POLITIQUE DE LA VILLE
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POLITIQUE DE LA VILLE

Notre société est malade de ses villes. Quotidiennement, elle y connaît le stress, la pollution, l'insécurité, mais aussi un sentiment de progression de l'exclusion et de la précarité. De toute évidence, cette réalité est révélatrice de plusieurs maux.

Nous sommes tous citoyens des villes: lieu de nos activités , de nos vies de famille... de nos rêves d’évasion aussi.Changeons la ville.

En premier lieu, nos concitoyens sont mal logés. Le nombre de SDF, pudique appellation pour évoquer le cas des marginaux à la dérive, va sans cesse croissant. Plus encore, les familles ne parvenant pas à se loger de manière décente regroupent 2 à 3 millions de personnes. Au-delà des chiffres, ce phénomène ne touche pas que les exclus, il concerne tous les jeunes adultes qui ne peuvent avoir l'habitat nécessaire pour mener une existence autonome et responsable, et demeurent chez leurs parents dans un mode de vie adolescent.

D'autre part, le phénomène des banlieues se développe, transformant l'image de la ville en généralisant un sentiment collectif de "mal vivre". La liste des quartiers défavorisés et autres zones difficiles paraît chaque année s'allonger, sans qu'une issue ne soit visible, malgré les efforts et les plans “ banlieues ” successifs.

Face à ces réalités, les politiques mises en oeuvre semblent stériles, incapables de transcender les problèmes existants, de vaincre le rejet et l'exclusion dont des millions de personnes sont l'objet. Cette situation est inacceptable.

Les mesures proposées par le gouvernement sont principalement axées sur la définition de zones, bénéficiant d'avantages fiscaux dérogatoires. Nous pensons que cette logique n'est pas satisfaisante ; elle conduit en fait à délimiter des secteurs de façon arbitraire avec le risque de les marginaliser encore davantage, de les transformer en ghettos. Elle se fonde sur des principes administratifs trop rigides, sur une vision irréaliste et artificielle de l'action de l'Etat. Ces mesures sont sans rapport avec le problème posé.

Certes des efforts ont été entrepris mais l'essentiel reste à faire: la solidarité nationale doit désormais jouer son rôle. Nous souhaitons aujourdhui transformer du tout au tout notre vision de la ville, en proposant une véritable réforme de société.
La ville est triste, nous voulons la rendre heureuse.

Une ville de progrès et de générosité.

La ville et l'habitat peuvent être de grands projets pour une société qui n'en a plus. Toute réforme devra lier les deux notions, car la vie individuelle commence avec le logement et la vie sociale se developpe en ville.

Notre projet est celui de la Cité fraternelle qui facilitera l'épanouissement de l'individu et l'équilibre de notre société. .C'est dire l'importance de l'aménagement du territoire pour un pays qui a pris beaucoup de retard dans ce domaine face à ses voisins, les Allemands en particulier.

Demain la ville doit avoir taille humaine; elle doit aussi permettre à l'homme de conquérir le droit à l'environnement et le droit à la communication. Mais aussi organiser un autre rapport avec les campagnes environnantes, comme les Romains avaient su le faire. Ainsi, il faut developper les liens avec la nature (créer des espaces verts, des étendues d'eau), faciliter l'accès aux loisirs par une politique volontaristes de transports en commun et particulièrement les nouveaux transports de surface comme le tramway dont les succès sont aussi grands que le nombre de tentatives d’implantations restent faibles. Il faut donner aux individus les moyens de se renconter, se parler, en multipliant les lieux de commerce et les équipements de loisir.

Fondée sur les rapports humains, cette ville est harmonieuse.Demain, elle sera le symbole d'intégration, elle permettra de concilier nature et progrès, confort individuel et solidarité collective. Il faut pour cela un grand effort national que nous désirons stimuler.

Son objectif premier sera évidemment de concrétiser le droit au logement, prévu par la loi Besson. Donner un habitat à tous, cela signifie construire plus de logement, favoriser l'activité économique et l'emploi. C'est surtout faire preuve de la solidarité et la générosité nécessaires pour permettre un réel épanouissement de l'individu.

Construire une politique de la ville ambitieuse, c'est aussi associer les habitants à son élaboration et sa mise en oeuvre, leur permettre de s'associer à la transformation de leur société et leur donner envie d'y jouer un rôle. En un mot, nous souhaitons une meilleure citoyenneté de tous et une même citoyenneté pour tous.

Des méthodes nouvelles

Notre projet repose sur des bases novatrices. Nous ne concevons plus la ville comme un ensemble de bâtiments, mais plutôt comme un ensemble d'espaces au sein desquels les habitants se déplacent, se rencontrent, se retrouvent. Aussi, il convient de privilégier l'installation de voies réservées aux piétons et de places, de parcs, d'espaces de convivialité. La ville est un être vivant qui consomme des fluides naturels (air, eau, énergie). Elle doit devenir un nouveau modèle de consommation de ces ressources, préservant l'environnement.

La ville est enfin un lieu d'histoire, cadre et mémoire de notre passé collectif. Elle doit être conçue comme un village avec ses immeubles humains, ses commerces, ses noms de lieux, de rues. C'est dans les villages que s'est construite notre nation ; des villes édifiées à cette image permettront aux habitants de se ressourcer, de se sentir chez eux.

Pour créer cette ville, il ne suffira pas de réhabiliter les grands immeubles déshumanisés nés des années 60. Pour redessiner la physionomie de la ville, il faut impérativement démolir les cités et reconstruire selon ces bases nouvelles. Ce n'est qu'au prix de la destruction d'un million de logements et de leur reconstruction selon des principes novateurs et une densité réduite que la Cité Fraternelle peut être édifiée.


Ce projet repose, nécessairement, sur une politique volontariste du logement. Actuellement, moins de 300 000 logements sont construits chaque année alors qu'il en faudrait 360 000 pour assurer le seul renouvellement du parc existant.

Nous prévoyons de faire construire dans l'avenir 400 000 logements par an pour rattraper le retard accumulé. Cette proposition ambitieuse permettra de donner un toit décent à chacun. Elle générera une relance de l'activité économique et la création de 200 000 emplois, réduisant la charge du chômage pour le budget de la nation.


Certes, ce projet a un coût ; celui-ci peut néanmoins être partagé entre les différentes collectivités. Il sera, de toute façon, nettement compensé par ce qu'il apportera à notre vie quotidienne, à notre équilibre social.

Cet effort devra s'accompagner d'un investissement massif en équipements collectifs, notamment sportifs. Instruments de loisirs, de détente, lieux de rencontre pour les citoyens, ces équipements devront être installés en priorité dans les banlieues. Ils permettront aux jeunes de se fixer des objectifs, de partager des valeurs de solidarité, de se sentir partie intégrante de la marche en avant de notre société.

Pour faciliter cette évolution, il faudra renouer le dialogue au sein des villes, des banlieues pour amener les citoyens, notamment les plus jeunes, à communiquer, échanger des idées, partager leurs doutes et leurs espoirs. Parce que dialoguer, c'est se comprendre, apprendre à s'accepter tel que l'on est, accepter l'autre et s'enrichir de ce contact. Pour ce faire, il sera impératif de développer la présence des médiateurs, jeune gens formés pour écouter les habitants des banlieues, et leur apporter une aide de proximité. Nous en parlons dans les chapitres consacrés à la jeunesse et à l'emploi. Leur action sera appuyée par les "cercles de prévention", groupes de dialogue notamment constitués d'appelés du contingent volontaires pour un service civique. Ces propositions ne sont pas des utopies ; elles serviront de fondements à la cité de demain.

Une réforme majeure de la propriété et du logement

Incontestablement, notre projet est fondé sur l'amélioration des conditions de l'habitat. Pour construire davantage de logements, une réforme d'envergure est aujourd'hui nécessaire.

Dans un premier temps, nous proposons de modifier le régime des propriétés immobilières en distinguant la propriété du terrain, de celle du bâtiment qui y est construit.

La valeur d'un terrain dépend principalement, de toute évidence, des efforts consentis par la collectivité pour le rendre constructible, accessible et installer des équipements à sa proximité. Elle ne doit plus être objet de spéculation. Nous souhaitons stabiliser sa valeur pour la transformer en refuge de l'épargne populaire. La terre est un bien doté de permanence, elle sera un gage de sécurité et de stabilité.

Les bâtiments qui seront édifiés sur cette terre constitueront une propriété distincte et juridiquement séparée du sol.


Leur valeur, dès lors, ne dépendra plus de celle du terrain, mais exclusivement de l'état réel de l'immeuble et des efforts consentis par son propriétaire pour en assurer un entretien satisfaisant. Ce nouveau régime de propriété permettra de lutter contre la spéculation immobilière tout en favorisant la construction de logements moins chers, mieux entretenus et plus confortables.

Il sera, en outre, nécessaire de prévoir des aménagements favorisant le financement de nouveaux programmes de construction. Pour cette priorité nationale, nous sommes favorables à des investissements de capitaux étrangers (notamment les fonds de pensions anglo-saxons), mais aussi à la mobilisation d'intérêts locaux rassemblant des investisseurs prêts à s'engager dans des initiatives de solidarité.

Pour rendre les constructions plus économiques, et ainsi attirer les investisseurs, nous sommes favorables à l'instauration d'un taux réduit de TVA pour le logement social. Nous sommes prêts, par ailleurs, à développer les "aides à la pierre" afin de rendre l'accès à la propriété plus facile et plus juste.

Les recettes fiscales ainsi perdues pourraient être compensées efficacement en développant les taxes pour dépassement du plafond légal de densité en zones urbaines, et en limitant l'amortissement réalisé par les entreprises, aux seuls bâtiments, et non plus aux terrains. L'ensemble de ces mesures est, assurément, assez convaincant pour favoriser la construction et inciter à investir.

Mais l'édification d'un logement n'est pas seulement affaire de chiffres, elle est surtout affaire d'hommes. Pour rénover le secteur du logement, créons un habitat inventif, personnalisé.
Donnons une vraie place aux architectes, aux artisans, favorisons l'emploi de matériaux nouveaux, mais aussi traditionnels (la pierre, le bois). Le logement est un métier d'art qui doit être enseigné.

Il est aussi un lieu de vie qui doit permettre l'épanouissement de l'homme, en lui donnant envie d'aimer la ville.

Et non de la subir.
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