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Quelques principes
généraux et quelques pratiques pédagogiques
du travail phonétique
Cette
fiche est une première étape. Dans le prochain numéro
du Marque Page, on proposera d'autres exercices techniques et on
proposera des éléments de description du rythme et
de l'intonation. Dans une étape ultérieure, on abordera
des questions d'orthoépie.
L' oral repose sur la maîtrise d'un certain nombre
d'éléments : le lexique, la grammaire (de la phrase
et du discours) et la phonétique. Il faut aussi ajouter l'ensemble
non linguistique, mais étroitement associé à
la construction du sens, la gestuelle. La proxémique, c'est-à-dire
la façon dont les interlocuteurs sont placés les uns
par rapport aux autres, est également un facteur important
de la communication.
La
phonétique est souvent le parent pauvre de l'apprentissage.
Soit parce qu'elle est implicitement vécue comme allant de
soi, comme s'apprenant au fil du temps, par la force de l'habitude,
soit, plus exactement, parce que le professeur manque de moyens,
ne sait comment y faire face alors même qu'il perçoit
bien les questions à traiter, qu'il est conscient des déficits
de ses apprenants.
La
phonétique repose sur deux grands domaines : la prosodie
et l'orthoépie. La prosodie est liée au rythme de
la langue et à ses intonations. L'orthoépie est la
prononciation correcte des phonèmes - voyelles et consonnes
- de la langue (comme l'orthographe est l'écriture correcte
des mots).
Faire
apprendre une prononciation correcte, une intonation et un rythme
appropriés sont essentiellement affaire d'attitudes pédagogiques
reposant sur un nombre limité de techniques simples et aisées
à manipuler. Même si cependant, faire apprendre la
prononciation peut aussi demander une méthodologie spécifique
reposant sur des principes et des techniques précis.
Dans
ce premier propos sur la phonétique, on abordera les outils
simples qui permettent de mettre en place avec efficacité
une production orale de qualité sur les plans de la fluidité
dès les débuts de l'apprentissage.
Donner
de l'assurance
Avant
d'aborder des techniques propres au travail phonétique, un
certain nombre de comportements proprement pédagogiques sont
le gage d'un apprentissage confiant et vécu avec plaisir
et satisfaction. Ces facteurs psychologiques atténuent grandement
les freins de l'inhibition et sont des atouts essentiels.
Pour
l'apprenant, entendre et prononcer les sons d'une langue étrangère
et ses formes intonatives et rythmiques sont toujours, au début
de l'apprentissage une difficulté physique et psychologique.
Physiquement,
les sons et les habitudes rythmiques du français demandent
une mise en uvre perceptuelle (pour celui qui écoute)
et articulatoire (pour celui qui produit) particulières et
d'autant plus importantes que les systèmes phoniques de la
langue maternelle et du français sont éloignés
l'un de l'autre.
Psychologiquement,
c'est une épreuve d'exposer aux autres une parole dont on
ne maîtrise pas ou mal la qualité de production. Si
l'écrit permet le retour sur la production et la reprise
avant la présentation définitive sans la trace des
étapes de mise au point, l'instantanéité de
l'oral met sur le même plan de réception les productions
correctes et fautives. Quand on va parler, on court le risque de
produire " faux " tout de suite. Et l'autre construira
une image de quelqu'un qui produit " faux ". Quand c'est
dit, c'est dit. Si c'est " faux ", c'est trop tard, c'est
dit.
Cette
inéluctabilité de l'oral est déstabilisatrice,
génératrice d'inquiétude, inhibitrice. Il est
important de donner confiance à l'apprenant en même
temps que de l'aider dans sa production. Le premier aspect très
général de la façon de travailler dans une
séquence phonétique - comme d'ailleurs plus largement
dans toute séquence d'apprentissage - est de donner de l'assurance
à l'apprenant sur ses capacités de production orale.
Pour produire en français oral, l'apprenant a besoin d'être
sûr autant de ses possibilités que de l'absence de
risques d'exposition. A ce stade, il n'est pas question de bonne
ou de mauvaise production, mais de production tout court. Ce qui
est bénéfique, pour l'apprenant comme pour la dynamique
générale d'une classe, c'est qu'il soit conscient
qu'il peut produire des énoncés oraux, qu'il est capable
d'émettre des sons en français, de construire son
oral en fonction d'une intonation et d'un rythme français.
D'autre
part, c'est parce qu'il s'exprimera oralement que le professeur
s'apercevra du niveau phonétique de l'apprenant, de ses moyens,
de ce qu'il sait déjà et de ce qu'il lui reste à
apprendre, améliorer, changer, etc. C'est la parole de l'apprenant
qui doit être perfectionnée et c'est par l'écoute
et l'auto-écoute que professeur et apprenant peuvent s'informer.
Une
pédagogie de la réussite
Le
second aspect de la mise en place d'une confiance dans l'apprentissage
est de développer une pédagogie de la réussite.
Il
est évident que l'apprenant fait des erreurs de prononciation
et qu'il faut y remédier. Il est non moins évident
qu'il prononce et construit correctement un certain nombre d'éléments
oraux.
Il
est plus efficace de faire remarquer ce qui fonctionne avant ce
qui dysfonctionne. D'abord parce que cela valorise et donc incite
à s'investir dans l'apprentissage. Également parce
que cela pose pour l'apprenant des points d'appui qu'il a lui-même
construits - consciemment ou non - et qu'il est ainsi invité
à fixer comme éléments acquis qu'il pourra
retrouver ultérieurement. Cette façon d'agir rejoint
d'ailleurs celle de la pédagogie de la phonétique
où il y a d'abord l'éducation de l'oreille pour rendre
conscient de la nature des sons en français avant l'éducation
de la production.
Ensuite,
l'attention aux erreurs de phonétique prend toute sa place
dans une orientation non de fautes à relever, mais de points
à traiter.
Une
attitude de vigilance
Complémentairement
à ces deux aspects - assurance et pédagogie de la
réussite - qui concernent le professeur, il faut aider l'apprenant
à développer une attitude de vigilance face à
sa propre production.
Parler,
c'est aussi émettre de façon à être entendu
des autres et le premier concerné est celui qui émet.
Demander à l'apprenant d'être conscient qu'il s'adresse
à quelqu'un, de veiller à produire ou tenter de produire
ders sons reconnaissables, de s'attacher à vérifier
qu'il est compris du professeur et aussi des autres apprenants,
c'est le placer en position d'attention communicative (parler à
d'autres) et de responsabilisation (émettre une production
personnelle).
Ces
conseils généraux ne vont pas de soi et la diversité
des situations pédagogiques les rendent plus ou moins faciles
à suivre. Ils ne sont pas non plus une panacée pédagogique.
Cependant, ils constituent une part significative des éléments
favorisant les démarches pédagogiques en phonétique.
La
fluidité
Le
terme de fluidité renvoie à la notion d'une parole
produite avec souplesse. Prenons un exemple en langue maternelle
: le turc pour un Turc, le français pour un Français.
Le modeste auteur de ces lignes trop incompétent en turc
se restreindra au français, mais l'exemple est transposable.
Pour un locuteur, il est particulièrement difficile de suivre
le propos de quelqu'un qui bute sur chaque mot, qui hésite
constamment. Plus difficile encore est d'écouter, et de comprendre,
le malheureux affligé de bégaiement. Ce qui gêne
ici la transmission du message n'est pas la correction lexicale
ou syntaxique du message, mais bien l'impossibilité d'entendre
des groupes de mots constitués en blocs de prononciation
et produits avec l'intonation attendue. Comment comprendre un énoncé
du type " Je je je v v v v vais es es es es essayer de de de
de v v v v v v di di di di dire que que que que quelque chose
"
? Par contre, tout le monde comprend très bien l'énoncé
" J'vais (e)ssayer d'vous dire quekchose ". La contraction
de la prononciation comme la transformation des termes renvoient
à un usage non soutenu de la langue, mais ne gênent
pas la compréhension.
C'est
la même chose dans l'apprentissage. La correction du discours,
correction lexicale dans une certaine mesure, correction grammaticale
de façon certaine et correction phonétique aussi (prononciation
correcte des phonèmes) ne pose pas de problème. L'interlocuteur
rétablit de lui-même le sens. Mais le débit
coupé, le non respect des groupes de prononciation est une
gêne pour l'interlocuteur. Il est ainsi plus facile de comprendre
" Je suis 25 ans ", on rétablit soi même
" J'ai 25 ans ", que " Je " / " suis "
/ " 20 " / " 5 " / " ans ".
Exemples
d'exercices de rythme et d'intonation
Exercices
de répétitions de rythmes
D'abord
quelques exercices très simples qui visent à faire
sentir les habitudes rythmiques du français : groupes de
2 à 4 syllabes organisés en énoncés,
c'est-à-dire en productions qui ont un sens, et en courts
dialogues. Comme il s'agit d'oral, on trouvera ces dialogues dans
une variété de registres : français standard
et français non formel, c'est-à-dire français
d'une communication non soutenue, entre amis, entre personnes qui
se connaissent, sans familiarité excessive, mais sans formalisme
exagéré non plus.
On
trouvera peut-être ces exercices " simplistes "
et " inutiles ". Peut-être
. Mais l'expérience
de leur utilisation auprès de publics même très
avancés a montré combien ils permettaient de progresser
dans la perception du rythme français comme dans la fluidité
de la parole. De plus, ils sont un bon échauffement préparatoire
à des exercices plus difficiles et plus complexes.
Rythme : dada
Dialogues construits sur des énoncés de 2 syllabes,
strictement. Voir au fil des remarques les modes de prononciation
à retenir.
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Exercice
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Remarques |
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Allô
?
Jean-Pierre ?
On sort ?
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Ah
non
J(e ne) peux pas |
Prononcer
" chpeupa " |
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T(u
es) sûr ?
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Prononcer
" tèsur " |
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|
Oui,
oui
Pas l(e) temps |
Prononcer
" paltemps " |
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Dommage
Salut |
|
Michèle ?
Tu viens ? |
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| |
Ah
non ! |
Dans
la réponse, prendre une intonation de refus catégorique,
de désaccord. |
| Vraiment
? |
Laisse-moi
! |
|
| |
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|
Bonjour.
Ca va ?
Ca va.
Et vous ?
Très bien.
Merci .
Rythme : dadadada
On prononce les énoncés d'une seule émission
de voix (dadadada), sans rupture, même si il est possible
et même habituel de les produire en deux temps (dada dada)
Bonjour ça va ? Mêmes énoncés que dans
l'exercice précédent, mais sur un rythme différent
: ce n'est plus dada / dada, mais dadadada
Ca va et vous ?
Très bien merci.
Ca va chez toi ?
Mais oui bien sûr.
Ca va chez toi ?
Oui oui ça va.
Salut ça va ?
Ca va et toi ?
Pas mal merci.
Salut ça boume ?
Super et toi ?
Tu viens ce soir ?
J(e ne) sais pas peut-être. Prononcer " chsépa
" (prononciation familière)
Au-delà
de ces exercices techniques, " l'attitude pédagogique
" à retenir est de veiller, systématiquement
et quelle que soit l'étape d'apprentissage, à une
production respectant les groipes de prononciation de la langue.
Ainsi,
on ne dit pas " J'habite " / " à Istanbul
" / " depuis 10 ans ", mais on dit d'une seule émission
de voix " J'habite à Istanbul depuis 10 ans ".
On peut aussi ici produire deux groupes pour marquer une importance
sur la durée du séjour à Istanbul " J'habite
à Istanbul / depuis 10 ans ".
Pour
aider l'apprenant, on peut procéder ainsi :
| Le professeur
donne le modèle |
L'apprenant
reprend le modèle |
J'habite
J'habite à Istanbul
J'habite à Istanbul depuis 10 ans
J'aime bien
J'aime bien me promener
J'aime bien me promener / au bord du Bosphore.
(marquer une petite pause) |
J'habite
J'habite à Istanbul
J'habite à Istanbul depuis 10 ans
J'aime bien
J'aime bien me promener
J'aime bien me promener / au bord du Bosphore |
.
Cette
exigence de prononciation en groupes rythmiques qui correspondent
à des groupes syntaxiques, on dit aussi groupes de sens,
est très formatrice pour l'apprentissage de la production
orale. En produisant ainsi des énoncés réellement
acceptables, plausibles dans une communication "spontanée"
(c'est-à-dire non incitée par des consignes d'apprentissage),
l'apprenant se rend compte qu'il peut produire du sens, qu'il peut
intervenir dans une situation de communication en en respectant
les paramètres attendus d'un interlocuteur natif. C'est pour
lui alors la mise en place de réels outils de communication
et non plus la pratique de "morceaux de langue" justifiés
par les consignes d'un exercice scolaire.
Jean-Paul
Basaille
jp.basaille@infist.org
Pratiquer le
français avec la phonétique
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