21 décembre 2003, 4e dimanche de l’Avent, Esaïe 54/2, Genèse 15/5
Chers frère et sœurs,
Y-a-t-il des campeurs parmi vous ? Alors vous savez comment monter
une tente. En général, cela va plus vite que de dresser une maison, et c’est
plus facile. Après plusieurs fois, on sait comment cela fonctionne. Votre père
lui il avait l’habitude de monter des tentes, je le sais. Paul dit dans l’épître
aux Romains, au chapitre 4, que Abraham est notre père à tous, on l’appelle
d’ailleurs le père des croyants, si vous êtes croyants, il est votre père,
et Abraham était nomade, vivait dans des tentes, donc votre père savait monter
et démonter les tentes. Un jour lorsqu’il était dans sa tente, un peu déçu,
parce que Dieu lui avait donné des promesses, mais il ne les voyait pas
s’accomplir, Dieu qui lui avait dit, ne crains pas, je suis ton bouclier, et
ta récompense sera très grande, et notre Abraham, ou plutôt Abram à l’époque,
il ne sera appelé Abraham que plus tard, il est un peu désabusé devant ce qui
lui arrive. Cela ne vous arrive jamais, vous vivez sous la nouvelle alliance,
mais pour lui, il ne comprend pas trop, il constate une différence entre les
promesses de Dieu et ce qu’il voit, il accuse presque Dieu, que me
donneras-tu, je m’en vais sans enfants, et l’héritier de ma maison, c’est
Eliézer de Damas. Lorsque Dieu lui avait fait ses promesses, sans doute qu’il
s’était réjoui, il était ému, sentait que c’était un grand moment, et
puis les années ont passé, il est presque résigné. Cela peut aussi nous
arriver, nous recevons dans notre cœur des promesses de Dieu, par sa parole,
nous sommes réjouis, et puis le temps passe, et les choses ne semblent pas tout
à fait aller comme nous l’imaginions. Abram s’était fait une idée sur ce
qui allait se passer, et les réalités sont différentes. Nous nous faisons
parfois aussi une image ce que devrait se passer si nous sommes croyants, une
image de Dieu ou des chrétiens, et nous sommes déçus, un peu désemparés. Il
y a quelque chose qui cloche, qui n’est pas comme cela devrait être. On
cherche naturellement un coupable, ou une raison, c’est la faute à pas de
chance, au conjoint, aux circonstances, aux autres personnes ou aux autres chrétiens,
voire on peut même douter de Dieu ou de son amour. C’est même presque normal
de douter, parce que nous sommes humains, ce n’est pas grave d’être remis
en question par la vie ou par Dieu, ce qui serait grave, c’est de perdre
courage, et de se satisfaire d’une situation peu satisfaisante. De penser,
c’est normal, et puis de se résigner à son sort, ou de devenir un peu
cynique ou désabusé. Le problème de Abram, et parfois notre problème,
c’est qu’il s’était fait une image de ce que Dieu aurait du faire, et que
Dieu n’a pas agi conformément à ce qu’il imaginait. Il est resté enfermé
dans son image, comment il pensait que Dieu allait accomplir ses promesses. Or
ce n’est pas par hasard qu’un des dix commandements dit que nous ne devons
pas nous faire une image ni de représentation quelconque des choses qui sont en
haut dans les cieux. A l’époque, cela signifiait aussi, d’ailleurs le
commandement le dit, de ne pas faire d’image taillée et de se prosterner
devant elle. Mais je crois que ce commandement veut aussi dire que nous ne
devons pas nous faire une image de Dieu dans notre tête, notre représentation,
notre imagination. Et surtout ne pas nous accrocher à une telle image. Dieu
nous a montré qui il est en Jésus-Christ, il est l’image parfaite de Dieu,
il est un avec Dieu, nous ne devons plus nous faire une image. Dieu s’est révélé
en Jésus-Christ et dans sa parole, c’est là que nous pouvons apprendre à
connaître qui il est. Mais nous ne pouvons pas enfermer Dieu dans notre
imagination, notre pensée. Salomon avait une grande sagesse, même si certains
de ses comportements n’étaient pas à la hauteur de sa sagesse, lorsqu’il a
construit le temple, dans sa prière de dédicace, il dit : Mais quoi! Dieu habiterait-il véritablement sur la terre ? Voici, les
cieux et les cieux des cieux ne peuvent te contenir: combien moins cette maison
que je t'ai bâtie! (1 Rois 8/27). Si les cieux et les cieux des cieux ne
peuvent le contenir, ne pensons que notre pensée puisse le contenir. Nous nous
faisons parfois des idées sur comment Dieu devrait nous aider, nous protéger,
nous garder, nous conduire, nous diriger. Ce n’est pas mauvais, et c’est
vrai que Dieu nous protège, mais parfois sa protection n’est pas comme nous
le pensions. Dieu guérit, il est tout puissant, mais parfois il permet la
maladie et la souffrance. Dieu nous garde et nous préserve du mal, mais il ne
n’enlève pas toutes les conséquences de la chute. Nous sommes c’est vrai
par la foi assis dans les lieux célestes, mais nous marchons encore sur la
terre. Ce n’est pas un signe de faiblesse ou de manque d’amour de Dieu, pas
du tout, mais c’est dans son plan. Même si nous sommes sauvés, nous
partageons la condition, à part le salut et l’espérance de la vie éternelle,
des autres humains de cette terre. Comme Jésus sur la terre a aussi eu faim et
soif, a souffert, nous avons encore faim et soif, et nous passons encore par des
épreuves, les douleurs de l’enfantement. C’est toujours un point crucial,
lorsqu’on se fait une idée de quelque chose, et que la réalité est différente,
que ce soit dans la foi, par rapport à Dieu, mais aussi dans la vie de couple,
de famille, dans le métier, l’école, ou que sais-je. Parfois la réalité ne
correspond pas à notre attente ou notre idée. Seulement le problème avec
Dieu, c’est qu’on ne peut pas le changer. On peut essayer de changer de métier,
si l’on trouve un autre travail, aujourd’hui malheureusement on change
souvent de conjoint ou de partenaire, au lieu de se réconcilier, de prier
ensemble et de baser son couple sur les promesses et l’aide de Dieu, mais
Dieu, on ne peut pas le changer. On peut c’est vrai essayer de vivre en
l’ignorant, mais c’est lui qui nous jugera selon ses critères à lui et pas
les nôtres. Mais ce qu’on peut faire, si Dieu n’agit pas selon notre idée,
c’est de changer notre idée, de l’adapter à Dieu et à sa parole. De se
dire, je m’étais fait une image de Dieu, de ce qu’il ferait, mais je me
rends compte que Dieu n’est pas conforme à mon image, alors je veux changer
mon image que j’ai de lui, par son Esprit, pour mieux le suivre, lui obéir,
le glorifier, et moi-même vivre comme lui a prévu et le désire. Dans le
passage avec Abram, c’est intéressant de voir comment Dieu agis. La première
chose que Dieu lui dit, ce n’est pas, mais Abram, tu es un mauvais croyant, tu
doutes de moi, il ne lui fait pas la morale, ne l’écrase pas. Dieu ne veut
jamais nous écraser, il veut nous libérer de l’ennemi, du péché d’abord,
mais aussi de nos fausses idées, représentations que nous avons peut-être de
lui. Dieu lui dit d’abord, ne crains point. Autrement dit, n’aie pas peur.
Dieu ne désire pas que nous soyons dans la peur de la vie, des circonstances,
ni même de lui, le craindre, oui, mais pas de la peur. Ne crains point, ce que
diront les anges à Noël aux bergers, ne craignez point. Notre relation à Dieu
ne doit pas être motivée par la peur, mais par la confiance en son amour et sa
miséricorde. Ensuite Dieu lui dit, je suis ton bouclier. Autrement dit, je te
protège, il ne dit pas qu’il n’aura pas besoin de bouclier, que ce n’est
pas nécessaire, Dieu sait qu’il y a des flèches qui viennent, mais il veut
le protéger, et nous protéger. Ne crains pas, je suis ton bouclier, il le dit
aussi à nous. Et ensuite, il lui dit, ta récompense sera très grande. Il veut
lui faire comprendre que Dieu n’est pas avare, mais qu’il est miséricordieux,
généreux, plein de bonté. Et ensuite, le texte dit que Dieu l’a conduit
dehors, pour lui faire voir les étoiles. Lui faire voir autre chose que le toit
de sa tente. Quelque chose de plus grand, plus majestueux, lui faire ouvrir les
yeux du cœur. Abram connaissait sa tente, il la montait et la démontait régulièrement,
il habitait là, c’était un lieu commun, connu, qui n’avait plus de secrets
pour lui. Dieu veut lui montrer qu’il y a encore autre chose, le faire ouvrir
à autre chose. Ta vie ne se limite pas à ce que tu vois dans ta tente,
regarde, le ciel, l’univers, voilà ma tente, et la différence entre ce que
je veux pour toi et ce que tu penses que je te donnerai est un peu comme la différence
entre le volume de ta tente et le volume de l’univers. Abram était humain, en
proie en doute, il ne voyait pas tout, il voyait surtout ce qu’il avait
l’habitude de voir. Sa tente, ce qu’il y avait dans sa tente, sa vision était
limitée en quelque sorte par sa tente. N’avons-nous pas aussi parfois notre
tente, qui limite notre vision de la grandeur de Dieu, de son amour, de ses
promesses ? Nous sommes dans la tente, et lorsque Dieu nous dit que ses
promesses sont aussi nombreuses et lumineuses que les étoiles du ciel, nous
regardons le toit de notre tente, et nous disons, mais je ne vois pas d’étoiles,
ou juste peut-être une au travers de la fente de l’entrée. Je ne vois pas
d’étoiles. Normal, si nous restons dans notre tente. Nos habitudes, ce que
nous connaissons, ce que nous croyons savoir. Si nous restons sur place, dans
notre tente, nous ne voyons pratiquement pas d’étoiles. Nous apercevons à
peine le soleil lorsqu’il est au-dessus de la tente, et qu’il chauffe la
tente. Un soleil, une lumière, une espérance, mais il y a des milliers, des
millions de soleil, chaque étoile est un soleil. Quelles sont nos tentes, qui
limitent notre vue, notre vision de Dieu et de ses promesses et de son amour ?
La tente de notre habitude, nos problèmes, nos soucis, nos déceptions, est-ce
que notre vision est limitée par notre personne, notre famille, notre paroisse,
notre église, notre métier, nos revenus, nos logements? Dieu est plus grand
que tout cela, cela ne signifie pas que cela ne compte pas, nous devons
glorifier Dieu partout où nous sommes, dans notre famille, nos relations les
uns avec les autres, notre paroisse, notre village, c’est bien, et Dieu a des
plans de bonté pour nous, mais je veux dire que le royaume de Dieu ne se limite
pas à cela, ni au nombre de participants ce matin. Dans notre tente, nous ne
voyons peut-être pas grand-chose, mais Dieu veut nous conduire hors de nos
tentes. Quelles sont nos tentes, qui limitent notre confiance en Dieu, notre espérance,
notre vision ? Quelles sont les tentes dans ma vie, des choses connues,
habituelles, mais qui m’empêchent de voir plus loin ? Dans Esaïe il est
dit, élargis l'espace de ta tente; Qu'on déploie les couvertures de ta
demeure: Ne retiens pas! Allonge tes cordages, Et affermis tes pieux! Et pour
Abram, c’est Dieu qui l’a conduit hors de sa tente. Quelles sont les choses
qui emprisonnent ma vue et ma pensée ? Cela peut être une situation
personnelle dans un domaine, une peur, une déception, un doute, un trait de
caractère qui donne de la peine, ou autre chose, je ne sais pas, mais Dieu sait
ce matin. Il nous appelle aussi à sortir de notre tente, mais il ne nous force
pas, comme il n’a pas forcé Abram à sortir de sa tente. Mais Abram l’a
suivi, il a vu les étoiles, et il est devenu une bénédiction, Dieu lui avait
dit, toutes les familles de la terre seront bénies en toi. Donc y compris la
famille arabe, qui est aussi aimée de Dieu, même si pour l’instant, il y a
tant de haine pour le peuple de Dieu, les juifs. Suis-je en bénédiction pour
les gens qui me côtoient et me rencontrent ? Dieu désire faire de nous
une source de bénédiction, mais pour cela je dois sortir de ma tente, me
laisser surprendre par Dieu, être prêt à changer certaines images et idées,
pour entrer dans la volonté de Dieu. Dieu nous aime, s’il nous révèle des
tentes, des blocages, ou des blessures, des domaines où nous avons de la peine,
c’est qu’il veut nous en libérer, nous plonger plus profondément dans son
amour. Ne crains point, je suis ton bouclier. Ta récompense sera grande.
Regarde vers le ciel et compte les étoiles, si tu peux les compter. Ainsi sont
l’amour et les promesses de Dieu pour ta vie. Amen.