poèmes du 15eme

Poèmes

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  15ème siècle

 

 

  

Retrouvez les poèmes du 15èmes siècle

 

 

 

 Marie de CLÈVES (1426-1487)

 

En la forest de Longue Attente

En la forest de Longue Attente
Entrée suis en une sente
Dont oster je ne puis mon cueur,
Pour quoy je vis en grant langueur,
Par Fortune qui me tourmente.

Souvent Espoir chacun contente,
Excepté moy, povre dolente,
Qui nuit et jour suis en douleur
En la forest de Longue Attente.

Ay je dont tort, se je garmente*
Plus que nulle qui soit vivante ?
Par Dieu, nannil, veu mon malheur,
Car ainsi m'aid mon Createur
Qu'il n'est peine que je ne sente
En la forest de Longue Attente.

(*) je me lamente

 

 

 

 Guillaume Crétin (1460-1525)

 

Rondeau

De tout mon coeur humblement te salue,
Pour la grandeur de ta haulte value,
Royne du ciel, de la terre et la mer,
Pardonne moy se j'oze au reclamer,
Ton sainct nom mettre en ma bouche polue,

Delaissant vie estrange et dissolue,
Vueil par pensee honneste et resolue
Te bien servir, et loyaulment aymer
De tout mon cueur.

Tu fuz comme es de Dieu si bien voulue,
Que pour sa mere et fille preesleue
Dame te feit des vertus renommer ;
Telle te doy en la terre nommer,
Et telle aussi seras escripte et leue
De tout mon coeur.

 

 

 

Jean MOLINET (1435-1507)

 

Le testament de la guerre

La guerre suis en train de mort,
Qui n'attent que à passer le pas ;
Mais conscience me remort
Tant fort que j'en pers mon repas ;
Et pour cause que je n'ay pas
Satisfaict aux miens plainement,
Il me fault, avant mon trespas,
Faire mon petit testament. ...

Je laisse aux abbaïes grandes
Cloistres rompus, dortoirs gastés,
Greniers sans bled, tronez sans offrandes,
Celiers sans vins, fours sans pastés,
Prélatz honteux, moisnes crottés,
Pertes de biens et de bestaille
Et, pour redressier leurs costés,
Sus leurs dos une grande taille. ...

Je laisse au povre plat pays
Chasteaux brisiés, hosteux brullés,
Terres a riés, gens esbahis,
Bregiers battus et affollés,
Marchans murdris et mutillés
De grans cousteaux et de courbés,
Et corbaux crians a tous lés
Famine dessus les gibetz. ...

Je laisse aux jeunes estourdis
En vieillesse peine et tourment,
Qui Bourgs et Chasteaux plus de dix
Ont acquis cauteleusement,
Piteux cris et gemissements,
Gouttes aux mains, bras décroisez,
Et avant leur deffinement,
Le danger d'être racoursez. ...

Je laisse au pillart espillé
La pillade qui va pillant,
Tant qu'ung pilleur l'aura pillé,
Plus gorrier et plus espillant :
S'il est en pillart aggrapillant,
Il pillera sa pillerie,
Et l'autre qui fut espillant
Sera noyé en pillerie. ...

Je laisse aux vueilx souldars sans dens,
Bientaillez d'etre mal souppés,
Lesquels par bien donner dedens,
Ont plusieurs membres decoupez ;
Aucuns ont piedz et poings griffez,
Par approcher les horions,
Et les aultres fort brelaffrez,
Plaindans leurs grandes passions. ...

Je laisse à ceulx qui sans raison
Ont ravy les biens de ce monde,
Vrays heritiers de la maison
De l'ennemy ord et immonde :
Qui sus la pillade se fonde,
Et veult d'aultruy l'argent despendre,
Il se lance en bourbe profonde ;
Cer enfin convient rendre ou pendre.

 

 

 

Chansons de Josquin des Près

 

Petite Camusette

Petite camusette à la mort m'avez mis.

Robin et Marion,

Ils s'en vont bras à bras,

Ils se sont endormis.

Petite camusette à la mort m'avez mis.

 

Scaramella

 

Scaramella va alla guerra,
Colla lancia et la rotella,
Lo zombero borombetta,
Lo zombero borombo!

Scaramella fa la gala,

Cholla scarp et la stivala,

Lo zombero borombetta,

Lo zombero borombo !

 

Qui belles amours a

 

Qui belles amours a,

Souvent sy les remue,

L'autrier quant chevauchoye

A Paris la grant rue,

Sur mon cheval moreau

Qui souvent sault et rue,

Qui belles amours a,

Souvent sy les remue.

Les quatre fers qu'il a

Font la pouldre menue,

La dame du chasteau

Est auz creneaux venue:

"Qui est ce garson la,

Qui point ne me salue?"

Qui belles amours a,

Souvent sy les remue.

"tel garson que je suis

Ailleurs vous ay tenue,

Et dessus vostre lit

Ay laissé ma saincture,

Et a vostre chevet

Mon espée esmoulue."

Qui belles amours a,

Souvent sy les remue.


 

 

 

Françoys Villon (1431-1463) 

 

Belle, pour l'amour de vous

 

Belle, pour l'amour de vous

Suis venu en ceste ville :

Se n'y fussies point venu,

Je ne vous y querroye mye.

"Baisés moy, baisés moy

Baisés moy, ma doulce amye

Par amour je vous en prie"

"Non feray"

"Et pourquoy ?"

"Se je faisoie la follie,

ma mère seroit marie"

"Vela de quoy! Vela de quoy

Baisés moy

 

 Le Testament.

 

 «Hé! Dieu, se j'eusse estudié,

Ou temps de ma jeunesse folle,

Et a bonnes meurs dedié,

J'eusse maison et couche molle,

Mais quoi? Je fuyoie l'escolle,

Comme fait le mauvais enfant.

En escripvant cette parolle,

A peu que le cuer ne me fent.»