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des écrivains
extrait de Petits
rituels sacrilèges
Des Funérailles
Pour les morts : qu'on les enterre nus,
tels qu'ils étaient dans leur âge et dans leur sexe. Sans
objets, même sacrés. Sans aucun signe de leur puissance parmi
nous, ni de l'amour ou du mépris dans lequel nous les tenions. Respectez
désormais la distance qu'il y a entre eux et nous ! Qu'un chant
sans paroles et bouche close les accompagne, jusqu'à l'endroit choisi
pour n'être plus parmi les hommes, mais bien parmi les leurs qui
suivent le pouls, de plus en plus lointain, des galaxies. Qu'on purifie
leur bouche en y posant des braises, et que tout autre orifice soit peint
en rouge comme les portes de nos temples. Qu'au poète on arrache
la langue, qu'on la réduise en poudre, pour la mêler à
l'encre de tous ceux qui ont usage des silences du papier.
Pour la beauté du geste et en mémoire
de leurs amours, qu’on perce d’une épine de rose la place où
le cœur des défunts recevait tant et tant de coups de lances. Qu’on
badigeonne aussi de miel les organes génitaux, parce qu’ils furent
sans mensonge, comme des fleurs avant l’automne ; à cause de sa
très grande sensibilité, pareille en cela à notre
âme, qu’on enduise de myrrhe la plante des pieds. Enfin, qu'ils restent
debout, sans tombe au-dessus de la tête et les yeux bien ouverts
sous la terre, car il n'est pas bon qu'ils s'endorment et se perdent, avant
d'avoir rejoint leur nouvelle nature. Qu'on plante un jeune arbre dans
ce sol bientôt fertile. Il parlera au vent pour ceux que le souffle
aura abandonnés. J'oublie une chose : qu'on trace un signe au charbon
sur la poitrine des pleureuses. Quand, sans le laver, il aura disparu :
le plus gros du travail sera fait. Pour les soirées du souvenir,
contentez-vous de compter le plus grand nombre possible d'étoiles.
Votre patience ira diminuant, n'y voyez aucune faute. Simplement la distribution
des rôles se poursuit.