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Michel COSEM

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Extraits de  Images au Cœur Roux



Un autre chemin de terre rouge
allant vers des ailleurs étrangers
où l'on parle une langue de sillon
de paille fauve, de pierre sans amertume
Deux boeufs, comme des cathédrales,
acheminent le soir
et veillent sur le printemps noir

Près des portes s'agitent les torches de fêtes
et des femmes au regard de reproche
aux bouches véhémentes
se bousculent sous le porche
L'ombre est sans pétale
les feuilles sifflent sous la tornade
et les mots bousculés sont plus cruels que les loups
Avec l'ivresse fantôme
le temps colle sa langue de douleur.
 

C'est le temps enfin de l'écorce éveillée
la forêt au plus profond laisse battre son cœur de résine

C'est le temps de la trace sauvage
les soleils naissants sont toujours très rouges

C'est le temps de l'humus au goût âcre
j'ai au bout des lèvres une lisière très froide

C'est le temps de l'onde mariée au vent
l'air sent la plume le pollen et les cris.
 
 
 
 

Face à face. Sans affront. Une mise
à distance.

Elle s’écarte ou se dérobe et met à nu
l’œil. La peau du regard suspend
la fouille.

Il ne la mange pas.

Os tournés par la chair.

Il ne la ronge pas.
Il ne la songe pas.

Longe des nuits
il veille.

Ombres sans nostalgie
deux qui viennent.
 

Il ne la connaît pas.
Il ne fait pas l’amour
à son image. Elle dit : les seins,
les épaules, les hanches,
mots sous vos mains,
votre bouche qui penche
l’eau du matin. La vague m’emporte,
vous n’êtes pas
la vague, ni l’océan où me noyer.

Il ne la connaît pas, ne la tue pas
la quitte.

Elle demeure.
 

Elle est à côté.
Nue dans la veille de l’homme.
Les yeux clos.

Rebelle. Sans arme.

Il la touche, elle dort.
Il murmure, elle dort.

Vos seins, vos épaules, vos hanches
Aucun mot ni les mains.
Silence et repos. L’immobile,
l’éphémère.
 

L’inquiétude infinie.

Je ne sais rien de vous la dérobée
l’amante, la nuit.
Ni le jour que vous faites
ni le cri qui répond
à qui vous nomme neige.

Je ne sais rien de vous la nue
l’amante, la nue.
Ni la main qui vous cherche.

La bouche vous émeut
les lèvres vous reprennent

et ce goût de l’encore
chante dans votre gorge.




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