretien réalisé en 1970 à l'Université de Yale. " Dans les premières années de la psychanalyse, nous pouvions tenir le Surmoi pour acquis : il était "là", c'était une présence énorme dans la vie de nos patients. Maintenant, ce n'est plus toujours le cas - maintenant beaucoup d'entre nous sont presque surpris quand nous rencontrons quelqu'un qui veut être analysé et qu'il y soit poussé par une conscience sévère qui ne le lâche pas. Maintenant ce sont les instincts qui sont - comment le dit-on de nos jours - partout, avec aucune voix à l'intérieur qui dise non ou peut-être dirais-je, sans un simple murmure, si l'on fait une comparaison avec autrefois. " On reconnaît bien l'Anna Freud moraliste sévère, un brin déphasée, qui pouvait déclarer en 1953 ne pouvoir rien faire pour des enfants de parents divorcés. Elle désigne cependant bien l'expérience qu'ont fait les psychanalystes d'une génération. Celle du passage au " mode de jouir contemporain ", que désigne Lacan en 1973, auquel Jacques-Alain Miller donnait le mathème a > I. Ce que n'aperçoit absolument pas Anna Freud, c'est que tout ce qui est permis est obligatoire. C'est ainsi que notre surmoi est devenu le " jouis ! " que tous entendent. Il fallait d'abord résoudre ce problème pour pouvoir aborder ce que peut être l'éthique de la psychanalyse. " - Éric Laurent
NUMÉRO 63 mercredi 13 Janvier 1999
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ÉDITORIAL
- "Una
palabra real", par Susana Huler
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"Le partenaire manquant" (suite et fin), par Yves Depelsenaire
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by Dick and Daisy
" Mme Ilse Grubrich-Simitis est l'excellente éditrice de l'essai métapsychologique de Freud retrouvé dans les papiers de Michael Balint. Dans sa contribution au volume " Freud : le conflit et la civilisation ", elle présente quelques trouvailles rencontrées dans son examen des notes manuscrites laissées par Freud à la Bibliothèque du Congrès. L'une d'entre elles, non datée, porte le titre " Citations et analogies ". Elle est ainsi rédigée : " Pour l'attitude correcte envers le travail d'interprétation : Burckhart. Histoire de la civilisation grecque p. 5, l'effort intense est le moins à même d'obtenir le résultat désiré ; une écoute tranquillement attentive ainsi qu'une application régulière mène plus loin. " Dans une lettre à Fliess, datée du 30 janvier 1899, Freud reparle de sa lecture de Burckhardt, sans lui confier l'essentiel : " Pour me délasser, je lis l'Histoire de la civilisation grecque de Burckhart qui me procure des parallèles inattendues. " Mme Grubrich-Simitis y voit justement la source de la mal traduite " attention flottante ". Cela nous confirme qu'elle vient bien des disciplines interprétatives en général. L'introduction de luvre de l'historien comporte d'autres développements qui ont inspiré Freud. Il peut dire que la recherche sur d'anciennes civilisations vit " de ce que les sources et les monuments nous communiquent non intentionnellement, ... inconsciemment ". Ce que Burckhardt cherche à suivre, c'est la voie de l'historien. Par là, il trouve ce qu'il nomme " l'intérieur d'une humanité disparue ". Pour Michelet, il fallait " ressusciter " le passé. Pour Ranke, s'assurer d'atteindre " ce qui avait été ". Freud, lui, par son " attention d'égal niveau " cherche à suivre la voie de l'inconscient, celle qui s'entend et ne se suit qu'entre les lignes. " - Éric Laurent
NUMÉRO 62 mardi 12 Janvier 1999
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ÉDITORIAL
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"El retorno de las pasiones", par German Garcia
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"Le partenaire manquant" (suite), par Yves Depelsenaire
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" La dernière partie, critique, du livre compagnon de l'exposition " Freud : Conflit et Civilisation " comporte un article caractéristique des rapports conflictuels entre la civilisation américaine et la psychanalyse. L'auteur, Muriel Dimen, est psychanalyste, professeur de psychologie dans l'enseignement postdoctoral en psychothérapie et psychanalyse de l'Université de New York. Elle est la représentante des " gender studies " et de l'approche féministe dans les critiques adressées à la psychanalyse freudienne. De cette place, elle n'ignore pas l'enseignement de Lacan. Ce qui en est maintenant connu est la doctrine classique du phallus. Elle en donne une version amusante : " Dans la pensée psychanalytique, le pénis était autrefois un organe biologique que les petits garçons avaient et que les petites filles voulaient. Beaucoup d'objets, y compris les cigares, le symbolisaient. Ce n'est plus le cas. Le pénis de Freud est devenu le phallus de Lacan, qui est à la place de ce que tous veulent et personne ne peut avoir : être l'objet du désir de la mère, un état de grâce et de pouvoir impossible, qui n'est même pas accordé au père ... " Cette théorie n'est cependant pas reçue sans gêne : " Personne n'a encore clairement expliqué pourquoi le phallus doit être le symbole humain clef. " Muriel Dimen cite Judith Butler qui peut dire : " Alors que dans la relation d'objet la sexuation apparaît être une détermination qu'un sujet pré-existant acquiert, la différence des sexes dans la théorie lacanienne apparaît constituer la matrice qui donne lieu au sujet lui même. " Elle ne s'en remet pas moins à Elizabeth Grosz qui s'oriente ainsi : " La relation entre le pénis et le phallus n'est pas arbitraire mais elle est politiquement déterminée. " Quoi qu'il en soit, les lettres de Lacan font leur chemin dans la Bibliothèque du Congrès. " - Éric Laurent
NUMÉRO 61 lundi 11 Janvier 1999
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ÉDITORIAL
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"Le partenaire manquant", par Yves Depelsenaire
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"Identifizierung durch das Symptom" (suiteet fin), par Roberto Mazzuca
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" Anna Freud, dès 1970, choisit de donner l'ensemble de ses papiers à la Bibliothèque du Congrès des États-Unis. Il y a maintenant environ 50.000 items " freudiens " dans les collections de la Bibliothèque. L'exposition qui a actuellement lieu à Washington, sous le titre " Freud : Le conflit et la civilisation ", qui voyagera d'abord à New York, puis à Vienne, permet de voir l'essentiel du dépôt. En quoi est-il en lieu sûr ? L'exposition a été retardée pendant un an en raison des critiques les plus diverses envers son principe. Elle était pour certains trop à la gloire de Freud, pour d'autres trop liée aux institutions de psychanalyse, pour d'autres encore trop à la gloire de la psychanalyse elle-même. Le livre compagnon de l'exposition, " Freud : Conflict and Culture, Essays on his life, work and legacy " (edited by Michal S. Roth, Alfred A. Knopf, New York, 1998), inclut les universitaires freudiens américains que l'on pouvait attendre, Harold Blum, Peter Gay, Patrick Mahony, ou l'Anglais John Forrester. Pour contenter tout le monde, une dernière partie accueille l'anti-freudien Adolf Grünbaum, le populaire neurologue Oliver Sacks, ou le psychiatre Peter Kramer " à l'écoute du Prozac ". On ne cesse de publier sur la psychanalyse. Les publications " contre " incluent des titres comme " Madness on the couch, Blaming the victim in the heyday of psychoanalysis, By Edward Dolnick, Simon & Schuster, 1998 ", dans lequel on raille la croyance à la psychogenèse de la psychose, et l'efficacité clinique du traitement, tout en constatant que l'homme aux loups est mort à 84 ans en vitupérant allègrement contre Freud. Les publications " pour " , comme " Open minded, working out the logic of the soul, By Jonathan Lear, Harvard University Press, 1999 ", soulignent que l'inconscient freudien nous a éveillé à ce que " l'homme fabrique plus de sens qu'il n'en a l'usage ". Pour et contre cheminent vers un inconscient freudien structuré comme un langage. Que ce puisse être un savoir dans le réel reste hors limites. " - Éric Laurent
NUMÉRO 60 vendredi 8 Janvier 1999
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ÉDITORIAL
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"" Les mots sont des buissons dépines ... "", par
Marlène Belilos
-
"Identifizierung durch das Symptom" (suite), par Roberto Mazzuca
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
" L'exception de l'Islande présente de multiples facettes. Ce pays vient d'entrer dans l'histoire comme celui qui a passé le premier contrat constituant le patrimoine génétique des citoyens d'un état en objet d'échange. La société " De Code Genetics ", liée à Hoffmann-La Roche, a obtenu le 17 décembre 98 le droit de constituer, ainsi que l'utilisation exclusive pendant douze ans, du " fichier médical et génétique des 270.000 habitants du pays ". Gérard Lemarquis, dans le journal " Le Monde " du 18 décembre explique les raisons du choix de l'Islande pour en faire " le laboratoire des recherches génétiques du XXIème siècle ". " La population de l'île est homogène. Elle a été coupée pendant mille ans de l'extérieur et, le spectre génétique de ses habitants ne présentant pas de fortes disparités, la recherche des gènes porteurs de maladies devrait y être plus aisée qu'ailleurs. Le premier colon a mis les pieds en Islande en 874 et le manuscrit du livre de la colonisation donne la généalogie de tous les premiers habitants. Les registres d'églises se sont bien conservés dans un pays qui n'a jamais connu la guerre, et les liens de parenté peuvent être facilement retracés. " L'exception islandaise, son isolement, vient d'être transformée en un laboratoire de biologiste. Que ce ne soit pas une institution d'état qui s'en soit chargée pose des problèmes. Le plus important est la transparence de la gestion des fichiers généalogiques, génétiques, médicaux. L'anonymat des résultats risque clairement de se transformer en secret de polichinelle. Ce n'est cependant pas l'essentiel. Au-delà, l'Islande réussit son inscription dans la biologie. L'exception islandaise démontre que la globalisation, la fin des isolats, n'est qu'un effet de l'universalisation permise par le discours de la science. L'isolat ne cesse pas, il se déplace. L'exception n'est plus définie que d'une place dans l'histoire d'une science. " - Éric Laurent
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NUMÉRO 59 jeudi 7 Janvier 1999
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ÉDITORIAL
-"Une
référence de Freud : R.R. Marett", par Jean-François Lebrun
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"Identifizierung durch das Symptom" (suite), par Roberto Mazzuca
- "Temps
illimité et psychose" (suite et fin), par Augustin Ménard
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by Dick and Daisy
" Continuons notre voyage au pays des exceptions. Ce qui fait l'exception de l'euro est son pur lien à une doctrine de sciences économiques. L'Europe prend ainsi une distance par rapport au poids de l'histoire qui marque son exception. Lacan signalait par contraste l'exception américaine comme un refus de l'histoire. C'est un point de vue hégélien, lui pour qui les États-Unis d'Amérique, en abrégé : l'Amérique, étaient " la terre de l'avenir ... une terre d'espoir pour tous ceux qui sont fatigués du grenier historique de la vieille Europe ". Jacques-Alain Miller vient d'attirer notre attention dans son séminaire de politique lacanienne sur un livre, "American exceptionnalism", où l'auteur cherche à définir par un autre biais l'exception américaine. Gertrude Himmelfarb, dans le "Times Literary Supplement" en date du premier janvier 1999, résume ainsi les thèses d'"American exceptionnalism" : " Voilà ce qui est unique à propos de l'Amérique : la "nouvelle science de la politique" était présente dès la création du nouvel état. " Dans cette ligne et celle des travaux de Leo Strauss, Mr James Ceaser, dont nous parle Mme Himmelfarb, peut dire : " L'expérience de l'Amérique est liée aux sciences politiques à un degré qui surpasse celui de tout autre nation. Le gouvernement y a été établi avec l'aide des sciences politiques, et les fondateurs des États-Unis peuvent revendiquer le fait de les avoir réintroduites en tant que force pratique dans le monde pour la première fois depuis l'antiquité . " Certes, il y eût la révolution française, mais elle engendra les théoriciens contre-révolutionnaires, qui se sont servi des progrès de la biologie au dix-neuvième siècle pour justifier l'inégalité, spécialement par les théories raciales. Le dix-neuvième européen eût besoin d'autres prophètes que les professeurs de sciences politiques pour établir les régimes républicains. Les conséquences de ces exceptions-là seront aussi à considérer. " - Éric Laurent
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NUMÉRO 58 mercredi 6 Janvier 1999
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ÉDITORIAL
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"Identifizierung durch das Symptom", par Roberto Mazzuca
- "Temps
illimité et psychose", par Augustin Ménard
OUR PICA-PICA by Dick and Daisy
" Jusqu'où le travail est-il la source cruciale de l'identification du sujet moderne ? Freud, qui a vécu le passage à la généralisation du travail propre au vingtième siècle, éprouve quelques difficultés à le classer dans sa théorie de la sublimation. " En l'absence de dons spéciaux de nature à orienter les intérêts vitaux dans une direction donnée, le simple travail professionnel, tel qu'il est accessible à chacun, peut jouer le rôle attribué dans Candide à la culture de notre jardin. Aucune autre technique de conduite vitale n'attache l'individu plus solidement à la réalité. " Freud voyait dans les limites du travail un des noms de l'impossible : " La grande majorité des hommes ne travaillent que sous la contrainte de la nécessité, et de cette aversion naturelle pour le travail naissent les problèmes sociaux les plus ardus. " Lacan interroge la limite du travail d'une autre façon, en nous demandant : " Pourquoi enfin l'instance sociale de la femme reste-t-elle transcendante à l'ordre du contrat que propage le travail ? " Le travail comme contrat porte en ses germes l'extension du travail au-delà de ce que nous avons jusqu'ici appelé comme tel. La réouverture du débat sur la limitation du temps de travail a pu se faire en réaction à l'installation du chômage de masse. Il fait valoir les limites de la propagation du travail. L'écart jamais vu dans l'histoire entre la durée moyenne de vie et le retrait du marché du travail change le sens d'une " vie de travail ". La notion d'un revenu minimal hors d'un lien au travail, ainsi que la constatation d'une " misère salariée " empêche les discours convenus sur l'idéal de vertu du travail. L'écart entre revenus du capital et du travail y contribue de même. Ce que nous voyons poindre c'est que tout, inactivité, retraite, chômage, travail à temps partiel, à durée déterminée, mi-temps et emplois multiples, devra relever de l'ordre du contrat et non plus se tenir dans l'ombre négative du seul contrat de travail. Nous pourrons alors nous demander ce qui, dans l'instance sociale du Malaise, reste en deçà de l'ordre du contrat généralisé. " - Éric Laurent
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NUMÉRO 57 mardi 5 Janvier 1999
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ÉDITORIAL
- "True
story", par Gustavo Dessal
- "
Le modèle, lexemple, lexception" (suite et fin), par Monique
Amirault
- "Si
puo fare una diagnosi di prepsicosi?" (suite), par Piero Feliciotti et
Carlo Vigano
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ÉDITORIAL
" Il est très difficile pour la psychiatrie de s'en tenir strictement au
modèle médical et sa conception de la résistance. Nous lisons dans "Le Monde"
du 5 janvier, dans la bouche de David Heymann, directeur exécutif du Groupe organique des
maladies transmissibles à l'OMS que " nous constatons que les antibiotiques
commencent à s'affaiblir face à des germes de plus en plus évolués ", et
face à de multiples difficultés et au surgissement de nouvelles maladies infectieuses,
il conclut : " Plus généralement c'est la prévention de la maladie qui
constitue le seul moyen sûr de prévenir la résistance. " Le 28 décembre,
l'IHT nous annonce que le Président Clinton va proposer un crédit de 25 millions de
dollars pour aider à mettre au point un super antibiotique pour lutter contre les super
virus, les "superbugs" qui résistent toujours plus. Le 4 janvier, dans un
article sur lequel Jorge Forbes a attiré mon attention, le professeur Gilles Bouvenot,
directeur de l'Observatoire National des prescriptions et consommation des médicaments,
fait savoir que cet organisme vient de rendre public les deux premiers rapports sur la
prescription en France de deux classes de médicaments : les antibiotiques et les
antidépresseurs. Pour les antibiotiques, " il a formellement confirmé la trop
fréquente prescription de ces médicaments au cours d'infections virales, situations dans
lesquelles ils ne sont pourtant pas efficaces ". Pour les antidépresseurs, ils
relèvent " une tendance préoccupante des prescripteurs à ne pas réserver
l'usage des antidépresseurs aux seuls déprimés. Non seulement tous les patients ne sont
pas justiciables de ce traitement, mais il y a une propension à les traiter plus
longtemps qu'il ne le faudrait ". Bientôt, nous pourrions avoir des rapports
mettant en rapport la fréquence des dépressions résistantes et la trop grande
générosité de distribution du médicament. Il faudrait là aussi de la
prévention. " - Éric Laurent
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NUMÉRO 56 lundi 4 Janvier 1999
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"Nossa Pica", par Francisco Paes Barreto
- "
Le modèle, lexemple, lexception", par Monique Amirault
- "Si
puo fare una diagnosi di prepsicosi?" (suite), par Piero Feliciotti et
Carlo Vigano
OUR PICA-PICA
by Dick and Daisy
ÉDITORIAL
" Cette nouvelle année est l'occasion de réfléchir sur les acceptions sémantiques. Nous avons appris, spécialement les Européens parmi nous, que nous disposons maintenant d'une monnaie unique. Le terme choisi en français est étrange. C'est en fait une monnaie unique à onze pays. C'est plutôt une monnaie commune. D'autres pays sont déjà en lice pour adopter cet usage s'il se révèle vraiment tenir le coup à l'épreuve. À la nommer unique sur un espace donné, on a choisi d'accentuer le distingué plutôt que le commun. Cela fait rupture avec " le marché commun ". Nous pouvons donc maintenant parler de " notre avenir de monnaies uniques ". L'anglais dit " single currency ". Cela fait entendre l'unique du singleton. Si cette monnaie est unique c'est moins parce qu'elle est partagée par onze, qu'elle est la première monnaie entièrement créée à partir d'une théorie. C'est du savoir qui passe dans l'effectivité. Cette monnaie n'est pas liée à un pouvoir souverain, à un privilège régalien ou à un effet historique évident. Un iconologue regrettait que les billets qui allaient circuler ne présentent pas de visages et d'exemples choisis dans l'histoire, comme le fait par exemple le dollar US. Peut-être ne mesurait-il pas suffisamment le point de nouveauté. L'imaginaire de la rivalité dollar/euro fait écran sur ce point. Le dollar était la monnaie du premier état " moderne " de l'histoire, un état déduit de la théorie des lumières. Il pouvait avoir confiance en Dieu et en ses pères fondateurs. Rien de cela ne figurera sur l'euro. Les pères sont effacés. C'est une monnaie déduite strictement d'un calcul. Il n'y aura plus d'image, ou du moins plus jamais les mêmes. Il y aura ces sondages d'opinion que sont les cours des monnaies. C'est suffisant pour que le sujet supposé savoir soit en place. Ce ne le sera pas forcément d'ailleurs toujours. " - Éric Laurent