L'EMPLOI
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L'EMPLOI

J-M KEYNES : “L’important, pour l’État, n’est pas de faire ce que les individus font déjà et de le faire un peu mieux ou un peu plus mal, mais d'entreprendre ce que personne d’autre ne fait pour le moment”.

I. LE CONSTAT
A. Les femmes et les hommes

Inexistant jusqu'en 1970, le chômage n'a cessé d'augmenter depuis 25 ans pour atteindre aujourd'hui 3.300.000 chômeurs, alors même que, durant ces 25 ans, le produit national a doublé.

Sur les 58 millions de Français, il y en a 32,5 millions en âge de travailler, de 16 à 60 ans, 25,5 millions qui demandent à travailler (population active) et 22,2 millions au travail.

Les 3,5 millions de chômeurs n'apparaissent ainsi que comme la partie émergée d'un iceberg, dont la partie cachée renferme les 7 millions de personnes qui pourraient travailler et qui ne le demandent pas.

Le problème de l'emploi se présente donc sous forme des 3 cercles de l'emploi : les actifs, les chômeurs, et les inactifs.

EMPLOI 22,2 INACTIVITE 7 CHÔMAGE 3,3

Ces trois cercles communiquent.

Qui sont les 7 millions d'inactifs ?

- les étudiants qui n'entrent dans la vie active qu'au-delà de 16 ans (70 % de 16 à 24 ans),

- les préretraités qui quittent la vie active avant 60 ans (40 % de 55 à 60 ans),

- les femmes au foyer (30 % des femmes entre 20 et 60 ans).


Qui sont les 22 millions d'actifs ?

- 1 million d'agriculteurs
- 4 millions dans l'industrie
- 1,4 million dans le bâtiment
- 2,7 millions dans le commerce
- 6,6 millions dans les services
- 5,5 millions dans les administrations
- 0,7 million dans les associations

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22 millions

19 millions sont salariés, 3 millions sont à leur compte. Dans les administrations, 3 millions travaillent pour l'État, 1,4 pour les administrations locales et 1,2 pour la Sécurité Sociale.


Qui sont les 3,5 millions de chômeurs ?

700.000 ont moins de 25 ans, 50 % sont des femmes, 30 % sont non qualifiés, 30 % sont au chômage depuis plus d'un an, 9 % sont étrangers.

Ils représentent 12,6 % de la population active, contre 12,1 % en Italie, 8,9 % en Allemagne, 8,3 % en Angleterre, 5,2 % aux USA et 3,6 % au Japon.

Le chômage n'est pas une fatalité de l'an 2000.


B. Les chiffres

De 1985 à 1995, le produit national a crû de 30 % et le chômage de 40 %. Donc, nous ne sommes pas en récession, comme en 1930, nous sommes dans une croissance non maîtrisée

- où le progrès technique crée du chômage et non, comme avant, de la croissance,

- où la croissance creuse l'écart entre les inclus et les exclus : s'il y a depuis dix ans 30 % de croissance en plus et 1 million de chômeurs en plus, cela veut dire que ceux qui ont un emploi ont eu plus que les 30 % de croissance, et ceux qui n'ont pas d'emploi ont eu moins.

Maîtriser le chômage de manière durable, c'est maîtriser , en particulier, le progrès technique et maîtriser la distribution des revenus .C'est aussi et immédiatement créer des activités nouvelle pour satisfaire des besoins nouveaux. C'est, comme l'écrivait Keynes, le rôle de l'État.


C. Ce qui a été tenté.

La priorité accordée à la question de l’emploi par les gouvernements qui se sont succédés depuis plus de quinze ans n’a pas permis d’éviter le développement du chômage.

Les politiques de lutte contre le chômage ont, à ce jour,échoué.


Les politiques conduites, ou proposées, à droite comme à gauche, pour enrayer ce processus s’inscrivent très généralement dans la seule logique de l’économie de marché. Il s’agit ou bien de stimuler l’offre d’emplois privés au moyen d’incitations diverses, en particulier la réduction des charges sociales patronales, ou bien d’adapter la demande de travail, notamment au moyen d’un partage de celui-ci. Nous constatons que ces propositions dont certaines nous paraissent importantes se sont révélées peu opérantes ,souvent injustes, parfois scandaleuses.

Il n'est pas question ici de nier l'évidence: nous sommes en économie de marché. Mais on peut, on doit corriger et améliorer ce système.


Mais notre conviction demeure que des mesures de cette sorte, isolées, seront insuffisantes. Compte tenu des progrès de la productivité, comme de la délocalisation des industries de main d’œuvre, et dans l’attente de l’émergence d’une économie marchande de services qui reste à inventer, le marché proprement dit n’a pas actuellement , a l'évidence, besoin des trois millions d’emplois qu’il faudrait créer pour résorber le chômage en France.

Il existe des besoins nouveaux, des demandes novatrices et une exigence d'activités de la jeunesse. La collectivité doit provisoirement prendre en charge la réponse.


II - LES PROPOSITIONS
Dès lors que l’on refuse de s’accommoder du chômage de masse et de la division sociale qu’il détermine, dès lors que l’on entend faire respecter le droit de chaque citoyen à l’exercice d’une activité rémunérée, le jeu du marché en matière d’emploi doit être nécessairement parachevé par l’intervention directe de la collectivité publique.

A. Les ajustements possibles

Avant toute formulation politique, il faut encore et toujours explorer les mécanismes techniques de retour à l'emploi, même si certains sont à rejeter pour des raisons de choix politiques, et toutes les hypothèses doivent faire l'objet d'un débat, en particulier pendant la campagne électorale. Dans certains pays européens quelques uns de ces mécanismes ont produit des effets positifs.

Comment agir sur les 3 cercles de l'emploi?

Entre l'inactivité choisie, l'inactivité subie (chômage) et l'activité (emploi), les frontières sont perméables et il s'agit donc de rétrécir le cercle du chômage, aussi bien vers l'emploi que vers l'inactivité choisie, le bénévolat et la formation en particulier.

Sortie du chômage vers l'emploi : il s'agit de renforcer les incitations au travail, notamment par les mesures suivantes :

- niveau et dégressivité de l'indemnisation du chômage

- répression du travail au noir

- rendre le travail plus rentable par rapport au RMI et par rapport à l'indemnité de chômage (maintien partiel des indemnités pendant les six mois de reprise du travail, style impôt négatif).
Personne n'est assez attentif aux ravages du couple "travail au noir + RMI (ou Assedic)". Tout bénéficiaire du RMI ou des Assedic devrait être radié dans les 24 heures de la constatation d'une infraction de travail au noir.

Sortie du chômage vers l'activité non-rémunérée : l'inactivité n'est évidemment pas l'oisiveté, c'est une activité non rémunérée ou rémunérée autrement qu'un emploi :

- encouragement à la prolongation des études (bourses, prêts remboursables-voir chapitre éducation)

- encouragement à la préretraite, à condition que les entreprises embauchent des jeunes

- libre choix de l'homme ou de la femme au foyer (salaire familial ou fiscalité particulière)

- formations permanentes longues (année sabbatique)

- bénévolat : incitation financière ou fiscale à la participation à la vie bénévole associative pour ceux qui ne s'inscrivent pas à l'ANPE

- filtre ANPE : l'acte d'inscription à l'ANPE est sans conséquence pour l'individu alors qu'il a d'énormes conséquences pour la collectivité. Il faut responsabiliser cet acte, par exemple :

- par une pratique d'un double rendez-vous à 15 jours d'intervalle,

- par une obligation de renouvellement de l'inscription chaque année,

- par un dépôt de caution symbolique de cent francs, quitte à le rembourser par l'Assedic ou l'aide sociale.

Comment permettre au marché du travail de s'ajuster?

Un marché est caractérisé par l'ajustement de l'offre et de la demande, du prix et de la quantité. Dans le cas de la France, cet ajustement est bloqué par de nombreux freins.Certains peuvent être considérés comme des avantages. Mais doit-on préferer l'assistance sans emploi ou des emplois momentanément moins bien rémunérés?

Ajuster le coût du travail : à un fort chômage, le marché fait correspondre une baisse du coût du travail, comme cela a été le cas aux USA. Les obstacles français à cet ajustement, souvent considérés par les syndicats comme des avantages issus des luttes sociales en une autre période et auxquels il n'est pas toujours possible de toucher, sont :

- le SMIC

- le niveau des charges, notamment sur les bas salaires.

Dans le système français, aucun emploi n'est possible entre 0 et 9000 F/mois pour l'employeur. Peut-on ajuster sans pénaliser les travailleurs ?

De même, le coût du travail doit être comparé au coût du capital lorsqu'existe un arbitrage par l'automatisation des tâches. A cet égard, la baisse des taux d'intérêt commence par créer du chômage avant d'engendrer des investissements de capacité créateurs d'emploi, mais inutiles dans la période actuelle de surproduction.

Il faut, sinon interdire les télépéages, les distributeurs et les caisses automatiques, taxer les entreprises qui automatisent plus qu'elles n'embauchent en ajustement les cotisations sociales non sur l'emploi mais sur la valeur ajoutée.

Ajuster la quantité de travail : il est clair que la réponse au progrès technique est la baisse de la durée du travail. Ayant augmenté de 0 au paradis terrestre d'Adam et Eve à 90 heures par semaine dans l'enfer des débuts de la révolution industrielle, la voici à 39 heures sur le chemin du retour au paradis où la machine fera le travail de l'homme.

L'ajustement massif est là : le progrès technique alimente en partie le progrès du niveau de vie et le reste qui ne peut se manifester en croissance doit se manifester en activités différentes, culturelles, artistiques, loisirs etc...
De 90 heures à 40 heures par semaine, on pouvait encore parler d'"emploi", en travaillant cinq jours au lieu de six et 8 heures par jour au lieu de 15.

Mais, à 30 heures ou à 25 heures par semaine, le mot d'emploi change de sens : on ne va plus travailler tous les jours de telle heure à telle heure, on gagne sa vie avec une quantité précise d'heures par mois ou plutôt par an. Le contrat de travail devient un contrat de nombre d'heures et l'assiette de la protection sociale doit passer de l'emploi à l'heure de travail. Le dispositif du chèque emploi-service est très exactement le modèle du dispositif futur de l'emploi : chacun trouve, en différents endroits et en différents moments des heures de travail et assied ses droits sociaux sur ces heures.

C'est dans ce cadre de l'emploi éclaté que doivent s'inscrire les dispositifs de réduction de la durée du travail : mi-temps, temps partiel, semaine de 4 jours.

Pour les emplois "temps plein", le dispositif proposé par Michel Rocard est le meilleur : forte baisse des charges sociales sur les 32 premières heures et forte hausse sur les heures suivantes. Mais un tel dispositif sera d'abord préventif des licenciements avant de devenir la norme. Il devra être controlé de près tant est grande la tentation de réduire le temps de travail, et donc les cotisations sociales, tout en gagnant de la productivité.

Le dispositif préconisé par le Parti Socialiste de loi sur les 35 heures avec mise en oeuvre sur deux ans, n'est pas non plus contradictoire avec le marché. Le problème de la compensation salariale est, lui, de nature différente, lié à la compétitivité et à l'inflation du moment. Il est clair que, dans la période actuelle d'excédent extérieur et de stabilité des prix, une hausse des salaires est possible en France.

Ajuster les réglementations : le Code du Travail, incompréhensible, archaïque, irréaliste, est à repenser, afin d'assurer clairement les droits des travailleurs notamment pour les procédures de licenciement, les droits et les devoirs de l'Inspection du Travail, la médecine du travail. Le nouveau Code du Travail devra être rédigé en trois tomes :

- le Code de l'Artisanat, dont la longueur ne saurait excéder 5 pages,

- le Code des PME de moins de dix salariés dont la longueur ne saurait excéder 10 pages,

- le Code des autres entreprises, à rédiger, encore une fois, dans un souci de simplicité pratique et de protection des droits essentiels du travailleur.

Le souci de simplification doit aussi toucher la fiscalité : un artisan ne peut pas passer sa vie à remplir des formulaires.(Voir le chapitre consacré à ce sujet).

B. Les ajustements indispensables.

D'ores et déjà, les administrations emploient plus de salariés que l'industrie, et il n'y a plus création d'emploi que dans le tertiaire.

Par-delà le tertiaire marchand, il existe des besoins non- marchands , ceux, en particulier que l'on définit comme emplois de proximité: tout le monde apprécie de se promener sur une plage propre, mais personne ne veut le payer. Jusqu'à présent le service non-marchand était synonyme de service public, payé par l'État.
Cette conception est à réviser, à la fois parce que l'État a plutôt besoin de maigrir que de grossir, et parce que ce qui est non-marchand aujourd'hui, peut être en fait déjà semi-marchand et peut devenir marchand demain.

.Développer les emplois non-marchands
Il est donc souhaitable d'augmenter le nombre d'emplois de proximité. C'est dans d'autres structures, souples, non permanentes et non fonctionnarisées , que doivent être développés les services semi ou non marchands.

Tous les jeunes Francais, en guise de pied à l'étrier, se verraient proposer un vrai premier emploi salarié.


Les municipalités et les collectivité locales recevraient des fonds publics, directement issus des fond d'indemnisations -ce fameux argent passif-afin de procurer des premiers emplois pour les jeunes en particulier. (voir le chapitre Education- Formation)


Il est également proposé de créer des "Associations d'Intérêt Collectif" ayant un statut calqué sur la loi de 1901, donc en particulier un Conseil d'Administration bénévole, qui recevraient également des fonds publics pour satisfaire les besoins de proximité avec un contrat financier, pluriannuel, correspondant à des contrats d'embauche sur la même durée. Ces regroupement pourraient être constituées autour des associations intermédiares et des assocaitions de retour à l'emploi.

Les programmes de services devront donner lieu à agrément préfectoral et entrer dans les domaines non exaustifs suivants :

- Éducation : mise à niveau d'élèves en difficulté, apprentissage des langues étrangères, éducation aux voyages

- Vieillesse : Service à domicile aux personnes âgées, encadrements des activités extérieurs des personnes agées,

- Environnement : entretien et amélioration du cadre de vie

- Culture : dimensuion culturelle de la mondialisation, protection du patrimoine

- Banlieues : création de lien social dans les cités

- Tiers Monde : coopération, developpement et action humanitaire.

Ces emplois de proximité seraient mis en rapport, en perspectives ou en compléments avec la période d'obligation civique, qui en guise de service militaire regrouperaient des Francais et des européens pour une durée de trois ou six mois.


Le cahier des charges du contrat devra veiller à ne pas empiéter sur le secteur marchand, et en particulier à éliminer de l'accès à ces services la demande solvable, (leçons particulières à des enfants de familles capables de payer ces leçons, par exemple).

III.Maîtriser durablement l'emploi
Le chômage, on l'a vu, n'est que le résultat de la perte de maîtrise, dans le développement économique, du progrès technique et de la distribution des revenus, deux fonctions que le marché ne sait pas assurer et que l'Etat doit prendre en charge.

Maîtriser le progrès technique
Le progrès technique ne fait pas que détruire de l'emploi, il en crée : Airbus, Ariane, TGV. L'État dans tous les pays, finance la recherche dans ce but. Mais, de la recherche à l'emploi, il y a beaucoup de chemin. La révolution d'Internet peut aussi bien détruire que créer de l'emploi.

Il est proposé de redonner l'initiative à l'État par un Comité des Programmes Technologiques, présidé par le Premier ministre, dont le but sera notamment de lancer les grands programmes pour les emplois de demain.
L'effort de recherches doit être developpé.

Maîtriser la distribution des revenus

Les économies de marché se bornent à constater et à subir les mécanismes de distribution de revenus :

- la décennie 1970/80 a été celle des salariés : tout est allé au travail, au détriment des entreprises et surtout des consommateurs et des retraités, spoliés par l'inflation,

- la décennie 1980/90 a été celle du capital : tout est allé aux détenteurs de patrimoine, grâce à des taux d'intérêt très élevés, enrichissant les retraités au détriment des actifs,

- la décennie 1990/2000 est en train d'être celle de la lutte contre l'exclusion : les revenus vont à ceux qui ont un emploi, aggravant la fracture sociale avec ceux qui n'en ont pas.

- ajoutons-y fermement la recherche d'activités nouvelles et la proise en charge par l'Etat de tous les jeunes de France à qui il sera proposée une activité salariée.

Ces phénomènes sont mal connus, encore plus mal depuis que Édouard Balladur a dissout le Centre d'Études des Revenus et des Coûts. Il est proposé, au-delà de ce que suggère le parti Socialiste, de créer une Conférence Permanente des Revenus, présidée par le Premier ministre pour connaître et agir sur les mécanismes de distribution de revenus.

Ces deux instances nouvelles seront créées au Commissariat du Plan qui sera rebaptisé "Haut Comité du Développement National".

IV. Conclusion
Il s’agit d’imaginer une société d’économie souple, dans laquelle l’action d’un marché libéré doit être complété et non remplacé par l’organisation de services publics d’un type nouveau.

A. Novation

1) Le marché, lieu de réalisation des activités économiques solvables, doit fonctionner de manière libre et efficace.

L’adaptation de la demande doit être favorisée, notamment par toutes mesures tendant à l’amélioration de la formation ou à la réduction du temps de travail. Nous avons formulé des propositions dans ce sens ( voir ci dessus et au chapitre éducation-formation).

L’offre d’emplois par les entreprises doit être développée au moyen d’une politique de relance économique, nationale et européenne, ainsi que par une réforme d’un système fiscal et social pénalisant pour le facteur travail.

Les cotisations sociales des entreprises doivent être calculées sur la valeur ajoutée et non les emplois salariés.


Les conditions internationales de fonctionnement du marché doivent être normalisées, notamment au moyen d’une régulation du système monétaire international.
A cet égard la venue de l'Euro marquera le temps des décisions nécessaires.

Il est proposé d'instaurer une taxation des mouvements de capitaux, dont le revenu alimenterait un fond de financement pour le développement des pays pauvres, contre la pauvreté en Europe, pour le fonctionnement des organisations internationales et pour l'innovation en matière de création d'emploi.(Voir chapitre international).


2) Le besoin d’emplois non satisfait par le marché doit être couvert au moyen de la création directe ou du financement par les collectivités publiques de services publics nouveaux.. Ce qui ne signifie pas la création de nouveaux postes de fonctionnaires.


Ces services d’intérêt général doivent répondre aux besoins émergents de notre société, très insuffisamment pris en compte par une économie encore trop imprégnée des exigences de la production : besoin de services aux personnes, les plus agées,certes, mais aussi les écoliers et les lycéens, besoin d’activités non directement productives (formation, culture, sport, création, communication), besoin de protection de l’environnement, de gestion des espaces urbains, de revitalisation des campagnes, de prévention des risques de santé.
La clé du problème de l’emploi est dans l’identification précise des besoins de la société de services du XXIème siècle, appelée à succéder aux sociétés de production qui l’on précédée, et dans l’initiative publique de création des organisations et des activités permettant d’y répondre.

Dès lors que ces besoins auront été judicieusement évalués, et leur satisfaction correctement assurée par les services publics nouveaux créés à cet effet, leurs usagers seront souvent disposés, le moment venu, à en payer le prix, en sorte que le marché pourra prendre alors le relais de l’initiative publique.

Les services publics nouveaux dont nous proposons la création ne doivent pas s’entendre, dès lors, d’administrations permanentes de fonctionnaires, mais de services multiformes, délégués aux municipalités, à des réseaux associatifs, à des entreprises privées chargées de leur gérance, à toutes sortes de réseaux susceptibles d’évolution et de réinsertion rapide dans le secteur marchand. Leur rôle fondamental doit être d’anticiper, notamment sur le terrain de l’emploi, la société de demain.

B. Financement

Les emplois de services publics nouveaux dont la création permettrait à la fois une résorption rapide du chômage, et une franche avancée dans une société qui tend à se débarrasser des contraintes du travail productif, peuvent être financés sans grande difficulté, par simple redéploiement de la dépense publique actuellement affectée au traitement social du chômage et aux aides indirectes à l’emploi.

Quelles que soient les imprécisions affectant le chiffrage de ces postes de dépenses, il est assuré qu’ils totalisent un montant excédant 300 milliards de francs, pour des résultats conduisant à un constat d’échec.

Aussi aveuglante que soit la pensée unique libérale, elle ne trouvera rien à répliquer à l’observation qu’un peu plus des deux tiers de cette somme permettent le financement de deux millions d’emplois convenablement rémunérés, pourvoyeurs de cotisations sociales et de rentrées fiscales, et faisant surtout de leurs titulaires des citoyens à part entière.

Lord BEVERIDGE : “A l’avenir, l’État aura la charge d’une nouvelle fonction. Il doit effectuer un décaissement total suffisant pour protéger ses citoyens contre un chômage massif, aussi énergiquement qu’il lui appartient de les défendre contre le vol et la violence” (“Du travail pour tous dans une société libre” - 1944 -).

SYNTHESE :
- assurer le droit à l’activité pour tous,

- dans le cadre d’une société d’économie de marché, certes, mais dont l'ajustement est possible vers plus d'humanité

-où le libre jeu d’un marché libéré et stimulé doit être complété par une vaste initiative publique de création d’activités et d’emplois de services publics nouveaux, en particulier pour chacun des jeunes Français

- financés par redéploiement des crédits affectés au traitement social du chômage et aux aides indirectes à l’emploi.
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