Tremblement de terre: des consignes de prévention à Saint Joseph
 
 

 

Les procédures à suivre
en cas de risques majeurs

Depuis le tremblement de terre du 17 août 1999, la nécessité de mettre en place une politique de prévention contre les risques majeurs s'impose petit à petit aux esprits. Encore sous le coup de l'émotion les lycées français avaient participé quelques mois après le séisme à une sensibilisation et une formation dans le cadre du plan SESAM (plan d'organisation des Secours dans un Etablissement Scolaire face à l'Accident Majeur). Les premiers programmes d'action ont été planifiés en 2000 avec l'équipe de direction et le personnel de Saint-Joseph.


Pendant l'année scolaire 2001-2002 une première vague d'opérationnalisation de ce plan a été mis en œuvre. Tout d'abord les armoires et autres grands meubles susceptibles de se déplacer ont été fixés aux murs. Cette opération a paru étrange au personnel, surréaliste, et presque personne n'a eu l'idée de fixer de la même manière les meubles de sa maison. Il paraît naturel de décrocher du mur l'assiette en faïence d'Iznik (de grand-maman) qui vaut 800 euros mais fixer la garde-robe qui menace de tomber sur le lit n'est pas très important.

Réunion de la cellule de criseEnsuite tous les professeurs, les personnels ainsi que les délégués de classe ont suivi une formation aux premiers soins. Cette formation dispensée par l'infirmière de l'école, qui est également formatrice, a permis de débattre et d'apprendre les gestes à faire et ne pas faire en cas de séisme. Très appréciée, cette formation a été exportée dans d'autres lycées.
La finalisation de l'opération vient d'entrer dans sa phase définitive : la cellule de crise a été mise en place. Tous les adultes savent maintenant se rendre à ce lieu sécurisé, équipé en matériel de secours, matériel de déblaiement, eau, porte-voix, lampes et piles, listes d'élèves, de professeurs, de personnels, etc… Chaque membre de la cellule de crise possède la même mallette à prendre en cas de séisme. Elle contient tous les documents, les clés vitales, un talky-walky et certains papiers importants. Sur 10 personnes, au moins une réussira à attraper la sienne pendant un séisme. Chaque membre de la cellule de crise est également capable d'intervenir sur les arrivées générales du gaz et de l'électricité.

Au signal d'alerte, ordre est donné de se  protéger sous les tablesTrois exercices d'évacuation ont été effectués depuis le mois de décembre. Les élèves avaient été préparés par leur professeur principal mais le premier essai n'a pas été très concluant. Certains professeurs n'étaient pas convaincus de l'utilité de l'exercice. Certains élèves ont éprouvé de la honte à se mettre sous les tables. Suite au bilan de cette première évacuation l'équipe de direction a convoqué l'ensemble des personnels et des professeurs. Et là, si nous avons fait œuvre de pédagogie, nous avons aussi insisté, n'ayons pas peur du mot, lourdement. Nous avons programmé un nouvel exercice d'évacuation en indiquant à tous les professeurs que nous le referions autant de fois que nécessaire le jour choisi jusqu'à ce que les consignes soient respectées. L'information a donc été répercutée telle quelle aux élèves. Notre sérieux et notre détermination, qui sont essentiels dans ce genre d'apprentissage, ont généré un stress et les questions irrationnelles afférentes : " Si vous nous faites faire tout ça c'est que vous avez des informations venant de France indiquant qu'un tremblement de terre est proche !"
Le jour J de la deuxième évacuation l'exercice a été bien fait à 85 % mais pas 100 %. Nous avons donc, comme promis, refait l'exercice aussitôt, et là, les élèves ont pris conscience à leur tour de notre détermination. Le bilan a été concluant. Nous nous sommes arrêtés à deux exercices consécutifs alors que tout le monde croyait que nous allions continuer.

Gölcük 1999: Immeuble écroulé par le seisme et la montée des eaux. A l'arrière plan, un bateau de l'Université de Kocaeli inspecte les lieuxLa culture de la sécurité et de la prévention existe peu dans le pays. Lorsque "Deprem Dede", M. ISIKARA, a dit et répété que ce n'était pas tant le tremblement de terre qui tuait que l'inconséquence des hommes, il a été humilié. On l'a élu l'homme le plus sexy de Turquie… alors qu'il est bossu. Au sein du lycée l'exercice est moins difficile qu'à l'échelle de tout un pays. La détermination de l'équipe de direction et la cohésion des discours doit être sans faille. C'est la condition sine qua non pour que chacun se sente investi d'une responsabilité vis à vis des autres et de lui même et ne prenne pas l' exercice d'évacuation comme une partie de rigolade ou une promenade de santé.

Evacuation  en ordre pour une simulation à Saint JosephOn sent dans le lycée une culture qui est en train de naître, une prise de conscience qui se fait jour. Les professeurs sont venus proposer des améliorations : les placards des laboratoires de chimie ont ainsi été complètement sécurisés. Mais ce travail de conscientisation est long et lent. N'a t-on pas entendu un élève, après les exercices et le matraquage sur la prévention, déclarer à son professeur principal : " S'il y a un tremblement de terre, je saute par la fenêtre ". Sa classe est au deuxième étage. Celui là est sauvé car il a parlé, son professeur a pu l'écouter, lui faire comprendre les stratégies, les tenants et les aboutissants de la prévention mais combien n'ont pas pris conscience des enjeux et ne feront pas le bon geste le jour J.
Il reste du chemin à parcourir. Il faut persévérer, ne pas douter, rendre les gestes automatiques, conscientiser les jeunes, les éduquer à la sécurité pour que les adultes de demain assument leurs responsabilités, prennent des décisions qui ne mettront pas la vie d'autrui en danger. Les écoliers japonais ou californiens ainsi que les décideurs ont pris l'habitude de se préparer au pire sans sourciller mais sans paniquer, en espérant qu'il n'arrive jamais. C'est une culture qu'il nous faut acquérir.

Laurent Pichot
Directeur du Lycée Saint-Joseph
Istanbul sj@sj.k12.tr



Consulter le diaporama des consignes de prévention à Saint Joseph (Istanbul)
Galerie photo: Une simulation d'alerte dans une classe de l'Académie de Grenoble (France)

Deux sites pour en savoir plus:
http://www.actualitesolidarite.com/reportage/ong/posf/posf.htm
http://www.infist.org/programme/programme.htm

 

 

 

 

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