L'éducation et la formation, par la famille, l'école, l'université
et le travail constituent les éléments essentiels au
developpement des individus, des citoyens de notre société
française. L'éducation et la formation constituent un devoir et
une mission essentiels pour tous ceux qui se préoccupent de
politique.
Eduquer et former la jeunesse c'est lui assurer de meilleures
conditions pour affronter l'avenir, lui permettre de s'intégrer
dans la société , participer à son développement harmonieux.
C'est fournir à chacun la chance de s'épanouir, élargir le sens
de ses responsabilités. C'est lui donner les moyens d'affirmer
son identité d'homme libre en exprimant ses talents. On le voit
bien à la suite des conflits et des massacres sanglants des
dernières années : seule l'éducation permettra de bâtir une
terre de paix, de liberté et de justice sociale.
L'éducation et la formation (Ecole, Université, Formation
professionnelle, Apprentissage etc) doivent préparer :
- A être citoyen d'une Démocratie
- A exercer un métier.
Education et formation sont des démarches différentes et
successives.
L'Education a pour mission l'apprentissage des connaissances de
base et des codes essentiels qui donnent accès et sens à notre
société et qui permettent de comprendre le monde. Chacun
devrait posséder ces codes, ce bagage de survie dont parle Roger
Fauroux, dès sa majorité, à 18 ans environ. Ou plus tôt.
La formation c'est l'apprentissage d'un métier qui doit préparer
chaque individu à entrer dans la vie professionnelle et a tenir un
rôle social librement accepté.
Rappel
En 1900,les connaissances nécessaires à l'ascension sociale
étaient réservées à une élite. Le savoir était rare. On comptait
à cette date, pour l'année scolaire 1900/1901 :
- moins de 100 000 enfants dans l'enseignement secondaire ;
- 5 647 bacheliers ;
- 29 901 étudiants.
La possession du savoir était une certitude de la réussite.
En 1960 : les chiffres de 1900 ont été multipliés par 10. La
philosophie n'a pas changé. Mais l'objectif est différent : savoir,
c'était encore être assuré d'avoir un travail. Les structures
évoluent lentement.
En 1996 : Les chiffres sont encore multipliés par 7 depuis 1960 ,
par 70 depuis le début du siècle. La philosophie reste la même.
Mais, il n'y a plus aucune certitude d'emploi à l'issue des études.
Ce système éducatif, ce fameux "ascenseur social", parait avoir
perché trop de monde en haut de l'immeuble. Aujourd'hui, ceux
qui sont montés, redescendent par l'escalier, empêchant
souvent les autres de gravir les étages.
Cette construction est-elle encore adaptée? Nous ne le pensons
pas. De plus la rigidité des concepts de l'éducation nationale
influence notre société, alors que le savoir, de plus en plus
abondant est devenu beaucoup plus accessible. Comment transmettre les clefs d'accès à ce savoir ?
Par un système éducatif ouvert sur la vie et la société et qui
tienne compte de la personnalité de chacun. L'école doit être un
lieu de vie, d'acquisition des connaissances et d'éveil des
consciences. Elle doit répondre aux projets éducatifs
fondamentaux, mais également aux nécessités d'encadrement , de
discipline élémentaire et de respect des enseignements sans
lesquels aucune éducation n'est possible
A. Acquérir les codes de notre société pour être un citoyen à part entière.
En 1900, les savoirs fondamentaux constituaient un bagage
suffisant :lecture, écriture, calcul.
Mais depuis, la société s'est complexifiée et ces codes sont plus
nombreux. L'école doit s'adapter, dans le contenu de son
enseignement, ses programmes et ses méthodes. Nous sommes
dans une fin de siècle où l'enseignant ne peut plus ignorer que
son éleve passe des heures devant la télévision, les jeux vidéo ou
les CD-ROM. Au lieu de le combattre, il doit se servir de ces
possibilités multiples.
L'Education nationale, école de la République et de la
Démocratie, a pour fonction de transmettre à tous la maîtrise
plus ou moins parfaite de ces codes.
L'école ne peut plus demeurer une forteresse. Elle doit
participer à la restauration du lien social en s'ouvrant sur la
cité, en établissant des liens avec les familles, avec les
associations, avec les acteurs de la vie professionnelle.
I. Education de base.
Nous pensons que l'adaptation des contenus et des méthodes de
notre système éducatif doit prendre en compte les adaptations
suivantes:
- L'enseignement et la défense d'une langue francaise riche et
correctement utilisée doit s'accompagner de la pratique des
langues vivantes. En particulier il est urgent de généraliser
l'apprentissage précoce de la langue, à l'école primaire, ne
serait pas un aveu de faiblesse mais de force. Cette langue est
devenue l'outil de communication internationale. Défendre le
français c'est passer à l'offensive,en anglais aussi! Chaque
citoyen européen devrait pouvoir pratiquer sa langue
maternelle, l'anglais et, le cas échéant une autre langue
européenne ou internationale.
- L'utlisation des nouveaux médias (Internet, CD-Rom etc) devient
une nécessité absolue. Chaque école, chaque collège et chaque
lycée doivent être équipés et connectés au réseau Internet.
Puisque 15% seulement des familles françaises sont équipées
d'un ordinateur, il appartient à l'école d'offrir l'accès des plus
défavorisées à ces techniques, afin d'égaliser les chances.
- d'Une éducation à l' image (photos, cinéma et télévision) qui
devient le vecteur, le langage moderne pour de nombreux
messages (80 %) aujourd'hui ;
- Une éducation civique moderne, obligatoire et forte devrait
redonner aux jeunes le gout de la citoyenneté
- Une éducation au contrat, utilisé chaque jour pour le travail,
le mariage, la location, l'achat, l'ouverture d'un compte
bancaire, les assurances, etc. Ces contrats déterminent notre
rapport aux autres , le mode d'emploi de la citoyenneté.
- Uneéducation écologique et une sensibilisation à la protection
de l'environnement devrait faire prendre conscience de la
dimension planétaire des problèmes. La terre n'est-elle pas un
vaisseau spatial dont les ressources sont limitées? L'évolution
des sociétés humaines ne peut s'envisager que dans la direction
d'un développement durable afin de faire reculer la pauvreté et
les guerres.
- Une éducation à la santé, personnelle et publique, et la
connaissance de son corps dans une approche physique doit
faire prendre conscience du capital que représente notre santé
et autoriser une compréhension de la nécessaire régulation des
dépenses de soins.
Cette éducation de base, quelle qu'en soit la durée, deviendra le
passeport pour la vie, le bagage de survie que prône Roger
Fauroux. Elle doit répondre aux besoins éducatifs communs à
l'ensemble des citoyens de France. Pour l'atteindre une réforme
profonde est indispensable
II.Enseignement secondaire.
L'enseignement secondaire est essentiellement conçu aujourdhui
comme une préparation aux études supérieures. Il laisse donc
sans apprentissage à la vie active et du travail ceux qu'il va
abandonner en cours de route ou qui vont échouer. Ceux aussi
qui ne trouveront pas de place dans l'enseignement supérieur.
Les programmes et les méthodes pédagogiques de l'enseignement
supérieur doivent impérativement , à coté des enseignements de
culture générale allégés ( sciences, humanités, langues), offrir
la possibilité à chaque adolescent de s'épanouir . L'importance
de l'orientation n'échappe plus à personne. La pertinence du
processus d'éducation ne réside pas seulement dans le contenu
des enseignements mais aussi dans sa capacité à révéler les
aptitudes et à orienter chaque élève vers sa voie. Chacun
pourra ainsi choisir de poursuivre des études supérieures ou
d'entamer l'apprentissage d'un métier. La formation des maîtres
doit les préparer à ce rôle nouveau et essentiel.
Le fonctionnement des écoles et des lycées souffre d'une
hypertrophie de la machine administratives qui mène à la
slérose et l'inertie. L'administration centrale, sous l'égide du
ministère, devrait se contenter de définir un cadre général, de
maintenir une cohérence de l'ensemble du système éducatif et de
veiller au respect de l' égalité des chances . Il nous semble
nécessaire d' accomplir un travail de décentralisation et de
donner une plus grande autonomie aux établissements et aux
équipes d'enseignants dans la gestion et dans la pratique
pédagogiques. L'évolution des carrières et des missions confiés
aux enseignants doit se fonder sur des critères de compétences
et de mérite.
III. L'université et l'enseignement supérieur.
L'enseignement supérieur est le lieu de la transmission du
savoir et de la création, grâce aux fonctions de recherches qui
s'y effectuent. C'est un des moteurs de l'innovation technique et
du progrès social et économique.
Il constitue un lieu de culture et d'étude necessairement
ouvert à tous pour assurer l'éducation permanente auquel
chaque citoyen du XXI siècle doit avoir droit.
Mais les études supérieures doivent aussi préparer à un métier.
Nous pensons qu'il faut poursuivre et intensifier la
professionnalisation de l'enseignement supérieur et des
Universités. La pertinence de l'enseignement supérieur consiste,
comme pour l'enseignement secondaire, à orienter les étudiants
vers des filières de préparation à un métier. En fonction de
leurs aptitudes et de leurs compétences. En tenant compte des
besoins de la société. Cet apprentissage du métier
d'ingénieur,d'avocat, de professeur, de médecin, d'architecte
etc... doit s'organiser autour d'un enseignement en alternance
avec apprentissage. Comme à tous les autres niveaux de
formation professionnelle.
Une plus grande autonomie devrait être donnée aux universités
pour leur permettre d'assurer leurs missions avec plus de
flexibilité et d'efficacité.
B. Apprendre l'exercice d'un métier.
Si ce n'est plus la finalité de l'Éducation Nationale, cela reste un objectif
fondamental. Acquérir un métier demeure la seule garantie
d'une insertion correcte dans la société.
Nous pensons souhaitable de créer un véritable ministère de la vie
professionnelle ou de la formation qui tiendra sous sa responsabilité
les différentes filières d'acquisition d'un métier, de remise à
niveau professionnel, de réorientation et de définition
d'activités et d'emplois nouveaux.
1. Une responsabilité mixte de l'État et des agents économiques :
Ce ministère, de par sa fonction même, doit prendre en compte,
en temps réel, et même par légère anticipation, les besoins, les
demandes des différents secteurs économiques. Il sera donc
piloté par la puissance publique ,mais les représentants du
monde économique et associatif y seront très présents pour que
soient réadapter et renouveler les filières professionnelles.
L'Etat, en cas de conflits, devra naturellement obtenir le
dernier mot.
2. La définition d'un statut pour tous les jeunes :
Quel que soit l'objectif professionnel, une formation pratique
des jeunes doit être dispensée, même si elle est très courte,sous
la forme d'un apprentissage. La dernière année de cette
formation devrait donner lieu non à un salaire minimum.
Des systèmes de prêts à taux zéro, adaptable aux situations de
chacun, seront consentis.
Ce statut a plusieurs justifications :
- affirmer que l'apprentissage d'un métier confère déjà un
statut dans le monde du travail.
- établir une égalité entre les niveaux de formation et ce quelle
que soit la nature de la formation et l'apprentissage qui
suivrait.
Cette nouvelle approche de l'acquisition d'un métier devrait
permettre de réduire u!ne fracture sociale tant évoquée qui
s'aggrave de la domination des activités intellectuelles sur le
travail manuel.
Ainsi seraient retribuées la dernière année d'apprentissage et
la première année de travail de tous les jeunes Français, grâce à
un service public nouveau, comme nous le verrons au chapitre
"emploi".
A charge pour les jeunes à qui nous aurons mis le pied à
l'éqtrier de trouver un travail autonome au delà de cette
période.
Le salaire véritable de la première année d'emploi sera toujours
supérieur à la rémunération de fin d'apprentissage.
La période d'obligation civique pourrait parfaire la formation
pratique, bénévole, particuliérement en ce qui concerne les
métiers de proximité , ceux de l'environnement et de
l'humanitaire.
3- La transmission du savoir
Cette nouvelle organisation postule bien évidemment
l'intervention de formateurs au niveau pratique. Nous pensons,
pour cela, que nous devrons mettre en place, dans tous les
métiers, une transmission du savoir-faire.
Certaines études comme celles de médecine connaissent ces
pratiques.. Il faut les généraliser en valorisant tout un
capital humain acquit, par les préretraités par exemple. C'est
très particulièrement vrai pour les nouveaux métiers de
proximité, les emplois de ville etc...
Combien de comptables, de directeurs des ressources humaines,
d'ébénistes d'art, d'attachés de presse, d'ouvriers,
d'agriculteurs, etc. pourraient transmettre aux jeunes le
savoir empirique ou expérimental qu'ils ont acquis durant leur
vie professionnelle.
Une valorisation de leur acquit professionnel, perdu
aujourd'hui par la société, serait ainsi possible.
Une transmission de notre mémoire collective serait ainsi
assurée
Un véritable pont entre les générations serait construit.
L'argent de l'État serait employé non pour créer des
fonctionnaires supplémentaires mais pour responsabiliser les
jeunes et les inciter, au sortir du système de formation, à mieux
trouver ou créer des emplois. Pour cela des services publics
nouveaux assureront plus d'inventivité et de souplesse dans la
recherche et le financement de ce premier emploi.
CONCLUSION
Cette reconstruction des systèmes éducatif et de formation
permettrait, et ce n'est pas un avantage négligeable, de stopper
l'hypertrophie du Ministère de l'Éducation Nationale qui le
mène à la sclérose et de reconstruire un outil moderne qui
prenne en compte les mutations profondes de nos sociétés.
Les métiers de proximité seraient particulièrement enseignés
suivant ce nouveau système.
La dernière année d'apprentissage serait rétribuée. La première
année de travail pourrait être salariée par l'Etat, au travers
des collectivités et des associations, pour ceux qui ne
pourraient trouver immédiatement un emploi sur le "marché".
L'articulation avec la période d'obligation civique serait
assurée par le système d'orientation.
Une telle reconstruction permettrait d' inventer de nouveaux
besoins, de nouvelles méthode et accélérerait la
transformation de notre édifice social.