L'architecture (7)
L'architecture et l'État
L'architecture au sevice de l'Etat, son principal commanditaire, s'inscrit dans une idéologie de triomphe et de puissance. Cette idéologie s'exprime à travers le forum, l'arc de triomphe et les colonnes honorifiques.
Le forum
Cette cuvette entre les collines du Capitole, du Palatin, du Quirinal et de l'Oppius est dès la Rome des rois à la fois un marché et le cœur de la vie politique. C'est là que se trouvent le sanctuaire de Vesta, comme foyer commun de la cité, et le palais du vieux roi Numius Pompilius.
Puis César, Auguste ensuite, créent au voisinage du vieux forum romain des places
péristyles, entourées de portiques (passages couverts à colonnes) capables d'accueillir les citoyens et de servir de cadre à leurs activités publiques ou privées. Leurs successeurs suivront l'exemple, jusqu'au début de la dynastie antonine.
C'est à Trajan (98-117) que Rome doit l'ensemble architectural le plus vaste et le plus complexe qui est conservé à l'intérieur de Rome.
Le forum de Trajan
Il présente la forme la plus achevée de ce souci d'organisation rationnelle des espaces qui est une des composantes de l'architecture romaine.

Il est composé de plusieurs parties :
a) un arc en guise d'entrée monumentale (le souvenir en est conservé par des pièces de monnaie)
b) une vaste place bordée de portiques.
Entre les colonnes étaient disposées des statues des généraux célèbres et d'hommes
d'État du passé. Au-dessus de la colonnade courait un attique décoré de statues représentant les prisonniers Daces.
Au milieu des côtés longs, s'ouvraient deux grands hémicycles qui servaient de salle de réunion.
Au centre, se trouvait une statue équestre de l'empereur.
c) une grande basilique fermait cette place, du côté opposé à l'entrée :
la basilique Ulpienne, qui se terminait par deux absides symétriques.
d) Au-delà, la colonne Trajane
e) Sur les côtés, deux bibliothèques :
- l'une pour les ouvrages en langue latine comme les archives impériales, les textes juridiques...
- l'autre pour les ouvrages en langue grecque.
La disposition en était celle de toutes les bibliothèques connues : des niches ménagées entre les piliers et destinées à
recevoir les armoires où, dans des casiers on disposait les rouleaux ou
volumina, la forme du livre antique.
f) Au fond, son successeur fera construire un temple en l'honneur de l'Empereur défunt
Le forum de Trajan comportait en plus un enclos funéraire et un
marché
Ce bâtiment est une illustration parfaite de l'idéologie impériale : par sa prétention à l'universalité, c'est-à-dire à s'étendre à la totalité du monde civilisé (les latins et les grecs) et barbare.
Le complexe tout entier a été conçu par un architecte de génie : Apollodore de
Damas
Le forum de Trajan met en évidence la force victorieuse de l'empereur (arc, colonne, reliefs) qui assure au monde romain la paix, la bonne administration et une culture florissante (bibliothèques).
La colonne honorifique
- La
colonne Trajane (vers 112) qui se dresse entre les deux bibliothèques fut élevée par Trajan pour commémorer sa
victoire sur les Daces.
La colonne est une création nouvelle et romaine, mais le relief qui la décore est une assimilation de l'art grec.
Elle est composées de dix-sept tambours en marbres de Carrare superposés. L'intérieur est creux et un escalier en spirale permet d'accéder au sommet. Elle comportait primitivement à son sommet la statue de Trajan. Sous le piédestal se trouve la tombe de Trajan, mais l'urne d'or qui contenait ses cendres a disparu depuis bien longtemps !
Les reliefs qui la décorent sont une sorte de chronique illustrée et continue sur toute la colonne ; on y a sculpté des gros plans, des vues
plongeantes et des vues d'ensemble. C'est donc une figuration du temps et de l'espace.
C'est aussi la transmission d'un contenu moral et politique qui insiste sur l'humanité des vainqueurs.
- La colonne aurélienne (de Marc Aurèle) fait le récit des deux campagnes de Marc Aurèle sur les Sarmates et les Germains.
L'écriture et le contenu moral sont différents de la colonne Trajane. Le relief est plus détaché du fond et le dessin plus lisible. La conception est plus schématique et les motifs répétés. Le récit est plus dramatique, voire fantastique : y apparaît un génie ruisselant de pluie. Il y a donc irruption de l'irrationnel dans un récit historique qui est a relier aux nombreux cultes orientaux qui promettent le salut dans l'au-delà. Les scènes sont
davantage cruelles : la guerre est sans-merci.
L'empereur est présenté non plus au milieu de ses soldats mais au-dessus : il est véritablement
déifié
L'arc de triomphe
C'est le monument qui illustre le mieux l'art impérial. Le principe s'est
élaboré petit à petit et s'est fixé à l'époque d'Auguste.
Deux piles massives reliées par une arcade en plein cintre, surmontées par un massif de maçonnerie,
l'attique. Des colonnes engagées dans les parois extérieures ou détachées en avant complètent le monument et en souligne la verticalité. Une
inscription évoque les motifs de la construction et rappelle les titres du souverain honoré, dont une statue se dresse souvent sur l'attique.
Des variations peuvent intervenir dans la disposition des colonnes mais le type reste le même.
un exemple : l'arc de Constantin (315 ap J-C.)
C'est un bloc de maçonnerie massif percé de
trois ouvertures. Celle du centre forme l'arc principal et les deux autres sont des arcs subsidiaires, plus petits, plus étroits : donc toujours cette même division tripartite par quatre colonnes égales séparées par des intervalles inégaux. Les colonnes sont détachées avec un entablement faisant retour et un attique superposé.
Les quatre colonnes placées entre les quatre piliers divisent les arcs. Elles reposent sur des piédestaux et montent jusqu'à un entablement qui revient en saillie au-dessus de chacune d'elles. Chacun de ces décrochements portent une statue en pied.
La superstructure qui couronne le tout, l'attique, sert de fond aux statues et est sculpté de reliefs et porte une inscription.
La clé de voûte de l'arc central vient se coller exactement contre la base de l'entablement. Les clés de voûtes des arcs latéraux sont, elles, collées à la corniche qui prolonge l'imposte de l'arc central.
Le rapport de la largeur sur la hauteur est le même pour les trois arcs.
Chaque saillie de l'entablement est telle que la colonne qui lui correspond et son piédestal remplissent l'espace entre ce décrochement et le sol.
Ainsi se dessinent quatre verticales qui assurent l'assise du bâtiment et en soulignent l'élévation, symbole de triomphe et de puissance.
La compacité et l'harmonie ont une fonction symbolique.
L'arc de triomphe n'est pas une porte de ville. Son absence d'utilité matérielle souligne encore davantage qu'il est un symbole de toute la puissance impériale.