20 août 2000, Esaïe
6/1-13
Chers frères et
soeurs,
Je
ne sais
pas ce que vous avez pensé, en
entendant la lecture dans le livre d'Esaïe
tout à l'heure, le récit de
la vocation d'Esaïe, quand il
voit le Seigneur assis sur un trône, les séraphins qui chantent, saint, saint,
saint est l'Eternel des armées, et quand
Esaïe, en voyant cette vision de la sainteté de Dieu lui dit: Malheur
à moi! Je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures. Je
ne sais pas ce que vous avez pensé,
mais je peux vous dire ce que moi j'ai pensé, ou ressenti. J'ai du me dire, ou
dire à Esaïe, Esaïe, tu n'es pas le seul. En face de la sainteté de
Dieu, je me sens aussi impur, je
sens ou ressens cette distance entre la sainteté de Dieu et ma vie.
Car moi je ne suis pas un
saint, si saint signifie
parfait, sans fautes,
demandez à mon épouse, elle vous le confirmera. Esaïe,
devant la vision de ce Dieu saint, de la gloire et de la grandeur de Dieu. Il se
sent tout petit, indigne, impur, il se sent perdu, malheur à moi, dit
il, je suis perdu, car je
suis un homme dont les lèvres sont impures.
Il se sent et se sait souillé, impur,
devant la pureté et la sainteté
de Dieu. Eh bien si pour vous c'est la même
chose, si devant Dieu vous vous
sentez également perdu, indigne, impur, alors vous avez compris beaucoup de
choses dans la foi. Vous êtes,
nous sommes plutôt, car j'en fais
aussi partie, nous sommes sur le
bon chemin, le même chemin qu'Esaïe.
C'est le récit de la vocation d'Esaïe comme prophète, l'appel
de Dieu, il l'appelle à sa tâche, à parler au peuple, il l'appelle à
remplir sa mission, et
c'est ainsi que cette vocation débute.
Dieu appelle Esaïe à faire quelque chose, à devenir son prophète, et lui se
sent indigne, impur, pour faire cette tâche, c'est pour cela qu'il dit que ses
lèvres sont impures, autrement dit,
il se sent impur à
parler, à prophétiser, à
faire ce à quoi
Dieu l'appelle, car un prophète,
il doit avant tout parler, parler de la part de Dieu au peuple. Mes lèvres
sont impures. Je crois que c'est le début
de toute vocation, tout engagement,
toute vie chrétienne, car
Dieu appelle chacun et chacune pour un service, une tâche, pas forcément
la même pour tout le monde, mais au fond chaque chrétien est un prophète,
appelé à parler de Dieu, de son
amour, que ce
soit par
l'exemple de
la vie, la
parole, l'hospitalité, les relations.
Et même plus que cela, puisque Paul nous encourage par exemple à aspirer au
don de prophétie. Soyez mes témoins, il
y a un chant dans le JEM qui dit cela, c'est vrai,
Jésus avait
dit à ses disciples, vous serez
mes témoins. Esaïe se rend compte, se sent
perdu, impur. Il a le
respect, la crainte de Dieu, devant
sa grandeur et sa sainteté. Et n'est ce pas cela qui manque tant
aujourd'hui? Le respect et la
crainte devant la sainteté de Dieu? Que ce soit en politique, en économie, au
travail, sur la route, ici
ou ailleurs, et même dans nos églises. Peut on ne penser qu'à soi, en ayant
du respect de la crainte devant la
sainteté de Dieu? Peut on
tricher, faire des affaires louches, ne soutenir
que son parti, gagner le plus d'argent possible
au détriment de l'honnêteté,
peut-on affirmer que l'on est les seuls à détenir la vérité, si
on a de la crainte et du
respect devant la sainteté de Dieu. Et je ne parle même
pas de ce qui se passe au Kosowo, ou encore hier des enfants ont reçu
des éclats de grenade simplement parce qu'ils n'étaient pas de la bonne ethnie
ou d'ailleurs, car c'est évident
que pour faire ces atrocités, il manque un respect de Dieu, de la vie qu'il
donne et de ses créatures,
il n'y a
pas beaucoup
de sainteté. Le monde est un peu fou, vous
êtes d'accord, quand on félicite
des soldats qui tuent des enfants, des femmes,
et que l'on emprisonne ceux qui
veulent la paix que des militaires en Russie par orgueil attendent des jours
avant de demander de l'aide, mais ce ne sont pas les seuls, regardez le candidat
républicain aux élections américaines, il n'a pas voulu gracier un condamné
à mort qui était accusé par un seul témoin, alors que des gens ont demandé
de faire une analyse génétique pour être sûr que ce soit bien lui. Oui, ou sont, aussi chez
nous, ce sentiment, cette
connaissance, ce respect devant la sainteté de Dieu?
Esaïe
ressent cette
différence entre
Dieu et
lui, la sainteté de Dieu, son état
de perdition et d'impureté,
comme plus tard celui qui
deviendra l'apôtre Pierre, quand
Jésus l'appelle, il se sent aussi indigne, il tombe à genoux et dit, je suis
un homme pécheur. La connaissance
de la sainteté de Dieu et de notre non sainteté, oui, nous sommes en danger de
perdre cela, dans un temps
où nous
sommes tellement remplis par ce que nous, les
hommes savons et pensons
faire, nos capacités,
nos solutions, où il y a
tant d'autres valeurs qui sont recherchées en place de la sainteté, l'argent, le pouvoir, l'influence, et cela jusque dans nos églises,
lorsque nous désirons d'abord défendre notre église plutôt que le royaume de
Dieu, lorsque nous désirons d'abord notre bien-être avant la gloire de Dieu.
Non, il n'y a pas que l'argent, la conjoncture
économique, l'aspect matériel,
notre situation, notre paroisse, il y d'autres valeurs, et nous devons être
attentifs à ces autres valeurs, c'est d'ailleurs la mission des prophètes, et
d'Esaïe en particulier, au début
de son ministère, tout allait bien dans le royaume de
Juda, il
était libre,
florissant, les
gens se croyaient en sécurité,
en ordre, justes,
alors que les pauvres étaient
exploités, alors
que la fin de ce royaume approchait,
Esaïe devait avertir
le peuple,
le rendre
attentif à
son insouciance par rapport
à Dieu.
Ils en avaient
oubliés la sainteté de
Dieu, ce qu'il était, leurs
relations à lui. Oui, nous aussi, comme
le peuple de Juda à cette époque, nous
sommes en danger d'oublier la sainteté de Dieu, et nous les chrétiens
ne sommes pas épargnés
par ce danger, nous qui
sommes tellement habitués à
parler toujours du "bon Dieu", de
sa miséricorde, de son pardon, de son
amour, que nous oublions peut être parfois à parler aussi ou à nous
rappeler de sa sainteté. Et les
pasteurs, les théologiens, les
hommes d'église sont peut
être encore en plus grand danger, car ils
pensent connaÎtre Dieu, ils écrivent
et lisent des tas de livres, ils pensent
tout savoir,
tout connaître, ils parlent
de Dieu comme s'il était un des leurs, il s'est fait homme, le danger
est grand d'oublier la sainteté de Dieu. De
rabaisser Dieu à une idée personnelle et humaine,
que l'on connaît dans ses détails, de
se mettre au dessus de lui au lieu de
se soumettre à lui.
Devant ce Dieu trois fois saint,
Esaïe se sent
perdu, impur.
Mais qu'est ce que c'est,
la sainteté, la sainteté de Dieu? Quand
on parle de saint, on se fait peut
être une idée, d'une personne
très pieuse, qui est toujours en
prière, en train de lire sa bible,
qui va toujours dans les
églises, on
pense que
la sainteté
est une qualification, qui
exprime la
bonne conduite d'une personne
presque parfaite, c'est une sainte,
mais cela nous semble aussi peut être
presque ennuyant, rébarbatif, un
saint, une sainte. Quand on
dit de quelqu'un, il veut être
un petit saint, c'est presque péjoratif,
un reproche, il veut être meilleur que nous. Mais la sainteté, selon la
bible, c'est autre chose. Est
saint, ce qui appartient à Dieu. C'est
un terme de relation. Quand nous disons que Dieu est saint, cela revient à dire
que Dieu est Dieu. Qu'il est ce qu'il est, c'est
à dire différent de nous. Nous
ne sommes que ses créatures, nous sommes faits de terre, de poussière, et non
de sang divin, comme dans la mythologie grecque ou autre. C'est vrai que Dieu
nous a donné le souffle de vie, n'en déplaise à ceux qui croient que la vie
est née du hasard.
La sainteté est la mise à
part, que Dieu est Dieu et va son
propre chemin en tant que Dieu. Qu'il est différent de nous. Dans son être,
ses pensées, ses actions, la sainteté de Dieu montre la différence qui existe
entre lui et nous. la frontière
qu'il y a, même si Dieu nous aime, nous aide, est venu dans ce monde, il y a un
monde qui nous sépare de lui.
Dieu est Dieu et nous sommes
humains. Quand nous voyons la
sainteté, la gloire de Dieu, nous
voyons aussi notre pauvreté, devant Dieu,
sa sainteté, nous ne pouvons que nous taire, nos lèvres sont impures, elles ne
peuvent parler d'égal à égal avec lui. Devant
la sainteté de Dieu, nous ne pouvons nous justifier,
avoir des exigences, étaler
nos mérites et nous louer
nous mêmes. Lui seul est saint et
digne de louange. Dieu est Dieu et
nous ne sommes pas Dieu. C'est cela le péché d'Adam,
la faute, sa tache, son impureté,
il voulait devenir comme
Dieu, le
serpent lui avait fait
croire qu'il serait comme
lui, vous serez comme des dieux
avait il dit à Adam et Eve, et depuis
ce moment, nous ne sommes pas
saints, mais le contraire, impurs, pécheurs,
la sainteté marque la différence
entre Dieu et nous, c'est le propre
de Dieu. Nier la sainteté de Dieu et notre misère, c'est
vouloir faire fi de nos différences avec Dieu, c'est
vouloir répéter le péché d'Adam. Là où l'homme veut devenir dieu
lui même, ou adore un autre dieu,
il se sépare de Dieu, il offense la sainteté de Dieu.
Dieu est saint, il est différent de
nous. C'est ce
que ressent Esaïe,
quand Dieu l'appelle, se montre, malheur à
moi, je suis perdu, mes lèvres
sont impures. Il ressent la différence, en est conscient, je suis humain, donc
perdu par rapport à Dieu, c'est à
dire hors de son royaume de sainteté. Il
sait cela, le reconnaît, le dit, et que se passe t il?
A peine a t il dit cela, qu'un séraphin prend une pierre ardente
de l'autel, un
autel où l'on sacrifiait,
lui touche les lèvres, et lui
dit: Ton iniquité est enlevée, et ton péché est expié.
Esaïe est impur, ses lèvres sont impures, il ne peut plus parler, ou
juste dire, mes lèvres sont
impures, et là où l'homme se tait, ne peut que se taire devant la sainteté et
la majesté de Dieu, c'est Dieu qui
parle, qui lui dit au travers du séraphin, ton
iniquité est enlevée, et ton
péché est expié. Au moment où Esaïe reconnaît
qu'il n'est
pas saint,
qu'il n'appartient pas à
Dieu, car il est impur, Dieu
lui dis, ton iniquité est
enlevée, ton péché est expié,
Dieu le fait saint, c'est à dire
l'intègre dans son royaume, son règne, il appartient à Dieu, il
est saint, puisque saint
signifie appartenir à Dieu. Appartenir à
Dieu, faire partie de son royaume. C'est
cela la nouvelle naissance, la
conversion, la métonia,
changement de pensée. Seul Dieu
peut faire cela, nous purifier. Nous ne le pouvons. Mais il est venu le faire,
Dieu est saint, différent de nous, mais en mourant sur la croix, Jésus nous
permet de nous approcher de ce Dieu trois fois saint, enlève cette différence.
Jésus est venu pour nous pardonner, nous enlever le poids de nos fautes et nos
péchés, car c'est un poids, un boulet, ce que nous avons loupé, mal fait, péché,
mais Jésus est venu nous l'enlever. Il n'est pas nécessaire de faire une pénitence,
ou de recevoir une indulgence, comme l'église catholique a décrété cette année,
que ceux qui vont à Rome ou en Israël ou encore ailleurs reçoivent une
indulgence, c'est-à-dire ne doivent pas faire pénitence suite à un péché
pour montrer la repentance. Comme dans la parabole du fils prodigue, le fils
perdu n'a même pas le temps de faire sa confession de péché que déjà il reçoit
le pardon. Il a reconnu sa misère, son état, Esaïe a reconnu son état, et
Dieu le purifie, tout de suite, sans attendre. Cela, nous avons parfois de la
peine à le comprendre. Mais c'est Jésus qui le dit, je ne suis pas venu dans
le monde pour juger le monde, mais le sauver. Il est venu pour cela. Pas pour
vous embêter, mais vous sauver. Esaïe fait
confiance à la parole de Dieu, et quand
il lui demande, qui dois je
envoyer, il répond, me
voici, envoie moi. Dieu peut l'employer, pour sa mission, ce qu'il
a compris, ce qu'il a vécu, il
doit le transmettre au peuple, la même chose que lui a vécu. Avertir le peuple de son infidélité. Mais le peuple n'est pas près de comprendre, de
se rendre compte, il se
croit tellement en ordre, tellement riche,
Iibre, que Esaïe reçoit une mission presque incompréhensible: Il
doit dire au peuple: Vous
entendrez et vous ne comprendrez
point; vous verrez et vous ne
saisirez point. Dieu
lui dit: Rends insensible le
coeur de ce peuple, endurcis ses oreilles, et bouche lui les yeux, pour qu'il ne
voie point de ses yeux, n'entende point
de ses oreilles, ne comprenne point
de son coeur, ne se convertisse
point et ne soit point guéri. Drôle
de mission pour un prophète,
qui devrait plutôt rendre
les coeurs sensibles, faire comprendre
et voir, il doit faire juste l'inverse, lui
qui devrait expliquer, avertir, ouvrir, parler,
il doit
faire juste
le contraire,
fermer, endurcir, boucher. En somme ne pas parler, transmettre le message
de Dieu. Le prophète ne comprend
pas, il ne comprend pas cette tâche,
et il dit, jusqu'à quand, jusqu'à
quand Seigneur, dois-je agir ainsi, il
se dit mais ce n'est pas possible, Dieu
ne peut vouloir cela, l'endurcissement, l'aveuglement. Jusqu'à
quand Seigneur, et Dieu répond, il répond à ceux qui lui appartiennent,
jusqu'à ce que
les villes
soient dévastées,
et privées d'habitants, jusqu'à ce
qu'il n'y ait personne dans les maisons, jusqu'à ce que l'Eternel ait éloigné
les hommes, et que le pays devienne
un désert. Dieu ne nous interdit pas de poser des questions lorsque il nous dit
quelque chose, lorsque nous ne comprenons pas. Il ne se fâche pas. Il explique,
jusqu'à ce que le pays soit un désert. Esaïe doit annoncer cela, ce jugement,
alors que ce n'est pas la volonté de Dieu. Mais sans doute que c'était la
seule façon de faire comprendre quelque chose au peuple, qui n'a pas voulu
entendre le message d'Esaïe. Comprenez-moi bien, ne pensez pas que s'il vous
arrive un malheur, c'est du au fait que vous avez été endurci, mais c'est vrai
que les circonstances de vie, ce que nous vivons, contiennent aussi un message,
nous forme, nous apprend certaines choses. Si vous priez tous les jours qu'il
fasse du soleil, et qu'il pleut tout de même de temps en temps, cela veut dire
que peut-être ce n'est pas la volonté de Dieu, d'autant plus qu'il n'est pas
indiqué dans la bible de prier pour qu'il fasse 365 jours de soleil par année.
Mais si vous priez pour les malades, et qu'il ne sont pas guéris, ce n'est pas
la même chose, parce Jésus nous a invité lui-même à prier pour les malades.
Il n'a pas dit que tous les malades pour qui nous prierons serons guéris, mais
il a dit de prier. Vous comprenez. Nous avons besoin de plus de Dieu, de ses
dons, aussi le don de discernement, de connaître sa volonté, moi en premier,
pour qu'il nous dirige dans ces choses, que son Esprit nous guide. Pierre et
Jean ont prié pour un paralytique devant le temple, mais ils sont aussi allés
en prison. On ne peut pas vouloir que les choses agréables, mais obéir. Comme
Esaïe. Terrible mission
que celle d'Esaïe, annoncer le
malheur, provoquer l'endurcissement, mais c'est encore là la voie de Dieu, la
sainteté de Dieu, sa différence,
il peut parler de manières très diverses. Le
malheur et la dévastation atteindront Juda, le pays sera
envahi, ruiné, le
peuple ne se rend pas compte, et
pourtant Esaïe avertit. Le peuple doit aussi,
comme mourir, pour renaître à une nouvelle vie. Comme Esaïe a du
mourir à lui même, Pierre, comme
nous devons mourir à nous mêmes,
pour renaître dans la sainteté de Dieu, lui appartenir. Mais ce n'est pas la
dernière parole de Dieu, ce n'est
jamais le jugement et le malheur, il est
dit, au verset 13 de
notre texte,
comme le térébinthe et
le chêne conservent leur
tronc quand
ils sont
abattus, une
sainte postérité renaîtra de
ce peuple. Le message ne Dieu ne se termine jamais par le jugement, le malheur,
même si effectivement la bible parle de jugement et de malheur, mais le message
ne s'arrête pas là. Il se termine avec une parole d'espérance: Une sainte
postérité renaîtra de ce peuple. Une sainte postérité renaîtra du peuple
de notre village, vous le croyez? Amen. Malheur à moi, je suis perdu, car je
suis un homme dont les lèvres sont impures. Ceci a touché tes lèvres, ton iniquité est enlevée, et ton péché est expié. Qui
enverrai je? Amen.