" QUELQU'UN A-T-IL UNE ALLUMETTE ? " -J'ai des dons, je vous assure… je sais jouer, je serai très bien dans votre pièce, je le sens. Je peux avoir l'air plus jeune, plus petite, tout ce que vous voulez… Je vous en prie, laissez-moi faire une lecture… De haute taille, d'une extrême minceur, le visage long, le cheveu noir, le metteur en scène Georges S. Kaufman écoute la frêle jeune fille qui, d'un trait, presque sans respirer, lui lance cette supplique. Il prépare le montage au Lyceum Theater de New York de Franklin Street, la nouvelle pièce d'Arthur Sheekman et Ruth Goetz. L'histoire d'un ancien acteur dirigeant à Philadelphie au début du siècle une école d'art dramatique et protégeant ses pensionnaires des coureurs de jupons. Surpris par l'audace de cette gamine, il se contente de répondre : -Eh bien, il pourrait y avoir quelque chose. Venez donc la semaine prochaine à la lecture et nous verrons… -Oh, merci, monsieur Kaufman, je serai là sans faute. Vous ne regretterez pas. Merci, monsieur Kaufman, s'enthousiasme Betty avant de disparaître. Plus heureuse qu'un prisonnier libéré de ses chaînes Betty sautille dans les rues d'un New York baigné de soleil. Elle ne doute pas que son culot va enfin lui permettre de décrocher ce rôle et lui ouvrir les portes de Broadway. A 18 ans, Betty a tellement envie d'être comédienne à part entière qu'elle ne ménage pas sa peine. Son impétuosité est la seule richesse dont elle use et, parfois même, abuse. Une énergie héritée de sa mère, Natalie et de sa grand-mère Sophie, deux femmes aux tempéraments d'airain façonnés par les épreuves. Née en Roumanie, Natalie débarque en Amérique lorsqu'elle a tout juste deux ans. Max Weinstein-Bacal , son père, jusque-là marchand de blé vient de faire faillite. A ses yeux, le Nouveau monde tient lieu de planche de salut. Avec sa femme, Sophie, Natalie et ses deux autres enfants, Albert et Renée, déniche en plein centre de New York un appartement de fortune au confort des plus sommaires. Il achète une voiture à bras et s'improvise marchand d'ustensiles ménagers. Plus tard, grâce à la générosité de cousins habitant le Bronx, il achète une confiserie où travaille son épouse en même temps qu'elle élève ses trois enfants bientôt rejoints par deux charmants bambins répondant aux prénoms de Charlie et Jack. Max, affligé d'un goitre, suit un traitement médical affaiblissant son cœur chaque jour davantage. A cinquante-cinq ans, après une après-midi passée au cinéma, il décède laissant Sophie face à son destin de mère devant continuer contre vents et marées à donner le meilleur à ses enfants qui, très vite, doivent se mettre au travail pour améliorer l'ordinaire. Ne cédant rien à la mélancolie, elle s'échine à faire prospérer son commerce sans jamais se départir de sa bonne humeur et inculque à chacun une règle de vie où on protège les siens et où on laisse les squelettes dans un placard. A vingt ans, Natalie décroche un travail de secrétaire en même temps qu'elle rencontre William Perske, un beau jeune homme travaillant dans une entreprise de fournitures médicales. Immédiatement séduite, elle l'épouse puis met au monde le 16 septembre 1924, à deux heures du matin, une petite fille baptisée Betty. |
170 pages - 94 F ( 14,33€ ) (Ed.Acropole) |
En février 1944, alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage en Europe et dans
le Pacifique, dans l'anonymat d'un tournage d'un futur chef-d'œuvre, Le
Port de l'angoisse d'Howard Hawks, un acteur plein de talent mais au caractère
bourru tombe sous le charme d'une actrice de dix-neuf ans. Pleine d'assurance,
la beauté blonde qu'est Lauren Bacall fait chavirer le cœur meurtri d'un Humphrey
Bogart âgé de plus de quarante-cinq ans. "Quelqu'un a-t-il une allumette ?" Une première réplique en forme d'étincelle pour sceller une liaison solide entre deux êtres si différents, que seule la mort de Bogie treize ans plus tard en 1957 brisera. |
VIENT DE PARAITRE |
Lauren Bacall - Humphrey Bogart, un amour sans nuages |