Rovini
ROBERT ROVINI
 
 

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tiré de
Voix sans mots
Dedalus ed. 1968
 
 
 
 

Je t’écoute, voix sans mots, car les mots, je sais bien, sont de moi, les mots viennent du sang, viennent de l’oeil, montent du vide dans la chair,

Et les poèmes sont le vide du monde dans sa chair, sont le vertige à regarder les corps dans les corps, à toucher de ses mains pâles les couleurs de l’oubli.

Mais toi, la voix, entre chaque mot je te sens souffrir, j’entends ton souffle où toute chose meurt, l’eau claire du bonheur et le cristal brisé, on ne sait par quel bruit, par quel message inaudible venu du fond des temps ou du creux des espaces.

Et voilà les poèmes, les mots recommencent, ils voudraient te porter, voix, et tu passes entre eux comme entre les arbres le vent qu’adore la forêt, car la forêt vient du vent, du vent naissent ces arbres qui le divisent toujours le même, et il revient et il se tue et il revit à traverser ce qui le nie, sa propre vie,

O vent, et je suis une chose dans l’absence qui souffle et je t’entends, ô voix, chanter ma mort au creux profond, à l’infini de mon amour.


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