Face à l’altruisme sacrificiel
et au tribalisme,
Ayn Rand défend la vertu
d’égoïsme, fondée sur
La raison et la conscience.
Pour elle, la vie de l’homme
Est le fondement de toute
valeur, et sa propre vie
Est le but éthique de tout individu.
Ayn Rand née en Russie et exilée aux Etats-Unis en 1926, a
d’abord été scénariste à Holliwood, puis romancière, (La Source vive, Atlas
Shrugged, vendu à 9 millions d’exemplaires) et essayiste. Sa philosophie, l’objectivisme,
d’inspiration aristotélicienne, a totalement renouvelé la pensée libérale
contemporaine.
EXTRAIT
L’homme doit
choisir ses actions, ses valeurs et ses buts en fonction de la norme de ce qui
convient à l’homme, de façon à accomplir, conserver, réaliser cette valeur
ultime, et cette fin en soi qu’est sa propre vie, et en jouir.
Une valeur est ce
pourquoi l’on entreprend une action pour acquérir et (ou) conserver quelque
chose. Une vertu est l’action par laquelle on l’acquiert et (ou) la
conserve. Les trois valeurs cardinales de l’éthique objectiviste sont la
raison, l’intentionnalité et l’estime de soi. Ces trois valeurs sont,
ensemble, à la fois le moyen de réaliser et la réalisation de cette valeur
ultime qu’est notre propre vie. Leurs vertus correspondantes sont la
rationalité, la productivité et la fierté.
Le travail productif est
le but central de la vie d’un homme rationnel, la valeur centrale qui
intègre et détermine la hiérarchie de toutes ses autres valeurs. La raison est
la source, la condition préalable de son travail productif, et la fierté, le
résultat.
La rationalité est la
vertu fondatrice de l’homme, la source de toutes ses autres vertus. Le vice
fondamental de l’homme, la source de tous ses maux, est l’acte de ne pas
concentrer son esprit, de « suspendre » sa conscience, c’est-à-dire
non d’être aveugle, mais de refuser de voir ; non d’être ignorant, mais de
refuser de savoir. L’irrationnalité est le rejet du moyen de survie de l’homme,
et, par conséquent, un engagement dans la voie de l’autodestruction. Ce qui est
contre l’esprit est contre la vie.
La vertu de rationalité
signifie la reconnaissance et l’acceptation de la raison comme notre seule
source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide
d’action. Elle signifie notre total engagement en un état d’éveil complètement
conscient, le maintien d’une parfaite concentration mentale dans toutes les
situations et les choix auxquels nous faisons face, et pour chacune de nos
heures d’éveil. Elle signifie un engagement à la plus complète et lucide
perception de la réalité qu’il nous soit possible, et au développement actif et
constant de cette perception, c’est-à-dire le principe que tous nos buts, nos
valeurs et nos actions s’inscrivent dans la réalité et, qu’en conséquence,
aucune valeur ni aucune considération quelle qu’elle soit ne puisse l’emporter
sur notre perception de la réalité. Elle signifie une adhésion au principe que
toutes nos convictions, nos buts, nos valeurs, nos désirs et nos actions
doivent être fondés sur, dérivés de, choisis et validés par un processus
rationnel aussi précis et scrupuleux qu’il nous soit possible, en stricte
application des lois de la logique. Elle signifie notre acceptation de
la responsabilité de former nos propres jugements et de vivre du travail de
notre propre esprit (ce qui constitue la vertu d’indépendance). Elle
signifie que nous ne devons jamais sacrifier nos opinions aux convictions ou
aux désirs irrationnels des autres (ce qui constitue la vertu d’intégrité) ;
que nous ne devons jamais tenter de falsifier la réalité de quelque façon que
ce soit (ce qui constitue la vertu de l’honnêteté) ; et que nous ne
devons jamais chercher à nous approprier ou à nous octroyer ce que nous ne
méritons pas ou ce qui ne nous revient pas de droit, que ce soit dans le domaine
matériel ou spirituel (ce qui constitue la vertu de la justice). Elle
signifie que nous ne devons jamais désirer d’effets sans causes, et que l’on
ne doit jamais donner naissance à une cause sans assumer pleinement la
responsabilité de ses effets ; que nous ne devons jamais agir comme
un zombie, c’est-à-dire sans connaître nos propres buts et motifs ;
que nous ne devons jamais prendre de décisions, nous forger des convictions ou nous approprier des
valeurs hors contexte, c’est-à-dire sans tenir compte de la somme totale et
intégrée de nos propres connaissances ; et, par dessus tout, que nous ne
devons jamais tenter de laisser passer une contradiction. Elle signifie
le rejet de toute forme de mysticisme, c’est-à-dire de toute prétention
à une source de connaissance surnaturelle, non sensorielle, non rationnelle et
non définissable. Elle signifie un engagement à user de la raison, non de
manière sporadique ou en l’appliquant seulement dans certaines circonstances ou
dans des cas d’urgence, mais comme une façon de vivre permanente.
La vertu de la productivité
est la reconnaissance du fait que le travail productif est le processus par
lequel l’esprit de l’homme entretient sa vie, le processus qui libère l’homme
de la nécessité de s’adapter à son environnement, comme le font les animaux, et
lui donne le pouvoir d’adapter son environnement à lui-même. Le travail
productif est le chemin qui permet à l’homme de réaliser tout ce qu’il désire,
et fait appel aux plus hauts attributs de son caractère : son habileté
créatrice, son ambition, sa confiance en soi, son refus de se laisser abattre
par les catastrophes et son dévouement à l’objectif de refaçonner la terre à
l’image de ses valeurs. « Travail productif » ne signifie pas la
répétition machinale des mouvements d’un travail quelconque. Il signifie le
fait de choisir consciencieusement une carrière productive et de s’y adonner au
meilleur de ses capacités, quel que soit le domaine d’activité rationnel, qu’il
soit grand ou modeste. Ce n’est pas le degré d’habileté d’un homme ni la portée
de son travail qui est éthiquement pertinent ici, mais le fait qu’il utilise ou
non son esprit de la manière la plus complète et la plus réfléchie possible.
La vertu de la fierté
est la reconnaissance du fait que « de la même manière que l’homme doit
produire les biens matériels dont il a besoin pour se maintenir en vie, il doit
acquérir les qualités de caractère qui rendent
sa vie digne d’être maintenue ; c’est-à-dire que de la même façon
que l’homme est un self-made-man dans le domaine matériel, il est un
self-made-man dans le domaine spirituel » (Atlas Shrugged).
L’expression « ambition morale » est la meilleure façon de désigner
la vertu de fierté. Cela signifie que l’on doit mériter le droit de se
considérer soi-même comme notre plus grande valeur en réalisant notre propre
perfection morale, c’est-à-dire en refusant d’accepter tout code fondé sur des
vertus irrationnelles qui seraient impossible à pratiquer, et en s’assurant de
pratiquer celles qui le sont, en refusant toute culpabilité immérité, en ne s’y
exposant pas et en corrigeant promptement celle que l’on aurait pu mériter, en
ne se résignant jamais passivement aux défauts de notre caractère, et en ne
laissant jamais quelque inquiétude, caprice, crainte ou humeur momentanée que
ce soit l’emporter sur notre estime de soi. Et enfin, par dessus tout, la
perfection morale s’accomplit en refusant de jouer le rôle d’un animal
sacrificiel et en refusant toute doctrine qui prêche l’auto-immolation comme
une vertu ou un devoir moral.
Le principe social
fondamental de l’éthique objectiviste est que tout comme la vie est une fin en
soi, chaque être humain vivant est une fin en lui-même, non le moyen pour les
fins ou le bien-être des autres. Ainsi, l’homme doit vivre pour son propre intérêt,
ne sacrifiant ni lui-même aux autres, ni les autres à lui-même.
Ayn RAND, extrait de l’éthique objectiviste
Dans la vertu d’égoïsme, éd. Les Belles Lettres, coll.
Iconoclastes N°19, 1993
Cercle Hayek de Strasbourg
Responsable : Marc Grunert
Président d’honneur : Pr
Pascal Salin
Contact :
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