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ALAIN FREIXE
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 Revenir, disais-tu
  I

J'avance entre deux murs de pierres sèches, deux silences, deux retombées de ciel. La nuit a fait moisson de ronces pour que l'aube entoure les collines de son écharpe mauve. Celle d'hier, t'en souviens-tu? Celle de la dame noire dont les doigts se nouaient aux laines et tiraient pour s'assurer à chaque pas de ce souffle qui la tenait encore. Celle de toujours.
 J'avance, les yeux voûtés dans l'ombre claire de ce qui fit pays et n'est plus que cette brassée de pierres, douloureuses comme ces lampes dont le fer grinçait dans le cercle éteint de leur lumière, les soirs d'été, longtemps après le départ des amis.

 
      II
 
 
 

 J'avance, et le jour monte.
 J'avance, encore.
 La chaleur gagne. Dilate les routes. Dalle le ciel de bleu. Parfume l'air de quelques nuages.
 Derrière, comme retenu, le vent attend.
 De moi, des pierres, du ciel, qui bouge quand tout tremble?
 C'est comme la lavande. Quand elle se noie dans l'eau calme des  vieilles armoires. Elle ne pèse pas plus que ce nuage qui s'effiloche dans le bleu familier que découpe Mascarda, ma fidèle aux feux de sous la terre.
 Tout ce qui m'entoure est tout ce qui s'en va. J'en deviens l'ombre. Contre l'argile du chemin, cette tache. Ce peu de sombre.
 

      III
 
 

 A qui revient fouiller l'âpre brouillard des linges noirs, la candeur d'une neige d'avril sur les vergers en fleurs offre ses flammes.
 Plus il caresse les branches, plus il étreint les fleurs, et plus brûlent ses yeux. Ce sont déjà des lignes de cendre qui les veinent.
 
 
 

      IV
 
 
 

 J'ai beau courir jusqu'au ruisseau. Le bruit de l'eau dans les saponaires orchestre le désordre de ma mémoire.
 Il y a bien toujours, ici ou là, des pierres, un ciel, des pommiers, un olivier de bohême, du sable, le soleil et ses gammes, un étang que noircit la montagne, une tour qui brûle dans l'été, des os anonymes dans l'argile d'une cave...
 Il y a bien tout cela. Comme une galerie des glaces qu'on aurait mise sous verre. Des fois qu'à y entrer vraiment on y risque son visage et que le coeur n'ait plus pour se barricader que ses éclats.
 
 

       V
 
 
 

 La salle des pas perdus d'où toujours nous partons est déserte. Les guichets restent ouverts.
 



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