LES DEMENCES
Alors que les consultations de
la mémoire ont du mal à répondre actuellement à la forte demande de consultations pour
troubles de mémoire, un accroissement net du nombre de cas de démence est attendu en
France avec une augmentation de 24% entre 2000 et 2010 d'après l'étude Paquid.
La démence doit concerner plusieurs spécialistes dont font partie les
psychiatres qui ont permis l'hospitalité de ces patients pendant plusieurs siècles et
qui sont devenus aujourd'hui des acteurs de soins par prescriptions pharmacologiques mais
aussi par des prises en charge psychologiques auprès des patients comme encore plus de
leurs proches.
1.1 HISTORIQUE
Le terme de démence apparaît au début du XIXème siècle dans le
domaine médical, mais le mot existerait depuis le XIVème siècle et serait d'origine
latine avec la signification de perte de l'esprit.
Il est dans les écrits de Pinel avec là comme signification
l'existence d'une abolition de la pensée. Les démences faisaient partie à cette époque
de l'aliénation mentale, comme les schizophrénies et les oscillations de l'humeur.
Esquirolle fit rapidement faire à la nosographie un pas en avant en
séparant la démence des psychoses fonctionnelles et des oligophrénies. Il en donna la
première description rigoureuse, "La démence est une affection cérébrale
caractérisée par l'affaiblissement de la sensibilité, de l'intelligence, de la
volonté. "Une des caractéristiques principales aujourd'hui des démences, les
troubles de mémoire, apparut seulement plus tard dans la sémiologie. Etaient aussi
précisés la présence de troubles de l'affectivité, du caractère, du sommeil, ainsi
que l'âge tardif d'apparition.
C'est Georget quelques années plus tard qui insista sur la notion
d'irréversibilité de la démence, en la distinguant de la confusion et des mélancolies.
L'hypothèse étiologique d'alors fut l'usure de l'organe par effet de l'âge ou de la
maladie mentale. A cette époque il y avait 2 causes principales, la démence sénile et
la paralysie générale. L'origine de la démence sénile va rapidement être mise sur le
compte des lésions vasculaires, on parle de démence arthritique.
Ce n'est qu'au début du 20ème siècle que Klippel & Lhermitte
rapportent l'existence de cas de démence sénile sans athérome. Apparaissent à cette
époque diverses entités de dégénérescence, la presbyophrénie de Wernicke, la maladie
d'Alzheimer, la maladie de Pick et la maladie de Creutzfeldt-Jakob. L'irréversibilité
des démences est rediscutée avec la mise en évidence d'un traitement de la démence
syphilitique, mais le terme de démence curable ne sera accepté que dans les années 60.
Alois Alzheimer fut à l'origine de la prise en compte de l'âge
puisqu'il décrivit des lésions déjà connues chez des sujets âgés chez une femme de
51 ans. Kraeplin, le maître d'Alois Alzheimer, distingua ces formes jeunes des maladies
de la sénilité et lui donna le nom de son élève. Si Arnold Pick donna son nom à la
maladie, il décrivit d'abord des atrophies circonscrites qui n'étaient en fait pas
toutes des maladies de Pick.
La maladie de Pick dans sa définition histologique fut en fait
décrite par Alois Alzheimer. Les critères cliniques de distinction entre maladie
d'Alzheimer et maladie de Pick ont longtemps été flous jusqu'aux travaux de Delay, Brion
et Escourolle durant les années 50-60.
La conception actuelle de la démence ne date que de ces 20 dernières
années avec la parution de la troisième édition du manuel de diagnostic et de
statistiques des maladies mentales (DSM) par l'Association Psychiatrique Américaine. La
grande différence est que le trouble de la mémoire est un symptôme cardinal alors que
la diminution des capacités intellectuelles n'est plus obligatoire et passe au second
plan. Par ailleurs dans la définition est prise en compte le retentissement sur la vie
sociale. Dans cette 3èmeversion, la maladie d'Alzheimer n'est pas différenciée des
autres démences dégénératives primaires.
Ce n'est qu'en 1984 qu'apparaissent les critères diagnostiques de
maladie d'Alzheimer
(NINCDS-ADRDA).
Avec la révision du DSM III en 1987 apparaît le terme de démence dégénérative
primaire de type Alzheimer en distinguant 2 formes préséniles (avant 65 ans) et
séniles.
En matière de maladie de Pick le consensus diagnostique qui fait
encore aujourd'hui référence est celui de Lund et Manchester, datant de 1994, dans
lequel la maladie de Pick n'est pas individualisée des autres démences frontotemporales
cliniquement non distinctives et dues à une spongiose aspécifique sans corps de Pick.
La démence à corps de Lewy a été individualisée beaucoup plus
récemment. Les premières observations datent du début des années 60 par l'équipe de
de H.Okazaki. Ils décrivirent 2 cas de démence progressive avec quadriplégie en flexion
et hypertonie. L'examen microscopique du cortex de ces patients révéla des inclusions
"circonscrites, polychromes, argyrophiles dans le corps cellulaire des neurones. Ces
inclusions ressemblaient à celles habituellement présentes dans la substance noire et le
locus coeruleus des maladies de Parkinson, mais elles n' avaient pas de halo clair et ces
corps étaient associés à des plaques séniles.
Jusque dans les années 50, la majorité des démences étaient
attribuée à lartériosclérose cérébrale. A partir des années 70, avec la
reconnaissance de la maladie d'Alzheimer, le concept de démence vasculaire fut délimité
aux démences multi-infarcts soulignant que la présence dinfarctus était
nécessaire pour qu'il y ait démence. En fait la démence vasculaire fait référence à
un état clinique imputable à des lésions cérébrales d'origine vasculaire, de types,
de nombres et de tailles parfois très différents. Un des problèmes majeurs est de
pouvoir établir une relation causale de certitude entre la présence de lésions
vasculaires et l'existence d'un état démentiel et, du vivant du malade, d'anomalies en
imagerie morphologique et de symptômes cognitifs ou comportementaux. Des états
démentiels similaires peuvent être dues à des lésions très différentes
(multi-infarct versus infarctus stratégique). Il a fallu d'ailleurs longtemps pour
accepter l'idée qu'un état démentiel puisse résulter de lésions cérébrales
focalisées.
1.2 LA DEMENCE AUJOURD'HUI: définition et
quantification
Le terme de démence est réapparue dans la nosographie internationale
en 1980 avec les critères du DSMIII. Les critères ont été déterminés dans la
perspective d'études épidémiologiques et de développements thérapeutiques.
Cette entité s'opposait à celle de syndrome organique qui
contrairement à la démence ne nécessite pas une atteinte de plusieurs fonctions
neuropsychologiques. Les critères retenus pour le diagnostic de démence étaient:
-un déficit cognitif comportant obligatoirement un déficit mnésique
associé à l'atteinte d'une autre fonction supérieure ou encore à des troubles du
jugement ou de la personnalité
-d'une sévérité suffisante pour retentir sur les fonctions sociales
et professionnelles
-une absence d'obnubilation de la conscience
-d'origine organique avec une preuve apportée par les examens
complémentaires et non pas psychiatrique
La version révisée du DSMIII (DSMIII-R) de 1987 ne modifia pas les
critères de démence mais apparurent les critères les critères de maladie d'Alzheimer
qui se substituaient à ceux de démence dégénérative primaire.
Le DSMIV modifia les critères de démence en faisant disparaître les
critères concernant les modifications de jugement et de la personnalité. Le critère de
retentissement sur les activités sociales est confirmé par une phrase précisant un
déclin par rapport à l'état antérieur.
Il existe une autre classification de la nosographie, la classification
internationale des maladies de l'organisation mondiale de la santé (CIM). Les critères
de démence ont comme originalité d'avoir gardé la prise en compte des troubles non
cognitifs et de demander la persistance des troubles sur 6 mois.
Quels sont les moyens diagnostiques utilisables pour dépister un état
démentiel ?
Les moyens doivent être distingués des outils mesurant la sévérité
du syndrome. Ces outils sont distincts aussi de ceux permettant une orientation
diagnostique sur le type de démence.
L'évaluation neuropsychologique est indispensable à la
détermination d'un état démentiel.
Elle comprend d'abord une évaluation des mémoires.
Certaines épreuves nécessiteront une évaluation par un neuropsychologue.
L'apprentissage de listes de mots fait partie des épreuves les plus valables pour
déterminer l'existence d'un troubles mnésique et son type. L'épreuve doit se composer
en 2 temps différents. On présente d'abord la liste de mots à mémoriser en demandant
au patient de la lire à haute voix puis de les désigner en réponse à leur catégorie
sémantique. On s'assure de l'encodage en demandant de rappeler les mots avec des indices
sémantiques. Ensuite dans un second temps on teste les performances en rappel différé
en demandant au sujet au patient de rappeler la liste des mots en fournissant si
nécessaire aussi les indices sémantiques. Cette étape permet de juger des capacités de
stockage et aussi d'oublis. C'est sur ce modèle qu'est construit l'échelle qui fait
référence, l'échelle de Grober & Buschke. D'autres mémoires sont à évaluer comme
la mémoire de travail (mémoire à très court terme), étudiée par la capacité de
restitution immédiate d'une série de chiffres. Cette épreuve est appelée empan de
chiffres. D'autres mémoires peuvent être testées comme la mémoire sémantique et la
mémoire implicite.
L'évaluation de l'orientation temporelle est associée à celle
de l'orientation spatiale appréciée par les questions portant sur le nom et
l'adresse de l'hôpital, l'étage du cabinet, le nom de la commune. Des questions aux
proches permettront de tester la capacité d'orientation dans les lieux familiers ou non.
Cet élément devra être distingué des errances comme dans les démences
frontotemporales plus proches de la persévération ou de l'instabilité psychomotrice que
de la désorientation spatiale.
La pensée abstraite et le jugement peuvent être explorées par
exemple par la tâche de similitudes, les explications de proverbes, les critiques
d'histoires absurdes, la résolution de problèmes arithmétiques.
Le langage doit être examiné dans toutes ses composantes,
orale, écrite, de lecture comme de compréhension. Les bilans de langage comprennent
souvent une épreuve de dénomination, un test de compréhensions, l'écriture de phrases
spontanées ou non avec la recherche d'une dysorthographie, mais aussi la perte de la
ponctuation. Doit être pris en compte le niveau socioculturel comme pour les autre
épreuves.
Les différentes praxies sont à tester, l'apraxie réflexive,
l'apraxie visuo-constructives (figures géométriques en spontanée ou en copie),
l'apraxie idéomotrice en particulier les gestes symboliques et l'apraxie idéatoire. Les
capacités gnosiques sont à évaluer aussi bien dans la reconnaissance des objets
que des visages. L'évaluation de ces différentes fonctions neuropsychologiques peut
être menée avec un entretien structuré.
Par ailleurs différents outils quantifient la sévérité cognitive de
la démence:
-Le
Mini Mental State (MMS) comprend 30 questions et est scoré sur 30 points. Le degré de
sévérité de la démence est considéré comme léger avec score supérieur à 20 et
modéré entre 10 et 20, alors qu'en dessous de 10, la démence est sévère.
-L'échelle de Mattis est elle plus informative et plus sensible que le
MMS particulièrement dans les dysfonctionnements frontaux et sous corticaux. Le score
maximal est de 144
-L'ADAS-cog est surtout l'échelle de référence dans l'évaluation de
l'efficacité des thérapeutiques de la maladie d'Alzheimer.
Certaines échelles ont défini des stades de démence en prenant en
compte à la fois les troubles cognitifs, certaines capacités d'autonomie et certains
troubles du comportement. C'est le cas de la Global Détérioration Scale (GDS) qui
définit 7 stades de gravité.
L'évaluation de l'autonomie est aussi nécessaire dans la
détermination d'un état démentiel.
Elle peut se faire avec des échelles comme celle de Blessed ou l'
IADL (Instrumental Activities of Daily Living)
de Lawton qui évalue les activités instrumentales de la vie quotidienne. Elle mesure 8
items. Lorsque les patients ne sont plus au domicile, l'échelle de Nosger parait plus
adaptée.
Le terme de démence a gardé une place importante en tant que marqueur
de la sévérité du déclin cognitif garantissant dans les critères de maladie
d'Alzheimer une spécificité diagnostique.
Toutefois ce stade n'est pas nécessaire pour suspecter la présence
d'une maladie neurodégénérative grâce au développement d'outils neuropsychologiques
plus sensibles et de méthodes d'évaluation comportementale pour faciliter le diagnostic
des démences non Alzheimer.
Les deux diagnostics différentiels principaux sont la confusion dont
la réversibilité des troubles est un des symptômes cardinaux et la dépression
évoquée comme diagnostic principal très facilement lors de troubles de l'humeur rendant
aveugle le médecin et l'entourage à l'existence des troubles cognitifs.
1.3 SYMPTOMES NON COGNITIFS, du syndrome à la
maladie
Si les symptômes comportementaux et affectifs ne font pas partie des
manifestations exigées pour parler de démence, ils sont les troubles les plus difficiles
à vivre pour l'entourage conditionnant même le maintien au domicile. La sémiologie
psychiatrique n'avait pas spécifiquement décrit les manifestations comportementales
rencontrées dans les démences jusqu'à ces dernières années. Aujourd'hui les signes et
symptômes comportementaux et psychologiques de la démence (SSCPD) comprennent les
symptômes de distorsion de perception, de contenu de pensée, d'humeur ou de comportement
survenant très fréquemment chez les patients déments. Ils se distinguent des
manifestations du syndrome confusionnel qui cependant peut être associée à une
démence. L'évaluation de cette symptomatologie nécessite un entretien avec un proche.
Ils comprennent différents signes:
Délires et troubles de l'identification:
Il s'agit de croyances paranoïdes souvent simples et non
systématisées comme des accusations souvent temporaires de vol ou dinfidélité du
conjoint. Certains délires sont sous-tendus par un trouble de perception visuelle
perturbant la reconnaissance et pouvant conduire à de fausses reconnaissances. Ils
peuvent être classés en 4 types: le phénomène du fantôme, dans lequel la distinction
entre un trouble de l'identification et une hallucination est difficile, le trouble de la
reconnaissance de sa propre image dans le miroir, le trouble de l'identification d'une
autre personne, la conviction que les personnes observées sur l'écran de télévision
sont dans la pièce et peuvent entendre ses propres propos. Dautre part, il peut
exister des phénomènes délirants plus complexes prenant leur origine aussi dans les
troubles de l'identification mais pas exclusivement perceptuelle. Ellis & Young ont
distingué 3 types: le délire de Capgras (non reconnaissance d'un proche alors que la
ressemblance est soulignée, identification d'un sosie), le délire de Fregoli (fausses
reconnaissances de plusieurs personnes sans ressemblance comme étant la même personne),
le délire d'intermétamorphose (plusieurs individus différents sont reconnus comme
incarnés dans le même corps). Ces délires sont rares dans les états démentiels
exceptés le délire de Capgras.
Hallucinations
Les hallucinations peuvent être définies comme des expériences
sensorielles (visuelles, auditives ou tactiles) sans perceptions, ce qui les différencie
des illusions qui sont la conséquence d'une erreur perceptive pouvant être favorisée
par une agnosie visuelle.
Agitation
L'agitation du sujet dément a été définie comme une activité
verbale, vocale ou motrice inappropriée par sa fréquence ou par sa survenue dans le
contexte social. On en distingue 3 types: l'agitation verbale, physique non agressive et
l'agitation agressive.
Instabilité psychomotrice
Plusieurs types peuvent être distingués : la déambulation qui
définit le comportement du patient explorant les lieux, la tasikinésie qui est
l'incapacité de rester assis ou allongé et le syndrome de Godot, manifestation anxieuse
qui consiste à suivre l'aidant principal dans ses déplacements.
Compulsions
Certaines manifestations peuvent faire évoquer les mécanismes
compulsifs comme des comptages à voix haute, des répétitions gestuelles (frottements..)
ou verbales (répétition incessante de la même question ou du même refrain). La
distinction avec les stéréotypies est parfois difficile.
Désinhibition
La désinhibition est souvent associée à un certain nombre de
troubles du contrôle de soi comme l'impulsivité, la distractibilité, les troubles du
contrôle de l'émotion.
Apathie
L'apathie est définie par Marin et al comme un trouble de la
motivation qui ne peut être attribué à un trouble de conscience, à un déficit
intellectuel ou à un stress émotionnel. L'apathie a 3 composantes, une diminution de
l'initiation motrice, une diminution de l'initiation cognitive et une diminution du
ressenti affectif.
Hyperémotivité et réactions catastrophes
L'hyperémotivité est définie par Allman comme une forte tendance à
pleurer, plus fréquemment, plus facilement, ou de façon plus intense, dans des
circonstances précipitantes comme des pensées (familles, maladie..), des expressions de
sympathie, l'arrivée ou le départ d'un proche, la présence d'un étranger,
l'incapacité à réaliser une tâche, regarder des événements tristes à la
télévision, écouter de la musique... Elle se distingue des réactions catastrophes qui
sont habituellement indépendantes du contexte extérieur et du vécu affectif du patient.
Manifestations dépressives
La tristesse de l'humeur peut s'observer à différents stades de
démence. Au début elle serait plus réactionnelle à la conscience de la perte
cognitive, alors qu'avec l'évolution, elle serait l'expression d'un dysfonctionnement
neurobiologique peu modulé par l'environnement. Contrairement à ce qui est observé dans
la dépression, la tristesse est de courte durée dans une journée, survenant par
moments. Ces moments peuvent être réactionnels à la prise de conscience fugace du
déclin cognitif, en particulier lors de mise en échec. Les idées suicidaires ne sont
pas habituelles.
Anxiété
L'anxiété chez le patient dément n'est pas liée à l'état
cognitif, ni aux paramètres démographiques. On peut en distinguer 3 catégories:
l'anxiété liée à la dépression, l'anxiété liée à des manifestations psychotiques
et l'anxiété liée à des situations interpersonnelles. Cohen distingue les types
d'anxiété en fonction de la situation ; il individualise par exemple l'anxiété "
challenge ", l'anxiété par absence de familiarité et l'anxiété d'isolement.
Troubles du sommeil et du rythme circadien
Une fragmentation du rythme de sommeil peut être observée chez les
patients déments. Des états d'hyperactivité peuvent être présents seulement à des
horaires précis. La période après 16 heures est la plus fréquente et est appelée
phénomène du coucher de soleil (" sundowning ").
Troubles des conduites alimentaires
L'hyperphagie est fréquente avec augmentation de la ration
alimentaire. Elle se distingue de l'hyperoralité par la mise à la bouche d'objets
seulement alimentaires. Sa survenue est liée à l'évolution de la maladie. Une des
caractéristiques de la prise d'aliments chez les patients déments serait l'absence de
décélération de la vitesse à avaler les aliments au cours du repas. Un trouble de la
satiété serait fréquent chez les sujets déments. L'augmentation de la ration
alimentaire peut se faire aussi dans certains cas par une prise entre les repas,
qualifiable de grignotage, le plus souvent sucré.
Troubles des conduites sexuelles
Ces troubles seraient fréquents et particulièrement la réduction. Il
peut exister une certaine perte de la décence, manifestation surtout de désinhibition.
1.4 LES DIFFERENTES DEMENCES
La démence n'est qu'une définition syndromique et non un diagnostic.
Les causes sont multiples même si certaines sont exceptionnelles.
Quatre étiologies se partagent la majorité des étiologies de
démences: la maladie d'Alzheimer, la démence fronto-temporale, la démence à corps de
Lewy, la démence vasculaire.
1.4.1 La maladie d'Alzheimer (MA)
Autrefois distinguées, la démence sénile constitue avec la MA du
sujet jeune depuis plusieurs années une entité unique en raison de la présence de
lésions neuropathologiques identiques. Elle est la première cause de démence et sa
fréquence élevée de survenue en fait actuellement un problème de société pour des
raisons éthiques et économiques qu'elle soulève. La MA est chiffrée à 300000 cas en
France, 400000 en 2010, 500000 en 2030. La prévalence de la maladie augmente rapidement
avec l'âge, elle dépasse 10% après 85 ans. La durée moyenne de la MA est de 10 ans,
mais a tendance à sallonger par l'amélioration aujourd'hui des conditions de prise
en charge et demain grâce à l'utilisation des anticholinestérasiques.
Au niveau neuropathologique l'atrophie corticale est fréquente mais
elle n'est pas indispensable. L'examen histologique du tissus cérébral permet
d'objectiver une perte neuronale qui touche surtout les grandes cellules pyramidales des
couches III et V du cortex associatif. Parmi les deux types de lésions de la MA, la
plaque sénile a été la première décrite. Elle comporte un centre amyloide et une
couronne faite de prolongements nerveux. La seconde lésion est la dégénérescence
neurofibrillaire.
Le développement considérable des techniques immunohistochimiques
comme le marquage d'anticorps dirigés contre le peptide amyloïde bêta et contre les
protéines tau ont permis de distinguer les 2 étapes étiopathogéniques de la MA:
l'amyloidogénèse et la dégénérescence neurofibrillaire. Le déficit prédominant des
neuromédiateurs est le déficit cholinergique.
Deux mécanismes peuvent être à l'origine de la plus grande
fréquence de la MA dans certaines familles: D'abord des mutations rares qui sont à
l'origine d'un risque génétique élevé et ensuite le génotypage de l'apolipoproteine E
qui est à l'origine d'un risque beaucoup plus faible. Les mutations portant sur le gène
de la préséniline 1 (chromosome 14) sont les plus fréquents, les mutations intéressant
le gène de la préséniline 2 (chromosome 1) sont rares comme celles intéressant le
gène de l'APP portée sur le chromosome 21.
Avant les antécédents familiaux de démence et l'existence d'un
allèle E4, l'âge est le premier facteur de risque de la MA. D'autres sont suspectés
comme le sexe féminin, le niveau d'étude primaire, l'hypo-oestrogénie, l'abstinence en
vin, les traumatismes crâniens, l'HTA, les dysthyroidies. Certaines caractéristiques ont
été considérés comme pouvant être des facteurs de risques mais pourraient plutôt
être des signes précoces de MA comme la perte de la capacité à jardiner, voyager ou
bricoler ou les manifestations dépressives. Certains facteurs font encore actuellement
l'objet de recherches comme l'aluminium.
Même si le diagnostic de MA est portée avec certitude qu'après le
décès du patient avec l'analyse neuropathologique, les moyens de diagnostic actuels du
vivant du patient sont devenus si sensibles et spécifiques que l'objectif pour le
diagnostic précoce des autres démences es de faire aussi bien.
Les motifs de consultation sont variés et dépendent du type de
spécialiste auquel les patients ou les familles s'adressent. En début de maladie, les
neurologues sont consultés parfois par le patient, le plus souvent par l'entourage pour
une plainte de mémoire, pour des troubles du langage, des troubles de l'exploration
visuelle, pour des difficultés d'orientation spatiale. Les psychiatres sont consultés
eux pour une dépression atypique ou des manifestations anxieuses. Les gériatres
exerçant presqu'exclusivement en milieu hospitalier voient plus souvent les patients au
moment d'un syndrome confusionnel favorisé par la survenue d'une pathologie surajoutée.
Les gériatres insistent actuellement sur la survenue fréquente d'une perte de poids dès
le début de la MA. Une des particularités de l'examen lors de MA est la nécessité
d'avoir un entretien avec un proche pour retracer l'anamnèse, préciser les déficits et
les troubles du comportement et les conditions de vie en raison des troubles de mémoire
mais surtout de l'anosognosie. La MA est définie par des critères depuis 1984 mis en
place par le
National Institute of Neurological Disorders and Stroke
et l'Alzheimer Disease and Related Disorders Association (NINCDS-ADRDA) .
La sévérité de la MA est
évaluée sur celle de la démence, elle se fait facilement avec le
Mini
Mental State (MMS) qui comprend 30 questions aux
quelles 1 point est attribuée. Jusqu'à 20, il s'agit d'une démence légère, de 20 à
10 d'un stade moyen, en dessous de 10 d'un stade sévère. Cela est en fait assez
approximatif car le MMS ne prend pas en compte les symptômes non cognitifs. La charge en
soins ne peut pas être considérée comme parallèle au score du MMS.
Il existe différentes formes cliniques de la MA influencée par l'âge
(les formes du sujet âgé sont souvent des atteintes mnésiques prédominantes par
rapport à la triade classique aphasie, apraxie, agnosie, avec une évolution plus lente),
ou par la localisation des lésions (une atteinte hémisphérique gauche pouvant
ressembler à une aphasie progressive par atrophie lobaire, une forme postérieure avec
syndrome de Balint...).
1.4.2 La démence fronto-temporale (DFT) est la
seconde cause de démence dégénérative après la MA, mais elle reste encore méconnue,
d'autant qu'elle peut répondre aux critères de MA comme à ceux d'épisode dépressif ou
plus rarement maniaque. La DFT est un syndrome qui correspond à plusieurs entités
histologiques ayant en commun une dégénérescence lobaire frontale et temporale
antérieure. L'entité la plus ancienne et la plus classique mais qui reste rare, est la
maladie de Pick. Ce terme est réservé aux formes histologiques avec corps de Pick et
cellules ballonnées. Depuis quelques années, les équipes de Lund et Manchester ont mis
l'accent sur la dégénérescence aspécifique des lobes frontaux, cause la plus
fréquente des DFT. Enfin plus récemment les manifestations cognitives et
comportementales associées aux maladies du motoneurone ont été rapprochées des autres
DFT. Ces 3 entités histopathologiques ont une symptomatologie cognitive et
comportementale commune regroupée sous le terme de DFT définie par les
critères de Lund et Manchester .
Contrairement à la maladie d'Alzheimer, aucune prépondérance féminine n'a été
rapportée dans les DFT. L'âge moyen de début varie de 51 à 58 ans avec des extrêmes
de 21 à 76 ans. La fréquence d'Apo E4 ne parait pas plus élevée dans ce cas de
démence. Il existe des formes familiales liées à une mutation sur le chromosome 17
comportant un tableau de DFT associé à un syndrome extrapyramidal et à une amyotrophie.
Pendant longtemps, les patients lorsqu'ils ne sont pas trop apathiques, obtiennent de
bonnes performances aux épreuves psychométriques réalisées en consultation. Avec
l'évolution des réponses impulsives ou de type "je ne sais pas" sont de plus
en plus fréquentes, mais très sollicités, ils répondent souvent correctement. A un
stade tardif, l'évaluation est gênée par la latence des réponses et par les
persévérations. Malgré une logorrhée, le langage se réduit souvent avec des manques
du mot et des paraphasies surtout sémantiques, des commentaires stéréotypés, des
persévérations et une écholalie. La mémoire épisodique contrairement à la MA est
préservée pendant longtemps. Le rappel libre peut être faible, mais les patients
bénéficient des indices et leur reconnaissance est bonne. Le rappel différé ne montre
pas d'oubli notable.
Toutefois un important syndrome amnésique peut être observé bien que
plus rarement. Les troubles praxiques sont rares comme les gnosiques. L'orientation
temporelle peut être perturbée mais pas l'orientation spatiale. Les scores aux échelles
d'intelligence standards peuvent être dans les normes pendant plusieurs années
d'évolution comme le QI. Les tests évaluant les fonctions frontales sont souvent
perturbés mais parfois ne sont pas très sensibles en début de maladie. Le test des
fluences verbales est plus sensible mais pas spécifique. L'évaluation comportementale
est l'examen le plus sensible dans cette pathologie et des outils dimensionnels ont alors
leur intérêt (tableau 6). En effet 2 patients atteints par une DFT peuvent avoir une
symptomatologie opposée comme mutisme versus désinhibition orale ou apathie versus
instabilité psychomotrice. La forme est en rapport avec la localisation prioritaire des
lésions, s'il s'agit d'une atteinte orbito-frontale avec tendance à la désinhibition ou
d'une atteinte dorso-latérale avec prédominance de l'apathie. L'importance des signes
affectifs et comportementaux explique la fréquence des consultations psychiatriques de
première intention. Au niveau de l'autonomie la perte est souvent plus sévère que le
déclin cognitif ne laisse supposer. Il s'agit plus souvent d'une incapacité à faire
plus qu'à pouvoir faire. Cette perte d'autonomie n'est pas habituellement reconnue par le
patient qui prétend tout faire chez lui.
1.4.3 La démence à corps de Lewy (DCL)
La démence à corps de Lewy bénéficie de façon récente de
critères diagnostiques
(McKeith et al, 1996) . La difficulté de cette pathologie est d'être une maladie
intermédiaire entre la MA et la maladie de Parkinson qui partage de plus un certain
nombre de symptômes avec les démences vasculaires comme les hallucinations visuelles.
Sa définition est née de l'observation d'abord japonaise par Okazaki
dans les années 60 de cas de patients déments dans lesquels des corps de Lewy diffus
étaient observés en étude anatomopathologique. Kosaka et al (1984) rapporta de façon
étendue des inclusions neuronales cytoplasmiques habituellement connues comme marqueur de
la maladie de Parkinson et situées dans la substance innominée.
Cette maladie touche plus les hommes que les femmes. L'âge
d'apparition est un peu plus jeune que la moyenne d'âge des malades présentant une
maladie d'Alzheimer. Les formes pures de DCL s'observent plus chez les sujets plus jeunes.
Au niveau neuropsychologique les troubles mnésiques ne sont souvent pas les premiers
signes de survenue. Les déficits prédominent sur les tests attentionnels et les
capacités visuo-spatiales. Une des caractéristiques du déclin cognitif est d'être
fluctuant, le malade pouvant perdre ou gagner plusieurs points au MMS par exemple entre 2
moments de la journée.
L'évolution est souvent rapportée comme souvent plus rapide que celle
de la maladie d'Alzheimer, mais cette caractéristique est peut être en relation avec
l'intolérance aux neuroleptiques qui ont été souvent prescrits en raison de la
fréquence des hallucinations. Si les hallucinations ne sont pas
spécifiques à un type de démences, leur survenue en début de déclin cognitif, leur
caractère visuel, avec une critique partielle, doivent faire évoquer une DCL. Ces
hallucinations concernent souvent des animaux ou des personnes le plus souvent inconnues.
Elles sont très précises pouvant être décrites avec des détails. Ces hallucinations
visuelles s'accompagnent plus d'hallucinations auditives (les personnages s'adressant aux
patients) lors de DCL que lors de MA ou de DV. Elles doivent être persistantes et ne pas
survenir seulement durant quelques jours comme lors d'état confusionnel. Elles peuvent
être à l'origine d'activités comme la préparation des repas pour les personnages
imaginaires ou de constructions de moyens de protection pour éviter leur survenue. Les
hallucinations auditives isolées sont beaucoup plus rares.
Les symptômes parkinsoniens sont fréquents mais inconstants. La
rigidité et la bradykinésie sont beaucoup plus fréquents que le tremblement de repos.
L'asymétrie des symptômes est rare. Les symptômes peuvent être de faible intensité
avec une marche plus lente, une amimie, un voix hypophonique, une instabilité posturale.
Ces symptômes peuvent être améliorés par de faibles doses de L-Dopa. Des myoclonies et
des dystonies peuvent être observées lors de DCL. Les chutes répétées peuvent être
un signe précoce, elles doivent faire rechercher une hypotension orthostatique et des
manifestations dysautonomiques.
La sensibilité aux neuroleptiques fait partie des caractéristiques de
la maladie avec une fréquence élevée de syndrome malin avec décès possible. En dehors
des symptômes psychotiques, les manifestations anxieuses et dépressives peuvent être
inaugurales de ce type de maladie dégénérative. LApo E4 est aussi un facteur de
risque de DCL. Ces patients peuvent être adressés en première intention à un
psychiatre pour survenue d'un délire tardif.
1.4.4 La démence vasculaire
Le concept de démence vasculaire réunit des pathologies très
différentes comme les démences par infarctus multiples, par infarctus unique
stratégique situé dans le thalamus ou dans la tête du noyau caudé, par état lacunaire
ou par leucoencéphalopathie ou encore par des affections génétiques comme la maladie de
Cadasil. La démence vasculaire est définie actuellement par les
critères
de Roman et al . Ce diagnostic rend indispensable la
réalisation d'une IRM.
L'association à une maladie d'Alzheimer est fréquente surtout avec
l'avance en âge et l'exclusion d'un processus dégénératif associé est actuellement
une des plus grandes difficultés diagnostiques en consultation de la mémoire. La part de
la contribution de la leucoaraoise au déclin cognitif lors d'infarctus ou de MA reste peu
précisée. Les critères de Haschinscki sont fréquemment observés mais ne sont pas
spécifiques. Le bilan neuropsychologique est souvent de type fronto-sous cortical avec en
tache de mémoire une amélioration des performances par l'indiçage et une prédominance
du syndrome dyséxécutif. L'évolution sera un argument important pour exclure une
participation dégénérative, les formes vasculaires pures pouvant rester stables pendant
plusieurs mois. Au niveau comportemental, l'apathie est souvent présente, mais d'autres
symptômes peuvent d'observer comme un trouble du contrôle émotionnel, une
désinhibition, des hallucinations visuelles ou auditives, une irritabilité.
1.5 BILAN ETIOLOGIQUE
Si le diagnostic du type de démence relève encore du domaine du
spécialiste il est aujourd'hui possible à condition de s'en donner les moyens. Un avis
pluridisiciplinaire est souvent nécessaire. L'étiologie est une étape indispensable
aujourd'hui où la première cause de démence, la MA, est devenue une maladie traitable
par les anticholinestérasiques mais inactifs et même peut être néfastes dans d'autres
démences comme la démence fronto-temporale.
1.5.1 L'évaluation neurospychologique
standardisée. Si la quantification des troubles peut être utile pour un suivi
thérapeutique, c'est surtout le profil des déficits qui est utile dans un bilan
diagnostique. Elle parait surtout souhaitable à un stade léger ou modéré de démence
et indispensable dans les formes atypiques. Pour évaluer l'efficience globale, l'échelle
de Mattis apparaît comme une des plus adaptées lors de démence. Son score total est sur
144 points, en dessous de 135 points le patient est suspect de présenter un déclin
cognitif. Cette échelle évalue l'attention, l'initiation, les capacités
visuo-constructives, la conceptualisation, l'orientation temporo-spatiale, les capacités
mnésiques de rappel libre et de reconnaissance. Pour évaluer le profil mnésique,
l'épreuve de Grober et Buscke est une des plus intéressantes. Elle permet de définir
les capacités d'encodage, d'apprentissage, de rappel libre, d'amélioration par
l'indiçage, par la tâche de reconnaissance, et d'oubli. Sa passation aide à la
distinction particulièrement entre un profil cortical et un profil fronto-sous cortical.
Ces épreuves peuvent être complétées par un test de dénomination, une épreuve de
fluence verbale et de tests dits frontaux (bien que non spécifiques aux lobes frontaux)
comme l'épreuve de Stroop et le Trail Making Test.
1.5.2 L'évaluation comportementale est
nécessaire à tous les stades de démence. Elle est devenue très importante avec la
caractérisation des démences non Alzheimer car les manifestations psychiatriques peuvent
précéder les troubles cognitifs. Avec la détermination d'une sémiologie
comportementale se sont créés des outils d'évaluation sous forme
d'hétéroquestionnaires destinés aux proches comme le Questionnaire de Dyscontrôle
comportemental (QDC), des entretiens semi-structurés comme la Neurospyschiatric Inventory
(NPI) permettant surtout la quantification des symptômes, des outils aidant au diagnostic
de démence fronto-temporale comme l'
échelle de dyscomportement
frontal (EDF).
1.5.3 L'électrophysiologie: La contribution
diagnostique de l'EEG est faible, sa normalité dans les démences frontotemporales est un
des critères.
1.5.4 L'imagerie morphologique et fonctionnelle:
-L'imagerie morphologique: L'IRM est l'examen de choix, elles est
indispensable si l'on suspecte une participation vasculaire pour ne pas passer à coté
d'un infarctus sou sous cortical, de sous estimer un état lacunaire et des anomalies de
substance blanche. Toutefois l'IRM n'est pas, un examen disponible partout, simple à
réaliser lors de démence sévère et en même temps alors qu'il ne justifie pas une
forte sédation. Parfois cette examen est même contre-indiqué dans certains cas. Comme
pour la plupart des examens, la présence de l'entourage est souhaitable pour le patient,
mais les proches doivent être eux moralement accompagnés dans ces examens
impressionnants et dont la raison de leur réalisation n'est pas toujours comprise. Le
scanner cérébral est un examen dont l'utilité n'est pas limité à rechercher une cause
curable de démence comme un hématome sous dural ou une tumeur, mais apporte des
arguments pour le type de démence dégénérative. En effet, avec des coupes orientées
de 20èmevers l'arrière par rapport au plan orbito-méatal, le scanner cérébral
apprécie l'atrophie hippocampique, en faveur d'une maladie d'Alzheimer. Il permet aussi
de montrer une atrophie temporal lobaire en faveur d'une dégénérescence
fronto-temporale et même de maladie de Pick s'il y a une asymétrie. Il n'y a pas
d'indication à demander en première intention un scanner avec injection.
-L'imagerie fonctionnelle: La tomographie d'émission monophotonique
n'est pas un examen de routine. Cet examen est particulièrement utile lors de suspicion
de démence fronto-temporale, remettant en cause le diagnostic lorsqu'il existe un
hypodébit postérieur.
1.5.6 Les examens biologiques. Les examens
biologiques ont pour objectifs de rechercher, une contribution métabolique,
endocrinologique aux troubles cognitifs, la présence de facteurs de risques vasculaires,
une cause de confusion. La sérologie syphilitique est très rarement positive et n'est
plus systématiquement faite dans les consultations de la mémoire. La sérologie du VIH
est également réalisée en fonction du tableau clinique et des facteurs de risques. Les
carences vitaminiques sont fréquentes mais leur correction est très rarement à
l'origine d'une amélioration cognitive. L e dosage de l'Apo E n'a pas d'intérêt
diagnostique.
1.5.7. Si les antidépresseurs restent souvent
utilisés de façon symptomatique dans les états démentiels, ils n'ont plus leur place
dans un bilan diagnostic comme test thérapeutique sachant qu'une amélioration thymique
n'élimine nullement une organicité même lorsqu'il existe une petite amélioration
cognitive.
1.5.8 La biopsie cérébrale parait actuellement
un examen contraire à l'éthique médicale, car la biopsie peut facilement passer à
coté des lésions et que les résultats ne sont pas à l'origine de modifications
thérapeutiques.
2 VECU PAR L'ENTOURAGE
2.1 Faire face aux déficits
-Les troubles de la mémoire sont à l'origine de questions répétées
nécessitant des réponses aussi répétées, d'égarement d'objets nécessitant patience
et assistance, de rendez vous manqués ayant besoin d'être pardonnés.
-Les troubles du langage à type de manque de mots, de paraphasies vont
réduire les échanges, favoriser l'impatience de l'entourage, être à l'origine
d'incompréhensions
-Les troubles de reconnaissance des visages sont un trouble
particulièrement douloureux pour les proches qui va créer une distance, parfois un
éloignement réactionnel mais assez souvent transitoire.
-Les troubles praxiques sont à l'origine d'une dépendance pour les
actes de la vie quotidienne obligeant à l'assistance pour éviter le port de vêtements
à l'envers, de l'utilisation inadéquate des couverts, d'accidents d'objets auxquels on
s'était attaché
-L'existence de troubles du jugement et du raisonnement peuvent
entraver la gestion d'un budget, une prise de position après réflexion, un changement de
conception et d'avis par rapport à ses croyances et habitudes antérieures, l'apparition
de lubies
-L'apparition d'une bradypsychie et d'une bradykinésie va devoir
s'accompagner de patience, de temps disponible si on ne veut pas faire "à la
place" du patient.
2. 2 Faire face aux troubles des conduites
-L'apparition d'une anorexie va pouvoir être à l'origine de
l'investissement de plusieurs heures pour le repas par les proches à la fois pour les
confectionner et essayer de les administrer. Le refus de l'aliment est souvent à
l'origine d'une peur de la proximité de la mort comme cela est vécu par les mères de
jeunes enfants. A l'inverse, la boulimie, gloutonnerie, peuvent conduire souvent à juste
titre à la peur de la fausse route, mais aussi à la répulsion que génèrent des
conduites antisociales qu'on évitera de livrer à des regards étrangers.
-L'incontinence urinaire va d'abord être l'objet d'une attention
constante pour la prévenir, éviter les "accidents" parfois au prix d'une
vigilance du conjoint qui risque d'y perdre son sommeil. Les fuites et encore d'avantage
les conduites d'urination vont abîmer les vêtements comme le lieu de vie. A la phase
d'installation, les changes de protection vont être consommatrices de temps
s'accompagnant de soins d'hygiène pouvant être intimement difficilement tolérables pour
un conjoint ou un enfant
-Les rapports intimes vont souvent se modifier vers une réduction des
désirs sexuels, mais parfois à l'inverse dans certaines démences frontotemporales, une
augmentation du besoin ou rarement des conduites masturbatoires sont observées.
2.3 Faire face aux symptômes comportementaux et affectifs
-L'apathie rend nécessaire une stimulation permanente pour tout acte,
y compris se lever ou débuter à table la prise du repas. Le proche devra apprendre à
mesurer le seuil de stimulation nécessaire qui ne conduit pas pour autant à l'agitation.
La nouveauté des conditions environnementales va aider la stimulation, c'est pourquoi
c'est au domicile dans le quotidien que les performances seront les moins bonnes. Le
proche aura alors l'impression que le malade ne fait aucun effort en sa présence, ce sui
peut générer des reproches compréhensibles mais inadaptés.
-L'hyperémotivité est perçue comme de la tristesse alors qu'il
s'agit d'un trouble du contrôle de l'émotion. L'entourage n'est souvent pas conscient
que quelques minutes après les larmes du départ, le sourire sera à nouveau sur le
visage se distinguant de la tristesse monotone et persistante du patient dépressif
-L'anxiété peut être à l'origine d'impossibilité de se séparer
des proches les suivant dans toutes les pièces du domicile au point de rendre l'intimité
difficile. Des objets de préoccupation parfois futiles ou inadaptés comme l'heure des
repas ou le coût de l'eau pour les lessives avec une machine par exemple peuvent être à
l'origine de manifestations anxieuses avec rumination.
-L'exaltation de l'humeur est souvent mieux vécue car moins
douloureuse à observer. Toutefois parfois le contexte social peut rendre gênant des
rires mal contrôlés dans des situations inadaptées.
-Les propos délirants peuvent envahir le discours, les idées
délirantes portant souvent sur les proches. Bien que non crédibles les accusations sont
douloureuses.
-Les troubles de perception sont à l'origine de propos peu
compréhensibles, de fausses reconnaissances dans la glace par exemple, d'angoisse par
rapport à certains objets obligeant parfois à les supprimer du cadre de vie.
-Les hallucinations très angoissantes pour l'entourage le sont parfois
plus encore que pour le patient
-L'irritabilité est fréquente lors de démence en particulier lors de
mise en échec. Les proches doivent apprendre à éviter ces situations et contrôler
leurs propos ninsistant pas sur les tâches non réalisables.
-L'instabilité psychomotrice favorise les déambulations extérieures
dites fugues rendant parfois le maintien à domicile difficile. Elle peut aussi rendre
difficile la prise des repas.
2.4 Faire face à la notion de maladie
-Le déclin cognitif est à l'origine d'une perte de l'image sociale de
la personne qui sera d'autant plus vécue difficilement qu'elle aura été précédemment
beaucoup investie et que le patient sera jeune. Ce déclin pourra conduire à un isolement
par peur d'exposer le proche au regard d'autrui mal toléré par l'entourage. Pour se
rassurer sur l'étiologie, le vieillissement est mis en avant permettant de penser que
cela arrivera aussi aux autres. Une interrogation sur l'évolution se fait très souvent
avec la peur parfois verbalisée de la "démence" ou d'une "perte de la
tête" ou "de la folie". Ces termes seront d'autant plus présents à
l'esprit que les troubles cognitifs seront accompagnés de troubles comportementaux
-Lorsque la notion de maladie sera reconnue par l'entourage, ils
s'interrogeront sur la cause, les facteurs déclenchants en particulier les événements
de vie, les"chocs". D'autres y verront une mauvaise irrigation du cerveau ou un
vieillissement prématuré. Peu s'interrogent sur le lien avec les aliments comme les
campagnes d'informations sur la maladie de Creutzfeld-Jacob auraient pu le laisser
craindre.
-Exprimée ou non, l'interrogation sur l'hérédité est constante du
moment qu'il y a une descendance. Cela est d'autant plus présent qu'il existe plusieurs
cas dans une famille mais cette peur existe même lorsque la symptomatologie semble
sporadique.
Conclusion
Le développement actuel des connaissances dans le domaine doit
permettre de mieux délimiter en psychogériatrie les manifestations en relation avec une
pathologie neurologique des manifestations fonctionnelles. Les conséquences de cette
distinction sont capitales car l'application de modèles psychodynamiques à un processus
lésionnel évolutif peut faire l'objet de conclusions totalement erronées. De ce fait
l'introduction de la neuropsychologie, de l'évaluation comportementale complétant
l'entretien psychiatrique classique et l'utilisation de l'imagerie sont actuellement
indispensables en psychogériatrie de routine. Si les connaissances neurologiques peuvent
grandement aider l'adéquation et la qualité de la prise en charge psychogériatrique, la
psychiatrie ne doit pas s'effacer dans le domaine des démences. Les autoquestionnaires ne
remplaceront jamais la valeur des entretiens psychiatiques pour apprécier l'existence
d'une pathologie fonctionnelle. Si le débat diagnostique entre dépression et démence
n'a plus lieu d'être avec l'évolution des connaissances, il est fréquent qu'une plainte
cognitive soit liée à un trouble anxieux par exemple. Le psychiatre est le spécialiste
ayant la meilleure connaissance en matière de maniement de psychotropes rendant son avis
très utile pour éviter la survenue de confusions, de dépendances et d'abus
pharmacologiques. A coté de la prise en charge de la démence, le vécu par le patient et
encore plus par l'entourage de l'état démentiel nécessite une aide importante pour
éviter les états d'aggressivité respectifs, les souffrances par incompréhension, les
institutions rapides et non préparées...Cette aide demande des compétences
psychologiques psychopatholgoqies comme organiques que le psychiatre peut et doit cumuler.
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BIBLIOGRAPHIE (pour en savoir plus)
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Pasquier F, Lebert F. Démences frontotemporales. Encyclopédie
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Démence à corps de Lewy
Petit H, Lebert F, Jacob B, Pasquier F. Démence avec corps de Lewy.
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