CERCLE HAYEK

LE cERcle HAYEK

De

Strasbourg

                    

Responsable général : Marc GRUNERT

Contact : marcgrunert@aol.com

 

Président d’honneur : Pr Pascal SALIN

 

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présentation

 

Le Cercle Hayek de Strasbourg est une association inscrite au tribunal d’instance de Strasbourg. Son objectif est la promotion du libéralisme. Ses moyens sont l’organisation des « rencontres Hayek » et un forum internet : http://groups.yahoo.com/group/cerclehayek

Les membres et sympathisants échangent idées et informations à partir de ce forum dont l’entrée est libre.

 

Le Cercle Hayek est partenaire du site :

 

La page libérale d'Hervé DURAY

 

 

 

Sites amis

 

 

 

Le Québécois libre

 

Directeur : Martin MASSE.

Ligne éditoriale libertarienne très cohérente. Les références théoriques principales sont Mises et Rothbard. Il s’agit d’un webzine québécois bilingue qui commente l’actualité sous un angle libertarien et qui paraît tous les deux samedis.

 

Liberalia

 

Propriétaire : Christian MICHEL

Le site de Christian Michel propose un recueil de textes très argumentés, fournissant toutes les clés d’une compréhension solide de la philosophie libertarienne. On y trouve des textes de Hans-Hermann HOPPE, économiste du Mises Institute et commentateur fulgurant des principes libertariens, mais aussi de précieuses analyses de François Guillaumat et les textes des conférences de Christian Michel, personnalité du mouvement libertarien international.

 

Lemennicier.com

 

Site de Bertrand Lemennicier, professeur d’économie à l’université Panthéon-Assas de Paris. On y trouve des textes de référence de grands auteurs, des dossiers très riches visant à expliquer la philosophie libertarienne, ainsi qu’un cours d’économie complet exposant la théorie économique de l’école autrichienne.

 

Euro92 le cyber-institut

 

Délégué général : Henri LEPAGE, écrivain et économiste, auteur du mémorable Demain le capitalisme , livre publié en 1978 et qui n’a pas pris une ride.

Le site diffuse généralement des analyses très documentées et conjoncturelles. Beaucoup de textes de think-tanks américains sont traduits par Henri Lepage et diffusés sur ce site. On trouve aussi des vidéo-conférences qui permettent de voir et d’écouter Pascal Salin, Alain Laurent, Bertrand Lemennicier, Henri Lepage et tant d’autres. Des archives très riches.

 

Subversive Liberty, on the website of Pierre Lemieux

 

Le site de Pierre Lemieux, écrivain libertarien, économiste. Un site subversif, par définition. A consulter d’urgence pour une bouffée d’air frais.

 

 

Bulletins

 

 

Bulletin N° 7 - janvier 2001- interview de Bertrand Lemennicier

 

 

 

 

Textes choisis

 

 

@1  Qui est Friedrich HAYEK

 

@2  Pourquoi je ne suis pas démocrate. Par Christian Michel.

 

@3  CINQ ATTITUDES LIBERTARIENNES ESSENTIELLES     par Martin Masse.

 

@4  LES CAUSES DE LA RÉCESSION - 1 par Murray Rothbard (trad. Martin Masse)

 

@5  World Trade Center…La faillite de l’Etat dans toute son ampleur (Bertrand Lemennicier)

 

@6  Un nouveau manifeste libéral: "libéralisme" de Pascal SALIN

 

@7 Pascal Bernardin : la face cachée du mondialisme

 

@8 AYN RAND (1905-1982)

 

@9 Le libertarianisme expliqué par le professeur LEMENNICIER

 

@10 Epistémologues et charlatans (Marc Grunert)

 

@11 NÉOLIBÉRAL, LIBERTAIRE OU LIBERTARIEN? (Martin Masse)

 

@12 L'analyse de classes marxiste et celle des Autrichiens (H3)

 

@13 Qui est le propriétaire de mon corps ? (François Guillaumat)

 

@14 L'ECONOMIE POLITIQUE SELON LES LIBERTARIENS (Walter Block)

 

 

 

Pour une Europe non harmonisée
Par Pascal Salin

Texte extrait du Journal des Economistes et des Etudes Humaines, vol.1 n°4, décembre 1990.



La construction européenne a été érigée au niveau d'un mythe sacré qu'il est indécent de critiquer. Pour les gardiens de l'orthodoxie, il n'y a pas de salut européen au-dehors de la voie interventionniste, centralisatrice et unificatrice définie par la Commission de Bruxelles.

Construire une super-nation, tel est le rêve de bien des hommes politiques. Disposant de moyens de communication exceptionnels, ils sont par ailleurs maîtres dans le maniement du langage : proposant l’« harmonisation » des fiscalités, des réglementations et des lois, ils donnent le sentiment de construire un monde plus « harmonieux », protégé du désordre et de l'anarchie.

Il suffirait peut-être de remplacer le mot « harmonisation » par le mot « standardisation » pour que le réflexe habituel en faveur des principes bruxellois soit modifié. On prendrait alors conscience que la différenciation est une richesse et qu'au lieu d'avancer vers l'harmonisation européenne il conviendrait au contraire d'assurer une plus grande différenciation des règles et des fiscalités au sein des nations actuelles.

Les richesses des hommes - non seulement matérielles, mais aussi spirituelles et culturelles - proviennent de leurs différences. Ce sont elles qui rendent l'échange possible et profitable. Et l'immense mérite de la civilisation européenne est qu'elle a incité les hommes à se différencier toujours davantage les uns par rapport aux autres. La liberté des marchés et la concurrence en sont l'expression économique : les producteurs cherchent non pas à faire comme les autres producteurs - c'est-à-dire à « harmoniser » leurs productions - mais, bien au contraire, à faire mieux qu'eux. La prospérité du monde moderne est venue de cette recherche continuelle de la différenciation.

Pourquoi ce principe de concurrence, fondé sur le respect de la liberté individuelle, et qui a montré son efficacité dans tant de domaines de l'activité humaine, ne serait-il plus valable lorsqu'il s'agit des activités publiques ? Ne faudrait-il pas donner aux hommes de l'Etat un objectif clair : faire mieux que les autres ? Ce qui exclut la constitution de cartels publics pour imposer à tous les citoyens de l'Europe des impôts, des réglementations, des politiques décidées sans référence à une quelconque norme, autre que celle de l'unification.

Harmoniser ! Est-ce là un objectif digne des êtres humains ? Les hommes ne sont pas les ouvrières interchangeables d'une ruche d'abeilles. Leur donner pour but de vivre dans des environnements semblables les uns aux autres, c'est poursuivre un rêve totalitaire.

Mais, dira-t-on, il n'en reste pas moins que les producteurs français seraient désavantagés si, par exemple, la T.V.A. est plus forte en France que dans d'autres pays européens et si on décide de renoncer au système de remboursement de la T.V.A. à l'exportation. En fait, il n'en est rien, comme le montre le raisonnement économique d'une manière absolument irréfutable. Et il est aussi absurde de vouloir prendre une décision - concernant par exemple la T.V.A. - en ignorant les principes de base de la science économique qu'il le serait de vouloir construire un avion sans connaître les lois de la physique. C'est pourtant ce que font tous ceux qui prétendent que le marché unique implique l'harmonisation des fiscalités.

Il est certes vrai que, dans certains cas, les différences de fiscalité entre pays peuvent avoir des effets importants. Il en est ainsi lorsque des discriminations existent, à l'intérieur d'un pays, entre différentes activités ou différents individus. Ainsi lorsque certains sont particulièrement spoliés par l'impôt progressif sur le revenu, ils sont incités à aller vers des cieux plus respectueux de leurs talents et de leurs efforts. Lorsque l'épargne et le capital sont sur-taxés (comme c'est le cas en France) leurs propriétaires sont incités à les déplacer vers des lieux moins spoliateurs. Or, la mobilité accrue des hommes et des capitaux en Europe effraie des gouvernements habitués à extorquer des sommes importantes de leurs « esclaves fiscaux ». Refusant toute concurrence fiscale qui les conduirait à diminuer ces discriminations, ils essaient alors de constituer un « cartel de spoliateurs » qui adopterait des mesures fiscales semblables aux leurs. La fameuse « fuite des capitaux » due aux différences de fiscalité n'est pas un risque de la construction européenne, dû à l'absence d'harmonisation: elle doit être considérée comme une chance pour des citoyens exploités.

De la même manière, on ne peut trouver aucune justification à l'objectif d'harmoniser les réglementations et les législations, si ce n'est dans la prétention inouïe des législateurs européens à être dotés d'une telle sagesse et d'une telle clairvoyance qu'ils seraient capables de connaître et de décider les meilleures réglementations, les meilleures règles de Droit. C'est aux Européens de décider peu à peu, par leur libre choix, des règles les plus efficaces et les plus justes. On a trop oublié la grande tradition occidentale selon laquelle « le Droit ne se décide pas, il se constate". L'ordre spontané - dont les économistes ont si bien vu les implications, à savoir le marché - a aussi son expression juridique : il faut découvrir la loi et non la faire. Revenir à cette tradition, revenir à l'idée que « le contrat est la loi des parties » ce serait remettre à la jurisprudence la grande tâche d'élaboration du Droit. Faute de revenir rapidement à cette situation, il conviendrait tout au moins qu'un certain degré de concurrence réglementaire juridique puisse exister en Europe : cela impliquerait, par exemple, qu _une entreprise située sur le territoire européen puisse adopter non pas un « statut de la firme européenne », mais un statut conforme à l'une quelconque des législations européennes existantes.

La spoliation fiscale n'est pas moins une spoliation parce qu'elle est harmonisée. La contrainte réglementaire n'est pas moins contraignante, moins arbitraire, parce qu'elle est harmonisée. Les citoyens européens doivent comprendre qu'il est de leur intérêt, de l'intérêt de leurs enfants, de procéder à un renversement total des idées à propos de l'intégration européenne. A l'harmonisation des fiscalités, des réglementations, des lois, il convient de substituer la concurrence et le libre choix des producteurs et des consommateurs. Un marché unique n'est pas un marché unifié, c'est un marché libéré. Une autre conception de l'Europe, fondée sur la concurrence, le respect des droits individuels et la diversité est le seul véritable espoir pour les Européens.

 

 

 

 interview de pascal salin

datée du 23 novembre 2001

 

 

Marc Grunert: Depuis le 11 septembre, on nous somme de prendre
position pour ou contre la "guerre contre le terrorisme" en nous
disant qu'il s'agit de choisir entre deux civilisations. Avez-vous
choisi ?



Pascal Salin: Qu'il faille faire la "guerre au terrorisme" me semble
être une évidence dans la mesure où le terrorisme se définit comme une atteinte aux droits individuels. Ce qui est moins évident est de déterminer qui est en droit de faire cette guerre, mais aussi - si l'on se réfère à la situation actuelle selon les termes de votre question - s'il s'agit de choisir entre deux civilisations.


Le point de départ de la réflexion commence évidemment par le rappel du principe libéral (ou libertarien ?) selon lequel on a le droit de protéger par la force (la "guerre") ses propres droits et le droit d'obtenir une compensation pour les dommages causés par autrui. Il est bien clair par ailleurs que, dans une société parfaitement libertarienne, l'état américain n'existerait pas et qu'il reviendrait aux propriétaires des "Twins" de les protéger contre le terrorisme et de réagir éventuellement aux attaques terroristes, c'est-à-dire de défendre leurs droits. Il convient certes de rappeler qu'une société libertarienne de ce type fonctionnerait, non pas parfaitement car la perfection ne peut pas exister dans les affaires humaines, mais en tout cas mieux que les sociétés étatiques que nous connaissons (la preuve en étant que la protection des "Twins" n'a pas été assurée).

Il serait vain de vouloir décrire dans le détail la manière dont
serait assurée la sécurité dans une société de ce type, précisément
parce que l'un des grands mérites des sociétés libertariennes, c'est
que l'aiguillon de la concurrence conduit constamment à imaginer des solutions nouvelles.


L'une des objections fréquentes que l'on oppose à l'utopie
libertarienne d'un monde structuré en millions ou en milliards de
petites copropriétés en concurrence, c'est qu'il existe toujours le
risque que le monde entier ne soit pas structuré de la même manière et qu'il existe, par exemple, un grand terroriste. Les micro-sociétés libertariennes ne pourraient alors pas se protéger des attaques. Mais cette hypothèse suppose implicitement que les
individus ne sont pas capables d'être conscients des dangers qui les menacent et de trouver les moyens de les éviter. Très probablement, dans une telle situation, les micro-sociétés passeraient des accords mutuels de défense ou adhéreraient à des organisations de sécurité.

Il nous faut certes travailler pour que le monde se dirige vers une
organisation en micro-sociétés libertariennes de ce type. Mais il nous faut aussi vivre dans le présent et savoir donner des réponses pour l'action dans un monde de "second best", un monde qui ne nous satisfait pas. Or, si nous prenons l'exemple des événements effroyables du 11 septembre, la première question qui se pose est la suivante : quelles sont les victimes de ces événements ? Il est évident que les morts et les blessés des "Twins" - ainsi que les propriétaires de tours - sont les premières victimes. Ils sont - eux-mêmes ou leurs ayant-droits - légitimement habilités à demander réparation sous la forme qui leur convient, c'est-à-dire en se vengeant des terroristes et/ou en demandant réparation à leur fournisseur de sécurité défaillant (l'état américain qui a prétendu détenir le monopole de la "sécurité nationale").

Mais la difficulté vient aussi du fait que les terroristes - mus par
un mode de pensée collectiviste - ne s'attaquaient pas spécifiquement aux personnes qui ont été leurs victimes, mais plus généralement à des abstractions collectives, les "Etats-Unis", le "capitalisme américain" ou, peut-être, les "valeurs occidentales". De ce point de vue, d'ailleurs, les réactions de beaucoup d'américains ont été intéressantes: en manifestant, par exemple, leur attachement au drapeau américain,ils manifestaient non pas leur attachement à une attitude nationaliste étroite, mais leur attachement aux valeurs occidentales sur lesquelles,pour eux, les Etats-Unis sont fondés. N'oublions pas, en effet, que la Constitution américaine avait pour but de défendre - outre la liberté des échanges entre les Etats américains - la liberté individuelle contre les empiétements du pouvoir (ce qu'elle n'a pas bien réussi à faire, évidemment). Et si l'on peut considérer que l'état américain, malgré la terrible dérive des deux siècles passés, reste malgré tout l'expression de cette idée, on peut considérer sa réaction à l'égard des terroristes comme légitime.


Il me paraît donc justifié que ceux qui croient à des principes
s'organisent collectivement pour défendre leur droit à vivre selon ces principes (s'ils ne portent pas atteinte aux droits des autres). Si les valeurs occidentales signifient le respect et la défense des
droits individuels, je n'ai aucune hésitation à dire que je souhaite
voir défendre ces valeurs. Mais je me refuserais cependant à
qualifier le conflit actuel de conflit entre deux civilisations dans
la mesure où il serait erroné de considérer les terroristes, par
exemple, comme les défenseurs des "valeurs de l'Islam". En résumé je n'ai pas de problèmes de conscience en prenant position pour la "guerre contre le terrorisme", mais je ne l'interpréterais pas pour autant comme l'expression d'un conflit de civilisations (mais peut-être comme un conflit de valeurs)



M.G.: Comment interprétez-vous les attentats du 11 septembre ? Quelle est, selon vous, la responsabilité de l'Islam dans le conflit
actuel ? La pauvreté et le capitalisme sont-ils des causes de ces
attaques contre l'Amérique ?



P.S.: N'étant pas un spécialiste de l'Islam, je me garderai de donner ma propre opinion sur l'éventuelle responsabilité de l'Islam dans les attentats du 11 septembre. Je suis frappé de voir que des commentaires diamétralement opposés ont été publiés à cet égard par des personnes que l'on peut a priori considérer comme des "experts" de ces questions. Je préférerais en tout cas, pour ma part, parler non pas de "responsabilité (ou de non-responsabilité) de l'Islam", mais de "responsabilité (ou de non-responsabilité) de personnes se réclamant de l'Islam". Or, croire à la responsabilité, c'est croire à la liberté et c'est donc refuser d'être esclave d'un texte ou d'une religion : autrement dit, le fait d'être musulman n'exonère personne de sa propre responsabilité, quelle que soit l'interprétation que l'on puisse donner des textes du Coran.

Mais par ailleurs, il est également bien clair que tout texte est
susceptible d'interprétation et c'est là que peut se glisser une marge de liberté humaine.

Par ailleurs, même si certains pensent que l'Islam conduit
nécessairement à la "guerre sainte", cela ne peut pas constituer une raison suffisante pour faire la "guerre à l'Islam". Le droit de se
défendre n'implique en effet pas le droit d'attaquer des ennemis
potentiels. Il implique seulement le droit de se protéger et le droit
de demander compensation pour les dommages causés. Aussi longtemps que des droits concrets ne sont pas attaqués, il n'y a pas de justification à la "guerre". Et si l'on pense que certaines
convictions sont fausses et même dangereuses, au lieu de leur faire la guerre, ne faut-il pas plutôt essayer de convaincre, comme le recommandait Frédéric Bastiat dans ce beau texte : "L'Unité doit
résulter de l'universel assentiment de convictions libres et de la
naturelle attraction que la vérité exerce sur l'esprit des hommes .
Tout ce qu'on peut donc demander à la loi, c'est la liberté pour
toutes les croyances, quelque anarchie qui doive en résulter dans le monde pensant . Car, qu'est-ce que cette anarchie prouve ? Que
l'Unité n'est pas à l'origine, mais à la fin de l'évolution intellectuelle." ("Justice et fraternité") .

Il me paraît en tout cas ridicule de proclamer, comme cela a été trop fréquemment fait depuis le 11 septembre, que la pauvreté et le capitalisme ont été la cause des attaques. C'est confondre causes et conséquences. En effet, le mépris porté à la liberté individuelle conduit évidemment à la pauvreté. Il conduit aussi au terrorisme. L'un et l'autre sont la conséquence d'un manque de capitalisme.



M.G.: L'utopie libérale d'une société libre est-elle menacée par cette guerre selon vous ?



P.S.: L'utopie libérale n'est pas menacée par cette guerre, parce que les principes sont universels et éternels et que les chaos de la vie ne peuvent pas les atteindre. Ce qui est par contre caractéristique de notre époque et du manque de culture de nos concitoyens, c'est qu'on a vu fleurir partout l'idée absurde selon laquelle ces attentats étaient la preuve qu'une société libérale ne pouvait pas fonctionner correctement, en particulier parce qu'elle était incapable de se défendre. Nombreux sont donc ceux qui appellent à un renforcement des pouvoirs étatiques. Il n'est sans doute pas nécessaire d'expliquer en détail l'absurdité de cette position.



M.G.: Le mondialisme politique, l'intégration politique, que vous avez critiqués dans votre livre, Libéralisme, semble être un concurrent sérieux de la mondialisation. Cette action anti-terroriste ne va-t-elle pas inverser les rapports de force entre ces deux événements ?



P.S.: Effectivement, là où la politique avance, la liberté et la
prospérité reculent. L'intégration politique va à l'encontre de
l'intégration économique. Malheureusement, beaucoup de nos
concitoyens voient d'un bon oeil le renforcement de l'intégration
politique et se méfient de l'intégration économique
(la"mondialisation"). En réalité, la mondialisation signifie
seulement un accroissement de la concurrence. Et pour qu'elle soit en harmonie avec la politique, il faudrait donc que la politique
devienne, elle aussi, plus concurrentielle : au lieu de centraliser
les pouvoirs, il faudrait au contraire les fractionner, les
rapprocher des citoyens et les mettre en concurrence.


Je ne prétends pas, pour ma part, jouer les devins et être capable, de prévoir, par exemple, si les événements récents vont renforcer ou non l'intégration politique. On sait bien que la guerre a presque toujours été un instrument de renforcement des pouvoirs étatiques. Mais il serait excessif d'interpréter la situation actuelle comme une situation de guerre mondiale qui autoriserait les gouvernements à mobiliser les citoyens pour une action commune. Il s'agit de phénomènes localisés et spécifiques. Certes, devant la crainte d'un ralentissement économique, on voit renaître les propositions en faveur de politiques publiques de relance (qui sont en fait essentiellement nuisibles). Mais peut-être devrions-nous aussi faire confiance, en particulier, à tous ces américains qui sont prêts à défendre leur liberté contre les emprises étatiques. Le monde a changé depuis que Ronald Reagan les a aidés à retrouver l'inspiration initiale de leur société.



M.G.: Que vous inspire la remise du Prix Nobel de la paix au
secrétaire général de l'ONU ?



P.S.: Sans doute pas de l'étonnement car le jury du Prix Nobel de la paix est coutumier de ce genre de décisions; mais évidemment de l'agacement. En effet, l'ONU et son secrétaire général sont les
instruments de la collusion inter-étatique et de la cartellisation du
pouvoir. Il serait vain d'imaginer - et l'expérience le prouve -
qu'une telle organisation puisse être un facteur de paix. Elle
transfère à l'échelle du monde le mythe de l'absolutisme
démocratique, comme si une décision pouvait être juste - pouvait donc conduire à la paix entre les hommes - parce qu'elle est prise à la majorité des voix. Il se passe à l'ONU ce qui se passe dans toute démocratie : on exacerbe les conflits - alors que le marché les supprime - on foule aux pieds les droits des minorités.



M.G.: Vous êtes un libéral cohérent. Alors, selon vous, peut-on en
appeler à l'Etat pour garantir la sécurité des citoyens ? Dans une
période de crise internationale, l'intellectuel libéral que vous êtes
n'est-il-pas tenté par le pragmatisme ?



P.S.: Il est évident que je ne crois pas que l'Etat soit capable de
garantir la sécurité des citoyens. En effet, les hommes de l'Etat
sont, par nature irresponsables et l'Etat fait donc toujours moins
bien que des personnes privées unies par des liens contractuels.
L'idée qu'il faille un Etat pour assurer la sécurité des citoyens est
l'un des grands et dangereux mythes de nos sociétés. Nous sortons d'un XXème siècle atroce et qui a été atroce précisément parce que les Etats se sont faits la guerre. Ce sont les hommes de l'Etat, non les "marchands", qui sont responsables des dizaines de millions de morts qui ont jalonné ce siècle. Est-ce là la sécurité ?


Et nous voyons, à une autre échelle, dans la vie quotidienne, que
l'Etat est totalement incapable d'assurer notre sécurité. C'est lui
qui a construit les banlieues sinistres et les HLM-poulaillers, c'est
lui qui a favorisé une immigration de mauvaise qualité, c'est lui qui
est incapable de sévir, c'est lui qui a le monopole d'une justice
peureuse et sans moyens.

Mais il est vrai que la tentation du pragmatisme existe toujours car
devant les dangers immédiats, à l'intérieur comme à l'extérieur, on est tenté de se retourner contre la seule force qui existe, à savoir le monopole étatique (qui tient sa position précisément du fait qu'il interdit aux autres de le concurrencer). Nous devons évidemment souhaiter que, dans l'immédiat, l'Etat assure le mieux possible notre sécurité, mais demander en même temps qu'il soit concurrencé dans ces tâches.

 


M.G.: Le 2 décembre devrait avoir lieu la "marche pour le
capitalisme" partout dans le monde. Dans le contexte actuel, cette
marche a-t-elle des chances de succès ?



Pascal Salin: Qu'est-ce que le succès ? Cette marche réunira
probablement un nombre limité de gens, d'une part parce que les
moyens pour l'organiser sont rares, d'autre part parce que les
esprits ne sont pas encore préparés à défendre le capitalisme, alors qu'ils entendent dire tous les jours que le capitalisme est à la
source de tous leurs maux. Mais le vrai succès c'est que cette marche existe. Elle est donc, d'ores et déjà un succès. Je m'en réjouis profondément, car elle est un signe annonciateur d'un changement. Et l'on peut espérer que, d'année en année, elle prendra de l'importance et qu'elle contribuera à faire comprendre que défendre le capitalisme c'est défendre l'humanisme.

 

 

 

humour

 

Salma Hayek vs. Friedrich Hayek Scorecard