Prédication sur le Sermon sur la Montagne
Textes : Matth. 7:6 :
“L’attitude à l’égard des “chiens” et des porcs”.
Actes 13:45-47 : “Nous nous tournons vers les païens”
Thème : l’opportunité
du témoignage chrétien.
Chers frères et sœurs
en Christ, nous avons vu dimanche dernier quelle devait être l’attitude du
chrétien à l’égard du jugement : « Ne juger pas, et vous ne serez
pas jugés » dit Jésus.
« C’est avec la mesure dont
vous vous servez pour juger que vous serez vous-mêmes jugés » !
Le chrétien, soucieux
de vivre en conformité avec la volonté du Seigneur Jésus, et suivant en cela
l’exemple de son bon Père céleste, Lui qui fait lever son soleil sur les bons
et sur les méchants, sur les justes comme sur les injustes, et qui ne nous
rétribue pas selon nos fautes, le chrétien doit savoir faire preuve de
miséricorde et de pardon, de compréhension envers ses ennemis, ceux qui lui
veulent du mal, ou qui ne se comportent pas comme il faut.
Le Seigneur nous
invite à être mesurés dans nos jugements, à ne pas critiquer injustement, ou de
façon négative notre prochain, mais bien plutôt à mettre tout en œuvre pour lui
venir en aide dans ses faiblesses, à se montrer non pas tant juge que médecin à
son égard.
Le texte ma
prédication de ce matin nous invite quant à lui à nous interroger sur la nature
et la portée du témoignage chrétien, et en particulier, sur l’attitude qu’il
convient d’avoir face à l’hostilité et l’incrédulité de certains eu égard à
l’Evangile.
Ne pas porter de
jugement envers qui que ce soit n’implique pas le fait de suspendre tout
discernement envers ceux que le Seigneur place sur notre chemin et envers qui
nous avons la responsabilité de communiquer l’Evangile.
Il y a même, d’une
certaine manière, un devoir de critique, de discernement à exercer là, sous
peine de prendre le risque de témoigner en vain, et de gaspiller inutilement
son temps et son énergie dans le témoignage que nous sommes tous appelés à
rendre au Christ Seigneur.
En effet le Seigneur
dit : « Ne donner pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas
vos perles aux porcs, de peur qu’ils ne les piétinent et que, se retournant,
ils ne vous déchirent. » (v. 6)
Remarquez qu’il est
question de trois choses, de trois réalités dans notre texte.
Tout d’abord, il est
question de donner, ou plutôt ici de ne pas donner : « Ne donnez pas
aux chiens ce qui est sacré ».
Ensuite, il est
question de ce qui est « sacré », ou encore des « perles »,
et nous verrons tout à l’heure de quoi il s’agit exactement ici.
Enfin, il est question
des « chiens » et des « porcs », contre lesquels Jésus
met en garde les disciples.
Voyons cela point par
point.
« Ne donner pas
aux chiens ce qui est sacré ».
Jésus s’adresse ici
aux disciples, auxquels il a donné déjà tout un enseignement sur la véritable
nature du Royaume, dans le Sermon sur la montagne.
Les disciples sont
envoyés par Jésus vers les brebis perdus de la Maison d’Israël, afin d’annoncer
la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu en Christ.
Jésus appelle ainsi
ses disciples à participer à son oeuvre de salut et de réconciliation, mais il
sait bien que les choses n’iront pas de soi, et que de multiples difficultés
les attendent sur le chemin.
Et cependant, il faut
semer, à tout vent, il faut annoncer la Parole de Dieu sans perdre une
occasion, car c’est là la vocation du peuple de Dieu, de l’Eglise.
« Vous avez reçu
gratuitement, donnez gratuitement ».
L’annonce de
l’Evangile est un don, c’est quelque chose de gratuit qui se reçoit par la foi,
sans rien exiger en retour.
Et voyez-vous, il y a
un devoir d’évangélisation auquel nous ne saurions échapper sans passer
à côté de notre vocation.
Avant même de
s’interroger sur l’attitude que nous devons avoir face à l’opposition, à
l’incrédulité et à l’hostilité de ceux auxquels il nous est donné d’annoncer
l’Evangile, il convient de nous rappeler l’urgence de l’évangélisation,
et notre devoir de témoin de l’Evangile dans chacune de nos situations.
C’est là le premier
point sur lequel le Seigneur attire notre attention dans ce texte.
Deuxième point.
Notez qu’il est
question dans notre texte de « ce qui est sacré » ou encore des
« perles ».
« Ne donner pas
aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles aux porcs ».
De quoi s’agit-il
ici ?
Quelle sont donc ces
choses sacrés, ou ces perles dont Jésus parle, et qu’il nous exhorte à ne pas
jeter aux chiens et aux porcs ?
A la lumière de Parole
de Dieu, de l’Ecriture, nous pouvons dire que ce qui est sacré n’est autre que
l’Evangile du Royaume, et plus particulièrement l’enseignement de Jésus dans le
Sermon sur la montagne.
Est sacré ce qui est
consacré à Dieu, ce qui concerne les choses de Dieu, les réalités célestes, ce
que Dieu a fait pour nous, et ce qu’il attend de nous.
L’image de la perle
nous fait penser à la parabole de la perle de grand prix.
Rappelez-vous :
« Le Royaume des cieux est
semblable à un marchand qui cherchait des perles fines. Ayant trouvé une perle
de grand prix, il s’en est allé vendre tout ce qu’il avait, et il l’a
acheté » (Matth. 13 45-46).
L’Evangile est tel un
trésor, qu’il convient de partager avec le plus grand nombre, sans
considération de personne, et ce, gratuitement, généreusement.
Seulement voilà, cette
annonce de l’Evangile ne trouve pas toujours un accueil très favorable auprès
de nos auditeurs, et c’est pourquoi le Christ nous met en garde contre ceux
qu’il nomme les « chiens », ou encore les « porcs ».
« Ne donnez pas aux chiens
ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles aux porcs ».
Ces expressions nous
paraissent peut-être un peu fortes, et peut-être même exagérées.
Considérer que les
incrédules soient tels des chiens ou des porcs, non pas le brave toutou, le petit chien d’appartement que nous
connaissons, mais bien le chien errant de l’antiquité qui se nourrissait des
déchets de la ville, et le porc que la Loi de Moïse considérait comme impur, un
tel jugement nous paraît sans doute excessif, d’autant que dans les versets
précédents nous avons vu que Jésus nous invite à ne pas porter de jugement
contre notre prochain.
Et pourtant, il s’agit
bien là d’une parole de l’Evangile, d’une parole du Christ lui-même, et il est
important que nous comprenions pourquoi Jésus dit une telle chose à ce moment
là.
Et d’abord, à qui
Jésus fait-il allusion lorsqu’il parle des chiens et des porcs ?
Il est fort probable
que Jésus vise là des personnes qui sont à ce point hostiles à l’Evangile, que
rien ne semble pouvoir les faire changer d’attitude, et qu’insister auprès
d’eux dans l’annonce de l’Evangile ne peut conduire qu’à attiser leur haine et
leur agressivité à son égard.
Sans doute avez-vous
déjà eu affaire à ce genre de personne, et peut être avez-vous été tentés
vous-mêmes de persévérer et de consacrer tout votre temps et toute votre
énergie pour vaincre l’obstination de celle-ci ?
Peut-être s’agit-il
d’un membre de votre famille, ou bien d’un proche, un collègue de travail, un
conjoint peut-être bien.
Votre volonté de voir
cette personne gagnée un jour à Jésus-Christ est telle que peut-être avez-vous
de ce fait négligé d’autres occasions où vous auriez pu tout aussi bien, et même,
avec beaucoup plus de succès, annoncer l’Evangile à des personnes de votre
entourage.
Beaucoup de chrétiens
consacrent volontiers toute leur vie à s’évertuer à gagner ne serait-ce qu’une
personne à l’Evangile, tandis que cette personne-là ne manifeste parfois aucun
signe évident d’une réelle ouverture, et parfois même fait preuve d’une réelle
hostilité à l’égard de la Foi.
Mais c’est porter là
un fardeau que le Christ ne nous demande pas forcément de porter, et peut-être
est-il préférable dans de telles situations de remettre simplement cette
personne à Dieu dans la prière, et de se tourner vers d’autres personnes qui
paraissent plus réceptives à l’Evangile ?
On peut toujours prier
pour quelqu’un, pour qu’il ait la foi, qu’il se convertisse et qu’il vive.
Mais le Seigneur
attire notre attention sur le fait que certains sont manifestement plus
réceptifs à l’Evangile que d’autres.
Il suffit parfois de
parler de l’Evangile à quelqu’un pour que cela suscite un réel intérêt de sa
part, son cœur s’ouvre comme naturellement aux choses de la foi, il souhaite en
savoir davantage.
Il y a là une
disponibilité, une prédisposition que d’autres n’ont manifestement pas, et
c’est là sans doute tout le mystère de l’élection.
Ce qui est vrai d’un
individu l’est aussi pour un groupe de personnes, pour un pays, une région, une
famille.
L’Occident fût
autrefois le bastion du christianisme, tandis qu’il fait aujourd’hui figure de
parent pauvre par rapport à l’avancée spectaculaire de l’Evangile dans les Pays
du Tiers Monde ou de l’Asie, où il y a chaque jours plusieurs milliers de
conversions, de vies transformées par la puissance de l’Evangile.
La France fût
autrefois la « Fille aînée de l’Eglise », selon l’expression
consacrée.
Qu’en est-il donc
aujourd’hui ?
Et jusqu’à quand le
Seigneur devra-t-il exercer sa patience envers une nation qui a oublié son
Baptême, et qui a tourné le dos à l’Evangile ?
Prions pour que le
vent du Réveil souffle encore sur notre monde, et interrogeons-nous pour savoir
quelle est la situation de notre ville, de notre région, de notre pays, de nos
familles par rapport à l’Evangile.
Quel accueil lui
réserve-t-on, et ou en sommes-nous nous-mêmes quant à notre vocation de témoins
de l’Evangile ?
Voilà bien les
questions que notre texte nous invite à nous poser avec sérieux, d’autant qu’il
y a là la clef d’un témoignage chrétien serein et victorieux.
Ailleurs dans
l’Evangile le Christ dit :
« Lorsqu’on ne vous recevra
pas et qu’on n’écoutera pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette
ville et secouez la poussière de vos pieds ».
Et encore :
« Je vous le dis en vérité
: au jour du jugement, le pays de Sodome et Gomorrhe sera traité moins
rigoureusement que cette ville-là. »
Vous voyez que
l’Evangile est quelque chose de sérieux, et que l’hostilité et l’incrédulité à
l’égard de celui-ci sont jugées de façon très dure par Dieu.
La Bible dit que sans
la foi, il est impossible d’être agréable à Dieu.
Voilà pourquoi il y a
une opposition radicale entre l’Eglise et le monde, entre le peuple racheté de
Dieu, et ceux qui demeurent volontairement dans l’incrédulité et dans
l’hostilité eu égard aux choses de la foi.
St Augustin a exprimé
cela de façon très pertinente, et très vraie, dans son livre La Cité de Dieu
: « Deux amours ont fait deux cités, l’amour de Dieu poussé jusqu’au
mépris de soi a fait la cité céleste, l’amour de soi poussé jusqu’au mépris de
Dieu a fait la cité terrestre ».
Deux amours, deux
cités.
L’amour de Dieu, ou le
mépris de Dieu.
La foi ou
l’incrédulité.
Deux attitudes
radicalement opposées, et irréconciliables, qui font toute la différence entre
le chrétien que Dieu a appelé par grâce au salut, et l’homme irrégénéré, le non
chrétien, qui s’obstine dans l’incrédulité et dans la révolte contre Dieu.
Toute l’intention de
notre texte est de nous dire que l’incrédulité est hélas ! une réalité
toujours présente ici-bas, et que le péché n’est pas qu’un vain mot.
Le monde ne comprendra
jamais que des chrétiens.
Le bon grain et
l’ivraie sont appelés à coexister jusqu’à la fin sur cette terre où nous
sommes, en attendant le retour en gloire de notre Seigneur Jésus-Christ, à qui
seul appartient le jugement dernier.
Mais ce texte nous
rappelle de même qu’il nous faut accepter les limites de l’évangélisation,
le fait que tous ceux auxquels nous rendons témoignage de l’Evangile ne se
convertirons manifestement pas, et que même certains parmi eux manifesteront
une réelle hostilité à son égard.
L’Evangile a toujours
provoqué de la contradiction parmi les hommes.
Jésus a dit :
Matthieu 10:34 Ne croyez pas que je sois venu apporter la
paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée.
35 Car je suis venu mettre la division entre
l'homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa
belle-mère;
36 et l'homme aura pour ennemis les gens de sa
maison.
Nous devons accepter
que l’Evangile qui apporte la paix venant de Dieu, puisse aussi nous couper
parfois de certains de nos proches, qui s’obstinent à le rejeter et qui se
montrent particulièrement hostiles à son égard.
Alors en conclusion je
dirai ceci.
Jésus, dans le Sermon
sur la montagne, nous invite à réfléchir sur l’opportunité du témoignage
chrétien et de la prédication de l’Evangile.
Ceux qui,
par leur endurcissement et leur incrédulité, s’obstinent à tourner le dos au
Christ qui les appelle, se placent eux-mêmes dans la situation de
« chiens » et de « porcs » dont il est question ici.
Aussi, il ne
serait pas sage des les presser en continuant de leur annoncer l’Evangile, car
ce serait manquer de respect à celui-ci que de le laisser être traîné dans la
boue par ceux qui n’en reconnaissent pas la valeur.
Cependant,
abandonner des personnes à leur propre sort est une décision difficile réservée
à des situations exceptionnelles, d’autant que le chrétien est appelé,
généralement, à faire preuve de patience et de persévérance, à
l’image de Dieu.
Que le
Seigneur accorde donc, à chacun, le discernement et la sagesse nécessaires,
afin d’accomplir avec fidélité et avec foi, notre vocation de témoin, jusqu’à
ce qu’il vienne.
Amen !
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Vincent BRU, Pasteur
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