EXCURSION AU PARADIS SUITE


EXCURSION AU PARADIS (SUITE)



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Romina se réveilla dans un état de confusion très pénible. Elle tenta de débrouiller l'écheveau compliqué de ses sensations, de ses cauchemars et de ses souvenirs: l'irruption des singes, l'absence de Judith, la minuscule piéce sans fenêtre ou elle se trouvait, couchée sur un lit très étroit. A la lumiére du spot, elle examina ses bras et ses jambes. Elle était couverte de bleus. Ce salaud de singe avait pris un malin plaisir à la bousculer: lorsqu'elle criait, il se tapait sur les cuisses et était secoué par ce qui semblait être un grand fou rire.

Heureusement les infirmiers avaient une grande autorité sur le singe. Mais ils étaient bizarres ces infirmiers: pourquoi une intervention si rapide? Le Palacio Real était désert, personne n'avait pu les appeler! Romina se leva en chancelant et se dirigea vers la porte. Elle était verrouillée de l'extérieur. Elle se recoucha en pleurant doucement.

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Les panneaux indicateurs étaient rares à San Juan. Le Consul annonçait les changements de direction avec l'anticipation convenable. Au volant de la Beetle, Vernon concentrait son attention sur les nombreux enfants qui jouaient dans la rue au pied des pet its batiments à loyer modérés que l'humidité avait recouvert d'une mousse noiratre. Au dela des faubourgs, la route des Jésuites escaladait la première barre rocheuse et conduisait au plateau intermédiaire dominé par l'infranchissable cordillère. La forêt de lianes, de fougères et d'orchidées devenait moins dense, des arbres au tronc dé gagé et très droit apparaissaient, des teks, précisa le Consul. Vernon fut surpris par le barrage, et freina brusquement. Les militaires étaient fortement armés. Le Consul parlementa longuement; le nom du Colonel Garcia émut plus ou moins les jeunes sold ats qui le conduisirent au véhicule blindé qui servait de PC. L'officier resta ferme. Il ne doutait pas des excellentes relations que le Consul entretenait avec le Colonel Garcia.


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Le Colonel était bien à Sierra Blanca, à quelques kilomères à peine. Oui, il était possible qu'il accompagne une délégation étrangère. Japonaise? Pourquoi pas. Mais Sierra Blanca était zone interdite et la voiture de Vernon et du Consul devait rebrousser chemin, et ajouta l'officier d'un air menaçant: "Vite!". Le Consul était désolé; la piste de la délégation japonaise ne pouvait être explorée. Vernon se montra particulièrement inquiet mais il n'osa pas avouer au Consul que c'était surtout le sort de Romina qui lui importait. Il se sentait bizarre: amoureux désemparé comme un adolescent, alors que Romina l'avait probablement simplement regardé comme elle regardait tous les hommes. Elle feignait d'ignorer (ou peut être avait elle la candeur de son très jeune age) les promesses qu'ils croyaient, eux, recevoir . Il faisait presque nuit lorsque Vernon et le Consul rentrèrent à San Juan: l'électricité était souvent coupée dans les quartiers populaires, mais ce soir là, alors que Vernon et le Consul parvenaient dans le Centre c'est toute la ville qui fût brusquemen t plongée dans le noir.

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Pendant ce temps dans une salle de réunion du centre nucléaire de Sierra Blanca, Judith les yeux rouges et des sanglots dans la voix s'efforçait de faciliter les échanges entre le groupe de Japonais et les techniciens San Juanais. La tension était très ive; les Japonais s'efforçaient d'expliquer leur plan de maneuvre: il était urgent de l'appliquer, pour que l'excursion nucléaire en cours puisse être convenablement maitrisée. Le réacteur avait une activité anormalement haute et en croissance rapide. On pouvait craindre un effet d’emballement aboutissant à la fusion du coeur. Monsieur Minimata avait pris Judith en sympathie; il avait deviné sa détresse. Le désarroi de la jeune femme gommait une personnalité qu'il devinait décidée et active. Monsieur Minimata était le doyen de la délégation scientifique japonaise. Par tradition familiale il était membre de la communauté internationale des Pythagoriciens. Ceux-ci, trés implantés dans les milieux scientifiques, avaient été à l'origine des déve loppements de l'industrie nucléaire dans certains pays d'Asie et d'Amérique Latine. Monsieur Minimata partageait les théories élitistes de la communauté. Cependant le mensonge et la désinformation pratiqués à propos des difficultés du centre nucléaire de Sierra Blanca lui paraissaient injustifiables. Il s'était exprimé clairement la dessus ce qui lui avait valu une entrevue très désagréable avec le délégué général de l'Hypothénuse pour San Juan. Celui ci lui avait rappelé d'un ton menaçant l'antique histoire d'Hippas de Mégaponte qui avait été noyé par ses frères Pythagoriciens pour avoir révélé la faiblesse de la théorie des nombres d'or. L'exposé du plan de manoeuvre fut interrompue brutalement. La radioactivité augmentait, et il était préférable de se munir de combinaisons de protection même à l'intérieur du batiment administratif. Profitant de la confusion, Monsieur Minimata entraina Judith vers la Land Rover qui avait été prétée à la délégation. Judith se coucha à l'arrière et Monsieur Minimata la recouvrit d'une bâche. La nuit facilita leur fuite. Les gardes du Centre Nucléaire manifestement ignorants de la dangereuse irradiation qu’ils étaient en train de subir, jouaient paisiblement aux cartes sous les eucalyptus. Il saluérent de loin la Land Rover familière. Au barrage militaire sur la route des Jésuites, le laissez-passer de Monsieur Minimata parut d'abord insuffisant. Mais comme l'interdiction formelle concernait l'entrée dans la zone interdite et que rien n’était précisé pour la sortie, le sergent fit libérer la chicane. Lorsqu'ils entrérent dans la ville, Judith vint s'asseoir à l'avant. Le séjour sous la bache et les virages lui avaient un peu barbouillé l'estomac. Monsieur Minimata ouvrit toute grande les vitres et dit dans un français hésitant " Vas tu mieux mon bébé?", puis plus assuré et lui tapotant le genou " Tu dois m'appeler Bob, veux tu?". La ville était toujours dans l'obscurité mais à la lueur des phares Judith reconnut la silhouette caractéristique de la Beetle de Vernon garée devant chez le Consul. Le Consul écouta avec attention les explications de Monsieur Minimata: cela confirmait ses craintes. Un curieux ballet d'hélicoptères militaires s'était mis en place entre le quartier des ministères et un dragueur de mines qui, autant qu'on puisse en juger s'éloignait maintenant rapidement de la côte. Le Consul ne parvenait pas à joindre ses correspondants officiels San Juanais. Ceci paraissait confirmer la rumeur selon laquelle la plupart des responsables politiques et administratifs fuyaient la ville pour se réfugier à San José. La permanence de l'ONU à Brasilia indiquait que la surveillance satellite détectait une radioactivité très anormale autour de San Juan. Cependant aucune opération n'était prévue. Après quelques coups de téléphone destinés aux résidents européens qu'il connaissait, le Consul proposa à Vernon, à Judith et à Monsieur Minimata de quitter San Juan sur son voilier personnel. Mais ni Vernon ni Judith ne pouvaient se résoudre à abandonner Romina.

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Romina se leva, s'efforçant de ne pas hurler; elle passait trop souvent pour une conne, se disait elle: cette fois elle allait garder son sang-froid: si ça marchait, elle pourrait ensuite affronter n'importe quelle situation. Le cauchemar était tout de même particulièrement épouvantable, la chambre était remplie d'hommes nus, rouges, boursouflés, mouillés d'une sueur malsaine, étendus par terre, gémissants. Certains s'arrachaient les cheveux par touffes sans aucune difficulté. Le pire c'est qu'il y en avait aussi plein le couloir et Romina réalisa que sa courte chemise la couvrait à peine jusqu'au pubis. La voyant désemparée, un homme en blouse verte la fit entrer dans ce qui lui parut être une salle d'opération: il lui expliqua qu' elle pouvait rester la, et même dormir sur la table: aucune opération n'était prévue. Lui, Carlos Santamaria y Santana allait veiller sur elle; elle était là en sureté, à l'abri de la radioactivité extérieure devenue très forte. Le batiment médical était le seul parfaitement protégé, ce qui expliquait l'affluence. Tout était prévu, murs de plus de deux mêtres d' èpaisseur, air filtré, groupes électrogènes, sas de décontamination. Pour la mettre en confiance, Carlos tenta de l'embrasser et de lui passer la main sur les seins. Mais Romina lui dit gentiment que non, merci, pas pour l'instant, plus tard peut être.

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Le Consul était un fin navigateur, aussi malgré la nuit noire, la sortie du port s'effectua sans encombre. Monsieur Minimata avait convaincu Judith et Vernon qu'ils ne pouvaient rien faire pour Romina et qu'il valait mieux partir. Judith pleurait silencieusement; jamais elle ne pourrait aimer une autre femme. Quant à Vernon il voyait là le nouvel épisode d'une incroyable série de déboires sentimentaux. La dernière femme qui l'avait rendu véritablement heureux était Trinidad, sa maitresse colombienne. Hélas lorsqu'après une courte lune de miel il avait refusé de reconnaitre ses deux charmantes petites filles déja agées de quatre et sept ans "Ce qui leur faut c'est un père comme toi, chéri," elle lui avait jeté un sort "Tu ne t'en remettras jamais, chéri ". Depuis, sa vie sentimentale était une vraie catastrophe, et il se désolait de ne pas avoir accepté la proposition de Monsieur Bambalaya, le célèbre marabout égorgeur de poulet du vingtième arrondissement qui lui avait pourtant bien expliqué comment il allait mettre fin à ses tourments pour seulement trois mille francs. Monsieur Minimata se montrait très paternel avec Judith. désemparée et en larmes. Elle lui paraissait ainsi extrèmement séduisante, et il s'efforçait d'imaginer la meilleure façon de la consoler. Une grande cordialité régnait entre les passagers et le consul lui même n'était pas insensible au charme discret de Monsieur Minimata. Le maniement conjoint du compteur Geiger était l'occasion de frolements tout à fait délicieux. Cette attirance du Consul pour monsieur Minimata fut cependant à l'origine du regrettable incident. Alors que le Sullivan était pratiquement sorti du chenal Est, l'attention du Consul fut distraite par la position de la main de Monsieur Minimata sur le haut de la cuisse de Judith. Ne voulant pas quitter des yeux une progression qui paraissait devoir être décisive, et particuliérement frustrante pour lui, le Consul négligea malheureusement les indications du sonar et ne put éviter l'échouage du Sullivan sur un banc de récifs particulièrement acérés. Lorsque la marée remonta le Sullivan n'était plus qu' une épave dérivant au gré des courants et des vents. La situation des naufragés n'était guère encourageante. Le système de gouvernail était détruit et le compartiment babord était rempli d'eau. Le Sullivan dérivait nettement vers le large droit vers l'Atlantique. Après inventaire on était assez juste en vivres et en eau, trois, quatre jours peut-être en faisant attention. Les vieilles histoires d'antropophagie effleurèrent l'esprit du consul; sa décision était prise, il était à la fois l'autorité civile et maritime et le gardien de la civilisation .En conséquence lorsque l'eau et les vivres manqueraient, il coulerait simplement le Sullivan, ce qui vu l'état lamentable de la coque ne présenterait guère de difficulté. Mais alors, que faire en attendant la mort? "Soyons heureux", répondit très simplement Judith en citant sans le savoir un célèbre philosophe contemporain. Et elle cessa aussitot de pleurer. "Ici et maintenant" ajouta-t-elle avec à propos en montant sur le pont avec Vernon. La matinée était belle et même si, le plaisir n'est pas exactement le bonheur, ils s'en approchèrent à plusieurs reprises. Ensuite Judith tint à témoigner sa reconnaissance à monsieur Minimata; ce fut également un moment agréable, surtout pour monsieur Minimata. Seul le Consul était triste. Très en beauté, Judith lui prouva que son corps mince de sportive surpassait quoi qu'il en soit le charme un peu adipeux de monsieur Minimata. Le consul avoua même que sous certains angles Judith lui rappelait beaucoup le jeune Edward, un trés agréable secrétaire d'ambassade. Ainsi, sur le pont légèrement incliné du Sullivan on pouvait voir, comme Homère observant du haut du mat les amours maritimes d'Hélène et d'Agamemnon, tantot un corps pale, tantot un corps cuivré (ainsi que d'autre combinaisons de couleurs que n'avait pas décrites le vieil Homère). Sur le Sullivan le bronzage était un attribut féminin et non masculin. Infatigable, Judith passait en effet presque toute la journée sur le pont, évitant seulement le plein soleil de midi. Hélas au matin du sixième jour après deux affreuses journées de jeûne et de soif, le Consul du se résoudre à couler le Sullivan comme il l'avait prévu. Vernon et Judith bien qu'affaiblis nagèrent longtemps vers le soleil levant.

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La première chaîne diffusait en boucle un documentaire sur les pélicans. A l'heure prévue pour le sept cent quarante deuxième épisode du feuilleton Santa Barbara, la panique s'empara des faubourgs de San Juan. Ceux qui avaient encore de l'électricité entrainèrent les autres devant le siège de la chaine. Constatant que les locaux étaient désert les San Juanais s'emparérent de toutes sortes de cassettes, affiches , photos de vedettes et objets publicitaires. Puis une certaine angoisse succéda à l'allégresse. Au port il ne restait plus aucune embarcation capable de rejoindre San José.

Le Christina attendu vers quinze heures ne se présenta pas. Aussi la plupart décidèrent-ils de fuir par la montagne, ce qui avait l'inconvénient de leur faire traverser la zone vraisemblablement la plus contaminée. Les plus chanceux partirent en voiture ou en camion, mais de nombreux éboulements s'étaient produits. On sut plus tard qu'ils avaient été provoqués volontairement par les autorités de San José qui ne souhaitaient pas être envahies par ces populations malades et porteuses de poussières dangereuses. Lorsqu'elles furent confondues les autorités parlèrent d'ordres mal interprétés, tout en s'efforçant de faire savoir qu'il était peut-être préférable d'avoir abrégé les souffrances de ces malheureux. En effet la plupart moururent en route de contamination et d'épuisement.

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Romina avait retrouvé son Teddy Bear. Ainsi, sa méchante maman ne l'avait pas jeté. Il était bien là assis près du lit et la regardait dormir. Elle se demanda tout de même si Carlos n'avait pas un peu forcé sur la dose de tranquillisant qu'il lui avait administré la veille. Teddy Bear paraissait avoir beaucoup grandi. Habituellement ça n'arrive pas aux ours en peluche. Le tranquillisant, c'était surtout Carlos qui en avait besoin . Au début il essayait de plaisanter, "je les ai tous tués pour pouvoir rester seul avec toi", mais tous ces hommes boursouflés que Romina avait effectivement vu le premier jour, tous étaient morts très rapidement sans que Carlos puisse faire autre chose pour eux que leur distribuer de la morphine. Il avait du ensuite les stocker dans la chambre froide. Et maintement il soignait son stress en consommant des pilules roses qu'il faisait passer avec de grandes rasades de rhum. Il dormait une grande partie de la journée en ronflant bruyamment. Il se montrait moins empressé auprès de Romina qui, vraiment, ne regrettait rien. Teddy Bear s'était penché sur Romina et lui caressait les cheveux: elle se serra contre sa poitrine, il avait le poil si doux et il sentait si bon, une odeur de chat chaud. Mais était ce bien Teddy? Elle ouvrit les yeux résolue à faire face à toutes les situations. Elle resta très calme lorsque le grand singe bleu la souleva du lit. Romina n'apprit que plus tard qu'il s'appelait Joseph. C'était l'un des singes bleus les plus doués de sa génération. Il avait fait partie d'un programme d'éducation prioritaire pour singes que les Pythagoriciens avaient développé dans le monde entier. Les ancêtres de Joseph vivaient dans le nord de la Chine: ils avaient déja une grande aptitude aux travaux manuels: ils construisaient pour eux-mêmes des huttes solides et confortables, réalisaient des adductions d'eau et semble-t-il cultivait une variété de courge dont ils étaient friands. Forts de ces observations le groupe des Pythagoriciens entreprit de développer cette espèce pour lui faire remplacer la main d'oeuvre humaine, de plus en plus exigeante et maladroite et répugnant à certains travaux jugés dangereux ou malsains. Après diverses sélections et manipulations hasardeuses, il parvinrent à stabiliser une espèce assez docile dont quelques individus furent amenés à San Juan pour être employés au Centre nucléaire.

Le petit Joseph dont les parents jouissaient d'excellents quotients intellectuels, fut élevé dès sa naissance par madame Susskind, la célèbre neuro biologiste de l'Université de San Juan. Cétait un adorable bébé, marchant à trois jours, propre à six mois , écrivant assez convenablement, mais cependant ne parvenant pas à parler de manière intelligible. Il était particuliérement curieux et observateur. Lorsqu'il fut pubère vers l'age de sept ans, il s'intéressa longuement aux ébats de monsieur et madame Susskind. Après s'être entrainé plusieurs heures devant la glace, il décida de passer à l'acte. Madame Susskind s'en souvient encore, si on se réfère à l'interview qu'elle a accordé il y a quelques semaines à "New Scientist". Quant à Joseph après avoir échappé de peu à la castration, il réussit à rejoindre une tribu libre de singes bleus installée sur des falaises inaccessibles à l'est de San Juan.

L'attention de Carlos Santamaria y Santana, avait été attirée par le fonctionnement du detecteur de présence situé à l'entrée du batiment. Il avait revêtu une combinaison neuve et avait pénétré dans le sas encombré de vêtements contaminés. L'indicateur de radioactivité extérieure avait repassé à une valeur qui permettait une sortie protégée. Lorsque Carlos était sorti, le groupe des singes l'avait capturé facilement. Ils avaient ficelé soigneusement Carlos sur un fauteuil roulant avant de visiter le batiment médical et d'y découvrir Romina endormie. Les singes bleus avaient une connaissance “pratique” très forte des dangers de la radioactivité. Certains avaient été employés par les Pythagoriciens pour des manipulations en zone sensible. Ils associaient ainsi parfaitement le crépitement des compteurs Geiger à un danger mortel, et comprenaient l'utilité des combinaisons que les Pythagoriciens avaient fini par leur fournir (la taille XXL convenait en général) pour éviter des décès trop rapides. Romina émit quelques protestations lorsque Joseph lui tendit une combinaison manifestement trop grande pour elle. Joseph lui donna une petite tape qui se voulait amicale, Romina vacilla légèrement et se rappelant un épisode précédent décida que le mieux était de s'habiller et de suivre la troupe des singes bleus.

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Lorsque Romina comprit qu'elle était enceinte, ele se mit en devoir d'injurier Carlos . Ce salaud avait profité de son sommeil après l'avoir droguée; voila pourquoi il ne lui avait pas fait de nouvelles avances. Pas de doute, ce sale type avait tout simplement abusé d’elle pendant son sommeil. Elle ne trouva pas Carlos; la plateforme à flan de falaise sur laquelle les singes les avaient amenés était pourtant minuscule, mais, pas trace de Carlos, ni dans la grotte , ni dans la case, ni sous les bananiers. Joseph tenta de lui expliquer dans son espagnol limité et guttural qu'un commando de singes bleus l'avait emmené sur le plateau pour mesurer la radioactivité à l'aide de nouveaux instruments dont ils souhaitaient apprendre le maniement. Lorsque l'époque de l'accouchement approcha les singes bleus se montrèrent extrèmement prévenants avec Romina. Une jolie guenon qui allaitait elle même un jeune, passait la plus grande partie de son temps auprès d'elle. Le petit singe souffrait malheur sement d'une malformation; il avait une main atrophiée. Romina en était très affectée, se rappelant qu'elle avait de grandes chances d'accoucher d'un enfant anormal. Ses craintes se confirmèrent lorsqu'avec l'aide de la charmante guenon elle accoucha d'une petite fille très vigoureuse mais couverte de poils. Cependant lorsqu'elle se dressa sur ses jambes au bout de deux jours et se mit à marcher, elle comprit que les dénégations du pauvre Carlos étaient sincères.

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Quelques semaines après la naissance de la fille de Joseph et de Romina, un petit détachement de marines équipés comme des cosmonautes, mais néanmoins fortement armés , débarqua à San Juan. Une quinzaine d'individus vétus de combinaisons usagées vint à leur rencontre. Lorsque les premiers leur donnèrent l'accolade les marines découvrirent derrière les hublots les visages hilares des singes bleus. Le sergent fit une erreur fatale en déclenchant son pistolet mitrailleur. Les singes bleus décidèrent que ces gens là étaient vraiment infréquentables. L'avion de reconnaissance repéra les corps sans pouvoir déterminer ce qui avait bien pu se passer. Le congrès des Etats-Unis s'opposa à l'envoi d'un nouveau détachement. Aussi deux bombardiers lourds détruisirent-t-ils le port et le centre ville. Depuis les falaises, les singes bleus observèrent le feu d'artifice tout en déplorant la perte d'une partie de la famille de Joseph qui vivait sur un grand pied dans le Palais Présidentiel. Ensuite, Carlos mourut ainsi qu'un assez grand nombre de singes. La région avait été rayée de la carte, et la survie des singes et de Romina était ignorée du reste du monde. A tel point qu'à San José, lorsqu'un groupe de singes bleus facétieux participa au Carnaval, tout le monde trouva les déguisements excellents.


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DEBUT DE EXCURSION AU PARADIS