princivalle, l'enfant du Paillon Jean PRINCIVALLE

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Extraits de L'enfant du Paillon

AVÈNEMENT D'UN MYTHE

Alors, il y eut de vastes pluies sereines et le pays abrupt pris rivière à la roche de son flanc,
ensuite vinrent de grosses pluies et, grosse sur son lit de pierres, la rivière en travail accoucha de l'Enfant.
Hiératique, il naît tout debout, mais l'œil au premier regard, comme pour toute naissance aisée, aperçoit d'abord sa tête.
Car cet enfant est têtu en tous sens.
Tête première
Tête de pierre
Tête sur les épaules
Terre sur les épaules.
Elevé au sein des pierres il marche sans trébucher, tête première vers la vie avec la lenteur décidée que la montagne exige.
Vers la vie alentour dont il faut prendre soin, la vie qui va de soi, de soi à la terre, aux bêtes, aux hommes et puis revient.
Au milieu de ce désert de terres déclives où coule le torrent s'élabore un rêve.
Un rêve d'enfant qui grandit. Un rêve de blé, d'oliviers et de vignes, de chèvres et de chanvre, de brebis, de jardins, de maisons, de cour, de basse-cour, d'étable, de pain et de vin sur la table.
Et ce rêve va prendre corps du corps même de l'enfant ;
Initial petit tas de pierres.
Sur ce site escarpé qu'écrase la lumière le minéral va germer ; d'abord un simple petit calcul, grain de sable étranger à l'ordre des choses, va marier la Nature à l'idée de culture puis,
sur ce fondement,
la pierre innombrable ériger toute une architecture.
Concrétion d'un rêve, calculs, cailloux qui servent à compter.
L'enfant commence donc par compter sur lui même, mais il lui faut aussi compter avec le temps et avec le temps qu'il fait et celui qu'il va faire, compter sa récolte pour survivre à l'hiver.
Tête de pierre,
sœur jumelle des meules lunaires qui s'obstinent encore dans nos moulins d'aujourd'hui, il va construire pierre à pierre des milliers de murs, rebâtir en terrasses un pays à sa mesure.
Petit Atlas agricole il porte notre terre sur les épaules.
Cairn, il jalonne la mémoire de notre pays.
Haut pays où il n'est d'autre choix que de s'élever.
Pays d'escaliers.
Escaliers tournés vers le berceau des dieux où s'épanche la rivière, berceau d'eau bleue qui se meut au mitan des terres.
Escaliers construits d'un vieil appareil de pierres sèches où s'inscrit la légende de l'enfant
et, sur ces escaliers sa descendance :
Tout un peuple d'oliviers en marche vers la mer.




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