25 juin 2000, Exode 32/7-14:
Chers frères et soeurs,
Vous
est il déjà arriver de vous mettre en colère, et
dans la colère, d'avoir dépassé
la mesure, d'être un peu emporté
par la colère. Quand nos enfants
font quelque chose de mal, on est
tenté de les gronder dans la colère, au lieu de les
punir pour leur apprendre quelque chose, quelque chose
de positif, de les
punir pour leur bien. Je
ne réfléchis pas à chaque
fois, comment je pourrais les punir
pour que cela soit le plus favorable pour leur éducation, je me laisse parfois
emporter par la colère, ce que je regrette par la suite, et il m'arrive de leur
demander pardon pour cela.
Le
texte de
la prédication de ce matin
parle aussi
de colère, c'est l'histoire
du veau
d'or fait
par le
peuple d'Israël, de la colère de Dieu et de l'intercession de Moïse.
On
a de
la peine à comprendre ce passage.
On a presque l'impression
que Dieu a une attitude humaine dans cette histoire et Moïse une attitude
divine, Dieu est déçu et se met en colère à cause de la trahison de son
peuple. Sa réaction semble démesurée, vouloir consumer
tout le peuple, on a
l'impression qu'elle est dictée par les sentiments de colère, l'emportement.
La réaction de Moïse paraît
plus sympathique, plus évangélique.
Se repentir de faire de mal, donc
pardonner, être miséricordieux. Il ne pense pas à
lui, ses avantages, mais
pour son peuple. Et puis on
a surtout de la peine à comprendre
le verset 14, et l'Eternel se
repentit du mal qu'il avait déclaré
vouloir faire à son peuple. Si Moïse avait demandé à Dieu de tuer son
peuple, et que Dieu lui aie dit dès
le début non, je leur pardonne, je leur donne ma
miséricorde, on aurait compris, on
aurait dit, Dieu est le Dieu de l'amour, du
pardon. Et puis inversement, si Dieu
ne s'était pas repentit de son
intention de détruire le peuple, on aurait
dit Dieu est saint, le peuple s'est
détourné de lui, a adoré une idole un veau d'or, c'est le jugement de Dieu.
On aurait aussi pu comprendre le texte. Mais
dans ce texte, on a l'impression que Dieu change
d'avis, à cause d'un homme,
et on a de la peine à comprendre.
D'ailleurs il est dit dans Nombres
23/19: Dieu n'est point un fils de l'homme pour se repentir, ce
qu'il a dit, ne le fera t-il pas? Cela
montre que Dieu est différent de l'image que nous nous
faisons de lui. Nous pensons
Dieu doit faire ceci ou cela, nous nous faisons une
image de
Dieu, mais
Dieu ne correspond pas à
l'image que nous nous faisons de lui. C'est
un des dix commandements, tu ne
te feras point d'image de Dieu. Si Dieu dans ce texte ne correspond pas à notre
image, alors il ne faut ni changer
le texte, ni vouloir changer Dieu,
ou déplorer son attitude, il
nous faut changer l'image que nous nous étions fait de lui. Ici,
on ne peut mettre Dieu dans
une case, dans un tiroir, la case du Dieu pardon, qui pardonne tout et toujours,
ni dans la case du Dieu de colère
et de vengeance. Dieu n'est ni l'un ni l'autre. C'est toujours dangereux de se faire une
image, de dire Dieu est comme ceci ou comme cela. Dieu ne correspond pas à
notre image, nous ne devons pas façonner Dieu selon nos images, nos idées, nos
représentations, mais découvrir Dieu comme il est dans sa parole,
comment il a agit dans l'histoire.
Et si je dois changer cette image de Dieu en lisant un texte,
eh bien changeons cette fausse image. C'est
le contraire de la foi, se faire
une image et ensuite la garder toute sa vie, envers
et contre tout, surtout
envers la parole de Dieu. On peut
aussi se faire une image de la vie
de foi, du culte, de
la paroisse, de l'Eglise. Cela doit être
comme ceci. Et si on se bat pour
son image, ce n'est pas bien. Mais
si ensemble on se laisse dévoiler par Dieu la vraie image de ceci ou cela, on
pourra avancer. Le thème de ce texte, c'est la prière, l'intercession, et les
conséquences de la prière. Dieu agit ici en fonction de la prière de Moïse.
Il réagit, peut-être en nous étonnant, mais il agit. C'est toute la question
de la toute-puissance de Dieu et de conséquences aux prières des humains. Dieu
agit en fonction de nos prières, de nos demandes. Heureusement, sinon il ne
servirait à rien de prier. Puisque Dieu sait tout d'avance, il connaît nos
besoins, vous êtes d'accord, il est bon et juste, à quoi bon prier, Dieu fera
de toute façon ce qui est juste. On pourrait penser ainsi. Dieu sait ce que je
pense, comment ce vis, comment je crois, il connaît ma situation, je dois
simplement accepter la vie et les circonstances. Ce texte nous montre que non,
dans la relation à Dieu, Dieu nous invite à prier, intercéder. Ce texte est
un texte qui nous encourage à prier, puisque la prière a des conséquences.
Dieu aurait pu rendre la prière inutile, mais il ne l'a pas voulu. Il aime répondre
aux prières de ses enfants. Agir. Agir avec miséricorde. Car ici il agit avec
miséricorde. Le peuple aurait mérité le jugement de Dieu, Dieu l'avait sauvé
hors d'Egypte, délivré, fait des miracles inouïs, et simplement parce que Moïse
se fait absenter, ils font un veau d'or. Nous avons peut-être de la peine à
comprendre, nous savons qu'un veau d'or ne remplace pas Dieu, mais ne
sommes-nous pas en danger d'agir un peu dans la même direction. Le peuple
s'attendait au retour de Moïse, l'envoyé de Dieu, et comme il ne retourne pas
dans les délais prévus, ils essaient de s'accrocher à de l'or. Nous ne
faisons sans doute pas de veau d'or, mais nous nous accrochons peut-être, je ne
sais, à notre argent, notre situation, notre famille, la société, le médecin,
notre profession, notre bons sens, notre sens de la justice, notre honorabilité
ou que sais-je. Le peuple était peut-être déçu de Moïse, et il s'éloigne
de Dieu, comme aujourd'hui certaines personnes abandonnent la foi parce qu'elles
sont déçues par des chrétiens. Il se dit chrétien, mais voyez ce qu'il fait
dans son entreprise, dans sa famille, ou bien j'attendais sa visite, il n'est
pas venu. La déception, et on se détourne de Dieu pour se tourner vers un veau
d'or. Ce qui étonne encore dans le texte, c'est que Aaron, un prêtre, lorsque
le peuple demande cela, il ne les avertit pas, mais il donne encore des
instructions sur la marche à suivre pour faire ce veau. Je ne sais pas s'il
n'avait rien compris, ou peur du peuple, ou s'il voulait se faire bien voir, en
tous cas, cela étonne. Mais cela se reproduira malheureusement souvent dans
l'histoire des églises. Que des responsables, par peur, crainte, ou pour faire
plaisir aux gens, non seulement ne dénoncent pas l'idolâtrie, l'attachement à
autre chose que Dieu seul, mais encore donnent des instructions et disent
comment faire. Tout au contraire de Moïse, qui a une attitude exemplaire, je
l'ai dit, on pourrait penser qu'il prend la place de Dieu. Car Dieu dit à Moïse
que le peuple s'est écarté de la voie qu'il leur a prescrite, qu'ils ont fait
un veau d'or, et qu'il va les consumer. Et il dit à Moïse, mais je ferai de
toi une grande nation. Moïse aurait pu être flatté de cela, oui, le peuple a
désobéi, mais moi je me suis bien conduit, Dieu m'a choisi, pour faire de moi
une grande nation, je suis un nouvel Abraham. Il aurait pu penser cela. Mais Moïse
ne pense pas un instant à cela, il ne pense pas à lui, ni à la louange que
Dieu lui fait, il pense au peuple, il est dit qu'il a imploré l'Eternel. Il se
solidarise à fond avec le peuple. Et il intercède pour ce peuple. Il essaie
presque de marchander avec Dieu, en tous cas d'argumenter, comme pour faire
entendre raison à Dieu, lui montrer qu'il se trompe. Il lui rappelle qu'il a
fait sortir ce peuple, par sa main puissance, et il dit, pourquoi
les Egyptiens diraient-ils: C'est pour leur malheur qu'il les a fait sortir,
c'est pour les tuer dans les montagnes, et pour les exterminer de dessus la
terre ? Reviens de l'ardeur de ta colère, et repens-toi du mal que tu veux
faire à ton peuple. Souviens-toi d'Abraham, d'Isaac et d'Israël, tes
serviteurs, auxquels tu as dit, en jurant par toi-même: Je multiplierai votre
postérité comme les étoiles du ciel, je donnerai à vos descendants tout ce
pays dont j'ai parlé, et ils le posséderont à jamais. D'une part Moïse veut
montrer à Dieu que cela n'aurait pas de sens, faire sortir ce peuple à coups
de miracles, pour le faire tuer ensuite dans le désert, ce n'est pas logique.
Et d'autre part il en appelle aux promesses de Dieu. C'est inouï, il dit à
Dieu, souviens-toi de tes promesses envers Abraham, Isaac et Israël. Comme si
Dieu oubliait, et que c'est à Moïse de le lui rappeler. Et que dit le texte?
On pourrait s'attendre à ce que Dieu se fâche, lui dise, non, mais pour qui tu
te prends. Je sais ce que j'ai à faire. Non, rien de tout cela, un verset tout
simple: Et l'Éternel se repentit du mal qu'il avait déclaré vouloir faire à
son peuple. Vous voyez le résultat de cette prière, imaginez ce qui se serait
passé si Moïse n'avait pas intercédé? Une seule prière, une seule
intercession, et tout un peuple est épargné. Dieu ne se fâche pas envers Moïse,
c'est comme s'il avait attendu cela. Dieu c'est vrai est un Dieu de justice,
mais encore plus un Dieu d'amour, de miséricorde. Moïse en appelle à la miséricorde
de Dieu, et à ses promesses. Et Dieu se laisse comme engager sur le chemin de
la miséricorde et de la promesse. Moïse n'argument pas en excusant les fautes
du peuple, ou en les minimisant, ce n'est pas si grave. Non, d'ailleurs ensuite
en descendant, il brisera les tables de la loi, comme pour montrer au peuple que
le peuple a brisé l'alliance que Dieu a faite, s'est détourné de ses
commandements pour adorer un veau d'or, et qu'en cela il manque de confiance en
Dieu. Dieu se repent du mal qu'il avait déclaré vouloir faire, en raison d'un
être humain qui intercède pour le peuple. Oui, Dieu nous surprendra toujours,
heureusement d'ailleurs. Mais il surprend positivement, en usant de miséricorde.
Dieu est prêt à user de miséricorde, à accomplir ses promesses, mais parfois
il attend notre prière, une simple prière, ce n'est pas long ce que dit Moïse,
mais cela a eu de l'effet. Ce n'est pas la longueur de nos prières qui est déterminante,
ni le nombre de décibels que nous employons, mais ce que nous prions. Jésus
dira plus tard lui-même que si nous demandons quelque chose selon sa volonté,
cela nous sera accordé. Et si Dieu a exaucé le vœu de Moïse, c'est que cela
était selon sa volonté. Moïse a intercédé pour le peuple, il n'a pas cherché
son avantage, son confort, il dira même un peu plus loin, efface-moi de ton
livre que tu as écrit, si tu ne pardonnes pas leur péché. Moïse au début de
son ministère se sentait incapable de parler, et maintenant il argumente avec
Dieu. Il a pris sa mission à cœur, Dieu lui avait demandé de faire sortir son
peuple et de le conduire au pays promis, et Moïse a tellement pris cette
mission à cœur, qu'il avait reçue de Dieu, qu'il veut l'accomplir même si
Dieu semble avoir un avis contraire. Moïse persévère, alors que Dieu semble
abandonner. Voilà jusqu'où un homme peut aller lorsqu'il accomplit une mission
reçue de Dieu. Ce texte nous encourage je crois à prier, à intercéder, pas
à donner des leçons à Dieu, mais à faire appel à sa miséricorde et à ses
promesses. Je crois que Dieu attend cela de nous. C'est l'audace de la foi,
faire appel à Dieu, pour son peuple, faire appel à sa miséricorde, ses
promesses. Dieu ne se fâche pas lorsqu'on en appelle à sa miséricorde, ses
promesses, au contraire, je crois qu'il attend cela. Encore plus de notre part.
Dieu aime combler ses enfants, leur montrer sa miséricorde, accomplir ses
promesses, plus que des parents ne désirent combler leurs enfants. Dieu n'a pas
fini de nous étonner. Amen.