LA FISCALITE
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LA FISCALITE

Argument pré-électoral ou expression de la conviction libérale, le thème de la baisse de la pression fiscale est en vedette. Il est même repris par le gouvernement d'Alain Juppe, celui-là même qui, en quelques mois, a majoré la TVA de deux points, augmenté le taux de l’impôt sur les sociétés, institué le RDS!

Les techniciens du Ministère des finances prêchent pour une réforme de l’impôt sur le revenu “à l’américaine”, permettant, comme y procéda jadis Reagan de baisser les taux en élargissant l’assiette, sans bien entendu perdre au total 1 centime de recettes.

Sur la question fiscale, le parti Radical de Gauche a des raisons particulières de s’exprimer fortement, celles qu’il tient de l’histoire. N’oublions pas que c’est un radical, Joseph Caillaux qui, en 1914-1917, parvint enfin à instituer en France, avec l’impôt progressif sur le revenu, une fiscalité directe tendant à assurer l’égalité devant le sacrifice fiscal.

Les propositions de Radical sont éloignées de toute démagogie. Elle militent en faveur d’une réforme fiscale d’envergure, visant certes à l’abaissement de la pression fiscale, mais surtout à une plus juste répartition du fardeau fiscal, ainsi qu’à une meilleure neutralité des mécanismes de financement de la protection sociale qui, aujourd’hui, pénalisent gravement l’emploi.

I - LA PRESSION FISCALE
Le niveau de la pression fiscale, en France, oscille depuis un quinzaine d’années entre 43 et 45% du P.I.B.. C’est-à-dire qu’un tel pourcentage de la production nationale, ou encore du revenu national, fait chaque année l’objet d’un prélèvement public obligatoire.

Dans ce chiffre sont compris, non seulement les impôts, mais aussi les prélèvements sociaux obligatoires. A eux seuls, ceux-ci représentent près de 20% du P.I.B. (19,4% en 1996).

La pression strictement “fiscale” est ainsi, en France, de l’ordre de 25%, soit près de 7% pour la fiscalité locale, et un peu plus de 18% pour la fiscalité d’État (y compris 2,2% de prélèvements destinés aux organismes de sécurité sociale et 1,1% destinés à la CEE, soit moins de 15% pour l’État), laquelle contribue largement, on le sait, au financement des collectivités locales par le jeu des dotations et subventions.

Ces données sont importantes, pour un débat objectif à propos de la pression fiscale.

La situation financière des collectivités locales ne permet pas, dans l'immédiat, d’envisager une baisse des impôts locaux.

La situation des comptes sociaux de la Nation ne permet pas davantage d’imaginer une baisse des prélèvements affectés à la protection sociale, dont les comptes sont déficitaires, sauf à réduire celle-ci dans d’importantes proportions. Tel peut être le projet des libéraux. Il n’est pas celui des radicaux.

La fiscalité d’État, portée à près de 20% du P.I.B. sous l’impulsion de Valéry Giscard d'Estaing a sensiblement régressé depuis les années 80. Proposer de la réduire encore signifie que l’on entend limiter les interventions et diminuer le nombre des emplois publics, en un moment où la situation exige des actions de l'Etat plus vigoureuses en faveur de l’emploi, du logement, de l’aménagement du territoire, etc. Resterait en outre à expliquer comment financer les charges de la dette.

Soyons réalistes, et cohérents avec nos projets pour une République plus solidaire. Il nous apparait particulièrement démagogique de dénoncer la pression fiscale et de s'en tenir là.

Les vrais problèmes posés par notre système de prélèvements obligatoires résident dans son actuelle incapacité à assurer une répartition juste et efficace de l’effort fiscal et dans la pénalisation de l’emploi qu’il détermine.

La réforme nécessaire est, pour l’essentiel, celle d’une transformation de l’imposition personnelle, assortie d’une profonde modification du mode de financement de la protection sociale.

II - REFORMER L’IMPOSITION
PERSONNELLE
A / Critique de l’impôt sur le revenu

L’imposition personnelle repose essentiellement aujourd’hui sur l’impôt sur le revenu, apparent successeur de celui mis en place par Joseph Caillaux L’héritage, cependant, a été largement dévoyé.

Le système Caillaux visait à rééquilibrer une structure fiscale principalement fondée, auparavant, sur l’imposition des patrimoines fonciers et la fiscalité indirecte, et surtout à assurer, par la progressivité, l’égalisation du sacrifice fiscal.

L’impôt sur le revenu institué pendant la première guerre mondiale comportait des taux imposition modérés. Les revenus du travail étaient plus faiblement taxés que les revenus du capital. La prise en compte d’un revenu fictif correspondant à l’usage d’une habitationdont le contribuable avait la propriété permettait, au moins en partie, d’ajuster le poids de l’impôt à la capacité contributive réelle de chacun, qui s’apprécie au regard du revenu, mais aussi du patrimoine.

L’impôt sur le revenu aujourd’hui comporte des taux marginaux confiscatoires. Les revenus du travail sont beaucoup plus imposés que ceux du capital. L’appréciation du patrimoine n’entre en aucune façon dans l’évaluation de la base taxable.


Il en résulte que la progressivité, très forte, s’applique à une base qui n’est nullement représentative de la capacité contributive réelle de chacun. Dans ces conditions, loin d’atteindre l’objectif de justice fiscale qui lui était initialement assigné, l’impôt sur le revenu apparaît comme fortement inégalitaire.

Prenons l’exemple simple de deux salariés ayant une situation de famille et un revenu identiques. L’un, cependant, est propriétaire de son logement pour en avoir hérité, alors que l’autre doit supporter la charge d’un loyer. L’un et l’autre subiront exactement la même charge d’impôt sur le revenu. Le sacrifice fiscal est-il, dans ces conditions, le même pour l’un et pour l’autre ?

Épargnant largement les revenus du capital, ne prenant pas en considération la situation patrimoniale dans l’appréciation de la capacité contributive, l’impôt progressif sur le revenu est en réalité un puissant outil de reproduction sociale. Il préserve les situations patrimoniales acquises. Il rend particulièrement difficile la constitution du capital nécessaire à l’initiative économique, par exemple à la création d’entreprises.

L’impôt sur le revenu présente en outre de nombreuses imperfections techniques (multiplicité de dispositifs dérogatoires, absence de retenue à la source sur les salaires, etc).

Sa réforme est urgente, si l’on entend rétablir les conditions de mobilité sociale indispensable au dynamisme économique, celles d’une véritable égalité devant le sacrifice fiscal, et aussi d’une meilleure acception du prélèvement.

B / Orientations pour un nouvel impôt personnel.

La réforme de l’impôt sur le revenu passe à l’évidence par un élargissement des assiettes taxables, un rapprochement des conditions de taxation des différentes sources de revenu, la réduction des taux marginaux supérieurs, la mise en place d’une retenue à la source sur les salaires, toutes améliorations réclamées par beaucoup.

Elle doit également se concevoir en étroite association avec une réforme de la taxation du capital, qui doit tenir une place centrale dans la réflexion nouvelle des radicaux face à la question de l’impôt.

Elle doit être par ailleurs liée à la nécessaire transformation du mode de financement de la protection sociale.

1 - Revenu et capital

Le patrimoine doit être davantage pris en compte dans l’appréciation de la capacité contributive régulière des citoyens.

Un IMPOT PERSONNEL visant à une réelle égalité devant le sacrifice fiscal devrait être assis sur une capacité contributive d’ensemble, incluant à la fois revenu et capital. Un tel impôt synthétique sur la capacité contributive globale est techniquement concevable, et devrait être mis à l’étude.

Une prise en compte plus sommaire du surcroît de capacité contributive lié à la possession d’un capital pourrait procéder de barèmes différenciés d’imposition du revenu, le barème de base (revenu hors capital) se trouvant corrigé par des coefficients variables en fonction de l’importance (approchée) du patrimoine.

Dans l’attente d’une telle réforme, devraient , au moins, être adoptées les mesures suivantes :
- Renforcement de l’imposition des revenus du capital mobilier, y compris les plus-values.
- Renforcement du rôle financier de l’impôt de solidarité sur la fortune, par élargissement de l’assiette et relèvement des taux.

2 - Impôt personnel et prélèvement sociaux.

La réforme de l’impôt sur le revenu devra être par ailleurs l’occasion d’une fusion de celui-ci, de la C.S.G., du R.D.S. et, au delà, d’une large fraction de la part “ouvrière” des cotisations sociales, liée à la transformation d’ensemble du système de financement de la protection sociale.

III - RÉFORMER LE MODE
DE FINANCEMENT DE LA
PROTECTION SOCIALE
A / Critique du mode de financement de la protection sociale.

Le financement de la protection sociale, en France aujourd’hui, repose essentiellement sur des cotisations spécifiques, supportées par les salariés et leurs employeurs, assises sur les revenus du travail ou les salaires versés.

Ce système est injuste, non seulement parce qu’il pèse sur les seuls revenus du travail (exception faite de la C.S.G), mais encore en ce qu’il est proportionnel et non progressif, les effets de la proportionnalité se trouvant en certains cas plafonnés.

Ce système pénalise lourdement l’emploi. Il fausse le libre choix du chef d’entreprise au regard des moyens de production.

B / Orientations pour un autre mode de financement.

Il est proposé de supprimer progressivement les cotisations sociales, et de leur substituer un mode de financement de la protection sociale reposant sur l’impôt.

Les ressources financières nécessaires à la couverture, par l’État, des charges de la protection sociale, devraient être recherchées dans la contribution des particuliers, et celle des entreprises.

La contribution des particuliers serait liée à la réforme de l’impôt personnel, dont le rôle financier serait dès lors accru, puisqu’il devrait se substituer à la part salariale des cotisations sociales.


Ce premier élément de réforme conduirait à un élargissement de l’assiette du financement de la protection sociale, et introduirait dans celui-ci, notamment par la progressivité, davantage de justice.

La contribution des entreprises serait profondément modifiée, en vue d’en assurer la neutralité économique, et de mettre un terme à la pénalisation de l’emploi qui caractérise le système actuel.


Il s’agirait de rompre le lien entre l’emploi et les charges de l’entreprise, en proposant, à titre de participation des entreprises au financement de la protection sociale, au moins pour partie, une assiette autre que les salaires versés.

L’assiette appropriée pourrait être la valeur ajoutée comptable de l’entreprise (1), ou encore une combinaison entre la valeur des immobilisations mises en œuvre par elle et la masse salariale (2).


Une modulation de la charge pourrait se concevoir, pour tenir compte de la situation de l’entreprise par rapport au marché international, les entreprises fonctionnant en économie ouverte, confrontées à la concurrence internationale, ne devant pas se trouver pénalisées par leur contribution au financement du système de protection sociale propre à notre pays.

Bien entendu, il conviendra en outre de supprimer la taxe sur les salaires, dont le rôle financier est d’ailleurs réduit, et de supprimer ou réformer les autres prélèvements fiscaux assis sur la masse salariale versée (taxe d’apprentissage, taxe de FPC, etc).

(1) Soit, en résumé, l’excédent de la production sur les consommations de biens et services en provenance de tiers. La valeur ajoutée produite se répartit en charges de personnel, impôts et taxes, excédent brut d’exploitation.

(2) Soit, par exemple, la valeur locative des immobilisations corporelles telle que prise en compte dans la taxe professionnelle. On fait reproche à celle-ci de pénaliser l’emploi et l’investissement, mais les charges sociales, autrement plus considérables, pénalisent le seul emploi.
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