12 septembre 1999, culte régional avec imposition des mains, Genèse 32/22-32 "Victoire aux points pour Jacob"
Chers frères et surs,
Vous connaissez Jacob dans lancien testament, un des fils dIsaac, Jacob, un peu un filou, quand il usurpe le droit daînesse de son frère Esaü, celui qui préfère Rachel à Léa, mais ne remarque pas pendant la nuit quil est avec Léa, alors il prend les deux pour femme, un drôle de personnage parfois, mais cest aussi le successeur dAbraham et dIsaac, celui qui continue la lignée, qui arrivera jusqu'à Jésus. Jacob, un personnage avec plus dune face, ni parfait ni uniquement mauvais, un personnage humain, comme vous et moi, mais aussi celui qui a lutté avec Dieu près du fleuve du Jabbok. Ce récit de Jacob qui lutte avec Dieu et est déclaré vainqueur est étonnant. D'abord parce qu'il lutte avec Dieu, avec étant la traduction du mot hébreu "im" qui signifie aussi bien avec que contre, et je suis persuadé que ce n'est pas par hasard. Il lutte avec Dieu, c'est déjà étonnant, comment peut-on lutter avec Dieu, et pas seulement contre l'adversité, les difficultés. Mais ce qui plus étonnant encore, c'est que le texte dit qu'il a été vainqueur. Jacob qui lutte avec Dieu, et est déclaré vainqueur? Vous n'êtes pas un peu jaloux de ce Jacob, ce tricheur qui lutte et gagne contre Dieu, alors que notre idée de Dieu est peut-être celle d'un Dieu d'abord inaccessible, qui est souverain et devant qui nous ne pouvons que nous agenouiller et nous plier à sa bonne grâce. Etonnant, Dieu qui se prête à ce qui ressemble à un jeu, et qui s'abaisse jusqu'à dans un combat où les adversaires semblent de force presque égale, puisqu'ils se battent jusqu'à l'aurore. Comment en est-on arrivé là?
Si on regarde le contexte, comme tout bon pasteur réformé est tenu de le faire, on constate que cette rencontre avec Dieu arrive dans une situation presque dramatique pour Jacob, en tous cas difficile. Il est dans une situation difficile, mais il recevra la bénédiction de Dieu. Une grande bénédiction, immense, puisqu'il dira lui-même, j'ai vu Dieu face à face, et mon âme a été sauvée. Y-a-t-il plus grande bénédiction que celle qui engendre le salut de son âme, son souffle de vie, son être? Jacob donc, après vingt ans de travail, de lutte, après avoir quitté son père Isaac et son frère Esaü dont il craignait la vengeance, il se rend compte qu'il traîne toujours ce boulet, fruit de sa tricherie, usurpation du droit d'aînesse. Alors il ne peut plus attendre, il veut une décision, il veut se réconcilier avec son frère, tout en sachant que cela peut lui coûter la vie. C'est un peu quitte ou double, mais il cherche une décision, une issue à son problème, problème dont il est en partie au moins responsable. Certains boulets que nous traînons peut-être aussi depuis des années, sont en partie aussi le résultat d'une usurpation, d'une faute de notre part. Nous ne sommes pas responsables de tous les malheurs qui nous tombent dessus, loin de là, mais certains peuvent être la conséquence d'une faute de notre part. Jacob donc n'a pas été un enfant modèle, loin de là, et pourtant Dieu va le bénir. Signe de son amour, sa tendresse. Que nous soyons responsables ou non d'une situation difficile, comme Dieu a béni Jacob, il désire nous bénir ce soir. L'imposition des mains est un moyen, ce n'est pas le seul, de recevoir une bénédiction de Dieu. Bénédiction dans notre situation que nous vivons. Il veut se réconcilier avec son frère, le rencontrer, mais d'abord, sans qu'il l'aie cherché directement, Dieu le rencontre. Et cette rencontre là, va influencer sa rencontre avec son frère. Dieu parfois nous rencontre même lorsque nous ne l'attendons pas, nous aide même si nous ne réclamons pas son aide, heureusement, c'est encore un signe de son amour, sa tendresse. Comme Jacob nous ne constatons pas toujours dès le début que nous rencontrons Dieu dans la nuit en passant un ruisseau. Dans le texte d'ailleurs, cet homme qui lutte et semble craindre l'aurore ressemble d'ailleurs à première vue plus à un démon du fleuve qui craint la lumière du jour, selon des croyances de la région, qu'au Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Et pourtant c'est Dieu qui lutte avec Jacob, peut-être au travers d'un ange. Ce qui semble être pour Jacob un ennemi supplémentaire qu'il faut combattre se révèle être Dieu. Et ce qui étonne aussi, c'est qu'il blesse Jacob à l'emboîture de la hanche, qui se démet pendant le combat. Comment un Dieu d'amour peut-il blesser ainsi Jacob, un descendant de la promesse? Une interprétation facile serait de dire que toute rencontre avec Dieu nous marque, qu'après une rencontre avec Dieu nous marchons différemment, nous boitons. Les personnes qui ont rencontré Dieu marchent différemment dans la vie. Si seulement nous constations plus de ces changements après une rencontre avec Dieu. C'est plus facile de mettre un poisson sur sa voiture que de marcher différemment, dans la sainteté. Mais je crois que ce n'est pas l'interprétation la plus pertinente du texte. J'en vois une autre. Jacob est blessé à la hanche, il ne peut plus se tenir bien ferme sur ses jambes dans ce combat corps à corps, alors il ne peut plus que se raccrocher avec ses mains à cet homme, il ne tient plus sur ses propres jambes, il tient parce qu'il s'accroche à celles de Dieu, lui qui a tant marché, qui avait des jambes entraînées, sur lesquelles il s'appuyait, tout à coup, il doit oublier cela, cette assise, pour recevoir une autre assise. Certaines rencontres avec Dieu font vaciller certaines assises, raisonnements, conceptions, idées que nous avions au sujet de la foi et de Dieu. Jacob ne peut que s'accrocher à cet homme avec ses mains, comme il s'accroche à autre chose avec sa bouche, ses mots. Il y a un dialogue entre Jacob et l'homme, Jacob et Dieu. Le combat se fait aussi par les mots, les noms. Et c'est sans doute là que nous trouvons une clé de la victoire de Jacob. Comment peut-on être déclaré vainqueur dans une lutte avec Dieu? En employant les paroles même de Dieu, ses promesses. Je ne te laisserai point aller que tu ne m'aies béni. Jacob réclame une bénédiction, il ne veut pas laisser partir cet homme et donc Dieu sans recevoir sa bénédiction. Avec son père Isaac et son frère Jacob, il avait triché, avec Dieu, cela ne fonctionne pas, il ne peut plus marchander de la même façon. Alors à quoi s'accroche-t-il? Dieu changera son nom, de Jacob en Israël, cela nous fait penser au changement de nom de son grand-père, lorsque Dieu avait changé le nom d'Abram en Abraham, en établissant son alliance avec lui et sa descendance, après lui avoir promis qu'il serait une source de bénédiction, que même toutes les nations seraient bénies en lui. Et cette bénédiction là, Dieu l'avait confirmée à Jacob dans sa vision de l'échelle, lui disant la même chose: Toutes les familles de la terre seront bénies en toi. Jacob est audacieux dans sa demande à Dieu, certes, mais il ne fait qu'appel à la promesse que Dieu lui avait faite. Il réclame cette fois une bénédiction non pas méritée de sa part, mais promise par Dieu. Sans tricher. Il est seul dans ce face à face, certains combats, certaines luttes, certains dialogues avec Dieu ne se font que seul à seul, sans famille physique, ni spirituelle ou théologique, plus rien sur quoi nous pouvons nous appuyer, sinon sur les promesses de Dieu. Il fait appel à la parole que Dieu avait dite, sa promesse, il ne peut que s'accrocher à cela, plus que cela, mais de toutes ses forces, comme il s'accroche à cet homme alors que sa hanche est blessée, il s'accroche à la parole prononcée par Dieu. Dieu lui avait donnée sa parole, et maintenant Jacob emploie cette parole, cette arme que Dieu lui-même lui avait donnée, dans ce combat contre ou plutôt avec Dieu. Il réclame ce que Dieu lui avait promis. Uniquement cela, mais cela engendre la victoire. Ce soir c'est bien la même chose que demandons à Dieu, sa bénédiction, au travers de notre communion fraternelle, la Sainte-Cène et l'imposition des mains. Dieu avait promis à Jacob que toutes les nations de la terre seraient bénies en lui et sa postérité, il n'a pas dit sauf les réformés suisses. Promesse réalisée par un descendant de Jacob, Jésus, où la promesse s'est étendue au-delà du peuple d'Israël. Dieu répond à cette demande de Jacob, il n'est pas choqué, outré, il ne remet pas Jacob en place, il le bénit. Il lui demande juste son nom. Quel est ton nom? Jacob ne peut que répondre Jacob, autrement dit celui qui supplante, qui a triché. Jacob est seul, et à nu devant Dieu, il ne tente plus de cacher qui il est, ce qu'il a fait d'injuste. Il est devant lui simplement avec sa personne, tel quel, sans artifice, masque, reconnaissant sa faiblesse, sa faute, et Dieu le bénit. Dieu bénit les personnes faibles, dans le besoin, qui ont fauté, qui arrivent à lui telles qu'elles sont. Il n'attend pas que nous soyons parfait pour nous bénir, non, il nous bénit pour nous transformer à son image, nous marquer de sa tendresse et de son amour. Quel est ton nom? On demandera aussi aux personnes qui désireront recevoir l'imposition des mains simplement quel est votre nom, c'est tout, rien d'autre, vous n'avez pas besoin d'avoir peur de devoir dévoiler quoi que ce soit. Jacob répond Jacob, et que lui répond Dieu au travers de cet homme? ton nom ne sera plus Jacob, mais tu seras appelé Israël; car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur. Dieu change son nom, il reçoit le nom d'Israël, la première fois le nom de ce peuple qui n'a que la promesse de Dieu pour légitimation, qui est appelé à vivre uniquement par la promesse et le choix souverain de Dieu, la parole de Dieu. Pour devenir en bénédiction pour la terre entière. Jacob s'accroche à la promesse, et le peuple d'Israël est tenu uniquement par cette promesse, jusqu'à ce jour. Une promesse de Dieu à Abraham, et le résultat, un peuple comme il n'en existe pas d'autre, d'où sortira le Messie, qui lui étendra la bénédiction au monde entier.
Jacob, ou plutôt Israël, est béni, il reçoit la bénédiction de Dieu, il a vu Dieu face à face, son âme a été sauvée. Il a été marqué par cette rencontre, assurément, et pas uniquement au niveau de la hanche. Maintenant qu'il a lutté avec Dieu, dans les deux sens du terme avec, je ne crois plus qu'il craint la rencontre avec son frère. La rencontre avec Dieu non seulement le marque lui, mais aussi sa rencontre avec son frère. Elle n'est plus la même, avant cette rencontre décisive, Esaü marchait à la rencontre de Jacob avec 400 hommes, je ne pense pas qu'ils étaient destinés à servir un banquet de réconciliation, après cette lutte, regardez une fois ce qui se passe, d'abord Jacob ou Israël passe devant, en premier, lui le rusé, il ne se cache plus derrière sa famille ou ses hommes, et la rencontre n'est pas sans rappeler une rencontre que racontera Jésus une fois: Ésaü courut à sa rencontre; il l'embrassa, se jeta à son cou, et le baisa. Et ils pleurèrent. Je ne te laisserai point aller que tu ne m'aies béni. Amen