Lambersy Werner Lambersy

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extrait de Petits rituels sacrilèges

Des Funérailles
 

 Pour les morts : qu'on les enterre nus, tels qu'ils étaient dans leur âge et dans leur sexe. Sans objets, même sacrés. Sans aucun signe de leur puissance parmi nous, ni de l'amour ou du mépris dans lequel nous les tenions. Respectez désormais la distance qu'il y a entre eux et nous ! Qu'un chant sans paroles et bouche close les accompagne, jusqu'à l'endroit choisi pour n'être plus parmi les hommes, mais bien parmi les leurs qui suivent le pouls, de plus en plus lointain, des galaxies. Qu'on purifie leur bouche en y posant des braises, et que tout autre orifice soit peint en rouge comme les portes de nos temples. Qu'au poète on arrache la langue, qu'on la réduise en poudre, pour la mêler à l'encre de tous ceux qui ont usage des silences du papier.
 

Pour la beauté du geste et en mémoire de leurs amours, qu’on perce d’une épine de rose la place où le cœur des défunts recevait tant et tant de coups de lances. Qu’on badigeonne aussi de miel les organes génitaux, parce qu’ils furent sans mensonge, comme des fleurs avant l’automne ; à cause de sa très grande sensibilité, pareille en cela à notre âme, qu’on enduise de myrrhe la plante des pieds. Enfin, qu'ils restent debout, sans tombe au-dessus de la tête et les yeux bien ouverts sous la terre, car il n'est pas bon qu'ils s'endorment et se perdent, avant d'avoir rejoint leur nouvelle nature. Qu'on plante un jeune arbre dans ce sol bientôt fertile. Il parlera au vent pour ceux que le souffle aura abandonnés. J'oublie une chose : qu'on trace un signe au charbon sur la poitrine des pleureuses. Quand, sans le laver, il aura disparu : le plus gros du travail sera fait. Pour les soirées du souvenir, contentez-vous de compter le plus grand nombre possible d'étoiles. Votre patience ira diminuant, n'y voyez aucune faute. Simplement la distribution des rôles se poursuit.
 




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