23
décembre 2001, 4e dimanche de l'Avent, Matthieu 11/1-11
Chers
frères et soeurs,
Le
temps de l'Avent est le temps de l'attente, l'attente de Noël, ce n'est plus si
long, c'est demain, que l'on pourra ouvrir les cadeaux. D'autres attendent le
temps après Noël, comme cette dame à l'hôpital, qui disait qu'elle attendait
que les fêtes soient passées. Dans le temps de l'Avent, de Noël, on attend la
joie, la lumière, plein de choses, mais voilà, la réalité est parfois différente,
les nerfs sont parfois à fleur de peau, oh je sais bien, pas chez vous. Devant
l'attente que l'on a, et la réalité du monde et sa propre réalité, il y a
parfois un décalage. Comme entre l'attente de Jean-Baptiste, et la réalité
qu'il a rencontrée. Jean-Baptiste qui prêchait dans le désert de Judée,
disant: Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche, races de vipères,
qui vous a appris à fuir la colère à venir, produisez des fruits dignes de la
repentance, moi je vous baptise d'eau, pour vous amener à la repentance, mais
celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de
porter ses souliers. Lui il vous baptisera de St-Esprit et de feu. C'est clair
et net ce message, il n'y va pas par quatre chemins, et dans ce qu'il dit, on ne
découvre pas quelqu'un qui doute, qui ne sait pas trop quoi dire, au contraire,
le seul reproche que l'on pourrait lui faire, c'est tu ne vas pas un peu trop
loin, je me demande ce que les gens diraient si je disais, pas aujourd'hui, mais
quand il y a beaucoup de monde, je me demande ce qu'ils diraient si je disais
races de vipères. Il a perdu la mesure, il exagère. Le message de
Jean-Baptiste est clair, univoque. Mais surtout ce qu'il y a, c'est que c'est ce
Jean-Baptiste là qui a baptisé Jésus, il lui a dit c'est moi qui ai besoin d'être
baptisé par toi, et tu viens à moi, Jésus lui répond: Laisse faire
maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi tout ce qui est
juste. Et nous lisons que Jean-Baptiste ne lui résista plus, c'est-à-dire
qu'il fut d'accord de baptiser Jésus. Jean-Baptiste a baptisé Jésus, il donc
entendu la voix du ciel qui disait: celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui
j'ai mis toute mon affection. Jean-Baptiste a donc baptisé Jésus, et plus
tard, alors qu'il est en prison pour avoir osé dire à Hérode Antipas qu'il
commettait un péché en épousant la femme de son frère, alors qu'il est en
prison, il se demande si ce Jésus là, qu'il a baptisé, est le Messie: Es-tu
celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre. Comment
Jean-Baptiste peut-il douter de cela? Que beaucoup de gens doutent de Jésus,
cela se comprend, nous trouvons cela presque normal, mais Jean-Baptiste, comment
lui peut-il douter ?
Nous nous posons parfois des questions, sur les autres, leur attitude,
leur foi, nous les jugeons peut-être, mais nous oublions que nous-mêmes nous
avons aussi des questions, des doutes, des interrogations. Pas forcément dans
les mêmes domaines, d'autres domaines, où les autres n'arrivent pas à nous
comprendre nous. Et nous nous pensons alors, ce n'est pas si simple, tu n'es pas
dans ma situation. Ce sont des choses qui arrivent, le doute, ou alors que nous
ne comprenons plus ce qui nous arrive, ce que Dieu fait ou permet ou d'autres
choses. Cela m'arrive aussi. Ce n'est pas parce que je suis pasteur que tout va
comme sur des roulettes, bien au contraire, parfois j'ai l'impression que les
roulements sont bien rouillés, j'ai l'impression que Dieu devrait mettre un peu
plus de graisse ou d'huile qu'il n'en met pour éviter les frottements. Enfin
cela arrive. Des épreuves, des questions, des doutes. Et pour cela je trouve
que la bible est formidable, parce qu'elle ne parle pas seulement de héros de
la foi, d'hommes et de femmes parfaites, mais elle nous parle de gens comme vous
et moi, qui vivent des choses semblables aux nôtres. La bible ne cache pas la réalité,
elle la mentionne, elle parle des problèmes, cela est un espoir pour nous, car
sinon nous serions bien vite découragés en comparant des vies
"parfaites" aux nôtres, mais ce n'est pas tout, la bible montre aussi
et surtout comment les personnes qui sont en difficultés ont reçu de l'aide,
comment Dieu les a visités, touchés, guéris, aidés.
Jean-Baptiste a des doutes au sujet de la messianité de Jésus, et il a
des raisons pour cela. C'est toujours bien quand nous avons des questions, des
doutes de nous demander quelles sont les vraies raisons de nos doutes? Qu'est-ce
qui fait que je suis dans cette situation, qu'est-ce qui s'est passé?
Pourquoi
Jean-Baptiste doute-t-il de Jésus? Tout simplement parce que ce que Jésus fait
et dit ne concorde pas avec ce qu'il pensait. Jean-Baptiste s'était fait une idée
du Messie, de ce qu'il devait faire et dire, et voilà que Jésus, qui dit être
le Messie, l'envoyé de Dieu, ne se comporte pas exactement selon les idées de
Jean-Baptiste. Cela lui pose problème. Et cela nous pose aussi problème.
Beaucoup de nos questions, doutes proviennent du fait que nous faisons une image
de Dieu, du Christ, et quand l'image ne concorde pas avec la réalité, cela amène
les doutes, les questions. Il y a beaucoup de gens qui pensent que Dieu doit
intervenir pour empêcher les guerres, les tremblements de terre ou autres
choses. Ils se font une image de Dieu, comment Dieu devrait être selon eux, et
si Dieu n'agit pas selon leurs conceptions, ils accusent Dieu, comment permet-il
cela, ou disent qu'il n'existe pas. Ou alors ils se font une image comment
devrait être leur vie. Je suis chrétien, chrétienne, par conséquent, Dieu
doit me donner ceci et m'éviter cela. Nous voulons
transformer Dieu selon l'image que nous nous sommes faites de lui, au
lieu de laisser Dieu nous transformer à son image. C'est le deuxième
commandement, tu ne te feras point d'image de Dieu. L'image ce n'est pas
seulement une image taillée dans la pierre ou le bois, c'est aussi une image
taillée dans notre cerveau, par nos pensées. Nous ne devons pas nous faire une
image de Dieu, car Dieu lui-même nous montre en Jésus-Christ comment il est.
Et même si nous nous faisons des idées, des conceptions, ce qui est inévitable,
nous devons être prêts à nous laisser corriger par la parole de Dieu. C'est
une source de beaucoup de problèmes, aussi pour les chrétiens, se faire une
certaine image, conception de l'action de Dieu et du Christ, et ensuite tenir
fermement à cette conception. Certains chrétiens pensent qu'un enfant de Dieu
ne doit jamais aller chez le médecin. Ils se font une image de l'action de
Dieu, Dieu n'agit que par la prière ou un miracle, et ils s'enferment dans une
position. Je crois que Dieu guérit par l'imposition des mains, la prière,
qu'il agit pendant un culte, par l'onction des malades, mais je crois que Dieu
peut aussi très bien agir par le moyen de la science humaine qu'il a donnée
aux hommes en leur donnant l'intelligence. On peut se faire une image toute différente
de Dieu, penser que Dieu ne guérit pas suite à la prière ou l'imposition des
mains par exemple, c'est aussi une image. Nous nous faisons tous des images de
Dieu, de son action, ce n'est pas grave en soi, ce qui est grave c'est que nous
ne le remarquons pas, ou que nous ne sommes pas prêts à nous laisser corriger
nos conceptions par Dieu et sa parole. On peut se faire une image de tout, de
Dieu, du Christ, de la conversion, du baptême, du baptême dans le St-Esprit
etc. C'est cela, c'est ainsi, et si vous ne pensez pas comme moi, vous êtes
dans l'erreur. Non, mille fois non, la référence ne doit jamais être moi-même,
mais la bible. Il y a des chrétiens qui terrorisent d'autres chrétiens parce
qu'ils se sont fait une image de certaines choses, et qu'ensuite ils forcent les
autres à adhérer à leur image, sans quoi les autres chrétiens ne sont pas
des bons chrétiens. Jean-Baptiste s'était fait une image du Messie.
Le
problème de Jean-Baptiste c'est qu'il avait annoncé le jugement, il disait aux
gens races de vipères, il parlait de paille qu'on jette dans le feu qui ne s'éteint
point, il disait déjà la cognée est mise à la racine des arbres: tout arbre
donc qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. C'était juste
ce que disait Jean-Baptiste, c'était la vérité, il parlait du jugement de
Dieu sur le péché, la loi qui condamne, mais il manquait la suite de cela, la
grâce, le pardon, la délivrance. Il ne pouvait pas le savoir, parce que Jésus
n'avait pas encore accompli son ministère, n'était pas mort et ressuscité.
Les disciples n'ont pas vraiment compris tout le message de Jésus avant sa mort
et sa résurrection, Jean-Baptiste non plus. Il est le plus grand dit Jésus
parmi ceux qui sont nés de femmes, mais le plus petit dans le royaume de Dieu
est plus grand que lui. Parce que dans le royaume de Dieu, on ne naît pas d'une
femme, ni d'un homme, mais de Dieu. Il faut naître d'eau et d'esprit pour
entrer dans le royaume des cieux. Et cet acte là, Dieu seul peut le faire.
Jean-Baptiste annonce le jugement, parle de repentance. C'est le premier pas.
Reconnaître mes fautes, mes péchés, mais ensuite vient le second, naître de
nouveau, recevoir le pardon de mes péchés par la grâce, et la vie éternelle.
Les
disciples de Jésus d'ailleurs auront le même genre de problème que
Jean-Baptiste. Les disciples ont demandé à Jésus, lorsqu'on ne le reçut pas
en Samarie, Seigneur, veux-tu que nous commandions que le feu descende du ciel
et les consume? Jésus se tourna vers eux, et les réprimanda en disant: Vous ne
savez de quel esprit vous êtes animés. Car le Fils de l'homme est venu, non
pour perdre les âmes des hommes, mais pour les sauver. Nous avons peut-être
parfois aussi presque envie que Dieu punisse immédiatement ceux qui ne reçoivent
pas le message de l'évangile, qu'il leur montre de quel bois il se chauffe,
mais Jésus nous demande d'avoir un esprit différent, un esprit de pardon,
d'amour, de prière pour les gens non convertis. Jean-Baptiste pensait peut-être
aussi que Jésus aurait du punir Hérode qui l'avait fait emprisonner et le délivrer
lui de la prison. Agir tout de suite pour punir Hérode et le délivrer lui. Or
Jésus ne fait ni l'un ni l'autre. Jean-Baptiste s'était fait une image du
Messie, et cette image ne concorde pas tout à fait avec la réalité de Jésus.
Cela lui fait problème. Certains chrétiens pensent que si l'on est converti,
tout va bien, nous ne sommes plus malades, ni pauvres, et dès que nous sommes
emprisonnés, il suffit de faire une prière pour qu'un ange ouvre les portes de
la prison. Encore une fois, Dieu peut faire cela, mais il ne le fait pas
toujours. Jean-Baptiste est resté en prison, on l'a même décapité. Et ce n'était
pas un manque de foi de la part de Jean-Baptiste, puisque Jésus
a dit de lui que parmi ceux qui sont nés de femmes, il n'en a point paru
de plus grand que Jean-Baptiste.
Dieu
ne lui pas épargné tous les ennuis, souffrances. Mais il ne l'a pas abandonné.
Jean-Baptiste s'était fait une conception de l'action et des paroles du Messie,
et cela lui cause problème. Mais regardons maintenant la réponse que Jésus
fait donner à Jean-Baptiste. Qu'aurions dit à Jean-Baptiste, lui qui a baptisé
Jésus et qui ensuite doute de sa messianité? Peut-être lui aurions-nous fait
la morale, dit mais pourquoi tu doutes, bien sûr que c'est le Messie, tu dois
croire cela, rappelle-toi lors de son baptême, ce qu'a dit la voix céleste
lorsque la colombe est descendue sur Jésus. Jésus est le meilleur connaisseur
de l'homme, le meilleur spécialiste de la cure d'âme. Il ne lui fait aucun
reproche, ne l'accable pas, ne l'accuse pas de manquer de foi. Il ne dit bien sûr
que c'est moi le Messie, pourquoi tu doutes? Jésus ne s'impose pas et n'impose
pas sa réponse, rien de tout cela, il dit même quelques versets plus loin:
Parmi ceux qui sont nés de femmes, il n'en a point paru de plus grand que
Jean-Baptiste. Jésus répond aux disciples envoyés par Jean-Baptiste: Allez
lui rapporter ce que vous entendez et ce que vous voyez: les aveugles voient,
les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les
morts ressuscitent, et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. Jésus ne
donne pas lui-même la réponse, il dit ce qu'il fait et annonce, il désire que
Jean-Baptiste trouve lui-même sa réponse à sa question, car si cela est le
cas, cette réponse sera vraie et durable. Si Jésus impose simplement la bonne
réponse, l'inculque comme on inculque certaines choses aux enfants, ou à des
adultes, cela devient une foi de perroquet, on apprend par cœur des choses,
mais on ne vit pas les choses, et lorsque vient l'épreuve, la foi de perroquet,
ma foi, elle vacille facilement. Jésus ne cherche pas une réponse
artificielle, calquée, apprise par Jean-Baptiste. Jésus ne s'impose jamais aux
gens, il n'impose pas sa messianité aux gens, il attend que les gens croient
qu'il est le Messie. Il dit à Jean-Baptiste, regarde ce que je fais et ce que
je dis, et maintenant dis-moi si je suis le Messie. Il attend une réponse
personnelle de Jean-Baptiste. Personne d'autre ne peut répondre à sa place, ni
ses parents, ses maîtres de religion ou de catéchisme, ni même Jésus ne peut
répondre à sa place. L'homme est fait à l'image de Dieu, un partenaire de
Dieu, et ce partenaire est appelé lui-même à reconnaître le Messie. Jésus
dit ce qu'il fait, en citant les temps messsianiques de l'ancien testament dans
Esaïe 35. Jésus n'est pas le Messie irrésistible que chacun doit reconnaître
sur le champ, il n'est pas celui qui enfonce les portes, non, il frappe, et il
attend qu'on lui ouvre la porte.
Jean-Baptiste
doute de la messianité de Jésus. C'est vrai, mais il y une chose de positif,
et je terminerai par cet aspect, dans ses doutes, ses questions, il s'adresse à
la bonne adresse, c'est le cas de le dire, il s'adresse à Jésus lui-même.
Nous
avons tous des problèmes, des épreuves, des questions voire des doutes. Nous
nous faisons tous des images de Dieu, de la foi, de Noël aussi, de la vie de
famille et bien d'autres choses. Mais voilà, la réalité est parfois différente.
La question se pose alors, qu'est-ce que je fais de mes images ? Suis-je prêt
à changer l'image, si elle ne correspond pas à la vérité de la bible, et
changer l'image, mais aussi ma vie en fonction de la vérité de Dieu, ou est-ce
que je m'obstine dans une voie, en cherchant l'erreur partout, sauf dans mon
image et moi-même ? Suis-je prêt à changer l'image et ma vie, en m'adressant
Jésus-Christ ? Même en lui demandant pourquoi ? Quand je dis pourquoi
Seigneur, pourquoi fais-tu cela, pourquoi je suis dans cette situation, ce n'est
pas le signe que je commence à douter, à m'éloigner de la foi, au contraire,
c'est un bon signe, parce que je m'adresse à celui qui est venu pour délivrer
et redonner la vue à ceux qui ne voient plus la vérité. Mais je dois être prêt
à aller plus loin, à me laisser enseigner, corriger, encourager par Jésus-Christ.
Jean-Baptiste doutait, mais il n'est pas resté à ses doutes, il a cherché, il
a demandé à Jésus lui-même. Es-tu le Messie ? Et Jésus n'a pas répondu à
sa place, parce que cela n'aurait pas été bien pour lui, mais il lui a permis
de trouver la réponse. Elie en fuyant Jésabel demanda est-ce toi, Dieu qui
vient, Job dans dans son désespoir maudit le jour de sa naissance, Jérémie
tremble devant la sévérité de Dieu, mais tous ces hommes s'adressent à Dieu,
lui parlent parce qu'il est un Dieu vivant. Jean-Baptiste s'est adressé à Jésus
dans ses doutes, et il n'a pas été déçu. Jésus l'a mis sur la piste, l'a
aidé. Il le fera pour tous ceux qui s'adressent à lui. Amen.