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Charles V Le Sage - Jean de France, duc de Berry - Sainte Catherine de Sienne - St Vincent Ferrer - Pierre d’Ailly - Jean Charlier - Christine de Pisan - Philippe le Hardy - Jean Sans Peur - Louis D’Orléans - Charles VI - Isabeau De Bavière -
Charles V Le Sage (21 janvier 1337-16 septembre 1380) Roi de France (1364-1380)
Fils aîné de Jean Il le Bon et de Bonne de Luxembourg. Né au château de Vincennes, l'écart de la Pissotte, paroisse de Montreuil en 1337, il est porté sur les fonts baptismaux de l'église Saint-Pierre Saint-Paul de Montreuil. C'est à la mort de son père, le 8 avril 1364, que le duc de Normandie devient roi de France, sous le nom de Charles V. Il fut le premier fils de France à porter le titre de dauphin de Viennois, en même temps que celui de duc de Normandie de 1350 à 1364. Il est le troisième souverain de la branche capétienne des Valois qui succéda aux Capétiens directs à la mort du dernier représentant de ceux-ci, Charles IV le Bel, en 1328. Il épousa Jeanne de Bourbon sa cousine en 1350. Ces liens de consanguinité expliquent en grande partie les difficultés qu'ils eurent pour garder en vie leurs enfants et probablement la folie de Charles VI. Il fut sacré roi à Reims le 19 mai1364. Charles V contraste avec son père. De constitution moins robuste, il est beaucoup plus réfléchi et moins tenté par leur armes, qu'il laisse à celui qui sera son atout maître contre les Anglais, le connétable Bertrand du Guesclin. La veille du sacre royal, Charles apprit avec joie la victoire de Bertrand Du Guesclin à Cocherel sur les anglo-navarrais. Après avoir perdu ses deux filles aînées le roi tomba souvent malade et la joie fut grande dans le royaume lorsqu'en 1368 naquit un héritier qui sera le futur Charles VI. Il a exercé le pouvoir royal, en tant que régent, pendant la captivité de son père à Londres, entre 1356 et 1360. Il lui a alors fallu faire face à la révolte des Parisiens, fomentée par Etienne Marcel, aux complots et aux menaces de Charles le Mauvais, aux jacqueries. C’est à ses barons Bertrand du Guesclin, Olivier de Clisson, et d’autres, qu’il confie la reconquête du royaume. En 1361, meurt Philippe de Rouvres, dernier des ducs de Bourgogne capétiens, adopté par Jean le Bon qui avait épousé sa mère, veuve du duc précédent. Comme il n'y a pas d'héritier mâle, le duché est réuni à la couronne par Jean. Charles V doit cependant attribuer un fief à son frère Philippe le Hardi, à qui il fait épouser la veuve de Philippe de Rouvres (laquelle hérite de la Flandre). Philippe est donc à l'origine de la puissante Maison de Bourgogne (Bourgogne et Flandre notamment) qui donnera tant de fil à retordre aux rois suivants. En mars1365, est signé le traité d'Avignon. Charles le Mauvais abandonne à Charles V ses possessions en Basse seine en échange de la ville de Montpellier. Le 12 avril 1365 le traité de Guérande consacre Jean IV de Montfort duc de Bretagne à condition qu'il prête hommage à Charles V. Le15 janvier 1369, a lieu la rupture du traité de Calais qui provoque la reprise de la guerre. Édouard III se proclame à nouveau roi de France. Le 14 mars, Du Guesclin remporte la victoire de Montiel. En Novembre, Charles V confisque l'Aquitaine. Le 19 septembre 1370, a lieu le sac de Limoges par le Prince Noir. Le 2 octobre, Du Guesclin bat Robert Knoll à Pontvallin après que celui-ci eut ravagé l'Île-de-France et l'Ouest et la Bretagne. C'est grâce à Du Guesclin qui remporta à cause de sa guerre de harcèlement et à la reconstitution de la flotte française plusieurs victoires sur les anglais qu'il obtint la restitution du Poitou, de la Saintonge et de la Guyenne (sauf Bordeaux). Pour reconquérir la Normandie, Charles V n'hésitera pas à séquestrer les fils du roi de Navarre, Charles le Mauvais. Dans le jeu diplomatique européen, le roi noue des alliances avec Milan, dont le seigneur, Jean Galéas Visconti, était son propre beau-frère. Ses liens de parenté avec les Luxembourg (il était le neveu, par sa mère Bonne de Luxembourg, de l'empereur Charles IV ) lui valent également la neutralité bienveillante de l'Empire Dans le même temps, le roi restaure les finances. Il crée une flotte. Des réformes de l’administration du royaume ont lieu et portent notamment sur les impôts, dont le système de collecte s’améliore. Des ordonnances visant à la création d'une armée moderne et à l'organisation de la défense du royaumes sont prises. Dans ses réformes financières, il n'oublie pas la ville qui l'a vu naître. Il confirme l'ordonnance royale qui exempte par lettres patentes les habitants de Montreuil de toutes les impositions, logement et nourriture des gens de guerre à condition qu'ils entretiennent à leurs dépens les fontaines de Montreuil desquelles les eaux allaient au vivier de Vincennes; ainsi que les conduits, tuyaux et regards par où "passaient les eaux bonnes à boire consommées au château". Sur le plan culturel, le règne de Charles V constitue un moment d'apogée. Dans le domaine de l'urbanisme et de l'architecture, d'importants travaux sont alors entrepris, qui permettront notamment l'amélioration du système défensif de Paris (enceinte de Charles V, achèvement de Vincennes, construction de la Bastille, aménagements du Louvre et de l'hôtel Saint-Pol). Le sculpteur André Beauneveu est appelé à la Cour et se voit confier l'exécution des tombeaux royaux à Saint-Denis. Mécène, il collectionne les manuscrits, s’entoure de savants, se passionne pour l’astrologie. Le mécénat de Charles V est tout spécialement actif dans le domaine des lettres : outre les textes d'intérêt historique comme les Grandes Chroniques de France dont il ordonne la continuation et la mise à jour, le "sage roi" inaugure, à des fins d'utilité publique, une politique mûrement réfléchie de traductions en français de divers textes importants touchant aux domaines intellectuels les plus variés (théologie, philosophie et philosophie politique, morale, histoire, sciences naturelles, astronomie et astrologie, histoire et géographie). Pour ces traductions, il fait appel à une équipe d'intellectuels de grande volée (Raoul de Presles, Nicole Oresme notamment, mais aussi Jean Corbechon, traducteur de Barthélemy l'Anglais). Il constitue parallèlement une collection de livres d'une ampleur sans précédent, dispersée entre diverses résidences mais installée principalement au château du Louvre, sur trois étages de la tour nord-ouest, dite de la Fauconnerie. Un premier inventaire de la " librairie " du Louvre fut dressé dès 1373, par Gilles Malet, garde des livres du roi. Le récolement de ce premier inventaire, en 1380, décrit 910 articles. Une autre partie des livres du roi, les plus luxueux, formait une sorte de mémorial à la gloire de la dynastie et était abritée derrière les épaisses murailles du donjon de Vincennes avec d'autres objets précieux des collections royales. Les commandes royales stimuleront l'enluminure parisienne qui connaîtra un nouvel essor à la fin du 14ème siècle. Le faste de Charles V fut imité par ses frères, Louis d'Anjou, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne et surtout Jean de Berry . Certains grands seigneurs encouragent comme lui les traductions, tel Gaston Phébus , à qui fut dédiée une traduction occitane du "Liber de proprietatibus rerum" de Barthélemy l'Anglais . L'art de la Cour rayonne sur toute l'Europe. Son influence s'étend jusqu'à Barcelone. Inquiet de sa succession, car il redoute de mourir tôt et que les deux fils, Charles et Louis qu’il a eus de Jeanne de Bourgogne, soient écartés du trône, il établit définitivement les règles de la succession royale, selon la loi salique qui refuse aux femmes la couronne de France. Enfin, il se veut "vicaire de Dieu en la temporalité". C’est lui qui fixe la majorité royale à quatorze ans, par l’ordonnance de Vincennes en 1374. Sur neuf enfants royaux, trois seulement devinrent adulte et la reine mourut en couche à 39 ans en mettant au monde son neuvième enfant. Quant au roi Charles V il se remit très mal de sa maladie, certains pensèrent qu'on l'avait empoisonné, il souffrait de douloureux maux de reins et à quarante ans il ne sortait plus qu'en litière. Il meurt au château de Beauté le 13 septembre 1380 laissant derrière lui un héritier au trône âgé de 12 ans et une France aux frontières (provisoirement) bien reconstituée. Les Anglais ne gardent que quelques villes portuaires. Les Français ont presque tout récupéré, Flandre comprise. La Bretagne rentrera sous influence française en 1381. Mais le royaume est ruiné par la guerre, la Peste, les conflits sociaux, et les impôts sont devenus écrasants. La fin du règne de Charles V est assombrie par le retour à Rome, en 1378, de la papauté, installée depuis 1309 à Avignon. Cet évènement sera à l'origine du Grand Schisme d'Occident qui divisera l'Europe chrétienne jusqu'en plein 15ème siècle.
Jean de France, duc de Berry, dit le Magnifique (1340-1416) Duc d'Auvergne
Né à Vincennes en1340, il épouse en 1360 Jeanne d'Armagnac puis en 1389 Jeanne, Comtesse d'Auvergne et de Boulogne. Mécène et grand amateur d’art, Prince capétien il fut avec les Ducs d’Anjou de Bourgogne et de Bourbon l’un des régents de son neveu Charles VI en 1380. Au contraire de ses frères Charles V, Louis d’Anjou et Philippe le Hardi, Jean de France, duc de Berry, troisième fils de Jean le Bon et de Bonne de Luxembourg, ne joua jamais un rôle de premier plan dans l’histoire politique du 16ème et du début du siècle suivant, et ce malgré les responsabilités importantes dont il fut parfois investi par son frère aîné et son neveu Charles VI dans le gouvernement du royaume. Ce grand seigneur raffiné et épris de luxe comme tous les princes de la lignée des Valois, ne semble avoir eu d’autre passion que d’embellir ses différentes demeures, l’hôtel de Nesles à Paris, et le château de Mehun-sur-Yèvre en Berry notamment, et d’y amasser, sur le modèle de Charles V au Louvre et à Vincennes, les plus belles collections artistiques du temps. Les inventaires détaillés, dressés entre 1403 et sa mort, permettent d’avoir une idée de l’incroyable richesse de ces collections où se côtoyaient tapisseries, reliquaires d’orfèvrerie et d’ivoire, pierreries et manuscrits précieux. On trouve dans les inventaires et dans les rares épaves de la comptabilité ducale le nom de quelques uns des plus grands artistes de l’époque. Le sculpteur André Beauneveu, qui, recruté en 1385, participa au chantier de Mehun-sur-Yèvre et illustra le psautier de son mécène de 24 superbes grisailles faisant alterner 12 figures de prophètes et les apôtres ; ou encore les enlumineurs Jean Le Noir et Jacquemart de Hesdin qui collaborent dans les Petites Heures et dont le second assura la direction de l’équipe chargée de la décoration peinte des Grandes Heures, achevées en 1409. Mais c’est surtout le nom des frères de Limbourg, Pol, Jean et Herman, trois peintres originaires de Gueldre, qui est indissociablement lié au mécénat de Jean de Berry. Recrutés vers 1404-1405, ces artistes ont enluminé deux des plus beaux manuscrits du duc, les Belles Heures, aujourd’hui au Musée des Cloisters à New York, et les célèbres Très Riches Heures du Musée Condé de Chantilly. Les exactions du Duc de Berry ont été telles qu’elles provoquèrent des révoltes paysannes de 1381 à 1384 et l’administration du Languedoc lui fut retirée et confiée à Gaston Phoebus Il meurt à Paris en 1416
Sainte Catherine de Sienne, (1347-1380)
Catherine naît à Sienne le 25 mars 1347 le dimanche des Rameaux, et Nouvel An, selon le calendrier siennois. Fille de Jacques Benincasa et de Lapa de Piagenti. En 1353, Catherine a sa première vision, le Christ pontife lui apparaît au dessus de l'église Saint Dominique, rue del Costone, il lui sourit et la bénit. Vers 1354,Catherine se consacre elle-même à Dieu, elle mène une vie austère dont sa famille cherche à la détourner. En 1362, Bonaventure, soeur et confidente de Catherine meurt. Sur le conseil de Thomas de la Fonte son premier confesseur et directeur, elle se coupe les cheveux pour couper court à tout projet de mariage. Vers1365, elle reçoit l'habit dominicain et commence une période de trois ans de vie érémitique*, durant laquelle elle apprend à lire. Vers1368 dans une de ses visions, Jésus l'appelle à sortir de la solitude pour servir les pauvres et les malades de Sienne. Autour d'elle se regroupe des disciples (hommes et femmes, clercs, religieux et laïcs), qui cherchent en elle un guide pour leur vie spirituelle. Sa renommée dépasse les murs de Sienne. C'est le début des Lettres. Le 22 août le père de Catherine meurt. Bartolomé Dominici devient son deuxième confesseur. En 1370, Catherine se relève d'une mort mystique qui étend son ministère en une plus grande sphère d'influence. En 1374, à 27 ans, Catherine entreprend un premier voyage à Florence et reçoit Raymond de Capoue comme confesseur et directeur. Elle s'occupe des victimes de la Peste à Sienne. En automne, elle se rend à Montepulciano pour vénérer le corps de la fondatrice du monastère Agnès Segni, la première sainte dominicaine. En 1375 : Catherine se rend à Pise pour essayer de dissuader Pise et Lucques de se joindre à la ligue anti-papale. Elle y passe la plus grande partie de l'année et gagne une vigueur nouvelle en prêchant une croisade en Terre Sainte. Cet été là, elle assiste Nicolas de Tuldo lors de son exécution capitale à Sienne. En 1376, Catherine propose sa médiation auprès du Pape Grégoire XI pour obtenir la levée de l'interdit jeté sur Florence. À cette fin elle envoie quelques disciples en Avignon et les y rejoint le 18 juin. La mission en faveur de Florence est un échec. Son énergie se concentre sur la réforme de l'Église, prêchant la Croisade et encourageant Grégoire à être fidèle à sa promesse de retourner dans sa résidence pontificale de Rome. Le 13 septembre, Grégoire part pour Rome. Catherine fonde un monastère de moniales dominicaines Sainte Marie des Anges dans la forteresse de Belcaro donnée par Nanni di Ser Vanni, un de ses convertis. De mai à décembre, Catherine reste dans le château des Salimbeni à Rocca d'Orcia pour négocier la paix entre deux branches ennemies de cette famille et rend ainsi un climat serein à la population qui participait à la haine et à la violence de ses seigneurs. En décembre, elle retourne à Sienne. Début 1378 ou fin 1377, Catherine se rend à Florence sur l'invitation de Grégoire XI pour y négocier la paix entre lui et les Florentins. A Florence elle continue la rédaction de son livre le dialogue en le dictant à ses secrétaires. Grégoire XI meurt le 27 mars et le 8 avril son successeur Bartolomé Prignano est élu, prenant le nom d'Urbain VI. Le 18 juin, elle échappe, à sa tristesse, à une tentative d'assassinat parce qu'elle était suspectée d'être complice des guelfes. L'incident est clos sous le signe d'un rameau d'olivier. Fin juillet ou début août, la papauté conclut la paix avec Florence. Catherine retourne à Sienne et complète son Dialogue début octobre. Le zèle employé par Urbain pour la réforme de l'Église lui vaut de nombreux ennemis, en particulier parmi les Français qui, dans le collège des cardinaux, constituent l'écrasante majorité. Réunis à Fondi, le 20 septembre, ils élisent comme pape Robert de Genève qui prendra le nom de Clément VII. C'est ainsi que commença le schisme d'Occident qui divisa l'Église en deux puis en trois jusqu'à sa conclusion en 1417. Le 28 novembre, Catherine arrive à Rome, à la demande d'Urbain, pour le soutenir dans le schisme. En 1379,vivant avec un grand nombre de ses disciples à Rome, Catherine emploie toute son énergie à oeuvrer à l'unité de l'Église et à la réforme. Décidée à soutenir Urbain, elle intensifie sa correspondance, spécialement avec les chef d'états et elle prie intensément. La situation est complexe, les troupes bretonnes encerclent le château Saint-Ange, les autres avancent contre Rome. Le 29 avril, la Compagnie Saint-Georges les affronte près de Marino et les bat. Rome est libérée, et de Sainte-Marie-de-Trastevere où il s'était réfugié, Urbain retourne à Saint-pierre, en une procession solennelle, pieds nus. En 1380, en réaction à ce contexte de révoltes des Romains et du schisme qui s'approfondit, Catherine devient de plus en plus malade. Incapable de manger et de boire début janvier, elle continue à parcourir le trajet d'environ 1,5 Km pour se rendre de son domicile, près du couvent de la Minerve à Saint Pierre chaque jour pour intercéder en faveur de la réforme de l'Église et de son unité. Là elle reçoit sur les épaules la navicelle (barque) mystique, sceau de son extraordinaire mission dans l'Église. Le 26 février elle est paralysée. Catherine meurt le 29 avril, vers midi. Catherine est canonisée en 1461, le Dialogue est imprimé en 1472 puis les Lettres et les Oraisons. En 1866 Pie IX en fait la patronne de Rome, Pie X la donne comme patronne aux Dames de l'Action catholique en 1909 et Pie XII la fait patronne de l'Italie le 18 juin 1938, et en 1943 patronne de la Croix rouge italienne. En 1970 Paul VI la promeut Docteur de l'Église, première femme avec Sainte Thérèse d'Avila a recevoir ce titre.
St Vincent Ferrer 1350 1419
Célèbre Missionnaire dominicain, né à Valence le 23 janvier 1350; mort à Vannes, le 5 avril, 1419. Il est un des descendant du plus jeune des deux frères qui furent de valeureux chevalier dans la conquête de Valence en 1238. Sont père, Vincent, William Ferrer, épousa en 1340 Constance Miguel, dont la famille avait été anoblie pendant la conquête de Valence. Vincent était leur quatrième enfant. Un de ses frères, était Boniface Ferrer, général des Chartreux qui fut utilisé par l'antipape Benoît XIII dans des missions diplomatiques importantes. Vincent suivit ses études à Valence, et termina sa philosophie à l'âge de quatorze ans. En 1367 il entre dans l’ordre des dominicains, et est envoyé à la maison des études à Barcelone l'année suivante. En 1370 il enseigne la philosophie chez Lérida. Un de ses élèves était Pierre Fouloup, le futur grand Inquisiteur d'Aragon. En 1373 Vincent revient étudier chez les dominicain l’arabe et l’hébreu. Pendant son séjour la famine se répand. Un jour en prêchant, Vincent prévoit l'approche des bateaux amenant le blé. Sa prévision se révéla exacte. En 1377 il fut envoyé pour continuer ses études à Toulouse. En 1379 Vincent fut chargé d’une mission par le Cardinal Pedro de Luna, légat de la cour d'Aragon, qui essayait de gagner le Roi Pierre IV à l'obéissance d'Avignon. Vincent, complètement convaincu de la légitimité des réclamations des papes d'Avignon, était un de leur plus grand champion. De 1385 à 1390 il enseigne la théologie dans la cathédrale de Valence. Après qu’il eu terminé la mission que lui avait confié Pedro de Luna, il réussi a convertir un rabbin, qui deviendra l’évêque Paul de Burgos. La Reine de Salamanque Yolande d'Aragon le choisi alors pour confesseur. Vers mai 1391, cette fois il est cité devant l'Inquisition pour avoir prêcher publiquement "le Judas à fait pénitence". Benoît XIII, l'appelle alors à Avignon et le nomme confesseur et pénitencier apostolique. Malgré l'indifférence de nombreux prélats à la cour papale, il travailla avec zèle parmi le peuple. Il a immuablement refusé les honneurs, y compris sa promotion comme cardinal, qui lui ont été offerts. La France retire en septembre 1398 son soutient à Avignon, et les troupes de Charles VI mettent le siège à la ville. Pendant ce temps une attaque de fièvre a apporté Vincent à la porte de la mort, mais pendant une apparition du Christ accompagnée de saint Dominique et de saint Francis il a été miraculeusement guéri et envoyé pour prêcher le repentance et pour préparer les hommes au prochain jugement. Jusqu' en novembre, 1399, Benoît permet à Vincent Ferrer de commencer son apostolat, avec les pleins pouvoirs d'un légat du Christ. Pendant vingt années il traverse Europe de l'ouest, prêchant la repentance pour le péché et la préparation pour le jugement. La Provence était la première zone de son apostolat; il fut obligé de prêcher sur les places, tel était la foule assemblée pour l'entendre. En 1401 il évangélisa le Dauphiné, la Savoie, et la région alpestre, convertit beaucoup de Cathare et de vaudois. Puis il pénétra en Lombardie. Prêchant à Alexandrie il choisi un de ses auditeurs parmi la jeunesse qui était destinée pour évangéliser l'Italie, Bernardin de Sienne. Pendant les années 1403-1404 il partit en mission en Suisse, en Savoie, et à Lyon. Il fut suivi d'une armée de pénitents tirés de chaque rang de la société, qui désirait demeurer sous ses conseils. Gênes, la Flandre, la France nordique, a entendu alternativement Vincent. Il serait difficile de comprendre comment il pouvait se faire comprendre par les nombreuses nationalités qu'il a évangélisées, car il pouvait parler seulement le Limousin, le langage de Valence. Plusieurs de ses biographes soutiennent qu'il a été doté du don des langues, une opinion partagée par Nicolas Clemangis, un docteur de l'université de Paris, qui l'avait entendu prêcher. En 1408, une réunion avait été organisée à Gênes entre Grégoire XII et Benoît XIII dans l'espoir de mettre un terme au schisme. Vincent invita une nouvelle fois Benoît à avoir la pitié de l'église affligée, mais en vain. Déçu, il revint en Espagne. Il serait difficile de surestimer l'influence qu'il a exercée dans la péninsule ibérienne. La Castille, l’Aragon, Valence, Murcia, Grenade, l’Andalousie, et les Asturies ont été à leur tour visitées, et des miracles a marqué partout des progrès. De 1408 jusque à 1416 il travailla presque sans interruption dans le sud des Pyrénées. À différent moment de l'histoire espagnole des tentatives laborieuses avaient été faites pour convertir les personnes, le baptême ou le spoliation juif étant les solutions de rechange qui leur étaient offertes. Cet état de la question existait quand Vincent commença à travailler parmi ces populations. Elles furent gagnées plus de par sa prédication que par ces méthodes. Ranzano, son premier biographe, estime le nombre de juifs convertis à 25.000. Vincent a été souvent invité pour assister son pays dans des affaires temporelles, en tant que conseiller des rois et en même temps cela lui a permis d’être l'arbitre du destin de l'Espagne. En 1409 il a été commissionné par Benoît XIII pour annoncer à Martin d'Aragon la mort de son unique fils et héritier. Sa vie austère était l'expression vivante de sa doctrine. Le plancher était son lit habituel. Parmi les écrits de Vincent ont peut citer: "Dialecticis de De suppositionibus"; "universalis de De natura"; "schismate d'ecclesiae de De monderno", une défense des pontifes d'Avignon; et "spirituali de De vita". Ses "sermons" ont été édités à Anvers en 1570, à Augsbourg en 1729, et à Lyon en 1816. Il fût canoniser par Calix III en l'église dominicaine de "Santa Maria Sopra Minerva" de Rome le 3 juin 1455.
Pétrus De Allaco dit Pierre d’Ailly (1350-1420) Théologien, philosophe, évêque et cardinal
Il naît en 1350 à Compiègne. En 1375, par ses commentaires sur les phrases de Pierre Lombard, il est nommé à l'université de Paris, puis docteur en théologie en 1380. À ce moment-là il écrit plusieurs traités, dans lesquels il estime, entre d'autres doctrines, que les évêques et les prêtres tiennent leur juridiction du Christ, pas du pape, que le pape est inférieur à un conseil général, que ni le pape ni le conseil n'est strictement infaillible, mais seulement l'église universelle. En 1384 il est devenu directeur de l'université de Navarre; Gerson et Nicolas de Clemanges étaient parmi ses pupilles. Sa renommée fut grande par ses sermons, écritures, et discussions. L'université ayant censuré plusieurs propositions du dominicain Jean de Monzon, qui niait la conception immaculée de la Vierge bénie. Ce dernier fait appel à clément VII, et au nom de l'université, d'Ailly fut envoyé à Avignon comme chef d'une délégation, et finalement en 1389 Clément VII est persuadé et met fin à la condamnation. La même année d'Ailly a été fait chancelier de l'université, Confesseur du roi, et trésorier de la Sainte Chapelle. Il a été nommé évêque du Puy en 1395, et évêque de Cambrai en 1397. Lors du concile de Constance auquel il participe, il espère, par la proposition qu’il fait d’une réforme de la curie romaine, mettre fin au schisme qui déchire l’Église d’Occident. Il propose une réunion d'un conseil général, une idée qu'il avait suggéré dans un sermon dès 1381 et tente d'imposé la démission des deux papes. À cause des hésitations de Benoît XIII, d'Ailly soutient de plus en plus le pape d'Avignon Clément VII, et quand le roi de France en 1398 demande la soumission de l'anti-pape Benoît XIII, d'Ailly approuve. Au Conseil d'Aix en janvier 1409 d'Ailly a encore préconisé la nécessité d'un conseil général. Il a réclamé l'unité de l'église, car elle ne dépend pas de l'unité du pape, mais de celui du Christ. L'église a un droit normal et divin à son unité et un instinct de conservation; par conséquent elle peut, même sans approbation du pape, se réunir en conseil général. Quelques mois plus tard, en fait, le Conseil de Pise était convoqué, et les deux papes déposés, et Alexandre V élu. En 1411 d'Ailly a été nommé cardinal par le successeur d'Alexandre, Jean XXIII, et admis au Conseil de Rome en 1412. En 1414 le Conseil de Constance était convoqué, et réussi à mettre un terme au schisme par l'élection de Martin V en1418. D'Ailly a pris une grande part à ce conseil et l'a présidé à sa troisième session le 26 mars1415. Il a insisté sur plusieurs principes, dont certains avaient été déjà développés dans ses écritures. Le conseil dit-il ayant été dûment convoqué, ne peut pas maintenant être dissous par n'importe quelle action du pape. Pensant que la puissance du conseil venait du Christ, tous les fidèles, et le pape lui-même, se soumirent à ses décisions. Pierre d'Ailly imposa une pratique nouvelle de l'église, favorisant la méthode de vote par nations et l'extension de la puissance du vote aux médecins de la théologie et de la loi de Canon, et aux princes et à leurs légats. Après le Conseil de Constance, d'Ailly a été nommé légat de Martin V à Avignon, où il est mort en 1420. La célébrité de d'Ailly fut considérable parmi ses contemporains.
Jean Charlier, dit de Gerson, (1363-1429) Théologien, chancelier de l’Université,
Né le 14 décembre 1363 à Gerson dans le diocèse de Reims, il est un des grands mystiques de son siècle. Éminent prédicateur de son temps il tente de résoudre le Grand Schisme. Jean Charlier fut envoyé à Paris à l'âge de quatorze ans; il fit ses études au collège de Navarre, passa, dans l'espace de dix années, par tous les grades des facultés, eut pour professeur et pour ami le célèbre Pierre d'Ailly, auquel il succéda dans les places de chanoine de Notre Dame et de chancelier de l'Université de Paris. Il avait été précédemment curé de Saint-Jean en Grève, et doyen de l'Église de Bruges, nommé par Philippe le hardi, duc de Bourgogne et de Brabant. Le schisme atteignit alors son paroxysme et Gerson tente d'y mettre fin en convoquant un concile. En 1409, au concile de Pise. Gerson y parut avec l'éclat de sa renommée, augmentée par le mémoire qu'il venait de publier sous ce titre: de “Unitate ecclesiasticâ”, dans lequel, en défendant l'unité de l'Église, il réfute, avec un plein succès, ceux qui alléguaient qu'un concile ne pouvait être assemblé sans l'autorité du pape. Gerson démontre que Jésus-Christ étant le chef de l'Église, si son vicaire est mort naturellement où civilement, alors l'Église peut et doit s'assembler en concile général pour se donner un vicaire unique et indubitable. En 1413, Gerson poursuivit avec un courage généreux, et qui n'était pas sans danger, la condamnation du cordelier Jean Petit et sa Justification du Duc de Bourgogne, ouvrage dans lequel l'assassinat du duc d'Orléans était déclaré un acte non criminel, attendu qu'il était loisible de tuer un tyran. A cette époque, l'Université s'occupait des affaires de l'État, s'entremêlant des troubles qui divisaient le royaume, des vues ambitieuses de l'Angleterre, de la distribution de la justice, même de la fabrication des monnaies et de l'administration des finances. En 1415, il participa au concile de Constance, au cours duquel il prôna une théorie de conciliation modérée, prétendit que les docteurs en théologie et les évêques avaient le droit de vote et organisa la condamnation de la doctrine des réformateurs religieux John Wyclif, Jan Hus, et Jérôme de Prague, qui périrent sur le bûcher. La simonie était la lèpre de l'Église: Gerson écrivit un traité pour la combattre et pour engager le concile à l'extirper. Dans un sermon fait devant le concile en 1417, Gerson revint encore sur la nécessité de la réformation, sur l'autorité de l'Église supérieure à celle du pape, et sur la condamnation solennelle des neuf propositions de Jean Petit, condamnation toujours éloignée par les intrigues du duc de Bourgogne, et il présenta un traité contre les erreurs dont il fait une longue énumération, et qu'il disait avoir été avancées dans le concile sur le précepte du décalogue: "Tu ne tueras point: Non occides". Peu de jours après, Gerson devint encore plus pressant dans un discours, pour que la condamnation, prononcée par le concile des neuf fameuses propositions, mît enfin "la vie et la majesté des souverains à couvert des entreprises de leurs sujets." Et peu de jours après encore, avant que le concile procédât à la déposition de Benoît XIII, à l'élection de son successeur et à la réformation de l'Église, il fut donné publiquement lecture du Traité de Gerson sur l'Autorité du Concile et sur la Puissance de l'Église. Entre-temps, il encourut l'hostilité du duc de Bourgogne et ne pu, de ce fait, rentrer à Paris. Il partit vivre en Autriche déguisé en pèlerin, exilé volontaire, cherchant un asile dans plusieurs abbayes, séjournant dans celles de Rathemberg et de Moelck où il composa son livre admirable de l'Imitation, d'autres traités, d'autres écrits de spiritualisme. Après la mort du duc de bourgogne il revint en France et s'installa à Lyon auprès de son frère, prieur du couvent des célestins, et c'est dans cet obscur asile, qu'après avoir rempli le monde chrétien de son nom, le chancelier de l'université de Paris se fit maître d'école, se plut à réunir dans l'église de Saint Paul les enfants pour les catéchiser, n'exigeant d'eux d'autre rétribution que cette prière qu'il leur faisait dire chaque jour, et que pleurant ils répétèrent le veille de sa mort: "Seigneur, ayez pitié de votre pauvre serviteur Gerson.". La réputation de Gerson, est si grande que les historiens parlent du « siècle de Gerson ».
Christine de Pisan, (vers 1363-vers 1430) Femme de lettres
Agée de 5 ans elle quitte, avec sa famille, Venise où elle est née pour retrouver, à Paris, son père Thomas de Pisan, médecin et astrologue au service du roi de France, Charles V. En 1379, à l’age de 14 ans elle épouse Etienne du Castel un noble de Picardie, qui a dix ans de plus qu’elle et qui est nommé notaire et secrétaire du roi, l’année suivante. Une épidémie emporte, en 1389, le mari de Christine qu’elle n’a pas cessé d’aimer. Christine renonce à mettre fin à ses jours pour élever leurs trois enfants. Henry IV, roi d'Angleterre, l'a invitée à venir vivre à sa cour, mais elle refuse de quitter la France, où elle avait été très bien traité, et résolu de vivre de ses écrits. Pendant les années difficiles de gêne et de procès qui suivent, elle commence d’écrire Les Cent Ballades qu’elle donne en 1399, et qui charment aussitôt les princes. La même année, elle écrit l’Épître au Dieu d’amours. Cette œuvre est une réponse à celle de Jean de Meung mais les clercs n’admettent pas qu’une femme prétende donner des leçons à l’un d’entre eux, qui plus est, à propos du mépris et de la grossièreté à l’égard des femmes, dont son texte témoignerait. Christine passe outre et donne, en 1404, 1405, La Cité des Dames, elle y écrit : “ Philosophes, poètes et moralistes - et la liste en serait bien longue -, tous semblent parler d’une même voix pour conclure que la femme est foncièrement mauvaise et portée au vice… mais j’eus beau tourner et retourner ces choses, les passer au crible, les éplucher, je ne pouvais ni comprendre ni admettre le bien-fondé de leur jugement sur la nature et la conduite des femmes. ” Dans Le Livre des trois vertus et encore dans Le Trésor de la cité des dames, elle accuse les hommes en raison de la manière dont ils traitent les femmes, les abandonnent, les battent et les bafouent. En 1421, elle se retire avec sa fille dans le couvent de Poissy. Quelques mois avant sa mort, elle apprend qu’une pucelle entreprend de libérer le royaume de France. Elle compose alors le “Ditié” de Jeanne d’Arc où elle proclame sa haine de l’Anglais. Ses contemporains ont comparé son éloquence à celle de Cicero et de sa sagesse avec celle de Cato. En l'espace de 6 ans, entre 1397 et 1403, elle a écrit 15 livres importants, sans mentionner les essais mineurs. Parmi ses travaux en prose nous pouvons citer: " Le Livre des Faitz et bonnes Moeurs du Saige Roy Charles ", une biographie raffinée, écrite à la sollicitation de Philip de Bourgogne," Le Livre de Paix ", un traité traitant l'éducation des princes. Ses travaux poétiques consistent la plupart du temps en longues poésies.
Philippe le Hardy (1364 - 1404) Duc de Bourgogne (1363-1404).
Fils du roi Jean II le Bon, il reçut en apanage le duché de Bourgogne en 1363 et devint ainsi le chef de la deuxième maison de Bourgogne. Le 19 septembre 1356 a lieu la bataille de Poitiers, cette bataille qui oppose l'armée du roi de France, Jean le Bon, et celle du Prince Noir, l'héritier du trône d'Angleterre, tourne au désastre. Sur l'ordre de son père, le dauphin Charles est allé se mettre à l'abri. Ses frères puînés, les jeunes ducs d'Anjou et de Berry, leur oncle, le duc d'Orléans ont également tourné les talons. Le roi Jean reste presque seul dans la bataille, au milieu des Anglais. Son dernier fils, Philippe, âgé de 14 ans, tente de détourner les coups en criant : "Père, gardez-vous à droite, gardez-vous à gauche !". Philippe gagne alors le nom de Philippe "le Hardi". A son retour de captivité en Angleterre, Jean récompense Philippe en lui donnant le duché de Touraine en 1360 puis le gouvernement du duché de Bourgogne, dont le souverain Valois s'est assuré la possession en novembre 1361. Le dernier duc capétien de Bourgogne, Philippe de Rouvres, qui descendait de Robert le Pieux et dont les grands ancêtres, Hugues III, Eudes IV, avaient été très puissants et riches, était mort sans postérité. Philippe, nouveau gouverneur de Bourgogne, reçoit la promesse d'avoir le duché en apanage princier, c'est-à-dire d'en avoir un jour prochain l'entière possession. Lorsque le roi Jean meurt à Londres le 9 avril 1364, le dauphin Charles ratifie en juin les promesses de son père. Ayant épousé en 1369 Marguerite de Male, fille du comte de Flandre, Louis de Male, il hérita, en 1384, de son beau-père les comtés de Flandre, d'Artois, de Nevers et de Bourgogne (Franche-Comté). Depuis 1385-1404, la révolte gronde à Gand. Le nouveau comte se montre habile diplomate et signe avec la ville une paix autorisant les deux parties à sauver la face. Philippe le Hardi mène une double politique. En tant que frère du roi de France, il désire maintenir le rôle important qu'il joue sur la scène politique française : Il prend part à la direction des affaires du royaume de France, pendant la minorité de Charles VI. Philippe le Hardi devient donc co-régent de France. D'autre part, en tant que duc de Bourgogne, il cherche à augmenter sa puissance territoriale. Il tente de détourner les Flamands de leur sympathie pour l'Angleterre, en veillant toutefois à sauvegarder les relations commerciales des marchands avec Londres. Il étend son influence sur les autres principautés. Il obtient, pour son second fils, Antoine, la promesse de la duchesse Jeanne de Brabant, sans descendance, d'en faire son héritier. En 1385, il marie sa fille Marguerite, et son fils Jean sans Peur, respectivement au fils et à la fille du comte de Hainaut Hollande. Ces étapes préparent la future unité territoriale des Pays-Bas. Philippe le Hardi renforce le pouvoir central de la maison de Bourgogne. Tout en maintenant les institutions locales, il leur impose une autorité de tutelle. Il établit à Lille une chambre des comptes, dont le rôle est de centraliser la gestion financière, et les États Généraux, qu'il tient souvent à Beaune. La chambre du conseil de la même ville devient une cour d'appel, révisant les jugements des tribunaux locaux et urbains. Le "conseil de la cour" des ducs de Bourgogne, présidé par un chancelier, assume progressivement le gouvernement de l'ensemble des territoires ducaux. Le cadre institutionnel ainsi mis en place limite les pouvoirs régionaux. Ses finances sont le plus souvent en piètre état et il a quelque mal à boucler son budget. Le 27 avril 1404, Philippe succombe à une fièvre violente dans son château de Hall, en Hainaut. Il a alors soixante-trois ans. Il sera inhumé à Champmol, près de Dijon.
Jean Sans Peur (28 mai 1371-10 septembre 1419) Duc de Bourgogne
Fils de Philippe II le Hardi et de Marguerite de Flandre, Jean est d’abord comte de Nevers. Tout comme son père Philippe le Hardi, il veut renforcer les institutions centrales et le pouvoir princier. Il tente d'annuler l'influence des villes. Un des principaux instruments de cette politique est le contrôle des impôts. Le duc persuade les villes de verser un pourcentage des impôts indirects au Trésor public. Seule la ville de Gand ne souscrit pas au projet. Le fonctionnement de la chambre du conseil (cour d'appel suprême) et de la cour des comptes (instance financière centrale) est amélioré. A la demande des néerlandophones, la chambre du conseil est transférée de Lille à Gand, mais la principale langue véhiculaire reste le français. Jean sans Peur essaie d'étendre son influence aux états voisins. Son frère Antoine règne sur le Brabant. Il réorganise sa cour selon le modèle bourguignon et établit également une cour des comtes centralisatrice à Bruxelles. Après la mort d'Antoine, Jean sans Peur veut obtenir la régence, mais les États brabançons contrecarrent ses plans. Il réussit toutefois à étendre sa tutelle sur Liège. Enfin, il entretient de bonnes relations avec son beau-frère, Guillaume de Hainaut Hollande. Le duc veille également à consolider sa position à la cour de France, position dont il retire des revenus complémentaires. Nonobstant les tensions franco-anglaises, Jean sans Peur laisse au comté de Flandre la liberté d'établir les relations de son choix avec l'Angleterre. Il est à la tête de la croisade de Hongrie en 1396. Il est fait prisonnier à Nicopolis et parvient, avec sa rançon, à faire rentrer avec lui ses compagnons d'armes, après neuf mois de captivité. La mort de son père, le 27 avril 1404, fait de lui le duc de Bourgogne ; celle de sa mère, le 16 mars 1405, le fait comte de Flandre. En septembre 1405, c’est par la force qu’il ramène le Dauphin à Paris. Deux ans plus tard, le 23 novembre 1407, le duc Louis d'Orléans est assassiné par une bande de malfrats masqués. Le crime a lieu à Paris, rue Vieille du Temple, dans le quartier du Marais où se tiennent les hôtels et les palais des Grands du royaume et du roi lui-même. Louis d'Orléans est le frère cadet du roi Charles VI le Fou et l'amant de la reine Isabeau de Bavière, sa belle-sœur. Il a trouvé la mort en sortant de l'hôtel Barbette où réside cette dernière. Le duc fait partie du Conseil de Régence qui gouverne le pays depuis que le roi a été frappé de folie, 15 ans plus tôt. Les ducs d'Anjou, de Berry et de Bourbon, qui sont les oncles du roi et de Louis d'Orléans, participent à ce Conseil, ainsi que leur cousin, le duc de Bourgogne Jean sans Peur. La présidence est assurée par la reine Isabeau de Bavière. Ces princes du sang profitent de la maladie du roi pour mettre le pays en coupe réglée. Mais la liaison de Louis d'Orléans avec la reine fait craindre à ses rivaux qu'il ne prenne le dessus. On va donc découvrir sans surprise que les meurtriers du prince ont agi sur ordre du duc de Bourgogne Jean sans Peur. Il a 35 ans, comme sa victime. L'assassinat de la rue Vieille du Temple a des conséquences dramatiques pour le royaume. Le fils de la victime, le poète Charles d'Orléans, demande appui au comte Bernard VII d'Armagnac, dont il a épousé la fille Bonne. Bernard VII est un seigneur brutal et redouté. Il commande à une soldatesque nombreuse, originaire des pays de l'Adour et de la Garonne. Sans trop hésiter, il se met au service de son gendre. Pour cette raison, les partisans de Charles d'Orléans dans les luttes à venir resteront connus sous le nom d'Armagnacs. Ce meurtre déclenche la guerre civile qui oppose les Bourguignons, aux partisans du Dauphin, les Armagnacs. Jean sans Peur va transformer en guerre ouverte les rivalités entre les factions du duc de Bourgogne et du duc d'Orléans. La première manche est gagnée par Jean sans Peur. Malgré son crime, celui-ci bénéficie d'une grande popularité auprès du petit peuple de Paris. Il impose sa domination sur la capitale en s'alliant à une faction populaire commandée par l'écorcheur Simon Caboche, d'où leur appellation de cabochiens ou écorcheurs. Les insurgés n'hésitent pas à attaquer la Bastille et à tuer le prévôt de Paris. Les universitaires en profitent pour préparer une réforme administrative connue sous le nom d'ordonnance cabochienne et qui tend à brider le pouvoir du monarchique. Le roi est obligé de convoquer les États généraux en janvier 1413 et de signer l'ordonnance. En signe d'acceptation, il coiffe même le capuchon des cabochiens. Mais les exactions des Bourguignons et des cabochiens entraînent bientôt les habitants à se soulever. Les cabochiens sont exterminés et le duc de Bourgogne doit céder la place aux Armagnacs. Le comte Bernard VII se rend maître de Paris et se fait nommer connétable par la reine Isabeau de Bavière. Ces troubles n'ont pas échappé au roi anglais Henri V de Lancastre. Celui-ci en profite pour reprendre la guerre contre la dynastie rivale des Valois après une interruption de plus de 35 ans. Il débarque en Normandie avec ses troupes. Les Armagnacs se font battre avec toute la chevalerie française à Azincourt, le 25 octobre 1415. Leur chef, Charles d'Orléans, est fait prisonnier. A Paris, cependant, le mécontentement gronde contre les gens de Bernard VII qui font régner la terreur (comme, avant eux, les Bourguignons). Le 29 mai 1418, une violente émeute chasse les Armagnacs de Paris. Des milliers d'Armagnacs sont massacrés et le comte lui-même est découpé en rondelles. Le dauphin Charles trouve moyen de s'enfuir grâce au prévôt de la capitale. Prenant le titre de régent, il va poursuivre la lutte contre les Anglais à la tête de ce qui reste du parti armagnac. Paris n'en a cure et se soumet une nouvelle fois aux Bourguignons. C'est le triomphe de Jean sans Peur et de ses amis anglais. Le duc manoeuvre à sa guise le pitoyable roi de France, Charles VI le Fou, et sa femme, la reine Isabeau de Bavière. En même temps, inquiet de la pression des Anglais, il tente une réconciliation avec le dauphin Charles. Mais leur rencontre tourne au drame. Jean Sans Peur est assassiné à Montereau sous les yeux de Charles, le 10 septembre 1419.
Louis D’Orléans ou Louis 1er de France (1372-1407) Duc de Touraine en 1386 Duc d'Orléans en 1392
Fils de Charles V. Il reçu en apanage les comté de Beaumont et de Valois, puis le duché de Touraine. Il se maria à Melun en 1389 avec Valentine Visconti fille de jean Galéas duc de milan. Valentine apportait en dot le comté d’Asti. Il échangea son duché de Touraine contre celui d’Orléans, puis il agrandi ses domaines des comtés de Blois, de Dunois et de Longueville. Il acquis les comtés d’Angoulême, de Dreux, du Périgord, de Porcien , de Soisson des seigneuries de Château-Thierry, de Concy, de Montargis et de Provins. Il acheta le duché de Luxembourg. Exerçant une grande influence sur sa belle-sœur, Isabeau de Bavière qui présidait le conseil, il prend la tête du gouvernement lorsque Charles VI, son frère, tombe en démence. Il se révèle médiocre administrateur et piètre homme de guerre. Une rivalité haineuse le sépare du nouveau duc de Bourgogne, Jean sans Peur qui tente de l’enlever. Le duc de Berry leur offre un dîner de réconciliation. Deux jours après, le 23 novembre 1407, il est assassiné à Paris rue vieille du temple par des tueurs à la solde de Jean sans Peur. L’attentat resta impuni, mais la France fut divisée en deux camps: Armagnacs et Bourguignons.
Charles VI Le Fol ou le Bien-aimé (1368-1422) Roi de France (1380-1422)
Fils aîné de Charles V et de Jeanne de Bourbon. Il naît à Paris en 1368. Lorsque meurt son père Charles V, le Dauphin (titre qu’il est le premier des fils de roi à porter, car il a reçu en apanage le Dauphiné acquis par son père) n’a que douze ans. Le jeune Charles VI hérite d'un royaume éprouvé mais dont l'avenir semble à nouveau prometteur. Les conseillers de Charles V permettent un redressement rapide, le commerce reprend, les alliances allemande et castillane assurent la paix. A la mort de son père, en 1380, il est sacré roi à Reims. Il sera assisté par un conseil de 12 membres comprenant entre autres ses oncles: Louis de Bourbon, Louis 1er d'Anjou, Jean de Berry et Philippe de Bourgogne dit " le Hardi " qui assurent sa tutelle et la régence. Ses oncles, sans tenir aucun compte des volontés du roi défunt, exercent la tutelle et renvoient les conseillers de Charles V. Des révoltes éclatent dans plusieurs régions de France comme à Paris celle des maillotins de février à mars 1382, car les oncles du roi semblent, aux yeux du peuple, dilapider le trésor royal en même temps qu'ils augmentent les impôts. En 1383-1384, ses armées conquièrent les Flandres et Philippe le Hardi devient Comte de Flandre. Charles sera marié à Isabeau De Bavière le 17 juillet 1385. Elle vient d'avoir 14 ans et ne parle pas un mot de français. Elle l'apprendra rapidement et le couple mènera une existence heureuse jusqu'en 1392, date où se déclara sa folie. Pratiquement enceinte tous les ans, elle mettra au monde 12 enfants dont 5 en 6 ans. Majeur en 1388, le roi écarte du pouvoir ses oncles lors d'un mini coup d'État, il affirmera son intention de régner seul. Il rappelle auprès de lui ceux qui furent les conseillers de son père et que les princes appellent avec mépris les Marmousets (Bureau de la Rivière, Jean de Noviant, Olivier de Clisson). La nouvelle équipe procède à une réforme générale de l'État et de l'administration. Mais chaque duc a des ambitions différentes. Jean de Berry cherche de l'argent pour son train de vie fastueux. Louis d'Anjou, dans la tradition des ducs d’Anjou, cherche à conquérir l'Italie du Nord. Philippe de Bourgogne cherche à unifier ses domaines (Flandre, héritée de sa femme, et son apanage de Bourgogne). En août 1392, apparaissent les premiers signes de la folie du roi. Un jour le connétable de Clisson fut grièvement blessé par Pierre de Craon qui alla se réfugier en Bretagne pour échapper au châtiment. Bien que de santé fragile le roi décida de lever toute une armée pour aller le punir. Il traverse la forêt du Mans, et marche contre le duc de Bretagne. Ce dernier refuse de lui livrer Pierre de Craon. Le roi, que l’on dit jusque-là “ le Bien-aimé ”, est alors frappé d’un premier accès de folie. En effet, dans la forêt du Mans un vieux mendiant s'empara de la bride du cheval royal en criant: vous êtes trahis! Le roi sortit son épée et tua quatre de ses proches. Il fallut lier le roi pour le transporter le 4 août 1392 au château du Val d'Oise. Les médecins diagnostiquèrent les séquelles d'une folie héréditaire qui avait déjà frappé sa mère Jeanne de Bourbon dans les dernières années de sa vie. Celle-ci permit aux ducs de Bourgogne et de Berry, et au duc d’Orléans, frère du roi, de se disputer à nouveau le pouvoir et de renvoyer les Marmousets. Le 28 janvier 1393 le roi organisa un bal, où plusieurs hommes sauvages s'étaient couverts de plumes pour danser. Louis d'Orléans ayant approché une torche pour mieux voir, le feu prit sur un des acteurs et engloba tout le groupe. Or le roi qui faisait partie des joyeux comédiens, ne fut sauvé que grâce à la présence d'esprit de sa tante la duchesse de Berry qui l'enveloppa de son manteau. On appellera ce bal tragique: le bal des ardents. Cet épisode le trouble davantage encore et ses oncles reprennent la tutelle du royaume. En 1403 naît le futur Charles VII. Après avoir tenté et obtenu la restitution de Calais, l'Angleterre pu reprendre la Guyenne à condition que le roi Richard II prête son serment de vassalité au roi de France. Ce qu'il accepta. A la mort de Philippe le Hardi en 1404, son fils Jean Sans Peur le remplace auprès du roi et surtout de la Reine. Il occupe Paris, il est maître de la Bourgogne, des Flandres, de l'Artois et obtient la garde du Dauphin Charles. Mais Jean sans Peur, nouveau duc de Bourgogne, hait le duc d’Orléans. Il le fait assassiner en 1407. A partir de 1410, une véritable guerre civile s'installe entre les Armagnacs partisans de Charles d'Orléans et les Bourguignons de Jean Sans Peur, allié des Anglais qui pendant ce temps là, débarquent dans le Cotentin ! Le royaume est dans le plus grand chaos, l'armée française est écrasée à Azincourt en 1415. Tous les enfants de Charles VI mourront avant leur majorité, seul reste le dauphin Charles, qui est nommé régent en 1418 durant les " absences " de son père. Il négocie avec Jean Sans Peur, mais lors de l'entrevue de réconciliation à Montereau, celui-ci est assassiné et Charles est tenu pour responsable et déchu de ses droits par sa mère. Il ira se réfugier à Bourges. Les Anglais gagnent du terrain, prennent toute la Normandie, arrivent aux portes de Paris. Une paix éphémère est instituée et Charles VI signe alors le 22 mai 1420, le traité de Troyes, qui reconnaît Henri V d'Angleterre comme héritier de la couronne de France. Compte tenu de l'état du roi de France, Henri V d'Angleterre prend la régence de la France. Charles VI meurt le 21 octobre 1422 près de sa favorite Odinette de Champdivers 2 mois après Henri V. Il sera inhumé à Saint Denis le 9 novembre 1422. 2 prétendants au trône de France s’opposent l’un à l’autre: le fils du roi d’Angleterre qui n’a que 18 mois, Henri VI, et le dauphin Charles, 19 ans et qui n’est encore que le dérisoire roi de Bourges, avant de devenir Charles VII le Victorieux.
Isabeau De Bavière (1371-1435) Reine de France (1385-1422)
Fille du duc de Bavière, Etienne II. C’est le 18 juillet 1385 à Amiens qu’elle épouse le roi de France, Charles VI. En 1408 elle dirige le conseil de Régence mais par ses goûts du luxe, elle devient impopulaire Mais, lorsque Jean sans Peur fait assassiner Louis d’Orléans, Isabeau quitte Paris et se réfugie à Melun. En août 1408, elle revient à Paris et le roi lui confie le pouvoir. Mais la guerre civile et la guerre étrangère déchirent la France. Après la défaite terrible d’Azincourt, Bernard d’Armagnac l’écarte du Conseil royal et la dépouille de tout pouvoir. Isabeau s’exile à Tours, en 1417, Jean sans Peur la délivre, l’installe à Troyes où elle met en place un pouvoir rival de celui de son fils, le Dauphin, qui prend appui sur le parti des Armagnacs. Après l’assassinat de Jean sans Peur à Montereau en 1419, elle accepte de signer, en mai 1420, le traité de Troyes. Celui-ci dépouille le dauphin Charles du royaume de son père. Pendant que son fils Charles VII reconquiert son royaume, grâce à la pucelle Jeanne d'Arc, Isabeau vit à Paris entourée d’Anglais et de Bourguignons. Elle meurt dans sa résidence de Paris à l'hôtel Saint-Pol, située dans le quartier du Marais dans l'indifférence la plus totale en 1435.
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