Un club au service du Bosphore - Club écologie du lycée Galatasaray
 
 

 


Un club au service du Bosphore


"L'écologie est aussi et surtout un problème culturel.
Le respect de l'environnement passe par un grand nombre de changements comportementaux
".
Nicolas Hulot, Ma Planète, 1997

Les sensations en arrivant à Istanbul sont multiples. Entre les majestueuses mosquées surplombant la Corne d'Or, les chants des "müezzin", les couleurs dorées d'un coucher de soleil sur le palais de Topkapi ou encore une traversée du Bosphore sur un "vapur" reliant l'Europe à l'Asie, Istanbul nous enivre.



Mais voilà, le plaisir s'estompe quand nous nous penchons par dessus le pont du bateau ou en flânant vers les bords de mer à Ortaköy, Balat ou encore du côté de Fenerbahçe. Là, la vision d'un univers pollué nous soulève le cœur. Que de déchets flottants, dérivant au grès des courants ou des remous provoqués par les multiples embarcations. Toute la société de consommation se trouve ici, sous nos yeux sans que personne ne semble y prêter attention. Des bouteilles de plastiques de marques célèbres se mélangent à des débris de bois provenant des rivages de la Mer Noire, des "carcasses" de pastèques côtoient des caisses, des sacs de toute nationalité jetés par les marins embarqués sur les tankers. Certains témoignages signalent même la présence de fauteuils et d'ordinateurs. Quel désastre ! Et cela n'est que la partie visible de ce fameux détroit. Imaginez ce que nous pourrions découvrir dans les fonds ténébreux et vaseux du Bosphore.

Mais comment pourrait-il en être autrement quand nous apprenons que, selon certaines estimations, le Danube déverse par année en Mer Noire plus de 60 tonnes de mercure, 240 tonnes de cadmium, 4.000 tonnes de cuivre et qu'une partie de cette pollution par les métaux lourds ou autre composés azotés et phosphatés traverse le Bosphore pour se retrouver en Mer de Marmara ?

Comment pourrait-il en être effectivement autrement quand on observe le développement urbain incessant de cette ville et des alentours aggravant alors la pollution côtière ?
Et que penser du transit d'hydrocarbures par des cargos à la coque douteuse, risque permanent mais partie intégrante du paysage local ou des dégazages sauvages dans les mers bordant Istanbul ? 100 000 tonnes de pétrole seraient répandues chaque année dans la Mer Noire (1).
Enfin, que faire face à l'inconscience et l'insouciance de certaines personnes jetant délibérément dans la rue ou dans la mer papiers, cannettes, cigarettes, plastiques … ? N'y aurait-il pas ici un moyen de sensibiliser la population pour la santé publique et le respect de son environnement ?

Le signal d'alarme a été tiré depuis longtemps mais le Bosphore semble encore la proie de la pollution humaine. En 1936, les accords de Montreux ont défini le Bosphore comme des eaux appartenant à la Turquie mais sans contrôle obligatoire imposé à la marine marchande. Conséquence immédiate, depuis 1948 ont été dénombrés plus de 400 accidents graves dont la majorité ont pour cause l'absence à bord de ces navires de marins turcs spécialistes de la traversée de ce détroit. Ces soixante dernières années, le trafic maritime a été multiplié par 8 pour atteindre actuellement, par an, 50 000 navires circulant le long des 30 km sinueux du Bosphore, dont quotidiennement 6 supertankers et 14 cargos (2).

Les spécialistes estiment que l'explosion d'un chimiquier transportant de l'ammoniac provoquerait des centaines de milliers de morts en quelques 30 minutes par augmentation de la concentration de l'ammoniac dans l'air (2).
Dans de telles conditions, ne serait-il pas temps de songer à la révision des accords de Montreux sur le régime des détroits du Bosphore et des Dardanelles avant qu'une telle catastrophe ne se produise ?

Toutes ces données montrent combien il est urgent de réagir vis-à-vis d'une pollution et du risque qu'encourt la population. La Turquie a pris conscience de cet enjeu en participant à diverses conventions internationales dont la "Convention pour la protection de la Mer Noire contre la pollution" (Bucarest, 1994) et la "Convention pour la protection de la Mer Méditerranée contre la pollution" (Barcelone, 1998). Les pouvoirs publics soutenus largement par diverses associations et organisations non-gouvernementales œuvrent pour lutter contre ces risques d'origine anthropique.



Traductions des slogans sur le bateau
"Au secours : la mer se noie"
"Ne salissez pas nos rêves bleus"
"Pourquoi tuons-nous nos mers ?"
"Il est moins cher et plus facile de ne pas salir les mers que de les nettoyer"
"Nous ne pouvons pas nettoyer les mers sans vous : rejoignez-nous"

Par ailleurs, la Turquie se classe au neuvième rang mondial des pays continentaux en matière de richesse de sa biodiversité (2). Animal symbolique, le dauphin voit sa quantité diminuer d'année en année. Les populations de dauphins (Tursiops truncatus et Delphinus delphis) et de marsouins (Phocoena phocoena) a lui aussi considérablement chuté. Leur nombre est passé de 300 000 en 1966, quand leur pêche a été interdite par l'URSS et les autres pays riverains, à moins de 50 000 à la fin des années 19801.

La Turquie compte 472 espèces de poissons, dont 3 endémiques et 50 rares et menacées (3). Entre 1970 et 1980, les prises d'anchois ont augmenté. Dans le même temps, la pêche aux maquereaux, thons, raies, turbots et autres soles a considérablement diminué. Sur les vingt-six espèces commerciales qui étaient pêchées dans les années 1960, il n'en reste plus que cinq. Depuis cinq ans, les "hamsi"se raréfient à leur tour (1).

Enfin, l'écosystème des zones humides (lacs, rivières, bord de mer …), vital pour la reproduction de nombreuses espèces dont le pélican frisé (Pelecanus crispus), espèce en péril dans le monde entier, est lui aussi menacé par des activités humaines, comme les industries polluantes mais aussi la pêche illégale, l'utilisation excessive de l'eau pour l'agriculture et la construction de barrages (3).


C'est dans un esprit de citoyenneté et de responsabilité individuelle que le "club écologie du lycée Galatasaray" a été créé sur l'initiative des élèves. Loin de vouloir régler le problème de la pollution en Turquie et sur le Bosphore, ce club souhaite agir en menant une réflexion pédagogique et en sensibilisant les jeunes.
Leur projet est essentiellement axé autour d'une communication. La première phase de leur travail a consisté à rencontrer les responsables de TURMEPA (association turque œuvrant pour le nettoyage du Bosphore) et à organiser 2 sorties sur leurs bateaux afin de se rendre compte de la tâche à faire et de la mission de ces hommes qui chaque jour ramassent plusieurs tonnes de déchets flottants.

L'année scolaire 2003-2004 devrait permettre à ce "club éco" de monter une exposition photographique, composée d'une douzaine de posters, dans différents lieux d'Istanbul, notamment à l'Institut culturel français. Par la suite, un film documentaire devrait être projeté dans des festivals français et turcs, festivals dédiés à l'environnement et à la mer. Enfin, la conception d'un site internet et d'un CD-Rom est envisagée. L'année scolaire s'achèvera avec un voyage d'étude dans la région de Marseille et une rencontre avec des professionnels de la mer comme les pompiers de Marseille et des scientifiques de renoms.


Toute l'équipe du Club écologie
Defne, Ece, Emre, Mert
Merve, Nihan, Ozan, Rüsen
David et Laurent

gslecologie@yahoogroups.com


Références

1- http://www.chris-kutschera.com
2- Türkish Maritime Pilots' Association - Türk Kilavuz Kaptanlar Dernegi http://www.turkishpilots.org
3- Conseil de l'Europe - Projet pilote Emeraude


Pour en savoir plus

Accords sur les détroits :

Turmepa (Turkish Marine Environment Protection Association)

L'eau en Turquie (fichier pdf)

Lire aussi l'article sur le Club Environnement de la Digue (Seychelles)

 

 

 

Qu'est ce que le marque page?

Qui sommes-nous?


Comment participer au Marque Page?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
Contact - Plan - Téléchargement - Partenaires