Un bar

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Les indications                                  

Le texte

 

Des hauts...

…et des bas

Texte d’Alexandre Mandron

mandron.alexandre@wanadoo.fr

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A - Vous ne m’auriez pas poussé ?

B - Quel intérêt ?

A - Le spectacle. Les gens adorent voir mourir les autres gens, pourvu que leur mort soit spectaculaire !

B - J’aime le spectaculaire, mais je ne me mêle jamais des affaires des autres.

 

Scène de 2  personnages

 

 

 

 

 

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Le texte

 

 

 

 

Le lieu

Le bord d’une falaise symbolisé par le devant de la scène.

Coté jardin, une possibilité de s’asseoir (comme un tronc d’arbre couché).

 

 

Les Personnages

A : Homme déprimé en gabardine.                    B : Homme à forte personnalité en gabardine.

 

Note essentielle

L’interprétation doit être la plus naturelle possible,

sans jamais tomber dans un sur-jeu théâtral.

 

Le personnage B ne doit en aucun cas être assimilé au diable,

par un effet de maquillage exacerbé ou des expressions exagérées.

Il doit ressembler à monsieur tout le monde.

 

 

Texte

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Les indications   

 

Des hauts…

… et des bas

 

 Texte d’Alexandre Mandron

mandron.alexandre@wanadoo.fr

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Deux personnages en gabardine au bord d’une falaise. (Le devant de la scène)

Coté jardin, une possibilité de s’asseoir. (Exemple : Un tronc d’arbre couché)

A, devant, regardant en contrebas.

B, en retrait, fixant A.

Un silence pesant pendant lequel B perçoit la présence de A.

A -  Il fait beau !

B -  C’est à moi que vous parlez ?

A -  Non, non ! (Un temps.)

B -  Le temps se couvre...

A -  Cela vous dérange si je me suicide ?                                

B -  Que voulez-vous que cela me fasse ?                               

A -  D’habitude...

B -  D’habitude quoi ?

A -  Vous trouvez cela normal ?

B -  C’est votre problème mon vieux !

A -  Égoïste...

B -  ... (Interloqué.)

A -  C’est un acte égoïste, on ne pense pas à ceux qui restent. Remarquez, moi je m’en fou, il ne me reste personne... Je ne sais pas si je vais avoir le courage.

B -  Il ne faut pas que je vous pousse non plus ?

A -  Ce serait plus simple.

B -  Disons que cela précipiterait les choses... Ce n’est pas une question de courage, c’est une question de volonté. Il faut vouloir, bien souvent on confond.

A -  Mais je veux, moi ! Sans quoi je n’en serais pas là, c’est logique.

B -  Je n’aime pas votre logique. Il y a longtemps qu’elle vous a quitté ?

A -  Comment vous savez ça ?

B -  Quoi, ça ?                                                                       

A -  Et bien, qu’elle est... partie.

B -  Qui, elle ?

A -  Ben…

B -  Les trois quarts des gens qui se suicident c’est parce que l’on vient de les quitter... C’est logique.

A -  Je pensais que vous ne l’aimiez pas ?

B -  Qui ?

A -  La logique.

B -  Non, c’est la votre que je n’aime pas ! (Un temps.) C’est d’une banalité. Le coup de vous faire larguer, c’est d’une banalité. Quand on pense que pour le quart restant des suicidés, c’est parce qu’ils aimeraient bien se faire quitter un jour par quelqu’un. L’ennui, c’est qu’ils n’ont personne.

A -  Tiens !

B -  Oui ?

A -  Je sens que l’on ne va pas tarder à parler de cul.

B -  Ah ! Bon ?

A -  Dans toute conversation c’est inévitable.                                      

B -  La conversation ?                                                                        

A -  Disons notre entretien.

B -  Un dialogue, rien de plus un dialogue. Rare sont les gens qui conversent, qui s’entretiennent, qui échangent... On dialogue, rien de plus.

A -  Quelle analyse !

B -  Une constatation.

A -  Vous êtes toujours aussi cynique ? (Un temps.) Eh ! Oh ! Mais c’est moi là, là ! En bas ! Regardez, on dirait que j’ai sauté !

B -  Et bien oui, c’est vous. Ça mon vieux, vous ne vous êtes pas raté.

A -  Je n’ai pas dû souffrir... J’ai eu le courage... Vous pensez que je vais rester là longtemps ?

B -  Il fallait vous y prendre autrement... Trois semaines.

A -  Quoi ?

B -  Pour le dernier, trois semaines.                                                    

A -  Parce que cela arrive souvent ?

B -  La « falaise de la mort », avec un nom pareil, cela donne des idées, forcement !

A -  Et vous y assistez à chaque fois ?

B -  Cela passe le temps. (Un temps.) Le plus beau c’était il y a trois ans, un trois janvier, une noire, il neigeait, vous parlez si je m’en souviens ! Elle avait pris son élan du fond là-bas. Je l’avais prévenu qu’elle glisserait et qu’elle avait de grandes chances de se rater. Elle s’est jetée dans la cuvette là, à coté du petit arbuste. A l’époque il y avait une sorte de dalle. En plein dessus ! Alors j’ai tenté de la raisonner. Enfin, elle a cédé.

A -  La noire.

B -  La dalle. (Un temps.)

A -  Vous ne m’auriez pas poussé ?

B -  Quel intérêt ?

A -  Le spectacle. Les gens adorent voir mourir les autres gens, pourvu que leur mort soit spectaculaire !

B -  J’aime le spectaculaire, mais je ne me mêle jamais des affaires des autres.

A -  Quel toupet !

B -  C’est vous qui m’avez adressé la parole en premier.

A -  Je me demande bien pourquoi !

B -  Pour le temps qu’il faisait. Vous m’avez dit « Il fait beau », je vous ai répondu « C’est à moi que vous parlez ? ».

A -  Quelle mémoire !

B -  J’enregistre tout, cela peut toujours servir, la preuve ! (Un temps.)

A -  Je me demande si je ne regrette pas...                                          

B -  Il faut savoir ce que vous voulez à la fin !

A -  Disons que j’aurais pu choisir une mort propre... Regardez, j’en ai foutu partout.

B -  Vous n’auriez pas du feu ?

A -  J’ai décidé d’arrêter de fumer.                                                     

B -  Quel rapport ?                                                                            

A -  Si je fumais, j’aurais du feu.

B -  Je fume et je n’en ai pas, et la réciproque pourrait être vraie. Vous me décevez beaucoup. Elle est partie pour un autre je présume ?

A -  Elle est morte. Suicidée. Il y a trois jours.

B -  Ah ! C’est de famille.

A -  Je n’avais plus qu’elle...

B -  Allons bon, Vous allez donner dans le mélo maintenant ! Alors dans ce cas permettez-moi de vous dire que  vous êtes un véritable crétin. Votre femme s’est supprimée en laissant une trace, vous. Vous étiez en quelque sorte sa « continuance cosmique ». Si elle s’est suicidée il y a quelques jours, vous venez de la tuer à l’instant même. Elle n’est pas morte pour rien, tandis que vous...

A -  Que moi...

B -  Si vous êtes seul, si personne ne se doute de votre existence, ne sait que vous êtes vivant, votre mort n’ayant plus de raison d’être, devient... logiquement absurde !

A -  Comment pouvez-vous associer cela ?

B -  Ces deux morts ?                                                                        

A -  Ces deux mots, logique et absurde.

B -  Mais partout ce ne sont que contraires qui s’associent, l’homme, la femme ; la vie, la mort ; une vie mortelle...

A -  Je déteste ce genre de conversation.

B -  Ah !

A -  Stérile !

B -  Comme votre existence.                                                              

A -  Vous allez la fermer votre grande gueule à la fin !                         

B -  Vous devenez grossier... Vous me décevez, vraiment.

A -  Je vous emmerde.

B -  Restreint, restreint... Désolé cher ami mais votre vocabulaire grossier est restreint. (Il s’assoit.) Je n’aime pas les gens qui manquent de réparties.

A -  Entre nous, vous n’aimez pas grand chose.

B -  Pour quelqu’un qui vient de sauter, cela vous va bien de dire ça. (Un temps.)

A -  Vous êtes bizarre, en fait je ne suis pas sûr que ce soit le mot qu’il convienne... Étrange. Vous êtes étrange. Il faut être scrupuleux avec le langage. Enfin, je ne sais pas pourquoi, mais je vous admire. Non ! Non. Vous me fascinez. Vous attendez quoi au juste ?

B -  Un ami.

A -  Vous êtes bien gentil de l’attendre si longtemps.                           

B -  Si c’était vous ?

A -  Oh, cela m’étonnerait, (Il s’assoit près de B.) jamais personne ne m’a attendu. D’ailleurs cela me ferait tout drôle...

B -  Si je vous attendais ?

A -  Oui, si gentiment, calmement... Je veux dire, à votre place, il y a longtemps que je serais parti.                 

B -  Oh, le temps...                                                                                                                                       

A -  Enfin, si c’est moi, j’espère que je ne vous ai pas fait trop attendre.

B -  Mais non, mais non !

A -  Tenez, rien que d’entendre ça, je n’aurais presque plus envie de...

B -  Ça mon vieux, c’est un peu tard !

A -  J’avais oublié. (Se levant.) On ne s’est pas présenté !

B -  Quel intérêt ?

A -  Une question de politesse, vous n’aimez peut-être pas ma politesse. Gérard Vilace, comptable, enfin... ex.

B -  Ah ! (Se levant.) Vous n’avez pas une tête de comptable. Peu importe mon nom, je suis, disons, représentant de commerce, en quelques sortes.

A -  Ah ! Et ça marche en ce moment les affaires ?

B -  Vous savez, c’est comme partout, il y a des hauts... et il y a des bas.

 

Noir

 

 Texte d’Alexandre Mandron

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