Biga, carnet des refuges Daniel Biga, né à Nice
 

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Extraits de Carnets des  ref(o)uges

Parterre de primevères abondantes et de violettes clairsemées. Les bouquets des premières aux cinq doubles pétales jaune citrin entourant un cœur d’or sont les principales lumières de la prairie en pente douce où, adossé à un sorbier dont les bourgeons verdissent à peine au bout du bois encore mort, j’écris et je lis. Les violettes, elles, rares et moins visibles, existent cependant et, dès qu’on les a repérées, existent plus que le reste. Parfois, ainsi, quand je lis et écris, amasse des pages et des pages en ma tête comme en mes carnets, je me dis : ” A quoi bon ? ” et que j’y gaspille bien du temps. Alors qu’il y aurait tant d’arbres à dégager des ronces, des haies à élaguer ; tant de greffes à préparer ; tant d’hectares à labourer et travailler sans cesse pour y trouver peut-être le trésor caché dedans ; tant de troncs à couper puis ébrancher, puis écorcer pour y préparer des poutres, etc... etc... Pourtant, d’autre part, quand je fais du ciment et bouche quelques-uns des milliers de trous insatiables du château de ruines où je vis ; quand je remue des tonnes de décombres pour nettoyer une cave ; quand je retourne quelques ares de friches pour y installer le quatrième jardin de ce lieu, les trois précédents ayant été dévastés par les troupeaux de moutons, les bandes de chèvres, les hardes de sangliers, les hordes de vaches divagantes de mon voisin le sympathique Baron de Fonfrède, ou encore ayant été abandonnés pour cause de sécheresse, la source-d’en-haut mystérieusement s’étant tarie ; quand je fends des bûches et encore des bûches ; quand je m’éreinte à faire démarrer la tronçonneuse récalcitrante, etc., etc. ; alors oui, parfois je me dis, que je perds bien là mon temps et mon énergie et que je ferais mieux d’un peu plus lire et écrire, et autrement et plus sérieusement faire mon travail d’écrivain...
 
 

Refuge de Fra Francesco

refuge d'une nuit ou refuge pour des années
on connaît quantité de refuges dans une vie

une fois au camping d'Assise
là-haut sur la colline du Saint
et comme lui parlait aux oiseaux
qui lui répondaient dans leur jargon
il nous suffisait d'étendre la main
depuis l'entrée de la tente
pour que des pruniers nous donnent
leurs fruits rouges

ce que je considérais
- en mineur soit -
bel et bien comme une autre sorte de miracle
pas vrai mon François ?
 

bruit assourdi
d'une reine-claude
tombant dans l'herbe




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