Les couleurs sont dans la nature et elles ont toujours fasciné les hommes [18]. Mais comment expliquer le bleu d'une fleur, le vert des prés, le rouge du soleil couchant, le blanc de la neige ? Et les couleurs de l'arc en ciel ? Une première façon de les expliquer fut de les représenter, par la peinture du corps humain, des parois de caverne, par la teinture des vêtements. La couleur fut alors mise en oeuvre comme reproduction et première explication de la réalité, comme représentation aussi, avant d'être mise en théories. L'histoire de ces théories de la couleur est passionnante, car elle est le lieu de rencontre des peintres, poètes, alchimistes, scientifiques de tous temps, chacun d'eux apportant ses pigments, ses mots, ses recettes et ses formules. C'est d'une partie de cette histoire qu'il va être question ici, à savoir la querelle faite par Goethe à Newton par delà quelques générations. Et c'est le point de vue de l'opticien qui va être choisi. Avant toutefois d'entrer dans la danse « et Satan conduit le bal,... », comme dit la chanson, il convient de situer quelque peu le contexte. La révolution scientifique du XVIIe siècle a vu l'affirmation de la science classique contre la science aristotélicienne. Nouvelle science caractérisée selon Koyré par : « ...deux moments, étroitement liés d'ailleurs : géométrisation de l'espace, et dissolution du Cosmos, c'est-à-dire disparition, à l'intérieur du raisonnement scientifique, de toute considération à partir du Cosmos ; substitution à l'espace concret de la physique prégaliléenne de l'espace abstrait de la géométrie euclidienne. » [12]. Dans le domaine de l'optique [21], les fondateurs de cette science classique furent :
On retiendra les deux aspects fondamentaux de leurs recherches, à savoir :
Les travaux de Newton sur la lumière, et son expérience cruciale sur l'analyse et la synthèse de la lumière blanche, se situent aux alentours de l'année 1670. L'«Opticks», synthèse de toutes ces recherches, ne paraîtra qu'en 1704. Goethe publiera son ouvrage «Sur la théorie de couleurs» («Zur Farbenlehre») en 1810. Plus d'un siècle sépare donc ces deux grands livres. Mais les deux géants, l'un des sciences et l'autre de la littérature, même s'ils vécurent longtemps (85 ans le premier et 83 ans le second), n'eurent guère l'occasion de se croiser, puisque Newton mourut à Londres en 1727, alors que Goethe naissait à Francfort sur le Main en 1749. Et pourtant la polémique lancée par Goethe [3,4,16,21] avec toute sa force de titan interroge aujourd'hui encore le rapport à la connaissance que peut entretenir un scientifique ou un artiste. Elle permet aussi de mieux préciser les différents champs d'étude du phénomène de la couleur. I. Mise en bouche : l'expérience des liserés colorés II. Newton et l' « experimentum crucis » III. Le jeu de l'ombre et de la lumière selon Mephisto IV. Young et la théorie des couleurs V. Le calcul intégral revu et simplifié VI. Les cellules ganglionnaires mettent tout le monde d'accord |
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