Nous chercherons quelque chose
de plus rapide que la communication :
le défi, le duel.
La communication est trop lente, elle est un effet de lenteur, elle passe
par le contact et la parole. Le regard va plus vite,
il est le médium des media, le plus rapide.
Tout doit se jouer instantanément.
On ne communique jamais.
Dans l'aller et retour de la communication, l'instantanéité
du regard, de la lumière, de la séduction est déjà
perdue.
Mais aussi, contre
l'accélération des réseaux et des circuits,
nous chercherons la lenteur - pas la lenteur nostalgique de l'esprit, mais
l'immobilité insoluble, le plus lent
que le lent : l'inertie et le silence.
L'inertie insoluble par l'effort, le silence insoluble
par le dialogue. Il y a un secret là aussi.
Nous obtiendrons
des formes subtiles de radicalisation des qualités secrètes,
et combattrons l'obscénité avec
ses propres armes. Au plus vrai que le vrai nous
opposerons le plus faux que le faux. Nous n'opposerons pas le beau
et le laid, nous chercherons le plus laid
que le laid : le monstrueux. Nous n'opposerons pas le visible au caché,
nous chercherons le plus caché que
le caché : le secret.
Nous ne chercherons pas le changement et n'opposerons pas le fixe et le
mobile, nous chercherons le plus mobile que
le mobile : la métamorphose... Nous ne distinguerons pas le
vrai du faux, nous chercherons le plus faux que le faux : l'illusion
et l'apparence...
Dans cette montée aux extrêmes,
peut-être faut-il les opposer radicalement, mais peut-être
faut-il cumuler les effets de l'obscénité et ceux de la séduction.
Tout caractère ainsi
élevé à la puissance superlative, pris
dans une spirale de redoublement - le plus vrai que le vrai, le
plus beau que le beau, le plus réel que le réel -, est assuré
d'un effet de vertige indépendant de
tout contenu ou de toute qualité propre, et qui tend à devenir
aujourd'hui notre seule passion.
Passion du redoublement, de l'escalade, de
la montée en puissance, de l'extase - de quelque qualité
que ce soit pourvu que, cessant d'être relative à son contraire
(le vrai du faux, le beau du laid, le réel de l'imaginaire), elle
devienne superlative, positivement sublime
parce qu'elle a comme absorbé toute l'énergie de son contraire.