Le chocolat

Le chocolat

 


Sommaire :

 

1 – Introduction

2 – Le chocolat et son histoire

3 – Le chocolat : sa fabrication

4 – Les différentes sortes de chocolat

5 – Le chocolat dans le monde et les grands noms du chocolat

6 – Le chocolat : ses accessoires, ses collections

7 – La symbolique du chocolat

8 – Le chocolat : un plaisir qui nous fait du bien

9 –  Conclusion

10 – Pour les fous du chocolat

11 – Quelques recettes à bases de chocolat

12 – Quelques anecdotes relatives au chocolat

13 – Les bonnes adresses du chocolat

14 – Dictionnaire des termes employés

15 – Bibliographie


 

1 – Introduction

 

Vous souvenez-vous du plaisir extraordinaire que nous éprouvions, enfants, quand au retour de l’école nous étions avertis par l’exquise odeur qu’un gâteau au chocolat couronnerait le dessert ou le goûter ?

Le chocolat est une ivresse sans déchéance, il n’est pas raisonnable de s’en priver ! Déballer la plaque de fondant, bien noir. Humer les yeux fermés ce parfum de velours, sucré corsé. Briser quelques barres pour la préparation et passer le bout d’un index mouillé sur le papier d’argent puis lécher l’index. Vous voici au point de non-retour

 

Bonsoir,

 

Si ce soir, j’ai choisit de vous présenter le chocolat, ce n’est pas uniquement parce que son histoire est étroitement liée à la colonisation et à la conquête du nouveau monde, mais aussi parce qu’il est pour moi une véritable passion.

Si je devais caractériser mon principal péché, ce serait sans conteste celui de gourmandise…

Le chocolat pour moi, c’est synonyme de plaisir, de douceur, de force et même de besoin…

Sans chocolat, je suis en manque, je ne peux vivre sans… Je suis ce que les psychologues appel une chocolatomane…


2 – Le chocolat et son histoire

 

Bien avant de désigner une friandise à croquer le mot “chocolat” évoquait uniquement un breuvage chaud. Né des multiples et subtiles transformations des graines issues du fruit du cacaoyer, le chocolat garde depuis les conquistadores l’image d’un produit d’exception.

 

2.1. L’Amérique Précolombienne

 

Le berceau du cacaoyer est probablement la région située entre le haut Orénoque et le bassin de l’Amazone, aux confins de la Guyane. Certains animaux, friands de la pulpe acidulée qui entoure les fèves de cacao, ont peu à peu disséminé des semences de cacaoyer, arbre dont le territoire s’est développé jusqu’au mexique. Le cacaoyer est longtemps resté sauvage; il aurait ensuite été cultivé par les Olmèques, probablement les premiers consommateurs de cacao. Ce fut certainement en observant les animaux qu’ils eurent l’idée de consommer ces graines, après les avoir chauffées et pilées comme ils le faisaient pour le maïs. A partir de cette époque se développa autour du cacaoyer une véritable mythologie, qui allait lui donner son aura exceptionnelle.

 

2.1.1. La civilisation maya

 

Les Mayas de la période classique (du IIIe au Xe siècle) l’intègrent déjà dans leur monde sacré. Ek Chuah, dieu des Marchands et du Cacao, est représenté par des sculptures et des peintures sur les vases funéraires, ainsi que par des illustrations dans les codex, livres rituels préhispaniques. Ils consomment le chocolat sous forme de boisson froide, le Xocoatl. La culture du cacaoyer fait alors l’objet de rites précis. Lorsqu’on le plante, on lui rend honneur en sacrifiant un chien dont le pelage porte des taches couleur cacao. Avant les semailles, les meilleures graines sont exposées quatre nuits durant aux rayons de la lune, et les semeurs doivent demeurer chastes pendant cette période ; le cinquième jour, celui où les graines sont mises en terre, ils sont autorisés à retrouver leur femme. Les fèves, qui servent d’unité de poids, font parties des cadeaux offerts lors des étapes marquantes de la vie.

La civilisation maya classique s’étiole à partir du Xe siècle, victime semble-t-il du manque de terres arables et de la sécheresse. Les grandes cités mayas sont alors abandonnées à la forêt.

 

2.1.2. La légende du serpent à plume

 

Du Xe au XIIe siècle, les Toltèques dominent le Mexique. Dans leur capitale, Tula, à quelques kilomètres au nord de l’actuel Mexico, règne vers 980 le roi-prêtre Quetzalcóatl, le “serpent à plumes”, vénéré comme un dieu. La légende raconte que ce gardien du Jardin des Fils du Soleil vola une fève de cacaoyer et l’offrit aux hommes afin de les “consoler d’avoir à vivre sur terre”. Il leur montra comment cultiver le cacaoyer et en tirer une boisson. Désireux de devenir immortel, il s’adressa au sorcier Tezcatlipoca, lequel, jaloux de la grande fortune du roi, lui fit absorber un philtre qui rend  fou. Quetzalcóatl s’enfuit vers le rivage et s’embarqua sur un radeau fait de serpents entrelacés. Avant de s’éloigner vers l’est, il promit de revenir en une année placée sous le signe du Roseau et de rétablir alors son autorité.

 

2.1.3. Les Aztèques

 

A la fin du XIIe siècle, une tribu chichimèque, les Aztèques prend petit à petit le contrôle de la plus grande partie du Mexique, et commence à envahir le territoire maya dans la seconde moitié du Xve siècle.

Les Aztèques conservent alors l’usage des fèves de cacao, aussi bien comme monnaie d’échange que pour payer les tributs au roi. C’est de leur langue que nous vient le mot “cacao”, qui dérive de cacahuatl, prononcé “kakawa”. Les Aztèques apprécient le chocolat, boisson fortifiante et réputée aphrodisiaque. Ils le boivent froid, tiède ou chaud.

Les graines des fruits du cacaoyer sont séchées au soleil, puis rôties. Débarrassées de leurs coques, les fèves sont alors écrasées sur une pierre chauffée à l’aide d’un rouleau de pierre. Ensuite, les gens du peuple mélangent la pâte obtenue à une bouillie de maïs. Les plus riches y ajoutent du piment, des épices et de la vanille, parfois du suc d’agave. Le roi, quant à lui, boit cette pâte de cacao pure, mélangée avec de l’eau et chauffée.

A cette époque, le chocolat est réputé combattre la fatigue, soigner les troubles digestifs, et préserver des morsures de serpent. La graisse de cacao sert à préparer des onguents pour soigner les plaies, les brûlures et les hémorroïdes, et elle entre aussi dans la composition de produits de beauté.

 

2.2. Les conquistadores et le chocolat

 

2.2.1. Christophe Colomb : le rendez-vous manqué

 

Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas Christophe Colomb qui fait connaître le chocolat aux européens. Il découvre les fèves de cacao lors de ce quatrième voyage, le 30 juillet 1502, près de l’île de Guanaja (au large de l’actuel Honduras). Il semble qu’à cette époque Charles-Quint n’ait guère apprécié le chocolat que lui firent goûter les indigènes, et n’y ait dès lors guère prêté attention.

 

2.2.2. La bonne fortune de Cortés

 

Selon certaines prédictions, le dieu Quetzalcóatl devait revenir le neuvième jour du mois du Vent d’une année du Roseau, c’est-à-dire le 21 avril 1519, jour où Hernán Cortés débarque sur la côte de l’actuel Etat du Tabasco. Le roi Aztèque Moctezuma II semble alors persuadé que Cortés est bel et bien Quetzalcóatl, de retour chez lui. C’est ainsi que le conquistador, avec une poignée d’homme seulement, se rend maître de l’Empire Aztèque, pourtant très bien organisé et fort de onze millions d’habitants. Parmi les présents que Cortés reçoit, il y a notamment une plantation de cacaoyers de vingt mille pieds carrés, dont il comprend vite la  valeur.

 

2.2.3. Le secret du chocolat

 

Les espagnols installés dans ces « Indes occidentales », également nommée Nouvelle-Espagne, n’apprécient pas d’emblée le chocolat. Benzoni ira même jusqu’à dire : « ce mélange ressemble plus à une lavasse pour les porcs qu’à une boisson destinée aux humains. » Mais des religieuses d’Oaxaca améliorent le goût du chocolat en lui ajoutant du sucre de canne, du musc et de l’eau de fleur d’oranger, et en diminuant la quantité d’épices. Le chocolat liquide devient alors une boisson très appréciée. A cette époque, les religieuses et moines espagnols du Mexique commencent à fabriquer du chocolat « solide » sous forme de pastilles.

L’engouement pour le chocolat, boisson qui ne rompt pas le jeûne, se propage rapidement. Les conquistadores cherchent alors à maîtriser la culture des cacaoyers, et pour cela soumettent les Aztèques à un « travail forcé ». Ils envoient du chocolat à leur mère patrie dès 1527. Ils acheminent longtemps le produit fini pour garder le secret de leur savoir-faire, mais, confrontés à des problèmes de conversation sur les bateaux, ils sont finalement contraints d’expédier les fèves et leur précieuse recette. Le premier envoi officiel de fèves de Veracruz à destination de Séville a lieu vers 1585, bientôt suivi de l’ouverture de chocolateries en Espagne. Le chocolat, d’abord considéré comme un médicament, devient vite une boisson recherchée.

 

2.3. La diffusion du chocolat en Europe

 

La cour d’Espagne est, bien entendu, la première à adopter le chocolat, dès la fin du XVIe siècle. Grâce aux voyageurs et aux marchands, la « boisson des dieux » se répand ensuite lentement dans toute l’Europe. Les Flandres et les Pays-Bas, qui sont alors la plaque tournante du commerce des épices et des produits exotiques, voient très probablement arriver le cacao dans leurs ports au tout début du XVIIe siècle.

A la même époque en Italie, le chocolat, sans doute importé par le marchand florentin Francesco Carletti, voit son usage se répandre rapidement, en particulier grâce aux jésuites, qui pratiquent le commerce très lucratif du cacao. Le chocolat entre dans de nombreuses recettes : sauce pour lasagnes composée d’amandes, d’anchois, de noix et de chocolat ; sorbet au cacao…

Le chocolat arrive en Autriche via l’Italie vers 1640 par l’intermédiaire de moines, mais sans susciter d’engouement particulier jusqu’à ce que Charles VI revienne d’Espagne, où il a pris goût au chocolat avant de devenir empereur germanique.

Parallèlement, le chocolat fait son apparition en Prusse grâce à Johann Georg Volckamer, qui l’a découvert à Naples. Considéré comme un breuvage à usage médicinal pendant plusieurs dizaines d’années, le cacao trouve en Cornelius Bontekoe, qui lui consacre un traité en 1685, un ardent défenseur. Le chocolat connaît alors un succès tel que Frédéric Ier le taxe lourdement en 1704 afin de limiter son importation. La première chocolaterie allemande sera crée en 1756, à Steinhude, par le prince Guillaume de Schaumburg-Lippe.

En 1579 après avoir pris d’assaut un navire espagnol, des corsaires britanniques jettent par-dessus bord son chargement de fèves de cacao, estimant qu’il s’agit de « crottes de bique ». Les Anglais n’entendent ainsi parler du cacao qu’en 1633, par le botaniste John Gerard, et du chocolat par John Gage qu’en 1648, dans la première édition de ses récits de voyage.

 

2.3.1. Un trésor de guerre incomparable

 

En 1655, l’île de la Jamaïque, grande productrice de cacao, jusqu’alors sous domination espagnole, est prise par les Anglais. L’île exporte dès lors des fèves vers l’Angleterre, où le chocolat commence à être consommé, notamment le matin au lever.

En 1657, un Français ouvre à Londres une boutique au Queen’s Head Alley, dans Bishopgate Street, où les Anglais viennent découvrir le breuvage exotique. Dès 1674, le chocolat est vendu prêt à déguster sous forme solide dans une autre boutique, The Coffee Mill and Tobacco Roll, en « boudins à l’espagnole » et en « pastilles ».

Contrairement à ce qui se passe dans les autres pays d’Europe, le chocolat n’est pas uniquement consommé chez soi en Angleterre, mais aussi dans des lieux de dégustation et de rencontre, les chocolate houses, qui servent un chocolat préparé avec du lait et volontiers agrémenté d’un jaune d’œuf et d’un doigt de madère.

La Suisse, qui deviendra l’une des plus importantes patries du chocolat, n’y est initiée que tardivement, en 1697, par le bourgmestre de Zurich Henri Escher, qui en avait goûté sur la Grand-Place de Bruxelles.

Plus tard, la colonisation de l’Afrique et de l’Asie par diverses puissances européennes contribue à étendre les plantations de cacaoyers dans le monde. L’approvisionnement en cacao des pays qui s’ouvrent à la production industrielle de chocolat est ainsi assuré.

 

2.4. Le chocolat en France

 

« Il était une fois un ange qui guida un mystérieux voilier aux flancs garnis de cacao jusqu’au port de Bayonne. Il offrit les fèves à ses habitants et leur apprit même l’art de faire du bon chocolat. » Cette légende confère une certaine poésie à l’entrée du chocolat en France.

La réalité est plus prosaïque et moins plaisante. Des chocolatiers juifs, chassés d’Espagne lors de pogroms, se réfugient au Portugal. Comme ils y sont victimes de nouvelles persécutions, ils se dirigent alors vers la France et s’établissent à Bayonne, probablement au milieu du XVIIe siècle, où ils préparent le chocolat directement chez les particuliers.

 

2.4.1. Une boisson royale

 

Le chocolat est officiellement introduit en France en 1615 par Anne d’Autriche, fille du roi Philippe III d’Espagne, quand elle épouse Louis XIII. Grande consommatrice de chocolat, elle s’en fait l’ambassadrice à la cour de France. Le breuvage entre ainsi peu à peu dans les mœurs des gens fortunés, qui le consomment au lever, au souper et dans les alcôves, en prélude aux jeux de l’amour. En 1660, Louis XIV épouse Marie-Thérèse d’Autriche, fille de Philippe IV d’Espagne. L’infante adore le chocolat, mais cette passion n’est pas partagée par son royal époux, qui estime que « cet aliment trompe la faim mais ne remplit pas l’estomac » ; la reine n’en continuera pas moins à boire du chocolat en cachette. En 1681, l’Etat s’empare du négoce du cacao et s’en adjuge le monopole ; Le chocolat, alors défendu par nombre de médecins, voit son usage se répandre, mais en 1692, Louis XIV le taxe lourdement pour financer l’effort de guerre. Un an plous tard, le roi crée la corporation des limonadiers, lesquels, après quelques aléas, se retrouvent à la tête du commerce du chocolat.

Il existe à l’époque de multiples recettes de chocolat chaud. En 1692, monsieur Saint-Disdier donne la suivante : 2 livres (900g) de cacao préparé, 1 livre (450g) de sucre fin, 3 drachmes (10g) de cannelle, 1 scrupule (1.2g) de poudre de clou de girofle, 1 scrupule de poudre de piment, et 1.25 onces (35g) de vanille. Certains ajoutent du musc et de l’ambre gris. Les épices, le musc et l’ambre ont la réputation d’être aphrodisiaques, aussi le chocolat chaud est-il complice des ébats amoureux.

 

2.4.2. Une démocratisation bien lente

 

Le chocolat reste une denrée chère. Le peuple se contente d’en rêver ou d’y tremper subrepticement ses lèvres, comme le fait Despina, la servante dans Cosi fan tutte de Mozart.

Si le commerce du cacao s’effondre avec la Révolution française, il reprend dès que l’Empire redonne un peu de stabilité au pays. La culture du cacao et la demande croissante de sucre contribuent alors à faire perdurer l’esclavage des Noirs, pourtant de plus en plus controversé par les philosophes ainsi que les économistes libéraux.

Napoléon Ier lui-même raffole du chocolat, auquel il prête de multiples vertus ; il boit volontiers plusieurs tasses, servies par son fidèle maître d’hôtel. C’est pourtant son neveu Napoléon III qui fera entrer ce produit dans des foyers plus modestes. « Le chocolat n’est pas une marchandise de luxe, ce n’est point une gourmandise. Ses propriétés hygéniques sont incontestables et incontestées et, parce qu’il est doué d’un arôme et d’une saveur qui flattent l’odorat et le palais, il entre dans les denrées de grande consommation dont je proclame le dégrèvement fiscal. Car il est physiquement et moralement salutaire », déclare-t-il le 5 janvier 1860. Sans doute rappelle-t-il ce jour de la bataille de Solférino où il n’eut pour se nourrir qu’une tablette de chocolat trouvée dans une sacoche de sa selle. Cette défiscalisation ne met pas pour autant le chocolat à la portée de tous. Il faudra attendre l’ère industrielle, qui permettra de proposer à la vente un chocolat de qualité à bon marché.

 

2.5. Le chocolat et l’église

 

Le chocolat déclencha une réelle polémique dans le monde religieux dès la seconde moitié du XVIe siècle. Omniprésente dans la vie quotidienne, l’Eglise influe sur les pratiques alimentaires, avec les jours gras et les jours maigres, et la notion de péché de gourmandise.

 

2.5.1. Aliment ou boisson ?

 

En 1523, le pape Clément VII reçoit du père Petrus Martyre de Angleria un rapport dans lequel l’auteur constate que « le chocolat n’est pas seulement une boisson utile et délicieuse, mais les fèves de cacao qui servent de monnaie ne permettent pas l’avarice car elles ne peuvent se conserver longtemps ». Ce breuvage, qui de surcroît n’enivre pas, réunit donc toutes les qualités requises pour être en odeur de sainteté !

L’usage du chocolat se répand rapidement dans les couvents et les monastères espagnols, où il est apprécié tant pour son goût que pour ses vertus nutritives. A partir de 1569, certains théologiens pensent, devant cet engouement que le chocolat est un aliment plutôt qu’une boisson, et que par conséquent en consommer rompt le jeûne. Chargé de trancher sur ce sujet, le pape Pie V se fonde sur la doctrine de saint Thomas d’Aquin (liquidum non frangit jejunum) et décide que, le chocolat restant une boisson, l’on peu en consommer les jours maigres. Après sa mort, en 1572, des hommes d’Eglise scrupuleux s’interrogent à nouveau sur la nature du chocolat. La controverse fait rage jusqu’en 1664, où le débat semble clos.

Elle est ravivée un demi-siècle plus tard par des médecins avant d’être définitivement abandonnée par l’Eglise, au bénéfice du chocolat. En 1740, le pape prit même l’habitude, lors des cérémonies de canonisation, d’offrir du chocolat aux officiers de sa garde, en quantité variable selon leur grade. Aujourd’hui, le péché de gourmandises est toujours l’un des sept péchés capitaux, même si c’est celui qu’on pardonne le plus aisément. Considéré comme un péché véniel auquel il est humain de succomber, il est même devenu un argument publicitaire pour vendre le chocolat.

 

2.6. Chocolat et faculté

 

Très tôt les médecins sont sollicités pour donner leur avis sur cette boisson parée de vertus médicinales et aphrodisiaques, et réservées aux personnages influent de l’époque. On croit alors que le corps se définit par quatre humeurs – le sang, la pituite (ou phlegme), la bile jaune et la bile noire (ou atrabile, ou mélancolie) – et que les maladies sont dues à un déséquilibre entre ces diverses substances. Le principe de tout traitement est donc de combattre le mal par son contraire : on prescrit une substance froide pour les bilieux et les sanguins, une substance chaude pour les phlegmatiques et les mélancoliques.

 

2.6.1. Le chaud et le froid

 

Dans cette optique, chaque aliment doit être classé en fonction de sa nature : chaude ou froide. Dans quelle catégorie situer le chocolat ?

On réclame donc l’avis des hommes de science. Certains médecins partent du principe que le cacao est froid ; si l’on combat cette tendance en y ajoutant des épices, considérées comme chaudes, le mélange obtenu sera tempéré. D’aucuns s’opposent à cette conception, arguant que la graisse contenue dans le cacao fait de ce dernier une substance chaude, car le feu requiert des matières huileuses.

La plupart des ouvrages publiés à cette époque sur le chocolat sont écrits par des médecins, qui détaillent les bienfaits qu’il procure ou les risques liés à sa consommation. Là encore, les débats sont épiques : certains lui attribuent un nombre incalculable de méfaits alors que d’autres le parent de toutes les vertus !

 

2.6.2. Du côté des apothicaires

 

Dès 1720, les propriétés médicinales du chocolat, auxquelles s’ajoutent celles des substances qui lui sont souvent adjointes (poivre, vanille, cannelle, clous de girofle, anis, noisettes, amandes, musc, gousses de campêche, etc.), donnent à l’apothicaire M. de Caylus l’idée de créer des « chocolats médicinaux ». Il suggère de masquer le mauvais goût de certains remèdes en les incorporant à du chocolat. Dans la pratique, cette idée ne sera réellement exploitée qu’au début du XIXe siècle, c’est-à-dire près de cent ans plus tard.

Beaucoup de pharmaciens se mettent alors à fabriquer des pastilles médicinales au chocolat. Certains, par exemple Debauve et Menier, abandonnent rapidement leur premier métier pour devenir en fait chocolatiers à part entière. Chez les pharmaciens, on trouve en vente libre une multitude de préparations à base de chocolat, de plantes et de substances chimiques (salep de Perses, lichen d’Islande, fer, magnésie, sublimé corrosif) pour soigner la fatigue, l’anémie, la constipation, la toux, les vers et même … la syphilis. Consécration suprême quoique tardive, le chocolat fut inscrit en 1866 à la pharmacopée française.

Pour être dégusté comme il convient, le chocolat s’entoure au fil des siècles de divers ustensiles, du plus simple au plus raffiné. Qu’ils soient en bois, en or ou en porcelaine, tous n’ont qu’un objectif : exalter le goût du breuvage.

 

2.7. La naissance de l’industrie chocolatière.

 

Le XVIIIe siècle est marqué dans tous les domaines par l’essor des techniques, notamment par l’invention puis le perfectionnement de la machine à vapeur. Le chocolat bénéficie également de ces progrès, et l’industrie chocolatière voit le jour

 

2.7.1. Vers la mécanisation

 

La première chocolaterie fonctionnant grâce à la force hydraulique est créée à Bristol en 1728 sous l’impulsion de Walter Churchman. Jusqu’alors artisanales, les fabriques de chocolat se mécanisent progressivement en Europe. S’installant tout d’abord sur un fleuve ou une rivière pour profiter de la force hydraulique, elles utilisent par la suite des machines à vapeur.

En France, la Compagnie des chocolats et thés pelletier &Cie, fondée en 1770 (devenue Schaal en 1871), est la première chocolaterie industrielle à voir le jour. Dix ans plus tard, les chocolateries de Bayonne utilisent des machines à vapeur et la ville accueille la première fabrique mécanique de chocolat. En 1811, le Français Poincelet met au point un mélangeur de fèves de cacao.

 

2.7.2. La révolution Van Houten

 

Ces chargements sont bien sûr fort importants, mais la découverte de Coenraad Johannes Van Houten va révolutionner le petit monde de l’industrie chocolatière. Ce pharmacien hollandais met au point en 1825 la fabrication de la poudre de cacao. En cherchant le moyen d’extraire le beurre de cacao autrement qu’en l’écumant du chocolat bouillant, il crée une presse hydraulique qui produit des « gâteaux », ou « tourteaux », de produit sec, qu’il suffit alors de pulvériser. Pour faciliter sa solubilité dans l’eau, la poudre est ensuite traitée avec des sels alcalins, selon le procédé appelé dutching, ce qui contribue en outre à donner au breuvage un arôme plus doux et une couleur plus sombre. La production de cacao en poudre pur et dégraissé fera disparaître peu à peu la boisson épaisse et mousseuse qui seule existait à cette époque. La fabrication industrielle du chocolat, sous forme solide ou liquide, peut alors se développer pleinement. La maison anglaise J.S. Fry & Sons exploite rapidement la découverte du pharmacien hollandais. Cette famille de quakers avait déjà innové, en 1789, en broyant les fèves de cacao grâce à l’énergie d’un moteur à vapeur de Watt. En 1847, l’adjonction de beurre de cacao extrait selon la « méthode Van Houten » rend la pâte plus malléable, ce qui lui permet d’être coulée dans des moules. C’est la naissance des tablettes de chocolat moulées, qui portent le nom français (langue en vogue pour tout ce qui touche à l’art culinaire) de « chocolats délicieux à manger ».

A l’exception du conchage, mis au point par Rodolphe Lindt en 1879, les principales techniques de fabrication du chocolat à grande échelle sont toutes opérationnelles au milieu du XIXe siècle. En passant de la boisson à la tablette, le chocolat multiplie ses modes de consommation.

 

2.8. Du Banania au bouchées chocolatées.

 

Le chocolat poursuit son évolution au XXe siècle avec l’apparition des farines chocolatées, qui entrent dans tous les foyers à l’heure du petit déjeuner ou à celle du goûter des enfants. En 1909, lors d’un voyage au Nicaragua, Pierre Lardet goûte une boisson, à base de cacao, de sucre, de céréales pilées et de farine de banane. Il en modifie légèrement la recette et met au point la recette du « Banania » : une farine chocolatée dont la publicité promet au consommateur « énergie, vigueur, santé et force ». Le succès de Banania s’appuie sur l’idéologie coloniale : l’homme noir produit et sert, l’homme blanc consomme. L’Antillaise et le tirailleur sénégalais au visage souriant, accompagné de son slogan, préfigureront l’association qui se fera très vite entre le chocolat et l’homme noir. La tête du tirailleur sera stylisée sur fond jaune (la couleur de la banane) dans les années 1930. Un bambin blond attirera les jeune consommateurs dans les années 1990, à l’heure du politiquement correct, mais la mode de l’authentique fera par la suite réapparaître le tirailleur sénégalais sur les boîte de Banania « recette historique ».


3 – Le chocolat et sa fabrication

 

Arbre de vie chez les Mayas, né du sang d’une princesse pour les Toltèques, don divin pour les Aztèques, le cacaoyer est un arbre chargé de symboles.

 

3.1. Le cacaoyer

 

D’abord appelé Amygdala pecunaria, « fève monnaie », le cacaoyer est rebaptisé Théobroma, mot d’étymologie grecque signifiant « nourriture des dieux », par Carl von Linné en 1737. Dans la première édition de son Species plantarum, parue en 1753, le célèbre naturaliste y adjoint le terme « cacao » pour créer la dénomination botanique actuelle : Théobroma cacao. Le cacaoyer fait partie de la famille des sterculiacées, il ne croît que sous le climat chaud et humide des pays équatoriaux. L’arbre produit des fruits appelés « cabosses », dès sa deuxième année pour une variété hybride et à partir de sa cinquième année pour la variété criollo. Il donne ensuite des fruits pendant une période de vingt à cinquante ans, selon la qualité du sol. Le climat tropical ne connaissant pas de saisons bien tranchées, fleurs, jeunes fruits et cabosses arrivées à maturité coexistent sur le cacaoyer tout au long de l’année. La cabosse est longue de 10 à 35 centimètres, pèse de 200 à 1000 grammes et contient une quarantaine de graines enveloppées dans une pulpe blanchâtre. Longues de 2 à 3 centimètres, ces graines pèsent chacune de 1.3 à 2.3 grammes ; elles sont appelées « fèves » après fermentation et séchage.

 

3.2. La culture du cacaoyer

 

Le cacaoyer exige un écosystème précis : il demande une température comprise entre 18 – 21 °C et 30 – 32 °C ; la pluviosité doit être élevée, de 1500 à 2000 millimètres par an, car une ambiance très humide est indispensable à cet arbre, vulnérable aux vents desséchants. La mi-ombre protectrice dont il à besoin lui est apportée par d’autres arbres – érythrine, bananier ou cocotier -, appelés par les indigènes d’Amérique latine madre del cacao. Le terrain doit être situé à une altitude inférieure à 700 mètres, et bénéficier d’un sol bien drainé.

Les plantations de cacaoyers sont souvent dévastées par des prédateurs (rats, écureuils, singes) ou par des insectes (miridés, chenilles foreuses de cabosses, etc). Elles sont également très sensibles aux atteintes des champignons et des virus. Ces maladies et ses parasites occasionnent des dégâts considérables qui ont tendance à s’étendre rapidement, or les traitements phytosanitaires, trop onéreux et peu efficaces, sont rarement pratiqués.

Les pertes dues aux prédateurs sont évaluées en moyenne à 25 % de la récolte espérée, et celles que l’on peut imputer aux maladies à 21 %. Afin de limiter ces pertes de production, les scientifiques tentent actuellement de mettre au point des variétés de cacaoyer plus résistantes.

 

3.3. Les différents cacaoyers

 

3.3.1. Criollo, forastero, trinitario… et nacional

 

On distingue quatre groupes de cacaoyers : le criollo, le forastero et le trinitario, ce dernier étant issu du croisement des deux premiers. Longtemps classé parmi les forasteros, le nacional, que l’on ne trouve qu’en Equateur, est maintenant considéré comme un groupe à part entière.

Le criollo (criollo signifie « créole » en espagnol, c’est-à-dire « du pays ») est parfois surnommé « caraque ». Originaire du Mexique, d’Amérique centrale et du Venezuela, c’était le seul groupe de cacaoyers cultivés au XVIIe siècle. L’un des criollo les plus connus, le Porcelana, vient du Maracaïba, au Venezuela. Vertes ou rouges, les cabosses du criollo virent au rouge orangé une fois à maturité. Les cacaoyers de ce groupe connaissent une désaffectation car ils sont fragiles et très sensibles aux maladies ; de plus, leur productivité est limitée. Actuellement, le criollo fournit moins de 5% de la production mondiale de cacao. Il est essentiellement cultivé au Mexique, en Colombie, au Venezuela, à Madagascar et aux Comores. Les fèves du criollo donnent pourtant un cacao fin, puissamment parfumé, au goût subtil très recherché ; les coûts de production étant très élevés, elles sont plutôt employées en mélange avec des fèves provenant d’autres types de cacaoyers.

Le forastero (forastero signifie « étranger » en espagnol) est originaire d’Amazonie. Ce groupe, parfois surnommé « robusta du cacao », représente environ 75% de la production mondiale de fèves. Son succès est dû à son homogénéité et à sa facilité d’adaptation à de nouveaux terroirs. Vertes avant maturité, ses cabosses deviennent jaunes par la suite. Ses fèves produisent des cacaos courants, assez amers, au goût puissant mais sans finesse. Quelques sous-groupes de forasteros offrent néanmoins des cacaos plus parfumés.

Exclusivement cultivé en Equateur, le nacional fournit des cacaos fins ayant une solide réputation de qualité. Le trinitario est un hybride provenant du croisement entre les groupes criollo et forastero. Le cacao extrait de ses fèves représente aujourd’hui environ 15% de la production mondiale. On trouve les cacaoyers de ce groupe dans tous les pays où était autrefois cultivé le criollo, ainsi que dans des plantations du Cameroun, d’Asie du Sud-Est et d’Océanie. Certains trinitarios donnent des cacaos fins aux flaveurs nuancées.

 

3.3.2. Cacaos ordinaires et cacaos fins

 

Le marché distingue les cacaos ordinaires, qui représentent environ 95% de la production, et les cacaos aromatiques ou fins. Les premiers proviennent surtout des cacaoyers du groupe forastero, tandis que les seconds proviennent de cacaoyers criollos ou de certains cacaoyers nacionals et trinitarios

 

3.4. Les pays du cacao.

 

La production de cacao a connu une très forte croissance depuis le début du XXe siècle ; en effet, elle s’élevait à 3 055 000 tonnes en 2003 contre 115 000 tonnes en 1900. L’Amérique latine, traditionnellement la première région productrice de cacao au monde, a cédé dans les années 1920 sa suprématie à l’Afrique, laquelle fournit aujourd’hui plus de 60% de la récolte mondiale. Parallèlement, la production des pays asiatiques connaît actuellement une certaine progression.

Aujourd’hui, les moyens de subsistance de plus de vingt millions de personnes dans le monde sont directement liés à la culture du cacao, et près de 90 % de la production provient de petites exploitations de moins de 5 hectares, qui pratiquent généralement une culture extensive.

 

3.4.1. En Afrique

 

La culture du cacaoyer est relativement récente en Afrique puisqu’elle n’y a été introduite qu’à la fin du XIXe siècle. A partir de cette époque, la croissance de la production mondiale a reposé essentiellement sur l’extension de la production paysanne au Ghana, au Cameroun, en Côte-d’Ivoire et au Nigeria. Avec près de 70% des volumes produits dans le monde dont 43% par la Côte-d’Ivoire, l’Afrique occupe aujourd’hui une place prépondérante dans le commerce du cacao.

 

3.4.2. En Amérique du Sud

 

Au début du XXe siècle, le cacao d’Amérique latine représentait 80% du marché mondial ; il ne détient plus aujourd’hui que 17% de parts du marché. Cette chute est due à l’introduction du cacaoyer en Afrique à la fin du XIXe siècle, puis à la très forte progression de la production asiatique à partir des années 1970.

 

3.4.3. En Asie

 

Insignifiante jusqu’au début des années 1970, la production asiatique connaît aujourd’hui une forte augmentation puisqu’elle représentait 19% de la récolte mondiale en 2003. A partir de 1970, la culture paysanne du cacaoyer s’est développée en Indonésie, et de grandes exploitations ont été créées en Malaisie. Leur production a cependant chuté à la fin des années 1980.

 

3.4.4. Le marché du cacao

 

Après le sucre et le café, le cacao est le troisième produit agricole échangé sur les marchés internationaux. Le cacao est soumis à la loi de l’offre (la récolte) et de la demande (la consommation), et ses cours sont côtés en bourse à Paris, à New York et, surtout, à Londres. Les très fortes fluctuations des cours traduisent les tensions existant entre pays producteurs et pays transformateurs. Leur chute régulière peut amener les planteurs à brûler une partie de leurs récoltes, et certains pays sont prêts à abandonner la culture du cacaoyer pour une autre culture plus rentable (épices, pavot, coca, etc.).

Depuis les années 1990, les plans d’ajustement structurel poussent les organismes étatiques à limiter leurs interventions aux questions politique agricole, même si la situation varie encore beaucoup d’un pays à l’autre. En Afrique en particulier, la libération de la filière dans un pays producteurs est à l’origine de l’évolution à la fois profonde et rapide de l’environnement socio-économique du marché du cacao. Les conséquences de cette évolution sont l’émergence d’organisations de producteurs ainsi que la création d’usines pour la transformation des fèves en produits semi-finis sur les lieux de production. En Amérique du Sud, les petits producteurs se regroupent en coopérative. Ainsi peut être financé un éventuel label « bio » sur un cacao qui l’est naturellement, les engrais étant trop coûteux. Très demandeurs de cacao de qualité, les pays européens soutiennent le renouveau de cacaos fins et participent au développement du commerce équitable.

 

3.4.5. De la cueillette à la transformation

 

3.4.5.1. La cueillette et l’écabossage

 

Il faut environ six mois pour qu’une cabosse mature se forme à partir de la fleur ; un arbre donne donc généralement deux récoltes par an. La récolte s’effectue manuellement, à l’aide d’une machette ou d’un émondoir monté sur une perche ; elle demande un soin particulier car il ne faut abîmer ni les fleurs ni les fruits qui ne sont pas encore arrivés à maturité. La meilleure méthode pour ouvrir les cabosses consiste à les faire éclater avec un gourdin en bois sur le lieu de la récolte. Un travailleur agricole entraîné cueille ou écabosse environ 1500 fruits par jours.

 

3.4.5.2. La fermentation

 

Les graines sont mises à fermenter le plus souvent dans les feuilles de bananier ou dans les caisses en bois dont la capacité peut aller jusqu’à 5 tonnes. Pendant cette fermentation, qui s’opère sans oxygène, la température s’élève jusqu’à environ 50°C, ce qui permet à la pulpe de se transformer en alcool. Les graines sont alors brassées pour permettre à l’air de circuler, et l’oxydation transforme l’alcool en acide acétique. Ce processus perméabilise les parois cellulaires de la graine, et donc favorise les échanges chimiques entre les différents constituants. Les enzymes qui agissent sur les protéines et les sucres engendrent des précurseurs d’arôme. En s’oxydant, les polyphénols donnent au cacao sa couleur brune caractéristique ; l’amertume des graines s’en trouve diminuée. La fermentation des graines de criollo dure deux ou trois jours, tandis que celle des graines de forastero et de trinitario s’étale sur une période de cinq à sept jours.

 

3.4.5.3. Le séchage

 

Le séchage peut être naturel ou artificiel. Dans le premier cas, les fèves sont étalées pendant dix à vingt jours sur des bâches, sur des nattes ou, en cas de pluie, sur des claies recouvertes par les toits en tôle coulissant sur des rails. En cas de séchage artificiel, les fèves sont mises au contact d’une paroi chauffée, ou encore placées sous le courant d’air chaud.

Le séchage fait passer le taux d’humidité des fèves de 60 % à moins de 8%. Les fèves de qualité sont triées, puis nettoyées et stockées dans de strictes conditions d’hygiène pour éviter les attaques de rongeurs et d’insectes, ou le développement de moisissures. Ce cacao « marchand » est ensuite exporté par bateau vers les pays consommateurs ou transformé sur place en pâte de cacao, car les grands chocolatiers tentent désormais de développer les industries de transformation locales.

 

3.4.5.4. Le nettoyage

 

Le nettoyage permet d’éliminer toutes les impuretés qui ont pu se mêler aux fèves pendant la récolte et l’écabossage : pierres, fragments de cabosse, débris métalliques et corps étrangers divers.

Les fèves sont ensuite soumises à la torréfaction, opération qui consiste à les faire rôtir pendant 10 à 30 minutes dans des grandes sphères tournantes. La durée et le degré de torréfaction dépendent de l’origine des fèves et du produit final. La torréfaction apporte aux fèves leur couleur brune et permet aux arômes de se développer.

 

3.4.5.5. Le concassage, le broyage et l’affinage.

 

Le concassage qui consiste à réduire les graines de cacao en morceaux de plus en plus fins après les avoir séparées des coques à l’aide de très puissants ventilateurs. Les brisures obtenues prennent le nom de « grué ». Le broyage transforme ensuite le grué en pâte liquide appelée « masse de cacao ». Il est suivi d’un affinage au cours duquel les grains sont réduits à une taille minuscule.

 

3.4.5.6. Le malaxage.

 

La pâte de cacao est mélangée avec du sucre, du beurre de cacao et de la vanille ; c’est le malaxage ou pétrissage. C’est à ce stade que l’on ajoute, éventuellement, du lait en poudre et (ou) des noisettes. UN deuxième broyage, ou laminage, est opéré dans une broyeuse à cylindres. Il réduit encore la taille des grains et mêle intimement les composants gras et non gras, ce qui apportera plus de finesse au chocolat.

 

3.4.5.7. Le conchage

 

Le mélange obtenu durant le malaxage tourne durant plusieurs heures, voire plusieurs jours, à température constante dans d’énormes pétrins appelés « conches ». Cette phase se déroule en deux étapes : on procède d’abord au conchage à sec, pendant lequel la friction entre les particules de cacao et les cristaux de sucre permet l’abrasion des angles vifs, puis au conchage liquide, au cours duquel on ajoute du beurre de cacao. Cette opération essentielle va permettre de mélanger parfaitement tous les composants de base, de laisser évaporer l’humidité restante et les acides volatils, mais surtout d’arrondir encore les particules afin de conférer au chocolat toute sa finesse et son onctuosité.

 

3.4.5.8. Le tempérage ou tablage

 

La masse de chocolat obtenue suite au conchage fait ensuite l’objet d’un tempérage, ou tablage, qui consiste à la soumettre à un cycle de température très précis afin d’obtenir une casse homogène, un aspect brillant et une bonne conservation.

 

3.4.5.9. Le moulage

 

La dernière étape est le moulage. Le chocolat est versé dans des moules en plastique posés sur des tables vibrantes afin que la pâte se répartisse uniformément et que les bulles d’air soient chassées. Les moules passent ensuite dans un tunnel froid, où le chocolat se contracte et cristallise.

Il se déroule alors parfaitement, sous forme de blocs ou de tablettes, qu’il ne reste plus qu’à emballer.


4 – Les différentes sortes de chocolat

 

Au fil des siècles, l’homme a redoublé d’ingéniosité pour transformer le cacao. Du tchocolatl des Aztèques au chocolat raffiné d’aujourd’hui, ce merveilleux produit a évolué sous diverses formes, couleurs et présentations pour le plus grand plaisir des gourmets.

 

4.1. L’alchimie du chocolat

 

Les fèves arrivent en sacs dans les chocolateries. Elles vont ensuite subir de multiples transformations avant que ne soit obtenu le chocolat prêt à être utilisé par l’artisan.

 

4.2. Le chocolat noir

 

La définition légale du chocolat est celle du chocolat noir, obtenu à partir de fèves, de pâte de cacao, de poudre de cacao et de sucre. Jusqu’à l’application de la directive européenne adoptée en juin 2000, le beurre de cacao était la seule matière grasse végétale additive admise. Depuis ont été autorisées à le remplacer l’illipé de Bornéo, l’huile de palme, le sal, le beurre de karité, le kokum gurgi et les noyaux de mangue.

 

4.2.1. De plus en plus noir

 

L’étude des tablettes de chocolat noir montre bien l’évolution de ce produit. Plus consommé depuis 2003 que le chocolat au lait, il revêt les couleurs du luxe (noir et or ou rouge et noir). La mode du « toujours plus noir » donne naissance à des produits qui appuient leur publicité sur un pourcentage de cacao (70% de cacao, 85%, 95%, 99%) plus que sur la qualité même du chocolat. Les noms de ces tablettes véhiculent tous le même message ; Noir Dégustation, Folie Noire, Noir de Noir, Noir Extra-Amer, etc.

 

4.2.2. Pur cru

 

Les adeptes du chocolat noir ont emprunté au vin ses rites et son vocabulaire. Ainsi, crus, terroirs et associations de terroirs sont-ils maintenant des termes couramment utilisés en chocolaterie.

En France, le premier artisan à avoir proposé des chocolats déclinés dans une gamme de « grands crus de cacao » est Raymond Bonnat, à l’occasion du centième anniversaire de sa chocolaterie en 1984.

Depuis, les artisans sont nombreux à décliner ganaches et tablettes selon l’origine du cacao employé pour leur fabrication. Ces subtilités de vocabulaire ont peu à peu éduqué les amateurs de chocolat. Les industriels l’ont compris, et on rapidement emboîté le pas aux artisans chocolatiers en proposant des tablettes de « pure origine » dans tous les supermarchés.

 

4.2.3. Pure plantation

 

Avec leurs tablettes « pure plantation », Valrhona et Michel Cluizel se posent en « œnologues du chocolat » ; chaque tablette raconte’ une plantation et sa dernière récolte. En consommant du chocolat noir, on devient le gringo du cacao, on voyage. Comme pour le vin, l’année de récolte des cacaos apparaît maintenant sur certaines tablettes.

 

4.3. Le chocolat au lait

 

Le chocolat au lait est le plus consommé au monde. Même en France, pays où le chocolat noir a trouvé ses lettres de noblesse, le chocolat au lait est apprécié pour sa consistance tendre et son goût sucré.

 

4.3.1. Du cacao dans les Alpes suisses

 

Commercialisées en 1905, les premières tablettes de chocolat au lait lancent l’image, encore plus vivace aujourd’hui, du chocolat suisse : un troupeau de vaches accompagnées d’un berger sur fond d’un décor alpin. Depuis, le chocolat au lait est pour les Suisses une véritable fierté nationale ; non pour sa teneur en cacao, mais pour le lait, produit autochtone par excellence. Le chocolat au lait suisse a le goût des alpages, et non celui des plantations équatoriales.

 

4.3.2. Des vaches de toutes les couleurs.

 

Les vaches représentées sur les tablettes françaises sont multicolores : dessins d’enfants, découpages ou patchworks de carrés de chocolat par exemple. Dans le même esprit, Lanvin s’inspire de l’œuvre de Salvatore Dali avec une vache quelque peu surréaliste. Quant aux Suisses, ils ont vu un fœhn décoiffant soufflé sur leurs montagnes quand Suchard a peint en mauve une vache pour son chocolat Milka, en 1972.

 

4.3.3. Le chocolat grand cru au lait.

 

Valrhona a été le premier à lancer une tablette (Jivara) illustrée d’une carte de l’Amérique du Sud et accompagnée d’un texte précisant pour le pourcentage de cacao. Avec l’enveloppe de sa tablette Lait Arriba, Nestlé a réussi le prodige de faire oublier aux Suisses leurs alpages et leurs vaches sacrées. Sur le foulard de ce chocolat, un masque aztèque illustre l’origine du « pur cru fruité ». En Italie, la tradition est de glisser une surprise dans les œufs de Pâques. La marque Ferrero n’innovait donc pas en lançant le Kinder Surprise en 1976, ce petit œuf en chocolat évidé où se niche une figurine à construire.

 

4.4. Le chocolat blanc

 

D’un point de vue légal, le chocolat blanc doit contenir au moins 20% de beurre de cacao, 14% de matières sèches d’origine lactique et 55% de sucre. Seul le beurre de cacao extrait de la cabosse légitime l’appellation « chocolat », alors qu’un minimum de 25% de cacao est imposé pour la mériter. Le chocolat blanc est donc un usurpateur, qui ne constitue pas à proprement parler un chocolat, mais un mélange de gras et de sucre. Il est néanmoins utilisé en pâtisserie, souvent pour participer à une déclinaison de saveurs, et les Belges en enrobent certaines de leurs pralines.

 

4.5. Les tablettes fourrées

 

La couverture d’une tablette fourrée doit représenter au moins un quart du poids total du produit. Le fourrage, lui, peut être constitué de pâte d’amandes, de fruits, de nougatine, de crèmes à diverses saveurs, etc. On range aussi dans cette catégorie les tablettes enrichies de noisettes, de riz soufflé, de raisins, de miel ou de nougat. L’innovation la plus intéressante de ces dernières années en la matière est sans conteste le grué de cacao. C’est le grand chocolatier parisien Michel Chaudun qui a l’idée en 1993 d’associer chocolat et grué, réalisant ainsi une véritable innovation gustative : les éclats de fèves torréfiées et broyées offrent avec le chocolat un contraste inhabituel, leur léger croquant et leur subtile amertume développant une finale grillée longue en bouche. Michel Chaudun exploite sa recette pendant un an, puis la revend à la maison Weiss. Aujourd’hui, les meilleurs chocolatiers et les principaux industriels de la tablette on repris l’idée.

 

4.6. Les bonbons au chocolat

 

Les formes et les noms des différents bonbons de chocolat varient selon les pays et les régions. Généralement, ils sont nommés tout simplement « chocolats » en France, « bouchées » en Suisse et « pralines » en Belgique. Certaines spécialités ont toutefois reçu en France des noms particuliers.

Comme son nom l’indique, la bouchée est censée se mettre en une seule fois dans la bouche. Son poids doit osciller entre 20 et 60 grammes, et elle est le plus souvent fourrée de praliné.

Les crottes en chocolat sont distribuées le jour de la Saint-Nicolas aux enfants sages. Selon la légende, la forme de ces petits bonbons compacts rappelle celle des crottes laissées par l’âne du bon saint.

L’orangette est un morceau d’écorce d’orange confite enrobée de chocolat, créée en 1911 par le chocolatier  Bonnat à Voiron.

Le palet d’or, crée à Moulins dans l’Allier en 1898 par Bernard Sérady, est la seule spécialité régionale qui soit devenue un nom générique en chocolaterie. Ce chocolat de forme plate et de contour irrégulier est fourré d’une ganache au café ; sa fine couverture amère est ornée d’un fragment de feuille d’or.

Boule de ganache roulée dans la poudre de cacao amer, la truffe tient son nom du noble de champignon périgourdin, dont elle adopte à la fois la forme rugueuse et l’aspect terreux.

Les bûchettes, les rochers, les roseaux, les paillettes, les bâtons, etc, ont également pris forme et leur nom dans la nature. Les sarments, les bouchons, les escargots ou les menhirs, quant à eux, font référence au patrimoine des régions.

Dans l’idéal, le fourrage du chocolat doit représenter 75% du poids total. L’enrobage doit être réalisé avec soin : trop épais, il masquerait les saveurs du fourrage ; trop fin, il serait fragile et ne pourrait assurer son rôle protecteur ; trop amer, il risquerait de masquer la finesse du fourrage.

 

4.7. Quelques manières de fourrer

 

4.7.1. Le caramel

 

Il est préparé à partir de sucre, de sirop de glucose, de lait et de produits aromatiques. S’ils sont mentionnés sur l’étiquette, le lait, le beurre ou la crème doivent représenter au moins 5% du produit fini. L’agent aromatique (vanille, café ou chocolat) doit être issu d’une essence naturelle, et assez corsé pour éviter de développer une saveur douceâtre qui peut écœurer.

 

4.7.2. Les cerises à l’eau-de-vie

 

Il convient de choisir des cerises rondes, charnues et claires, dont la pulpe ne doit pas durcir durant la période de conservation dans l’alcool. Avant d’être enrobées de chocolat, elles sont délicatement dénoyautées, puis trempées dans un fondant de sucre parfumé au kirsch de qualité. En durcissant, le fondant enrobe le fruit. Les bonbons doivent ensuite être réservés pendant une certaine période avant d’être consommés pour que l’alcool des cerises puisse dissoudre le fondant.

 

4.7.3. La crème

 

Elle constitue le fourrage le plus délicat à réaliser. Elle doit être soigneusement chauffée pour la cuisson pour conserver son moelleux.

 

4.7.4. Le feuilleté

 

Le feuilleté est généralement composé de couches alternées de sucre cuit et de praliné.

 

4.7.5. Le fondant

 

Le sucre est cuit et battu pour obtenir une crème de sucre ; il doit impérativement être parfumé avec des arômes naturels.

 

4.7.6. Les fruits secs et confits

 

Ils sont utilisés pour les confiseries de chocolat. La torréfaction des amandes et des noisettes est une phase particulièrement importante, qui doit être réalisée avec grand soin pour obtenir le maximum de goût… sans amertume. Les écorces d’agrumes ainsi que l’ananas doivent séjourner dans un sirop de sucre avant d’être enrobés.

 

4.7.7. La ganache

 

Cette crème délicate est composée d’un mélange réalisé à chaud de crème fraîche et de chocolat ; sa saveur allie la richesse de la crème et l’arôme du chocolat. On la trouve nature ou aromatisée de parfums  francs de goût. Sa conservation est délicate et limitée dans le temps.

 

4.7.8. Le gianduja

 

Ce praliné au chocolat au lait, où prédomine largement le goût de noisette, est très finement broyé.

 

4.7.9. Les liqueurs

 

La fabrication artisanale des chocolats à la liqueur est si délicate qu’elle requiert une main-d’œuvre très spécialisée, aussi cette production s’est-elle rapidement industrialisée. La couverture ne doit être ni trop fragile ni trop épaisse (le sucre se cristalliserait). Le procédé industriel consiste à remplir de liqueur des alvéoles de chocolat, préalablement moulés, puis à les reboucher.

 

4.7.10. Le miel

 

Il est surtout utilisé comme un ingrédient aromatique.

 

4.7.11. Le nougat

 

La pâte de base comprend du sucre, du blanc d’œuf, du miel, des amandes et parfois des pistaches

 

4.7.12. La nougatine

 

C’est un mélange de sucre caramélisé et de fruits secs, amandes ou noisettes essentiellement, lesquels doivent représenter 30% du poids total au minimum.

 

4.7.13. La pâte d’amandes

 

Elle est constituée d’un mélange de sucre cuit et d’amandes blanches émondées ; elle doit être soigneusement stockée, car elle fermente facilement.

 

4.7.14. Le praliné

 

Il se compose de sucre et d’amandes (ou d’un mélange d’amandes et de noisettes) en quantités égales. La torréfaction des fruits secs doit être réalisée à feux doux, pendant que le sucre caramélise légèrement. Ce délicat travail conditionne le goût final du praliné.

 

4.8. Les chocolats de couverture

 

Les chocolats de couverture sont ceux qu’utilisent chocolatiers, confiseurs, biscuitiers et pâtissiers pour la confection de leurs produits, et notamment pour les enrobages. Associer ces couvertures aux autres ingrédients met à contribution l’intelligence du goût de l’artisan. Certains chocolatiers fabriquent eux-même les couvertures nécessaires à leur besoins, d’autres les achètent auprès des fabricants.

En France, les principaux fournisseurs de chocolats de couverture aux professionnels sont Barry-Callebaut, Valrhona et la Chocolaterie de l’opéra.

Barry-Callebaut est le premier transformateurs de fèves au monde. Il transforme 11% de la récolte mondiale de fèves et détient 35% de parts du marché des produits à usage professionnel. Il propose plus de six cent références de chocolats de couverture (40% du marché européen), ainsi que des produits semi-finis tel que poudre et beurre de cacao.

Les établissements Valrhona ont été créés en 1922 sous le nom « chocolaterie du Vivarais » par un pâtissier de Tourmon. Ils furent les premiers à proposer aux professionnels les toutes premières couvertures de grands crus de cacao.

Créée en 1994 par Olivier de Loisy, descendant des fondateurs de Valrhona, la Chocolaterie de l’Opéra a lancé en 1995 les premières couvertures de chocolat « Pures Plantations »â. Comme le précise le fondateur, « pour un couverturier, il s’agit de trouver l’intérieur du cacao les différents éléments aromatiques qu’il contient et de faire en sorte que la fabrication les maintienne ».

 

4.9. Les moulages en chocolat

 

Pâques est aujourd’hui la période de l’année où il se vend le plus de moulages en chocolat. Cloches, poules, poissons et autres lapins ornés de rubans chatoyants envahissent encore les vitrines. Les sujets miniatures font également le régal de tous les gourmands.

Le moulage de sujets en chocolat devient réalisable en 1830 quand apparaissent les broyeuses et la technique du tempérage. Aujourd’hui, le calendrier offre mille et une occasions de créer des moulages en chocolat, comme les lapins de Pâques, des cœur pour la Fête des mères ou pour la Saint-Valentin, mais aussi des ballons en chocolat lors des Coupe du monde de football.

 

4.10. Le chocolat chaud

 

Symbole de l’enfance, le chocolat chaud est chargé d’affectivité, et les produits offerts sur le marché sont nombreux. En voici quelques-uns.

Contraction de Nestlé et de quick (« rapide », en anglais), Nesquik, dont la recette, réellement instantanée associe une pointe de cannelle seulement 20% de cacao, est la marque de boisson cacaotée la plus populaire dans le monde. Elle est également la première qui s’adresse directement aux enfants (de 6 à 12 ans).

Afin de séduire les adolescents, Nestlé crée en 1996 la poudre Lion. Reprenant le nom et la recette de la barre commercialisée par Mars, cette boisson offre un goût spécifique de caramel et de céréales, et rappelle le goût de la barre chocolatée du même nom.

Poulain a conservé la réputation qu’il a acquise en 1904 avec le lancement de la célèbre boîte orange contenant son « pulvérisé ». Aujourd’hui, son chocolat Grand Arôme titre le plus fort taux de cacao (32%) de toutes les poudres pour le petit déjeuner.

Les farines chocolatées, qui ne recèlent quant à elles qu’un faible pourcentage de cacao, peuvent contenir des extrait de malt ou de banane, du sucre, du miel, de l’œuf et du lait en poudre. Avec le « chocolat à l’ancienne », Banania a remis sa « recette traditionnelle à cuire » au goût du jour. Inventé par un médecin suisse en 1897, Ovomaltine, aux extrait de malt, est encore d’actualité.

Van Houten demeure la marque prépondérante de cacao amer en poudre, que ce soit pour préparer une boisson chaude ou pour participer à une recette gourmande.

 

4.11. Les confiseries chocolatées

 

A base de caramel, de nougat, de noix de coco, de noisettes, de céréales ou de biscuits, enrobées de chocolat noir ou au lait, les barres chocolatées pèsent de 20 à 60 grammes. Elles représentent la plus grosse part des confiseries au chocolat vendues dans le monde.

C’est en observant sa femme qui trempe un beignet dans du lait malté que l’Américain Franck Mars, chocolatier de Chicago, à l’idée d’une barre fourrée enrobée de chocolat, qu’il nomme Milky Way (« voie lactée ») et qu’il commercialise en 1920. La barre Mars, mise au point en 1932 par Forrest Mars Junior, fils de Franck Mars, fait définitivement évoluer le chocolat vers le produit de grignotage. Ces barres seront très vite vendues à des millions d’exemplaires chaque jour. Commercialisée en France en 1962, la barre Mars transforme le mode de consommation du chocolat en détrônant la tablette. Son célèbre slogan, « Un coup de barre, Mars, et ça repart ! », est aujourd’hui encore présent dans toutes les mémoires. Le groupe Mars, leader mondial dans son secteur d’activité, a depuis lancé de nombreuses confiseries, dont Bounty en 1960. Première barre de Nestlé sur le plan mondial, Kit-Kat apparaît en France en 1970 avec trois « barrettes », puis quatre en 1982.

Les « turbinés », bonbons de chocolat dragéifiés, comme les Smarties, créés en 1950, et les M&M’s, qui ont remplacé les Treets en 1987, ont également les faveurs des plus jeunes.

 

4.12. Les desserts au chocolat

 

4.12.1. Mousse, crèmes et pâtisseries

 

La première recette de biscuit au chocolat date de 1691, mais c’est seulement au XIXe siècle que le chocolat investit les cuisines bourgeoises. Apparaissent alors marquises, soufflés, crèmes et bavaroises… au chocolat !

Dans la cuisine familiale, la mousse au chocolat reste l’entremets le plus apprécié, et quatre-quarts, fondants et biscuits au chocolat régalent les enfants à l’heure du goûter. La tarte au chocolat, quant à elle doit son succès au contraste qu’offre la pâte friable, légèrement sucrée, avec la ganache amère et onctueuse.

Chaque pays, chaque région invente son gâteau au chocolat. Le Périgord l’enrichit de noix, l’Ardèche de marrons, et Nancy d’amandes. L’Alsace et l’Allemagne fourrent les leurs de griottes. Importés des Etats-Unis les brownies sont un mélange assez compact de noix pilées, de chocolat noir et de farine. La bûche au chocolat, dessert traditionnel de Noël, est créée à la fin du XIXe siècle à Paris. L’éclair demeure l’un des gâteau les plus vendus en France. La robe ne chocolat de la religieuse, délice qui fut inventé en 1856 chez Frascati, est égayée par une collerette blanche de crème au beurre sur laquelle repose la tête ; celle-ci étant généralement la première à passer en bouche, on peut dire que la religieuse est le plus souvent décapitée. L’opéra, créé par Dalloyau, offre une symphonie « café et chocolat » composée de couches très fines de biscuit et de crème au beurre. Fourré d’une ganache, le macaron au chocolat est l’un des gâteaux les plus délicats à réaliser.

 

4.12.2. Les glaces au chocolat

 

Les desserts glacés ont certainement été inventés au XVIIe siècle dans le sud de l’Italie après que l’on eut appris à utiliser le sel pour conserver la glace. Les glaces au chocolat et à la vanille sont les plus vendues, les amateurs de chocolat amer appréciant quant à eux le sorbet au cacao, dont le goût est plus corsé. Les desserts glacés s’enrichissent souvent d’une sauce au chocolat, chaude ou froide. Créées en 1875 en Italie, les profiteroles sont des choux fourrés de glace à la vanille et recouverts de chocolat chaud. La dame blanche est une glace vanille nappée de chocolat chaud. Originaire comme son nom l’indique de la ville belge de Liège, le chocolat liégeois est composée de glace au chocolat arrosée de chocolat chaud et surmontée de titre de l’opérette de Jacques Offenbach, est une poire pochée au sirop posée sur de la glace à la vanille et nappée de chocolat chaud.

 


5 – Le chocolat dans le monde et les grands noms du chocolat.

 

5.1. les grands noms du chocolat

 

Le XIXe siècle voit l’apparition de chocolatiers dont les noms sont encore connus aujourd’hui et qui ont donné à la chocolaterie moderne son envergure économique comme ses lettres de noblesse. Citons, entre autres, Menier et Poulain en France, Suchard, Kohler, Sprüngli, Klaus, Nestlé, Tobler et Lindt en Suisse, Cadbury et Barry en Angleterre.

 

5.1.1. Les pionniers suisses

 

L’ingéniosité des chocolatiers helvètes va contribuer de manière décisive à l’évolution des techniques et permettre ainsi à la Suisse de conserver durant de longues années sa suprématie. Qu’on en juge : en 1826, Philippe Suchard installe déjà, près de Neuchâtel, plusieurs machines à broyer le cacao ; en 1830, Charles Amédée Kohler met au point la fabrication du chocolat aux noisettes ; David Sprüngli, Jacques Klaus, Jean Tobler et Rodolphe Lindt fondent chacun leur première chocolaterie.

La Suisse entre cependant dans la légende grâce à un autre chocolatier, Daniel Peter. Ce dernier, installé à Vevey, suit avec un grand intérêt les travaux d’Henri Nestlé, dont les longues recherches aboutissent en 1875 au procédé permettant de réduire le lait à l’état de poudre. Daniel Peter utilise aussitôt cette technique pour fabriquer la première tablette de chocolat au lait.

 

5.1.2. Les quakers anglais

 

Pendant ce temps, en Angleterre, les Fry, membres d’une communauté de quakers, innovent en lançant la chocolate cream bar. Les quakers considèrent le chocolat comme un produit de tempérance dont il faut promouvoir la diffusion, et la concurrence à laquelle ils se livrent entre eux favorise la créativité. En 1866, le quaker George Cadbury lance une marque de cacao en poudre, appelée « Essence de cacao », qui remporte un grand succès. Une trentaine d’années plus tard, une ville réservée aux ouvriers de l’usine de Cadbury, Bournville, sera construite près de Birmingham. Le paternalisme social qui anime l’entreprise est conforme aux idées fouriéristes de l’époque.

 

5.2. Les dynasties Françaises

 

Deux illustres dynasties dont les noms sont indissociables de l’histoire du chocolat voient le jour, en France, au début du XIXe siècle : Menier et Poulain.

 

5.2.1. Menier : l’industriel visionnaire

 

Issu d’une famille de pharmaciens et de chirurgiens, Jean Antoine Brutus Menier est âgé de 21 ans lorsqu’il fonde une droguerie à Paris. Trois ans plus tard, il loue un moulin à Noisiel, sur la Marne, où il utilise la force motrice de l’eau pour entraîner les broyeuses servant à la confection de ses poudres médicinales. Il invente ensuite un système de meules pour la pulvérisation des drogues végétales et minérales qu’il applique au traitement du cacao, fabrique une broyeuse et un système d’emboutissage au balancier. En 1836 sortent de son établissement parisien les premières tablettes de chocolat de France. L’ascension spectaculaire et les attaches bonapartistes du chocolatier engendrent la jalousie de ses confrères. Miné par les persécutions et les attaques de ces derniers, Menier tombe gravement malade, et meurt en 1853. Au père succède le fils, Émile Justin, véritable visionnaire de 27 ans. Soutenu par sa riche belle-famille, il va édifier l’empire Menier. Pragmatique, il comprend vite que, pour fabriquer du chocolat, il lui faut des cabosses, du lait et du sucre. Le moulin de Noisiel étant acheté, il étant le domaine agricole de plus de mille cinq cents hectares et acquiert un troupeau de vaches qui comprendra jusqu’à deux milles têtes. En 1862, il achète au Nicaragua une plantation de près de huit mille hectares de cacaoyer, qui porte encore le nom « Valle Menier ». Il multiplie ses plantations, crée sa flotte pour faciliter l’acheminement du cacao et affrète des navires. Enfin, pour produire son propre sucre, il cultive la betterave et fait construire dans la Somme une raffinerie modèle.

Emile Justin Menier dépose de nombreux brevets, dont celui de la première machine à empaqueter les tablettes. Il favorise l’innovation, et pour cela engage des chimistes. Dans les années 1870, les effectifs de l’usine de Noisiel s’élèvent à mille sept cents personnes, dont sept cent femmes. Les préoccupations sociales d’Emile Justin Menier le poussent à faire bâtir une cité pour loger ses ouvriers, cité qui sera copiée par d’autres industriels du chocolat. Lorsqu’il meurt, en 1881, tous ses ouvriers sont présents pour la levée du corps, et un cortège de 10 kilomètres, emmené par Jules Ferry et par Louis Blanc, l’accompagne jusqu’au cimetière du Père-Lachaise.

 

5.2.2. Poulain : à l’affût des innovations

 

L’histoire de la marque Poulain fait elle aussi partie du patrimoine industriel français. Victor Auguste Poulain naît en 1825 à Pontlevoy, dans le Loir-et-Cher. Apprenti dès l’âge de dix ans, il devient ensuite commis dans une épicerie parisienne, où il apprend à préparer le chocolat. Muni de quelques économies, il se met à son compte et s’installe à Blois en 1847, pour créer un chocolat à son nom. Dès 1850, il achète une broyeuse Hermann pour augmenter sa production et lance sa première « réclame ». Toujours à l’affût des innovations, il utilise une machine à vapeur de 5 CV pour sa broyeuse. IL dépose sa marque en 1852, et décide de graver son nom sur les tablettes pour lutter contre les contrefaçons.

La création en 1884 du Petit Déjeuner à la crème vanillée participera de façon décisive à la démocratisation du chocolat. Véritable précurseur, Albert Poulain, frère d’Auguste, développe la vogue des chromolithographies, lancée par Aristide Boucicaut pour le grand magasin Au Bon Marché à Paris : ces petites images éducatives colorées, offertes avec des tablettes, sont collectionnées par les enfants. L’usine de Blois en imprimera jusqu’à trois cent mille par jour ! Pour emballer ses chocolats, il inaugure le papier alumineux. L’achat des machines de plus en plus perfectionnées lui permet de lancer de nouveaux produit à des prix accessibles à tous, tels que le cacao pulvérisé soluble en 1905.

 

5.3. Panthéon du chocolat Français

 

En vingt ans, le chocolat français a acquis ses lettres de noblesse, et le goût des consommateurs a évolué. Trois hommes sont à l’origine de ce tournant : Jean-Paul Aron, Maurice Bernachon et Robert Linxe.

Nombreux ont été les hommes qui œuvré pour faire de cette aliment ce qu’il est aujourd’hui. Les dynasties Menier et Poulain bien sûr, mais aussi Sulpice Debauve ou Antoine Gallais.

 

5.3.1. Jean-Paul Aron

 

Agrégé de philosophie, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, Jean-Paul Aron (1927 – 1988) travaillait à établir des passerelles entre l’histoire des sciences proprement dites et l’histoire sociale et culturelle. L’alimentation, « domaine charnière entre l’histoire des civilisations et celle du vivant », retient son attention. Les goûter de son enfance composés d’un morceau de pain et d’une petite tablette de chocolat, son à l’origine de sa passion. Ce gourmet est le premier à vanter avec un vocabulaire d’esthète le chocolat noir et les ganache, qu’il qualifie de « manifestations les plus sophistiquées de l’art du chocolat ». Précurseurs d’une évolution du goût, il contribue à faire connaître Maurice Bernachon ainsi que Robert Linxe.

 

5.3.2. Maurice Bernachon (1919-1999)

 

Maurice Bernachon est le chocolatier qui a fait apprécier la fève et la ganache aux français. Fils d’un aiguilleur de la SNCF, il racontait volontiers qu’enfant, il n’avait que des pêchés de gourmandise à avouer à confesse. Loin des modes, il a toujours fabriqué son chocolat et rejeté toute extravagance : « le chocolat, c’est tout simple. Si vous avez des fèves de bonne provenance, il se suffit à lui-même. Il ne demande rien. Est-ce qu’il vous viendrait à l’idée de modifier le goût d’un Petrus ou d’un Château-yquem ? ».

 

5.3.3. Robert Linxe

 

Robert Linxe a été baptisé par Jean-Paul Aron « sorcier de la ganache ». Ce chocolatier né au Pays-Basque, patrie d’origine du chocolat en France, est cuisinier de formation ; Il apprend le chocolat à la célèbre Ecole internationale du chocolat de Bale (COBA), et fonde en 1978 à Paris La Maison du Chocolat. Il est l’inventeur du chocolat peu sucré qu’il a décliné en plus de 50 ganache.

 

5.3.4. Sulpice Debauve (1759 – 1837).

 

Pharmacien à Saint-Germain-En-Laye, Sulpice Debauve ouvre en 1800 son premier magasin boulevard Saint-Germain et lui donne pour enseigne : A la renommée des chocolats de France. Expert en « chocolats médicinaux », il devient le fournisseur attitré du roi Louis XVIII, puis de Charles X et Louis-Philippe, et sa réputation s’étend dans toute l’Europe. Depuis 1989, Paule Cuvelier perpétue la tradition de la chocolaterie historique Debauve et Gallais.

 

5.3.5. Antoine Gallais

 

Ce pharmacien s’associe en 1823 à son oncle Sulpice Debauve, chocolatier attitré des rois de France. Il développe les chocolats d’origine, les chocolats au lait d’amande et autres pastilles à la vanille et à la fleur d’oranger. Il publie en 1827 une Monographie du cacao, ou manuel de l’amateur du chocolat.

 

5.4. Le panthéon du chocolat Suisse

 

5.4.1. François-Louis Cailler (1796 – 1852)

 

François-Louis Cailler découvre le chocolat dans une foire. Pris de passion pour ce produit, il part apprendre le métier de chocolatier chez Caffarelli à Turin. Il revient 4 ans plus tard et met au point l’ancêtre des conches, une broyeuse de sa conception comprenant deux cylindres de pierre. En 1819, il ouvre à Corsier, près de Vevey, la première fabrique de chocolat Suisse.

 

5.4.2. Philippe Suchard (1797-1884)

 

De 1815 à 1824, Philippe Suchard apprend le métier de confiseur chez son frère, a Berne. Après un bref séjour aux Etats-Unis, il ouvre une confiserie à Neuchâtel, puis s’établit à Serrières en 1826. Sa production quotidienne est alors de 25 à 30 kg avec un seul ouvrier. Il obtient des médailles d’or aux expositions universelles à Londres et à Paris. En 1880, il ouvre à Lörrach, en Allemagne, la première filiale de chocolaterie suisse à l’étranger.

La célèbre tablette Milka est crée en 1901 ; Une usine Suchard s’ouvre à Paris en 1903, puis une deuxième à Strasbourg. La fusion avec Tobler a lieu en 1974. L’entreprise fait aujourd’hui partie du groupe Kraft-Jacob-Suchard.

 

5.4.3. Charles Amédée Kohler (1790-1874)

 

Grossiste en denrée coloniale, Kohler commercialise naturellement du chocolat. Il décide de fabriquer ce dernier lui-même à partir de 1830, et en cherchant à créer ses propres spécialités, il invente le chocolat aux noisettes. Sa fabrique fusionnera plus tard avec celle de Daniel Peter.

 

5.4.4. Daniel Peter (1836-1919)

 

Peter est apprenti chez un fabricant de chandelles à Vevey lorsqu’il épouse, en 1863, la fille de François-Louis Cailler. Devenu chocolatier à la suite de ce mariage, il passe ses soirées à rechercher la formule pour amalgamer du lait à la poudre de cacao. En 1867, il fonde avec son frère Julien l’enseigne Peter Cailler et Cie.  S’appuyant sur le procéder de condensation du lait mis au point par Henri Nestlé, il invente le premier chocolat au lait en 1875, le nomme Gala-Peter et obtient un diplôme d’honneur à l’exposition universelle de Paris en 1878. En 1904, il rachète la société Kohler : le nouveau groupe prend le nom « Société générale suisse de chocolats ». Peter et Kohler prennent en 1904 la direction de la fabrication de chocolat au lait Nestlé, qui alors commercialise leurs produits et leurs tablettes ne seront vendues sous leurs noms qu’en 1905. Peter, Cailler et Kohler fusionneront en 1911 avec Chocolats S.A., la société s’occupant de la commercialisation des chocolats Nestlé.

 

5.4.5. Rodolphe Lindt (1855-1909)

 

Chocolatier à Berne, Rodolphe Lindt créé deux procédés de fabrication révolutionnaires : il obtient le premier chocolat fondant par adjonction de beurre de cacao dans la pâte de chocolat, puis il met au point en 1879 le conchage. La fabrique sera rachetée en 1899 par Rodolphe Sprüngli – Schifferli, qui conservera le label de la marque, le buste du génial Rodolphe Lindt.

 

5.4.6. Jean Tobler (1830 – 1905)

 

Tobler fonde sa fabrique de chocolat en 1899. Le Toblerone, barre de chocolat au lait fourrée de nougat aux amandes et au miel, date de 1908. Son créateur s’est inspiré du nougat de Montélimar pour la mise au point de cette recette ; la forme triangulaire de la barre supposée illustrer ses convictions maçonniques, n’évoque plus aujourd’hui que l’un des symboles de la Suisse le Mont Cervin. Cette barre est toujours consommée à des millions d’exemplaires à travers le monde.

 

5.5. Le panthéon du chocolat belge

 

5.5.1. Jean, Frédéric et Jean Neuhaus

 

En 1857, Jean Neuhaus quitte la Suisse pour fonder à Bruxelles, avec son beau-frère, une confiserie pharmaceutique. A la mort de son beau-frère, il demande à son fils Frédéric de venir à Neuchâtel pour faire son apprentissage de confiseur à Bruxelles. Frédéric remplacera petit à petit toutes les préparations médicinales par des bonbons de sucre et de chocolat, ainsi que par cet amalgame d’amandes et de sucre brûlé nommé « praliné ». A sa mort, en 1912, son fils Jean reprend l’affaire. Il crée les premières « pralines ». Après la Première Guerre mondiale, le magasin s’agrandit. L’épouse de Jean, née Louise Agostini, donnera à l’établissement un style reconnaissable entre tous. Elle invente en 1915 le ballotin, emballage en carton qui évite aux pralines de s’écraser, et lui donne ses couleurs vert et or, toujours en usage aujourd’hui, ainsi que le « N » de style napoléonien pour Neuhaus.

 

5.6. Le panthéon du chocolat italien

 

5.6.1. Isidore Caffarel (1817-1867)

 

Le père d’Isodore Caffarel crée sa chocolaterie en 1826 à Turin. Son « chocolat de santé » à la cannelle se bâtit rapidement une solide réputation dans le Piémont. Isidore, lui, invente en 1861 un pâte fondante mêlant noisettes, noix ou amandes finement broyées, sucre et chocolat, qu’il détaille en petits lingots trapézoïdaux.

Un personnage traditionnel de carnaval, Gian d’Ia duja (« Jean du pichet »), lui a donné son nom. Depuis, le gianduja  a fait le tour du monde, et demeure le symbole de l’Italie du Chocolat. Caffarel est aujourd’hui l’une des plus prestigieuses marques italiennes. Elle crée, avec l’aide de véritables « stylistes du goût » et celle de designers, deux collections complètes de chocolats par an. Caffarel fait désormais partie du groupe Lindt & Sprüngli.

 

5.7. Le panthéon du chocolat en Grande-Bretagne

 

5.7.1. Joseph Fry (1728-1787)

 

Joseph Fry est apothicaire à Bristol lorsqu’il achète la fabrique de transformation de fèves de cacao de Walter Churchman. Quand Joseph Storrs Fry reprend la manufacture, en 1878, elle est alors la plus grande du Royaume-Uni et fabrique près du quart du chocolat vendu dans le pays. La firme Fry & Sons est rachetées en 1920 par Cadbury.

 

5.7.2. John Cadbury (1801-1889)

 

John Cadbury ouvre une boutique de thé, de café et de chocolat en 1824 à Birmingham. Sept ans plus tard, il commence à fabriquer lui-même son chocolat. L’association qu’il conclut avec son frère Benjamin en 1847 pour diversifier ses activités jette les bases de ce qui deviendra la première marque de confiserie en Grande-Bretagne. Lorsque Cocoa Essence est créé, en 1866, il reçoit de la part des autorités médicales les témoignages les plus élogieux. Le Dairy Milk, lancé en 1905 et aisément reconnaissable à son goût de sucre caramélisé, demeure le chocolat au lait préféré des Anglais. Sans oublier les Fingers, connus du chacun.

 

5.7.3. Joseph Rowntree

 

Joseph Rowntree fonde en 1862 la firme portant son nom et fait construire, au début du XXe siècle, une ville ouvrière dans la banlieue d’York. Il est resté célèbre pour avoir créé les Smarties (1937) et les After Eight (1962), délicates feuilles de chocolat fourrées à la menthe.

Cadbury et Rowntree sont les investigateurs d’une réorganisation complète de la cacaoculture mondiale. Leurs convictions quakers, confortée par leurs alliés allemands et américains, les poussent en effet à boycotter le cacao provenant des pays esclavagistes.

 

5.8. Le panthéon du chocolat en Hollande

 

5.8.1. Coenraad Johannes Van Houten

 

Installé depuis 1815 à Amsterdam et secondé par un spécialiste allemand en matériel de chocolaterie, Coenraad Van Houten dépose en 1828 le brevet du procédé de fabrication du chocolat en poudre. S’inspirant d’une technique décrite dès 1679 par Nicolas de Blégny, il conçoit  une presse hydraulique qui permet d’extraire le beurre de cacao. Ces inventions sont à l’origine de la démocratisation du chocolat chaud, jusqu’alors réservé aux classes aisées. La Hollande est depuis lors le spécialiste mondiale du cacao amer en poudre.

 

5.9. Le panthéon du chocolat aux Etats-Unis

 

5.9.1. Milton Snavely Hershey (1857-1945)

 

Milton Hershey est issu d’une famille de mennonites suisses installée en Pennsylvanie depuis le début du XVIIIe siècle. Fabricant de bonbons et de caramels au lait, il se lance en 1900 dans la transformation des fèves de cacao. En 1903, il entreprend la construction de son usine à Hersheyville, véritable ville qui reproduit à l’échelle urbaine la géographie mondiale du cacao. Hersheyville  accueille aujourd’hui six mille familles d’ouvriers et offre un parc d’attraction à la gloire du chocolat. Le centre de beauté et de remise en forme de l’hôtel Hershey propose même des soins pour le corps… entièrement en chocolat !

 

5.10. Le chocolat dans le monde

 

En matière de chocolat, le monde est divisé en deux parties : au Nord, les pays consommateurs, à savoir les plus riches, et dans la zone équatoriale les pays producteurs, qui n’ont ni les moyens d’en manger ni le climat adéquat pour le conserver. La consommation mondiale de cacao a progressé régulièrement au fil du XXe siècle, et notamment au cours de ces quinze dernières années. L’émergence de nouveaux marchés en Europe de l’Est et en Asie augure d’une explosion de la consommation dans la prochaine décennie.

 

5.10.1. En France

 

Passionné par le produit qu’il travaille, l’artisan chocolatier est un véritable artiste, qui met au service de sa créativité son savoir-faire et les meilleurs ingrédients. Les chocolatiers français sont aujourd’hui reconnus dans le monde entier pour la qualité de leur produits, mais aussi pour leur capacité à innover. Ils inventent de nouveaux chocolats aux fruits, aux épices, aux herbes, aux fleurs, cherchant la meilleure couverture pour trouver l’harmonie idéale. Audacieuses par l’association des saveurs ou par le choix des textures, leurs créations ont fait avancer le goût et l’image du chocolat français, et se sont affirmées pour devenir des classiques.

 

5.10.2. En Suisse

 

La Suisse a découvert le chocolat après l’Espagne et la France, mais elle a reconquis le terrain en devenant le « pays du chocolat ». Le chocolat suisse est bien conché et très fin, et les Suisses sont les premiers consommateurs au monde de chocolat.

 

5.10.3. En Belgique

 

La Belgique est l’un des pays les plus réputés pour ses chocolats. Appelés « pralines », ils sont le plus souvent moulés : une coquille de chocolat coulée dans de petites alvéoles en métal ou en plastique est remplie d’une garniture liquide ou crémeuse. Pour finir, un tapis roulant fait passer le bonbon sous un jet de chocolat liquide qui ferme l’alvéole.

 

Si Léonidas est la marque la plus vendue en Belgique. Godiva est le leader du secteur du chocolat de luxe belge aux Etats-Unis. Godiva propose plusieurs collections annuelles autour de thèmes comme Saint-Nicolas ou la Saint-Valentin. Si les chocolats sont fabriqués dans des usines en Pennsylvanie (pour le marché Nord-Américain) et en Belgique (pour les marchés européen et asiatique), Godiva conserve une unité consacrée aux chocolats « faits main ». Ainsi, les ouvrières reproduisent toujours à la main, à l’aide d’un pochoir, le motif qui orne le chocolat Autant et rappelle la plume du chapeau de Scarlett O’Hara dans le film Autant en emporte le vent.

Les artisans belges créent chacun leurs propres pralines, mais certaines villes restent fidèles à des spécialités historiques. Le chocolatier Pierre Marcolini symbolise la nouvelle génération d’artisans belges, qui travaillent des ganaches moins sucrées.

 

5.10.4. En Italie

 

Spécialité de Turin, le bicerin est un mélange à parts égales de café, de chocolat et de crème. Le garçon apporte les trois pots et réalise le mélange dans un petit verre (bicerin, en italien) en fonction des désirs du client. Le bicerin est aussi une pâte de cacao, de miel et de noisettes, qui remplace le sucre dans le café. Le cappuccino (du nom de la robe brun et blanc des frères capucins) est un espresso au lait et à la crème saupoudré de cacao. De cet amour du raffinement crée autour du café naît, dans les établissements de luxe de la région de Naples, la « tradition du napolitain », qui consiste à offrir un petit rectangle de chocolat avec le café. Cette coutume d’accompagner le « petit noir » se répand en Europe au début des années 1980, souvent à des fins publicitaires.

Les problèmes économiques du XIXe siècle déclenchent une pénurie de cacao, d’où l’origine du premier mélange de cacao et de noisettes. Le gianduja et le cremino en sont les deux exemples les plus typiques.

Le chocolat chaud a longtemps été, en Italie, associé au libertinage, Casanova ayant immortalisé dans ses écrits le rôle de ce breuvage velouté, particulièrement celui du café Florian, à Venise. Aujourd’hui, les Italiens entretiennent une relation quasi amoureuse avec le chocolat. Les bouchées aux noisettes ou à la cerise s’achètent aux comptoirs des cafés. Les Baci, « baisers » de chocolat enrobés d’un papier argenté qui cache un message d’amour, font le rayonnement de la maison Perugina depuis 1922.

Appréciée par les enfants du monde entier, la pâte à tartiner Nutella, à base de noisettes, de sucre et de lait écrémé, comprend très peu de cacao : cette denrée était chère à l’époque de sa création en 1949.

En Italie, le chocolat est associé à de nombreux dessert, tels le sabayon et la tarte. Le tiramisu (gâteau composé de couches alternées de biscuit au café et de mascarpone) est saupoudré de cacao. Les desserts glacés ont certainement été inventés au XVIIe siècle dans le sud de l’Italie, le sel étant utilisé pour la conservation.

 

5.10.5. En Autriche

 

Les autrichiens, qui sont connus pour en être friands, mangent surtout du chocolat au lait sous forme de petites tablettes et de bouchées achetées à l’unité. Ils apprécient également les Rohkost, fruit secs enrobés de chocolat. Mais le symbole autrichien en matière de chocolat reste le Mozart Kugel, une bouchée faite de praliné ou de gianduja entouré de pâte d’amande, le tout enrobé de chocolat noir à Salzburg et de chocolat au lait à Vienne. Ces bonbons sont enveloppés de papier métallisé à l’effigie de Mozart, et leur goût a donné naissance a une liqueur au chocolat dont la petite fiole est aussi ornée du portrait du compositeur. Pour les touristes gourmands, ils se déclinent sous diverses présentations à l’image d’autres célébrités du pays, telles l’impératrice Sissi ou Richard Strauss. Le chocolat « à la viennoise », boisson dont la recette traditionnelle précise qu’elle doit épaissir sur feu doux grâce au jaune d’œuf qu’elle contient, est l’une des grandes spécialités autrichiennes. En réalité, le chocolat viennois n’est plus de nos jours qu’un lait chocolaté recouvert d’un peu de crème fouettée.

Les gâteaux les plus typiques sont les suivants :

-        Le Mohr im Hemd, pâtisserie au chocolat nappée d’une sauce chaude au chocolat et décorée de crème fouettée vanillée ;

-        Le Rehrücken, gâteau au chocolat clouté d’amandes qui a la forme d’une selle de chevreuil (dont il porte le nom) ;

-        La Dobos Torte, riche gâteau inventé en Hongrie en 1887 par le pâtissier Josef Dobos ; sous un glaçage au caramel, il alterne couche de pâte moelleuse et couches de crème au chocolat ;

-        L’imperial Torte, gâteau carré créé par un pâtissier au service de l’empereur François-Joseph et dans lequel de fines couches de pâte d’amandes et de crème au chocolat sont superposées ;

-        Les Indianerkrapfen, choux fourrés de crème Chantilly au chocolat.

 

5.10.6. En Allemagne

 

L’Allemagne est aujourd’hui le deuxième producteur mondial de chocolat, et ses habitants sont de grands amateurs. Les Allemands sont aussi friands de pâtisseries au chocolat. Leur gâteau le plus réputé, la forêt-noire, dont la fierté est avant tout la cerise aigre au nez d’amande, est originaire de la région éponyme ; ce gâteau se compose de génoise au chocolat, de petites griottes marinées dans l’alcool et de crème fouettée.

 

5.10.7. En Grande-Bretagne

 

La Grande-Bretagne est aujourd’hui le troisième producteur mondial de produits finis de chocolaterie. La biscuiterie, en particulier, est une spécialité anglaise de longue date, les Britanniques étant passés maîtres dans le décor des boîtes lithographiées. Certains puddings peuvent également comporter du chocolat, voire être accompagnés d’une sauce au chocolat.

 

5.10.8. En Espagne

 

Les Espagnols ont gardé, depuis la conquête du Nouveau Monde, l’habitude de boire du chocolat chaud. Cela explique leur forte consommation de poudre de cacao, même s’ils apprécient aussi les tablettes non fourrées. On peut s’étonner en revanche que ce pays n’ait pas plus développé cette tradition chocolatière.

 

5.10.9. En Hollande

 

La Hollande est le deuxième importateur de fèves de cacao au monde, et Amsterdam le premier port mondial de transit du cacao.

Les tartines sont souvent parsemées de granulés au chocolat, noir ou au lait (hagelslag), et les florins en chocolat enrobés de papier argenté font leur régal. La hollande a toujours produit un chocolat noir très amer.

 

5.10.10. Aux Etats-Unis

 

Premier pays producteur de chocolat au monde, les Etats-Unis sont avant tout la nation de la barre chocolatée. Vestige de la prohibition oblige, la vente de chocolats fourrés à l’alcool ou à la liqueur demeure interdite aux Etats-Unis, excepté dans le Kentucky, le Tennessee (où le bourbon, spécialité locale, est utilisé) ainsi que dans le Nevada. Les brownies, biscuits au chocolat et aux noix, sont largement consommés. Les Américains aiment le chocolate layer cake, qui a pour eux le charme des gâteaux « à l’ancienne » et est constitué d’une pâte au chocolat fourrée recouverte de crème au beurre parfumée au chocolat. Le devil’s food cake est également un dessert très apprécié.

 

5.10.11. En Asie

 

La saveur sucrée a longtemps été ignorée en Asie. Ainsi le chocolat n’est entré que récemment dans les habitudes alimentaires, et ce grâce en particulier aux barres chocolatées qui symbolisent, entre autres, le mode de vie américain.

 

5.10.11.1. Le Japon : tradition…

 

Au Japon, les gastronomes achètent très cher à la pièce des chocolats noirs et peu sucrés, d’où le succès des artisans-chocolatiers français.

Les chocolats vendus le jour de la Saint-Valentin, fête lancée dans les années 1950 par les chocolatiers, représentent aujourd’hui plus de 60% de la consommation totale de chocolat au Japon. Dans ce pays où les usages sont très codifiés, les employées de bureau offrent chaque 14 février les « chocolats du devoir » à leurs collègues masculins, et les jeunes filles offrent à leur amoureux les « chocolats qui viennent du cœur ».

En principe, les heureux bénéficiaires doivent répondre par un petit cadeau un mois précisément après la réception des chocolats.

 

5.10.11.2. La Chine : le goût du sucre…

 

La Chine aussi s’est découvert très récemment du goût pour le sucre, la confiserie et le chocolat. Dans les grandes villes, la consommation en plein développement de barres, de bonbons et de gaufrettes au chocolat témoigne de l’influence américaine. Un nouveau marché s’ouvre, qui pourrait générer une pénurie mondiale de cacao si le chocolat pénétrait la vie quotidienne de ce grand pays.

 


6 – Le chocolat : ses accessoires, ses collections.

 

6.1. Des boîtes de collection

 

De nombreuses marques de cacao ou de produits chocolatés vendent alors leurs produits dans des boîtes joliment lithographiées. Banania va plus loin : pour fidéliser ses clients, la marque est la première à imprimer les mentions « farine », « sucre » ou « pâtes » sur ces célèbres boîtes bleues puis jaunes, les transformant ainsi en récipients à la fois utiles et décoratifs pour les cuisines des ménagères.

Parallèlement, le chocolat solide continue son évolution et devient accessible à tous. Le Suisse Jules Séchaud lance en 1913 le premier chocolat fourré, présenté comme une friandise de luxe. Cadbury invente en 1905 le Dairy Milk, un chocolat au lait au goût caramélisé, puis le Bournville Plain, un chocolat noir à croquer. Déjà spécialisée dans la biscuiterie au chocolat, la marque crée en 1921 le premier chocolat aux fruits et aux noix.

Les Etats-Unis prennent également goût au chocolat. Milton Snavely Hershey fait construire en 1907 Hersheyville, une ville modèle, autour de son usine. Ses bouchées Hershey’s Kisses, son chocolat à cuire non sucré et sa poudre de cacao deviennent rapidement des produits de grande consommation.

 

6.2. Les ustensiles du chocolat

 

Les premiers ustensiles du chocolat sont ceux des Aztèques, qui boivent leur bouillie chocolatée, l’atolle, dans des coquilles de noix de coco ou dans des demi-courges séchées après que les femmes ont broyées les fèves de cacao. Le roi Moctezuma II, quant à lui, dans une tasse d’or fin son tchocolatl, préalablement fouetté à l’aide d’un instrument en bois très travaillé à base cannelée. Lorsqu’il débarque au Mexique, Hernán Cortés déguste le breuvage sacré des Aztèques dans des écailles de tortues décorées d’arabesques d’or.

 

6.2.1. Les premières chocolatières

 

Au XVIIe siècle, les carmélites d’Oaxaca, au Mexique, utilisent une sorte de vase en terre à panse arrondie qui préfigure la chocolatière. Du fait de l’engouement de la noblesse espagnole pour le chocolat chaud, ce récipient devient au fil du temps plus élégant et plus pratique : en argent ou en porcelaine, il est maintenant muni d’un manche à angle droit. La première chocolatière apparaît en France dans la seconde moitié du XVIIe siècle. EN 1686, l’ambassadeur du Siam offre à Louis XIV deux paires de chocolatières avec leurs couvertures d’argent qui inspireront les meilleurs orfèvres et les plus grandes manufactures de France.

 

6.3. De la tasse et la soucoupe

 

6.3.1. De l’usage du moussoir

 

En 1722, le père missionnaire Jean-Baptiste Labat est le premier à décrire dans ses carnets de voyage le moussoir, « un bâton qui est d’environ dix pouces plus haut que la chocolatière, afin de pouvoir être librement agité entre deux mains ouvertes ». Ce moussoir est utilisé par les domestiques pour délayer le cacao dans l’eau ou dans le lait, avant que le chocolat mousseux ne soit servi dans une chocolaterie, présentée couvercle fermé.

 

6.3.2. La tasse à la reine

 

En 1761-1762, la manufacture de Sèvres fabrique sa première « cafetière forme chocolat », puis le premier « gobelet avec soucoupe enfoncée », en réponse à une commande de la marquise de Pompadour, sous l’égide de qui la manufacture de Vincennes devient manufacture royale avant de s’établir à Sèvres. La « tasse à la reine » est de forme tronconique, généralement couverte ; munie d’une ou deux anses, elle est utilisée pour boire du lait ou du chocolat chaud. Parfois accompagnée d’une soucoupe à fond plat, la large tasse trembleuse en porcelaine est parfois très creuse ou à crédence.

Jusqu’au début du XIXe siècle, la chocolatière est pourvue de trois pieds suffisamment hauts pour qu’un petit réchaud puisse être glissé dessous. De tout nouveaux modèles de chocolatières apparaissent, sur piédouche ou à fond plat. Ces ustensiles inspirent toujours les orfèvres et les porcelainiers, et quelques artisans contemporains réalisent encore de fort belles pièces.

 

6.4. Les collections du chocolat

 

Rares sont les collections qui suscitent autant d’engouement que celles liées au chocolat. Il est vrai que la promotion de ce produit a généré la création d’un grand nombre d’objets magnifiques. Il existe plusieurs types de collections :

 

-        La collection de PLV (publicité sur le lieu de vente) : les présentoirs en carton ont rarement survécu, mais il reste les fausses tablettes en métal, les plaques émaillées et les distributeurs en forme de colonne Morris.

-        La collection d’objets d’une même marque : Banania, Felix Potin, Menier, Poulain et la Marquise de Sévigné, entre autres, sont des marques qui permettent de glaner des pièces de collection, comme des chromos, des buvards, des boîtes, des catalogues, des affiches, des coffrets pédagogiques, etc…

-        La collection des ustensiles du chocolat, comme les chocolatières, les tasses à chocolat et les trembleuses.

-        La collection de boîtes lithographiées, de poudres de cacao et de farines chocolatées : Poulain, Van Houten, Banania…

-        La collection d’objet de promotion, comme les albums, les images et les jouets pour les enfants, les buvards, les crayons, les protège-cahiers pour les écoliers, les affiches, les insertions dans la presse, les pendules, les miroirs, les porte-clés, les pin’s, etc.

-        La collection de timbres-poste sur la culture du cacaoyer dans les pays producteurs (dont les anciennes colonies des pays européens) et sur la transformation du cacao.


7 – La symbolique du chocolat

 

L’universalité du chocolat en fait un ingrédient unique. Qu’il soit boisson ou aliment roboratif – au petit déjeuner, en dessert ou au goûter -, symbole de la gourmandise ou ami fidèle des moments difficiles, le chocolat nous accompagne à tous les âges de la vie, tout au long de la journée et durant l’année entière.

 

7.1. Un aliment riche en symboles

 

7.1.1. Le chocolat, symbole de l’enfance

 

Avec la fin du XIXe siècle vient la démocratisation du chocolat, due en grande partie aux produits largement diffusés de Menier  et de Poulain. Les enfants découvrent cet aliment aux milles ressources, compagnon incontournable de leurs journées. Leur petit déjeuner se compose d’un bol de chocolat Menier. Ils se régalent pour le goûter d’une barre de chocolat Menier accompagnant un morceau de pain ou râpée sur une tartine beurrée, pur plaisir et véritable « madeleine de Proust » pour plusieurs générations. Ils engloutissent leur petit pain au chocolat à la sortie de l’école gardant intact le précieux bâton pour la dernière bouchée et dégustent les barres chocolatées après l’effort.

A la Saint-Nicolas et à Noël, des chocolats en forme de sapin, de boule ou de Père Noël décorent l’arbre et sont glissés dans les souliers des enfants sages. A Pâques, fritures, lapins, poules et œufs en chocolat font l’objet de recherches frénétiques dans les jardins. Les parents ont à cœur de transmettre ces souvenirs précieux. Le chocolat fait partie de l’imagerie de l’enfance, celle des goûters-tendresse apportés par les mamans à la sortie de l’école, des gâteaux, crèmes et autres mousses préparés avec amour par les grands-mères.

 

7.1.2.     Le chocolat, symbole de l’amour

 

Depuis les Aztèques et grâce aux mœurs des cours royales, le chocolat a la réputation d’être aphrodisiaque. Bien que cette propriété soit aujourd’hui plutôt attribuée aux épices qui accompagnaient le breuvage, cette croyance demeure universelle, et le chocolat reste associé à l’amour. Offert à l’être aimé, il est la précieuse bouchée que l’on déguste ensemble. Est-ce pour cela que certains hôteliers souhaitent une douce nuit à leurs clients en déposant un chocolat sur chaque oreiller ?

Il est à noter qu’un chagrin d’amour provoque souvent une brutale envie de chocolat ; en effet, la phényléthylamine du chocolat est une substance chimique identique à celle que produit le cerveau quand on tombe amoureux. Les effets de cette substance (antidrepressive) s’ajoute à ceux de la théobromine (qui allège la tristesse) pour faire du chocolat un ami des plus réconfortant.

 

7.1.3.     Le chocolat, symbole de la gourmandise

 

Péché de gourmandise ou péché mignon ? Le seul mot de « gourmandise » excite l’imagination et fait ressurgir des souvenirs d’enfance ; grâce au chocolat, l’adulte peut continuer à vivre ses fantasmes gourmands. Aujourd’hui, le péché s’affiche et s’assume, on racle la casserole ou le saladier à l’aide d’une cuillère (ou, mieux, avec le doigt) ; on termine jusqu’à la dernière goutte la pâte de cacao restée au fond d’une tasse de chocolat chaud. Plus esthétique que moral, le seul frein au péché de gourmandise semblant perdurer de nos jours est l’obsession de la minceur.

 

7.2. Chocolat et publicité

 

Le chocolat n’est plus seulement une denrée alimentaire. Les passions qu’il génère lui confèrent un pouvoir que la publicité exploite pour toucher toutes les générations.

 

7.2.1. Chocolat et réclame

 

A la fin du XVIIe siècle, le chocolat est encore un produit peu connu, accessible à une toute petite frange de la population française. Pour le faire découvrir, et lutter contre la concurrence qui sévit bientôt, les épiciers et artisans chocolatiers vont rivaliser d’imagination et permettre à la « réclame » de se développer.

Ainsi le sieur Renaud, premier artisan chocolatier à avoir ouvert boutique à Paris, vers 1695, distribue-t-il aux chalands un petit poème qui vente son chocolat.

Un épicier parisien, le sieur Roussel, est quant à lui le premier à avoir l’idée, en 1776, de marquer son nom sur son chocolat, et il le clame haut et fort dans la presse de l’époque.

Au XIXe siècle, les chocolatiers utilisent pleinement la publicité pour promouvoir leurs produits. Le chocolat garde comme image « médicinale », aussi le premier thème développé est-il la santé : le chocolat apporte tonus aux enfants et aide les convalescents à retrouver leur vigueur.

Afin de lutter contre les falsifications et les contrefaçons, Victor Auguste Poulain lance dès 1867 le slogan « Goûtez et comparez », qui constituera la première campagne publicitaire diffusée dans la France entière. Son fils Albert, quant à lui, fait mettre dans chaque boîte de Petit Déjeuner à la crème vanillée une figurine en métal et une image afin de fidéliser les enfants consommateurs.

Jean Antoine Menier présente son chocolat sous forme de tablettes composées de six-barres semi-cylindriques. Il habille chaque tablette du fameux papier jaune, et signe ainsi l’acte de naissance de la marque de fabrique. L’enfant collectionne les images des tablettes et les colle dans des albums éducatifs, véritables catalogues de musées imaginaires. Poulain, qui distribuera vingt cinq mille images différentes en 1880 et 1904, ira jusqu’à créer une imprimerie dans son usine pour les tirer. Des « tableaux scolaires » éducatifs sont envoyés dans les classes. Tous les stades de la transformation des fèves de cacao qui viennent des colonies, jusqu’au moulage des tablettes, y sont présentés et commentés. Apparaissent également les « tableaux-réclames » offerts aux commerçants par les industriels. Ces cartonnages publicitaires, qui vont du petit objet au tableau complet en passant par tous les genres de présentoirs et de supports, séduisent les épiciers et leur permettent de garnir, sans effort ni frais, la devanture de leur commerce. Les plaques émaillées remplacent progressivement à partir 1885. L’impulsion qu’elles vont imprimer à la publicité est due à leur large diffusion, mais aussi à leur solidité, comme au brillant et aux couleurs éclatantes de l’émail.

 

7.2.2. Amour, tendresse et chocolat

 

Source de volupté, le chocolat est facilement associé à l’amour physique. En 1999, une publicité pour le Rocher Suchard fait allusion de manière explicite aux fantasmes sexuels avec « C’est où il veut, quand il veut ! », légende d’une affiche sensuelle et audacieuse. Une cabine de douche, la banquette arrière d’une automobile ou une peau de bête devant la cheminée, autant de situations évocatrices avec lesquelles un simple papier froissé, seule trace du délit, fait le lien.

Mais le chocolat le plus grivois est sans conteste celui d’Yves Thuriès. Pour développer sa notoriété, cette PME française s’est offert les service de Rocco Siffredi dans un spot de huit secondes réalisé par Richard Gotainer. Dans un lit aux draps froissés, la star du porno se retourne vers sa dulcinée et, d’un ton plein de sollicitude mais non dénué de fatuité, lui pose la question rituelle : « Alors, heureuse ? » La dame rétorque alors, avec une moue dubitative : « Mouais… Mais ça ne vaut pas un chocolat Yves Thuriès ! » Et une voix off de conclure : « Yves Thuriès, c’est 20 centimètres de plaisir par tablette !

 

7.2.3. Péché de chair et gourmandise

 

Pendant les fêtes de Pâques 1995, le Rocher Suchard joue la carte de la provocation en pleine semaine sainte. Vêtue de quelques lambeaux de feuille d’or, le mannequin noir Tyra Banks établit un parallèle sensuel entre le désir charnel et le désir de chocolat. Trois slogans sont déclinés : « Pour être pardonné, il faut avoir péché ! » ; « Vous avez beau dire non, on entend oui » ; « C’est une épreuve que le seigneur nous envoie… » C’est un succès complet mais la marque est attaquée par un collectif féministe pour « incitation au viol » et l’affiche est retirée.

 

7.2.4. Luxe et volupté

 

Souvent enveloppé de papier doré, le chocolat est considéré comme de l’or en barre, certaines marques allant même jusqu’à présenter leurs produits sous forme de petits lingots.

Ce n’est pas un hasard si Lanvin fait appel en 2000 à Stéphane Bern, alors chroniqueur de la Jet-Set, pour être la vedette de son spot publicitaire. Succédant à Salvador Dali, il s’exclame « Pour ma part, j’en suis fou ! » après avoir saisi un escargot Lanvin demeuré seul sur un plateau d’argent. Puis, en voix off : « Qui peut résister à un tel luxe ? »

 

7.2.5. A la folie

 

Humour et chocolat font bon ménage, comme l’ont démontré avec succès quelques marques bien connues. Charles Trenet a chanté sur l’air de la Mer : « Kohler, je suis fou de Kohler, pour la vie… » Inspiré par celui que l’on surnommait le Fou Chantant, Salvador Dali s’exclame en 1974 : « Je suis fou du chocolat Lanvin ! » Tout le monde a encore en mémoire les incroyables moustaches du maître en la manière dont il roulait les yeux…

Dans la même veine humoristique, c’est en 1971 que commence pour Nestlé la série de films catastrophes de Crunch, le « chocolat qui croustille ». Le thème est simple, quand vous croquez dans une tablette, tout s’effondre autour de vous. C’est Jean-Jacques Annaud qui signe les premiers spots, puis Ridley Scott, Jean-Paul Goude, Edouard Molinaro, Jean-Paul Rappeneau et Patrice Leconte lui emboîteront le pas avec une surenchère de scénarios cataclysmiques où Adam et Eve, Napoléon et même Dieu subiront les effets de la tablette au ri soufflé.

 

7.2.6. Les affiches célèbres

 

-        1895 : Henri Gerbault dessine une maman avec son bébé devant un chat noir lapant sa tasse de chocolat Carpentier.

-        1905 : Leonetto Capiello dessine pour Auguste Poulain un groupe d’enfants jouant avec un jeune cheval qui gambade. Cet emblème, quoique plus stylisé, est toujours celui de la marque.

-        1925 : un ouvrier de l’usine Delespaul conçoit une affiche où les lettres du mot « chocolat » coulent sur le mur, régalant des enfants à table.

-        Même Alfons Mucha illustrera le chocolat en ce début du XXe siècle avec deux affiches, le Chocolat idéal et le Chocolat mexicain.

 

7.2.7. Du chocolat Menier à la Mère Denis

 

Invité à réfléchir au thème d’une affiche pour Menier, le peintre Firmin Bouisset (1859-1925) se promène dans la propriété de Noisiel en 1893 lorsqu’il remarque la petite-fille du gardien, Louise Hedeline, âgée de six ou sept ans, qui se tien face à un mur. IL vient aussitôt l’idée de cette petite fille qui écrit maladroitement sur un mur, à l’aide d’un morceau de charbon de bois, la recommandation « éviter les contrefaçons ». La tenue typique de l’écolière modèle, la posture naturelle des pieds, le panier du goûter ainsi que le parapluie protecteur sont tellement représentatifs de la vie de l’époque que toutes les familles s’y reconnaissent.

Firmin Bouisset a souvent utilisé ses enfants pour illustrer ses créations : son fils Jacques est déjà l’écolier des petits-beurre de lu et le ramoneur du papier à cigarettes Job, et sa fille Yvonne, qui assure aussi la promotion des produits Maggi, sera pendant quarante ans le symbole de la marque Menier.

Au fils du temps, d’autres illustrateurs feront évoluer la petite fille aux nattes, mais aucune affiche n’aura le succès rencontré par celle de Bouisset, qui symbolise encore aujourd’hui l’enfance, l’heure du goûter et la nostalgie d’une époque révolue. L’idée du personnage qui se tient de dos pour écrire un message sera reprise par d’autres marques pour des publicités, entre autres par Vedette. En 1979, la Mère Denis (figure alors représentative de la fameuse marque d’électroménager) était filmée écrivant sur un mur : « C’est vrai ça. » La position, les pieds en dedans, le parapluie et le panier étaient directement empruntés à l’affiche de Firmin Bouisset.

 

7.2.8. Concurrence déloyale

 

« Les citoyens  ne sont pas tous égaux devant le chocolat, trop de gens doivent se contenter de produits inférieurs, n’ayant pas les moyens de s’offrir du vrai chocolat. Lorsqu’une certaine échelle de prix s’établit, certains fabricants se rattrapent en utilisant des cacaos avariés ou en y mêlant toutes sortes de substances. »Rapport sur l’exposition universelle de 1890.

 

Quelques industriels chocolatiers, parmi lesquels Menier, subissent donc la concurrence déloyale des certains commerçants (en particulier ceux ayant un nom proche du leur, comme par exemple François Meunier). Les honnêtes chocolatiers font leur possible pour avertir les consommateurs et dénoncer les falsificateurs, marchands sans scrupule qui vendent à bas prix des pseudo-chocolats contenant amidon, fécule de pomme de terre, amandes pilées, lentilles, pois secs ou gomme arabique. C’est pour « faire tourner » son stock de chocolat avant qu’il ne blanchisse et pour lutter contre les chocolats falsifiés (qui eux ne blanchissaient pas), qu’Emile Joseph Menier lancera une formule pour le moins percutante : « Le chocolat Menier, le seul qui blanchisse en vieillissant ! »

 

7.2.9. Les emballages qui parlent

 

EN 1866, Richard Cadbury vend sa première boîte de chocolats décorée du portrait de sa fille Jessica portant un petit chat dans les bras. De nombreuses marques de chocolats à travers le monde reprendront cette image d’une petite fille et d’un chaton. En 1998, Hershey crée une barre de chocolat faisant office de faire-part de naissance. Les emballages roses portent l’inscription Here she is (« la voilà »), et les emballages bleus Here he is (« le voilà »). Le nom du bébé, la date et l’heure de sa naissance, sa taille, son poids et le nom de ses parents personnalisent ces chocolats.

 

7.2.10. Les slogans publicitaires célèbres

 

-        Cémoi : « Tous les émois du chocolat… »

-        Lanvin : « Passionnément… »

-        Lindt : « Un chocolat d’une infinie tendresse… »

-        Lion : « Pour rugir de plaisir ! »

-        Mars : « Tu te laisseras tenter… »

-        Milka : « Tendrement chocolat… »

-        Nestlé : « Rythmer vos nuits au goût du noir… »

-        Suchard : « Vous avez beau dire non, on entend oui ! »

-        Mon chéri : « Deux mots d’amour dans un chocolat … »

-        Poulain : « Le fin du fin des chocolats… »

-        Côte d’Or : « Raffiné et pur comme de l’or… »

 

7.3. La présentation du chocolat

 

7.3.1. Emballages de charme

 

Les chocolats furent d’abord enveloppés de « papier » d’argent ou d’étain. Au début du XIXe siècle, le pharmacien Debauve fut le premier à créer pour ses chocolats des emballages portant son nom. Depuis 1954, le papier d’aluminium, plus souple, protège de la chaleur et de l’humidité tablettes et bouchées à l’alcool.

La présentation des bonbons de chocolat diffère selon le type de commerce ou les habitudes du pays. Par exemple, les chocolats italiens sont enveloppés individuellement pour des raisons d’hygiène. Les emballages les plus raffinés sont certainement ceux de la marque libanaise Patchi : Chaque bouchée est emballée décorée selon les collections saisonnières, les fêtes à célébrer ou des commandes particulières.

Le ballotin en carton permet de ne pas écraser les friandises contrairement aux cornets précédemment utilisés ; on y ajoute même aujourd’hui de fines feuilles de papier pour protéger chaque couche de chocolats. Quant au boîtes d’assortiment vendues en grandes surfaces, elles présentent toutes les chocolats dans des alvéoles.

Le conditionnement des chocolats reflète l’image du chocolatier : ceux dont les produits sont considérés comme des chocolats d’exception, du fait de leur qualité ou de leur prix, utiliseront les mêmes codes visuels que les fabricants de produits de luxe. Ainsi Robert Linxe a-t-il choisi Davoise Productions, le fournisseur de boîtes et de rubans de la maison Hermès, pour imposer l’image de La Maison du Chocolat, seule chocolaterie française membre du comité Colbert. La sobriété est de rigueur dans le haut de la gamme, les couleurs les plus utilisées étant le noir et le marron.

 

7.3.2. Couvertures et garnitures

 

La taille des chocolats s’est réduite, et l’on est passé en quelques années de la grosse bouchée au petit palet de 5 grammes. Les pralines belges, souvent moulées, restent toutefois généralement plus grosses que les bonbons de chocolat français. L’artisan décore de manières variées la couverture de ses chocolats afin de différencier les garnitures. Certains chocolatiers, comme Michel Richart, à Lyon, et Jean-Claude Briet, à Prévenchères, décorent leurs chocolats de transferts dont les couleurs et les motifs évoquent les ingrédients caractéristiques de chaque bonbon.

 

7.4. Le chocolat dans l’art

 

7.4.1. Le chocolat dans la peinture classique

 

Les Espagnols, qui ont été à l’origine de sa découverte, lui ont consacré quelques toiles, où sont surtout magnifiés dans de somptueuses natures mortes ses ustensiles : chocolatières en cuivre, gobelets en porcelaine, trembleuses et moussoirs, entourés parfois de churros, long biscuits qu’on trempait dans le breuvage. Une toile de Luis Menendez montre un détail intéressant : elle représente des pastilles de chocolat devait être fait chez soi, une ordonnance ayant interdit de la vendre dans les rues pour éviter que les clients n’affichent leur oisiveté. La chocolatière y est encore en cuivre, alors qu’elle est déjà en argent dans la toile, pourtant antérieure, du peintre français Alexandre Desportes.

Plus tard, les peintres représenteront surtout des scènes de repas ou des collations, prises au salon ou bien dans un café et réunissant parents, enfants et amis autour d’un chocolat chaud. Cette boisson, fort prisée, permet de partager dans la joie un moment de convivialité. Apportées sur un plateau par une soubrette, les trembleuses apparaissent accompagnées de leur verre d’eau.

Mais les artistes ont aussi réalisé des gravures ou des toiles plus coquines : tendre tête-à-tête, prélude à des jeux érotiques : étreintes folles dans une alcôve ; fuite subite d’un amant qui a peur d’être surpris par un mari jaloux ; lever d’une belle au sein dévoilé qui prend un chocolat pour se restaurer ; jolie marquise à sa toilette entourée de familiers, etc. Dans ses œuvres, où il n’est question que de déshabillés galants, de négligés, de monceaux de dentelles et de décolletés suggestifs, la chocolatière préside à l’intimité des boudoirs ou des chambres à coucher. Parfois le sujet paraît sage, mais est porteur d’une symbolique érotique pour qui sait décoder : dans le portrait que fait Charles-Jospeh Natoire de mademoiselle de Charolais, cette dernière confectionne un nœud avec une cordelette, geste au symbolisme grivois.

 

7.4.2. Le chocolat dans l’art contemporain

 

De célèbre affichistes ont mis leur talent au service de la réclame de grandes chocolateries, comme Menier, Compagnie française des chocolats et des thés, Klaus, Poulain : Firmin Bouisset (1859-1925), Alphonse Mucha (1860-1939) ou encore Leonetto Cappiello (1875 – 1942), entre autres.

Le peintre Degas (1834-1917) expose un pastel, la Tasse de chocolat, où une belle finissant sa toilette trempe un biscuit dans un chocolat chaud apporté par une femme de chambre (Offentliche Kunstsammlung, Kunstmuseum de Bâle). Quant à Kurt Schwitters, il insère une enveloppe de tablette de chocolat dans sa composition Miroir-collage de 1920 (musée national d’art moderne de Paris). Marcel Duchamp (1887-1968), toujours facétieux, après avoir esquissé en 1914 deux études sur la Broyeuse de chocolat (musée de Düsseldorf), en tire une œuvre au titre provocateur, Mariée mise à nue par ses célibataires, même, ou le Grand Verre (1915-1923). Le motif principal de cette toile, exposée au musée de Philadelphie, est une broyeuse de chocolat à meules reprise d’une gravure ancienne du début du siècle. En 1969, une Nature morte au pastel représentant une chocolatière est signée par Fernando Botero qui, comme à son habitude, lui donne une silhouette dodue et pansue.

Les dessinateurs évoquent ça et là le chocolat : Cauméry et Pinchon dans les Cent Métiers de Bécassine (1915) ou Hergé dans les Cigares du Pharaon. Quant à André Franquin, il confie à Spirou une réclame pour les barres de chocolat Jacques. Le logo des Langues de Chat de Galler fut créé en 1995 par Philippe Geluck. Enfin, les Triplés de Nicole Lambert font des facéties avec des bonbons de chocolat. Artiste plasticienne, Claude Mercadier réalise des collages sur le thème du chocolat.

Serge Couzigou, chocolatier, a complété sa formation à l’Ecole des beaux-arts de Paris et réalise d’imposantes sculptures en chocolat.


8 – Un plaisir qui nous fait du bien

 

Pour apprécier les effets nutritionnels du chocolat et l’impact de celui-ci sur la santé, il importe de connaître sa composition. Cette dernière diffère selon l’origine du cru, le pourcentage de cacao, la présence éventuelle de lait, voire l’adjonction d’autres ingrédients, comme des amandes, des noisettes ou des agrumes.

 

8.1. Composition du chocolat

 

Le chocolat est un aliment très complet sur le plan nutritionnel puisqu’il contient l’ensemble des macronutriments (protides, glucides, lipides et fibres) et de nombreux micronutriments (vitamines, sels minéraux et oligo-éléments).

Le chocolat au lait et le chocolat blanc sont plus sucré et plus riches en calcium que le chocolat noir. Notons que le chocolat blanc ne contient pas de pâte de cacao, mais seulement du beurre de cacao, du lait et du sucre.

 

8.2. Les idées reçues sur le chocolat

 

Les médecins ont discuté pendant des siècles afin de déterminer les effets du chocolat sur la santé. Dès la fin du XIXe siècle, tous étaient tombés d’accord sur le fait que le chocolat avait un effet tonique s’il était consommé avant les repas, et qu’il facilitait la digestion lorsqu’il était pris après. Il est donc curieux de constater que, depuis une soixantaine d’années, le chocolat se voit accusé de nombreux troubles dont il n’est aucunement responsable…

Nombre d’idées reçues reposant sur des arguments pseudo-scientifiques ont contribué à discréditer le chocolat, la rumeur se chargeant de les répandre. Malgré les résultats positifs de nombreuses études, beaucoup d’a priori persistent à propos des effets du chocolat sur la santé. Nous énumérons ci-après les principales de ces idées reçues.

 

8.2.1. « Le chocolat fait grossir »

 

Les 530 kilocalories qu’apportent 100 grammes de chocolat affolent ceux qui surveillent leur ligne. Pourtant, penser que le chocolat fait grossir est une erreur… grossière. Un peu de chocolat peu en effet parfaitement s’intégrer à l’équilibre nutritionnel global d’une journée (la consommation moyenne de chocolat des Français n’est que de 20 grammes par jour). En diététique, on ne diabolise aujourd’hui aucun aliment : il est permis de manger de tout  à condition de moduler les quantités, et l’on insiste moins sur l’aspect quantitatif de l’aliment (composition en nutriments.)

Or, comme indiqué précédemment, le chocolat n’est pas un aliment à « calories vides » ; il contient au contraire des nutriments fort intéressants (protéines, lipides, glucides, fibres, vitamines, sels minéraux).

Enfin, le chocolat ne constitue tout de même pas l’essentiel de l’alimentation : de récentes études menées auprès de personnes consommant très régulièrement du chocolat montrent que ce dernier ne représente que 5% de leur apport calorique quotidien, et qu’il n’y a pas de corrélation entre obésité et consommation de chocolat. Enfin, des chercheurs ont montré que le beurre de cacao du chocolat comportait des acides gras particuliers ayant tendance à se stocker, mais favorisant au contraire la mobilisation des graisses pour être brûlées et utilisées comme carburant.

 

8.2.2. « Le chocolat constipe »

 

Encore une idée reçue qui a la vie dure ! Des travaux ont au contraire permis de démontrer que le chocolat accélère le transit grâce à la présence de certains tanins stimulant la motricité de la paroi intestinale. Par ailleurs, 100 grammes de chocolat à 85 % de cacao contiennent environ 9.3 grammes de fibres (davantage de pain complet), qui luttent efficacement contre la constipation.

 

8.2.3. « Le chocolat donne du cholestérol »

 

Le chocolat contient une graisse, le beurre de cacao, qui augmente le taux sanguin de bon cholestérol (HDL-cholestérol), ce qui est bénéfique pour l’état des artères. Manger du chocolat contribue donc à prévenir l’athérosclérose.

 

8.2.4. « Le chocolat est interdit aux diabétiques »

 

Les règles de diététique du diabétique ont évolué : une certaine quantité de glucides est désormais autorisée quotidiennement. Le diabétique pouvant la gérer comme il l’entend, rien ne l’empêche d’intégrer dans sa ration quotidienne un peu de chocolat. Il préfèrera alors un chocolat noir riche en cacao (au moins 70%), qui a un index glycémique bas (à 22) et ne déstabilise donc pas son diabète. Les aliments contenant des glucides sont maintenant répertoriés en fonction de cet index glycémique, qui remplace la classique distinction entre « sucres lents » et « sucres rapides », aujourd’hui périmée. La consommation de chocolat noir riche en cacao est d’autant plus indiquée pour le diabétique qu’elle constitue un facteur de prévention des maladies cardio-vasculaires.

 

8.2.5. « Le chocolat donne des migraines »

 

Le chocolat recèle de la tyramine, substance chimique pouvant provoquer des migraines, mais il en contient trop peu à lui seul pour entraîner la survenue d’une crise. Il faut consommer au même repas plusieurs aliments riches en tyramine (vin et fromages fermentés, notamment) pour que les maux de tête apparaissent.

 

8.2.6. « Le chocolat provoque des réactions allergiques »

 

Cela reste très exceptionnel ; environ 1.5% seulement des personnes souffrant d’asthme, d’eczéma ou de rhinite se trouvent être allergiques aux protéines du chocolat. Cette allergie doit être mise en évidence par des tests cutanés et sanguins pratiqués par un allergologue. Plus fréquente est l’allergie aux oléagineux (noisettes, cacahuètes) que contiennent certains chocolats fourrés ou des pâtes à tartiner. Il existe aussi des fausses allergies liées, lors de la consommation de chocolat, à la libération d’histamine, qui va donner surtout des éruptions cutanées.

 

8.2.7. « Le chocolat donne des caries »

 

Le chocolat contient certes du sucre (30% dans un chocolat à 70% de cacao), mais la pâte de cacao contient du fluor, des phosphates et de polyhydroxyphénol, substances qui évitent la formation des caries. Par ailleurs, manger du chocolat n’empêche pas de se brosser les dents !

 

8.2.8. « Le chocolat est pollué »

 

Certaines personnes craignent d’intégrer des pesticides lorsqu’elles mangent du chocolat. En fait, la culture des cacaoyers reste très artisanale ; elle est menée par des petits producteurs qui n’ont, en général, pas les moyens de payer des traitements phytosanitaires. Le cacao qu’ils commercialisent n’est donc que très rarement traité chimiquement. Quelques productions de Saint-Domingue, de Madagascar, d’Equateur, du Pérou, du Togo et d’Indonésie jouent la carte du bio, mais obtenir le label bio coûte très cher, et seules de grandes coopératives ou des petits planteurs aidés par leur Etat ou par une compagnie peuvent se lancer dans cette démarche. Toutefois des traitements chimiques peuvent être effectués lors du transport et du stockage, traitements qu’il est difficile de supprimer sans mettre la récolte à la merci des insectes et des parasites. Le processus de fabrication de ce chocolat bio est complexe et aussi contraignant que celui du chocolat casher ; il faut une ligne de fabrication spéciale dans les chocolateries pour obtenir la certification « bio » et le fameux logo « AB ». Certains couverturiers ont pourtant des gammes de chocolats bio, et quelques chocolatier proposent déjà des tablettes bio ayant droit de cité jusque dans les gondoles des supermarchés.

 

8.2.9. « Le chocolat est une drogue »

 

Une drogue entraîne l’apparition d’une dépendance et d’une accoutumance, ce qui n’est pas le cas avec le chocolat. Les vrais amateurs de chocolat, ceux qui en consomment par plaisir tous les jours, s’en passent très bien quand il faut, par exemple s’ils partent en vacances dans un pays tropical où la chaleur ne permet pas de conserver le divin produit. Le chocolat n’entraîne donc aucune dépendance, contrairement à une drogue dure, ou même au tabac ou à l’alcool. Ainsi, un fumeur dépendant ne pourra rester plusieurs heures, et a fortiori plusieurs jours, sans fumer, alors qu’un « chocophile » parviendra aisément à se passer de chocolat sans souffrir d’un quelconque syndrome de manque. En outre, pour obtenir toujours les mêmes effets, un vrai drogué a besoin d’augmenter régulièrement ses doses. Ce n’est pas le cas de l’amateur de chocolat, dont la consommation reste souvent constante d’un jour à l’autre, quand elle n’est pas épisodique. L’anandamide, substance présente dans le chocolat et que l’on retrouve dans le cannabis n’a pas d’effets aux doses de consommation habituelle : il faudrait manger plus de 11 kilogrammes de chocolat par jour qu’elle soit active ! Certaines personnes anxieuses ont des troubles du comportement alimentaire avec une tendance boulimique : les unes jettent alors leur dévolu sur le chocolat mais d’autres préfèreront le fromage ou le saucisson… Quand elles optent pour le chocolat, elles choisissent un chocolat plutôt sucré, comme le chocolat blanc ou le chocolat au lait. De fait, on constate que le sucre a un authentique effet tranquillisant : il agit comme un véritable anxiolytique en favorisant la sécrétion cérébrale de sérotonine.

Il ressortit de tout cela que le chocolat n’est pas une drogue… Tout au plus a-t-il un goût de « reviens-y » du fait du plaisir qu’il procure. Quand on mange un aliment qu’on apprécie, le corps sécrète des endorphines, substances de structure chimique proche de la morphine donnant une sensation d’euphorie et de bien-être. Le chocolat est un aliment du bonheur.

 

8.2.10. « Le chocolat est un aphrodisiaque »

 

Cette idée nous vient tout droit de l’époque aztèque, quand les Espagnols découvrirent que le roi Moctezuma II buvait jusqu’à 50 tasses de chocolat par jour pour pouvoir honorer ses multiples femmes. A ce jour, aucune substance stimulant la libido n’a été trouvée dans la pâte de cacao ; on sait en revanche que le chocolat aztèque contenait du poivre et du piment, épices qui, ingérées à forte dose, ont des effets aphrodisiaques aujourd’hui démontrés.

Au XVIIIe siècle, le chocolat parfumé à la vanille et à l’ambre gris était toujours présent dans les alcôves. Au XIXe siècle, certains médecins, alarmés par les écrits de Tissot sur les « plaisirs solitaires », déconseillaient le chocolat, ingrédient jugé « trop excitant », lors du traitement des patients pratiquant l’onanisme…

De récents travaux ont toutefois démontré que l’apport de chocolat dans la ration alimentaire des rats augmentait leur activité sexuelle, mais aucune étude scientifique n’été effectuée dans ce domaine chez l’homme ! Peut-être les effets positifs du chocolat sur le psychisme et sur la circulation artérielle suffisent-ils à favoriser l’activité sexuelle…

Laissons planer le doute et apprécions la poésie des écrits du grand Brillat-Savarin : « Heureux chocolat qui, après avoir parcouru le monde à travers le sourire des femmes, trouve la mort dans un baiser savoureux et fondant de leur bouche. »

 

8.3. Les vertus du chocolat

 

Après ce petit tour d’horizon des idées reçues sur le chocolat, quel est l’avis des scientifiques, qui ont soumis cet aliment à de nombreuses études ? Il en découle que le chocolat, surtout le chocolat noir, sort « blanchi » est disculpé des procès d’intention qui lui ont été faits. Qu’on en juge.

 

-        Le chocolat est riche en antioxydants : cuivre, vitamine E et tanins (dont l’épicatéchine et la catéchine, qui font partie des polyphénols). Ces substances luttent contre les radicaux libres (formes chimiques de l’oxygène qui altèrent les cellules comme la rouille oxyde de fer) ; elles retardent le vieillissement des cellules, diminuent le risque cancéreux et préviennent le risque cardio-vasculaire en préservant les parois des artères. Mais les polyphénols ont bien d’autres vertus : ils dilatent les artères, préviennent l’hypertension artérielle et rendent le sang plus fluide (comme l’aspirine), d’où un moindre risque de boucher les artères avec un caillot.

-        Il a en outre été prouvé que le beurre de cacao a une composition d’acides gras, après digestion, qui protège les artères de l’athérome, car il augmente le taux sanguin de bon cholestérol (HDL-cholestérol).

-        Enfin, la richesse en potassium du chocolat diminue chez celui qui en mange le risque d’hypertension artérielle.

 

L’animal sauvage carencé ou malade modifie son alimentation et va chercher dans la nature la substance dont il a besoin, et cela de façon intuitive. Les spécialistes du comportement alimentaire pensent que nous agissons de même ; sans doute chaque croqueur invétéré puise-t-il certains jours dans le chocolat le réconfort que lui apporte l’une ou l’autre des nombreuses substances chimiques qu’il contient :

 

-        Le fatigué se « dope » à la caféine, à la théophylline et à la théobromine, aux effets toniques indiscutables ;

-        L’anxieux et le malade recherchent, dans le chocolat, le sucre, qui calme et diminue la sensibilité à la douleur ;

-        Le dépressif y trouve la phényléthylamine et le salsolinol, qui l’aident à voir la vie en rose ;

-        Le stressé et le spasmophile tirent parti du magnésium qu’il contient pour se sentir moins vulnérables ;

-        Le « mal-dans-sa-peau » consomme cet aliment-plaisir pour augmenter sa sécrétion d’endorphines et trouver le bien-être et l’euphorie ;

-        Quant au gourmet, il se contentera d’un moment de plaisir…

 

Ainsi le chocolat ne doit-il plus être considéré comme un péché mignon, mais comme un aliment à part entière, riche sur le plan nutritionnel et dynamisant. Il doit non seulement être réhabilité mais encore valorisé, en raison notamment de ses remarquables propriétés de prévention des maladies cardio-vasculaires et de l’effet régulateur qu’il opère sur l’humeur.

Il n’en demeure pas moins que certains chocolatiers, jouant sur les peurs irrationnelles commercialisent des « chocolats de régime » qui « ne constipent pas », sont « bien tolérés par les foies et les intestins fragiles », ou dont le sucre est remplacé par du fructose ou des édulcorants (polyols). Ces produits ne se justifient pas forcément, mais ont un astucieux positionnement marketing qui plaît au consommateur, habitué aux allégations des produits santé.

Donnons le mot de la fin à madame de Sévigné, qui sut apprécier le chocolat à sa juste valeur : « Avec le chocolat, ce que je trouve plaisant, c’est qu’il agit selon l’intention ! »


9 – Conclusion

 

Ici ce termine la saga du chocolat. Cependant pour ceux que le sujet passionne vous trouverez dans les chapitres annexes de quoi approfondir et mettre en application leur amour du chocolat. Anecdotes, recettes et autres conseils pour bien déguster le chocolat vous attendent dans les pages qui suivent.

En espérant vous avoir un peu rallier à ma cause, je vous souhaite des bonnes dégustations…

 

A bientôt


10 – Pour les fous du chocolat

 

Bien choisir le chocolat est tout un art. Dans tous les cas, mieux vaut s’approvisionner chez un bon chocolatier pour les chocolats au détail. En ce qui concerne les tablettes vendues en grandes surfaces, on y trouve le meilleur comme le pire. A chacun de tester les marques !

 

10.1. Choisir le chocolat

 

10.1.1. Les chocolats au détail

 

Il convient de les acheter par petites quantités chez un bon chocolatier. Si le bouche-à-oreille et les guides spécialisés peuvent être de bon conseil, un chocolatier doit être testé à plusieurs reprises pour sa créativité, la fraîcheur de ses produits et la régularité de leur qualité. Recommander une bonne adresse à un gourmet n’est pas seulement un geste d’amitié, c’est aussi ce qui permet à l’artisan de talent de gagner de nouveaux clients et de produire des chocolats toujours plus frais…

Attention aux mentions « fabrication maison », « maison » ou « artisanal » : elles n’ont aucune définition légale. Une jurisprudence indique toutefois qu’elles ne sont autorisées que pour les produits fabriqués sur le lieu de vente directe au consommateur.

 

10.1.2. Les chocolats de Noël

 

L’époque est révolue où l’on choisissait dans les supermarchés les boîtes de chocolats de Noël pour leur emballage plus que pour leur contenu. Naguère, deux critères guidaient en effet le choix d’une boîte de chocolats : la taille de la boîte – qui se devait d’être importante après les années de pénurie d’après-guerre – et la reproduction figurant sur le couvercle (combien d’œuvres de Renoir n’ont-elles pas ainsi été encadrées…).

Aujourd’hui, les illustrations et les décors choisis pour ces boîtes mettent en avant les crus de cacao retenus. Il faut pourtant savoir que ces chocolats industriels sont fabriqués plusieurs mois à l’avance, et que la stabilité de leur goût ne peut être assurée que par l’alcool ou par les additifs de conservation.

En outre, le poids des chocolats rapporté au volume de la boîte est généralement médiocre. Le pire peut néanmoins être évité par le choix d’une marque connue… ce qui ne dispense pas d’une lecture approfondie, bien souvent fort instructive, de la liste des ingrédients. Pour le même prix, il est souvent plus judicieux d’acheter un petit ballotin chez un artisan chocolatier de talent qu’une de ces grandes boîtes de chocolat dont le contenu s’avérera décevant.

 

10.1.3. Les tablettes de chocolat

 

Si la qualité des tablettes industrielles s’est bien améliorée au cours de ces dernières années, le consommateur se trouve désarmé devant  la profusion de marques et de produits, ainsi que par la diversité des messages publicitaires.

Pour le chocolat noir, une surenchère concernant les pourcentages de cacao rend son choix complexe ; ainsi, le consommateur peu averti est enclin à penser : « Plus c’est fort en cacao, meilleur c’est. » Mais ce serait trop simple ! Une tablette affichant 80% de cacao aura 80% de mauvais goût si les fèves utilisées ne sont pas de qualité ou si elles ont été mal travaillées. Une tablette titrant 64% de cacao seulement mais dont les fèves auront été sélectionnées et bien traitées sera nettement plus savoureuse. La mode actuelle du chocolat amer fait que l’on confond souvent force de saveur et goût de brûlé – dû à une mauvaise torréfaction – ou excès d’acidité.

Quoiqu’il en soit, le meilleur critère de choix reste pour chaque consommateur son propre goût, qui évolue certes après la dégustation de nouveaux produits mais qui ne doit en aucun cas succomber aux sirènes du snobisme ou aux modes.

 

10.1.4. Les moulages de Pâques

 

Le chocolat de couverture qui sert au moulage est d’autant plus brillant qu’il a été bien travaillé. C’est là le premier critère de choix, surtout pour un chocolat noir (le chocolat au lait offre  un aspect plus mat). Dans tous les cas, il convient de préférer les moulages réalisés par des artisans se servant d’ingrédients de qualité.

 

10.1.5. Le chocolat chaud

 

Le retour aux saveurs dites « authentiques » a vu la réapparition des copeaux de chocolat. Fondus à feu doux avec de l’eau ou avec du lait selon la marque, ils vous donneront un breuvage bien plus savoureux à déguster que les mélanges instantanés. Pour le petit déjeuner, l’utilisation d’un cacao amer non sucré (les Hollandais restent les maîtres en ce domaine) garantit une boisson goûteuse.

 

10.2. La conservation du chocolat

 

Il convient d’assurer une bonne conservation au chocolat pour le plaisir de la dégustation reste intact. Tâche plus délicate qu’il n’y paraît car, si le chocolat a beaucoup d’amis, il a trois ennemis impitoyables : la chaleur, l’humidité et les odeurs de proximité.

 

10.2.1. Où le conserver ?

 

Le chocolat doit être gardé dans son emballage d’origine, à l’abri de la lumière et dans un endroit frais (18 °C), sec et aéré. La cave à vins est idéale en toute saison si elle n’est pas humide. Mieux vaut éviter le réfrigérateur : le chocolat qui supporte mal les chocs de température, se vengera en blanchissant. Il est à noter cependant que le blanchiment ne rend pas le chocolat impropre à la consommation et ne modifie en rien son goût ; c’est une réaction chimique due à la remontée en surface du beurre de cacao ou des cristaux de sucre.

Si vous n’avez d’autre choix que de conserver vos chocolats au réfrigérateur, rangez-les dans une boîte en fer hermétique ; elle les isolera des odeurs des autres aliments, que les graisses du chocolat fixent facilement…N’oubliez pas alors de les sortir un peu avant la dégustation pour ramener progressivement leur température aux alentours de 20 °C.

 

10.2.2. Combien de temps le garder ?

 

Le chocolat en tablettes non ouvertes se conserve durant plusieurs mois, son enveloppe (ou foulard) comportant d’ailleurs une date limite de conservation. Les chocolats fourrés, quant à eux, doivent être mangés dans le mois qui suit l’achat ; ceux qui contiennent de la crème ou du beurre, comme les ganaches et les truffes, doivent être consommés dans les deux semaines, sous peine de prendre un goût de rance.

Sucre et alcool sont des conservateurs naturels : les ganaches amères se conserveront donc d’autant moins bien qu’elles contiennent peu de sucre ; en revanche, les chocolats contenant de l’alcool supporteront mieux le temps, de même que les pralinés, plus sucrés.

Un conseil pour les gourmets : achetez vos chocolats souvent et par de petites quantités pour qu’ils ne risquent pas de s’abîmer. Quant aux gourmands, ils auront sans doute fini leur ballotin bien avant la fin des deux semaines (ou du mois) fatidiques…

 

10.3. La dégustation du chocolat

 

Bien sûr, une tablette peut être engloutie en un rien de temps pour satisfaire une pulsion incontrôlable ; bien sûr, il est possible de vider un ballotin d’un geste mécanique, les doigts du gourmand ne s’arrêtant qu’au contact du fond de la boîte… Pourtant, depuis qu’il est entré dans la haute cour de la gastronomie, le chocolat partage avec le vin le privilège d’être dégusté par les épicuriens avec cérémonie. Brillat-Savarin avait déjà souligné que la dégustation du chocolat offrait « une harmonie gourmande de couleurs, d’odeurs et de sons qui s’emmêlent, s’ajoutent et créent le plaisir ». Les cinq sens du gourmet – ou du gourmand -, entrent en scène pour se compléter et orchestrer l’art de la dégustation.

 

10.3.1. La mise en condition

 

Parce qu’elle est un moment de plaisir qui demande de la concentration, la dégustation demande une petite mise en condition. Le mieux est d’être à jeun et de s’installer dans une pièce claire, plutôt fraîche, il convient de commencer par le chocolat le moins amer pour aller crescendo vers celui offrant la plus forte teneur en cacao. De même, le chocolat au lait précédera le chocolat noir, et le chocolat fourré le chocolat nature.

 

10.3.2. Le regard pour sa livrée

 

Consciemment ou inconsciemment, le consommateur apprécie avant tout l’apparence du produit fini. Si ce premier coup d’œil répond à ses attentes, les conditions seront favorables pour une meilleure appréciation du chocolat. Dans le cas contraire, la suite de la dégustation peut souffrir d’un préjugé défavorable.

 

10.3.3. Le toucher, pour sa sensualité

 

Une couverture de qualité est lisse et douce ; on doit avoir envie de la caresser, même si le contact prolongé des doigts est à éviter pour des raisons évidentes de température.

Le contact avec la langue permet d’apprécier la texture : une fois fondue (il ne faut pas la croquer), la couverture soyeuse laisse découvrir avec bonheur la garniture. Le broyage et le conchage sont les étapes-clés de la transformation du chocolat qui éviteront que des « grains ne se sentent sur la langue ».

 

10.3.4. L’odorat, précurseur de l’ivresse

 

L’odeur commence par chatouiller la muqueuse nasale : cette découverte du parfum constitue le premier plaisir. Pour bien profiter des qualités olfactives d’un chocolat, il convient d’effectuer deux ou trois inspirations superficielles avant de le « respirer » profondément. Si des arômes puissants se dégagent, ils doivent être francs, naturels, agréables et appétissants.

 

10.3.5. L’ouïe pour le plaisir d’imaginer

 

Le bruit d’un chocolat que l’on croque est d’autant plus sec que le chocolat est noir et de bonne qualité. Un chocolat au lait, plus gras, sera moins bruyant. Comme le bruit du bouchon qui quitte la bouteille, le craquement du chocolat est un plaisir apéritif.

 

10.3.6. Le goût, pour le voyage au pays des saveurs.

 

Après avoir excité le nez, le chocolat va continuer à libérer ses arômes dans la bouche. Le contact avec la langue permet la perception des saveurs, qui doivent être nettes, franches, fraîches, pure, authentique, harmonieuses.

Arômes et saveurs se développent en plusieurs phases : l’attaque, lorsque le chocolat se répand plus ou moins sur la langue juste après y avoir été posé ; l’épanouissement, quand la mastication va libérer les « molécules du goût » (les odeurs passent alors par l’arrière-gorge) ; la finale, quand le chocolat révèle ses arômes les plus intimes ; enfin, la longueur en bouche, réservée aux chocolats de qualité, qui déposent l’empreinte de leurs ingrédients naturels dans toute la bouche (si seul le goût du sucre subsiste, changez de fournisseur !).

 

10.4. Déguster un chocolat chaud

 

Le chocolat chaud mérite aussi la célébration de nos cinq sens : il est alors sublimé par cette attention sensuelle. Pour bien l’apprécier, un verre d’eau à la température de la pièce est un préalable utile pour « réveiller » la bouche et mieux accueillir le breuvage.

 

-        L’ouie : Le moussoir rythmait le clapotis du chocolat que l’on aérait pour le faire mousser ; « tchoco tchoco », se défend vainement le breuvage. Mais il ne fait plus aucun bruit lorsqu’on verse dans une tasse ; il trouve alors naturellement sa place dans la rondeur lisse de la porcelaine.

-        La vue : La mousse légère du chocolat excite la gourmandise tant elle demande attention et délicatesse pour être appréciée. Les Aztèques faisaient quant à eux mousser le chocolat chaud pour se rapprocher des dieux. La douce liqueur peut avoir une infinité de couleurs, être plus ou moins claire ou foncée, brune ou rougeâtre, voire presque noire. La surface sera mate si le cacao est dégraissé, plus brillante s’il contient du beurre de cacao. Elle deviendra alors miroir ; renvoyant au buveur l’image de sa convoitise.

-        Le toucher : Lorsque la tasse se love entre les deux mains, la chaleur part du bout des doigts pour se diffuser comme une caresse dans tout le bras. Les terminaisons nerveuses des paumes envoient alors leur message au cerveau : « Attention, attention, régal imminent ! ».

-        L’odorat : Les effluves brûlants font palpiter les narines et l’on salive. Pour un peu, le nez plongerait dans la mousse, chatouilleuse caresse que l’on essuierait d’un revers de main gêné.

-        Le goût : Les papilles étaient en alerte, l’attente est enfin récompensée. Mi-liquide, mi-crémeuse, la liqueur des dieux tapisse la bouche après avoir imprégné chaque papille de la langue. Le breuvage chaud s’écoule dans la gorge. Les yeux se sont fermés. Le temps s’est arrêté…

 

10.5. Que boire avec le chocolat ?

 

Le chocolat n’est pas un compagnon facile. Plus il est riche en saveurs et en arômes, plus il est délicat à marier avec une boisson. Lors d’une dégustation comparée, seule l’eau de source le plus neutre possible, plate et à température ambiante, offrira un entracte au palais. Certains professionnels, qui se font une obligation de goûter chaque jour leur production, boivent du lait pour offrir une nouvelle virginité à leurs papilles. Avec son goût neutre et sa mâche dégraissante, le pain reste un allié sûr.

Le choix d’une boisson pour accompagner la dégustation de chocolats ou d’un dessert au chocolat est bien sûr subjectif. Il repose en principe sur deux types de critères :

 

-        Le mariage par synergie ou complémentarité, où chaque arôme peut s’exprimer sans anéantir l’autre ;

-        Le mariage par rapprochement, où les saveurs communes se retrouvent et se renforcent mutuellement.

 

Mais les goûts et les couleurs …

 

10.5.1. Le chocolat et le café

 

Café et chocolat ont des relations de cousinage évidentes : ils poussent sous le même climat équatorial, souvent dans les mêmes plantations. Si cette communauté de terroir explique un mariage de raison, comment expliquer l’amour fusionnel existant entre ces deux produits ? Peut-être l’épreuve du feu (la torréfaction) qu’ils subissent tous deux rapproche-t-elle leurs arômes…

Venue d’Italie, la coutume d’offrir un morceau de chocolat avec le café rend quotidien le plaisir d’une dégustation mettant en scène les cinq sens. L’emballage est souvent aux couleurs d’une marque de café ; le petit carré de 5 grammes est solide, lisse et froid quand il est posé sur la langue avant de subir la première déferlante de café. Au choc des matières (solide contre liquide) s’ajoute alors celui des températures (froid contre brûlant). Le chocolat rend vite les armes et se transforme en  une somptueuse pâte à laquelle se mêlent les arômes de café. Les saveurs se complètent alors parfaitement.

 

10.5.2. Le chocolat et le thé

 

C’est le mariage le plus difficile à réaliser, car les tanins d’un thé trop infusé entravent la dégustation du chocolat… et le thé vert n’est pas son meilleur ami. Comme le vin, le thé ne peut accompagner le chocolat que s’il est peu tannique, doux et moelleux.

 

10.5.3. Le chocolat et le vin

 

« On ne saurait boire du vin sur le chocolat », déclarait péremptoirement Courtine. En fait, l’alliance est possible mais délicate. La qualité de ces deux produits tient à l’équilibre subtil des saveurs (sucrées et acides) et à la compatibilité des textures. Dans tous les cas, il est recommandé de déguster d’abord le vin afin qu’il tapisse la bouche. Si l’on commence par le chocolat, ce dernier empêche le vin de s’exprimer.

 

10.5.3.1. Les vins rouges

 

En tapissant les muqueuses de la bouche, les tanins du vin rouge empêchent généralement le chocolat de se développer ses arômes. Seuls des vins rouges assagis par le soleil ou par le temps, comme un côte-rôtie ou un Châteauneuf-du-Pape d’au moins cinq ans d’âge, pourront accompagner le chocolat.

 

10.5.3.2. Les vins blancs

 

Tous les vins blancs ne sont pas recommandés avec le chocolat, loin de là ! On pourrait ainsi croire que le champagne est la boisson idéale pour accompagner un dessert au chocolat, or il n’en est rien, bien au contraire : en anesthésiant de ses bulles froides et acides les papilles de la langue, le champagne enlève au chocolat toutes ses qualités gustatives. Quant aux vins blancs secs, les saveurs sucrées du chocolat vont renforcer leur acidité ; ce mariage est donc également déconseillé.

 

10.5.3.3. Les vins doux naturels et les vins étrangers

 

Les vins mutés, comme les muscats, les banyuls et les maurys s’harmonisent très bien avec les desserts au chocolat, à condition de n’être pas trop sucrés. Ils possèdent en effet une structure soyeuse, sont généreux et développent des odeurs qui évoquent les agrumes et les fruits secs… et même parfois le chocolat.

 

10.5.4. Le chocolat et les alcools

 

D’une manière générale, les tanins des alcools contrarient ceux du chocolat. Le choix d’un alcool pour accompagner du chocolat est donc délicat.

Un cognac, par exemple, devra être vieux pour avoir perdu la plupart de ses tanins et son astringence ; il dominera alors un peu le chocolat tout en développant ses arômes, et la fin de bouche sera fraîche et suave. S’il a été vieilli en fût de chêne pendant plus de 5 ans, le pineau des Charentes rose offrira des arômes de fruits roues, de miel et d’amande douce, laissant apparaître des notes chocolatées en fin de bouche. Le vieillissement d’un rhum en fût de chêne pendant au moins trois ans lui fait perdre un peu de sa teneur en alcool, tout en lui donnant une merveilleuse couleur ambrée qui évoque le cacao et la vanille, trio magique ! Enfin, quand un dessert au chocolat est déjà agrémenté d’alcool, on peut le déguster en buvant celui entrant dans sa composition… avec modération !

 

10.6. Conseils et tours de main … à graver sur vos tablettes.

 

Le chocolat n’est pas facile à travailler, et un chocolatier professionnel se forme en plusieurs années. Le gourmet qui désire cuisiner ce produit doit donc respecter quelques règles, qui lui assureront un résultat au minimum satisfaisant. N’oublions pas que, si la cuisine peut supporter des écarts créatifs, les règles de base de pâtisserie obéissent à une chimie précise et exigeante. Certains parlent même d’alchimie quand le chocolat entre en scène…

 

10.6.1. De la qualité, rien que de la qualité

 

Cuisiniers et pâtissiers vous le diront : on ne fait du bon qu’avec de bons ingrédients. Choisissez des aliments de qualité et de grande fraîcheur.

Beurre et crème sont particulièrement fragiles et ne supportent aucune médiocrité. Le lait frais entier apporte un goût incomparable. Les recettes actuelles utilisent moins de sucre, qui masquait auparavant la saveur des produits. Tant mieux ! Mais l’exigence de qualité doit être permanente.

 

10.6.2. Quel chocolat choisir ?

 

Le chocolat noir à croquer n’est pas idéal pour la pâtisserie. Le chocolat de couverture, utilisé par les professionnels, plus riche en beurre de cacao, donnera du moelleux à la préparation.

Le taux de cacao n’est pas la priorité : un chocolat composé à 70% de mauvais cacao ne peut pas donner un bon gâteau. L’amertume, souvent confondue avec le goût de brûlé dû à une mauvaise torréfaction, est à fuir. Il convient de préférer un chocolat au taux de cacao moindre mais au bon goût d’épices fruitées. Les arômes de cacao sont d’autant plus importants pour les entremets, la mousse au chocolat par exemple, que ces derniers ne subissent aucune cuisson.

 

10.6.3. Quel cacao choisir ?

 

Le cacao en poudre utilisé en cuisine ou en pâtisserie doit être non sucré pour que ses saveurs soient concentrées. Les marques hollandaises demeurent les meilleures au monde.

 

10.6.4. Comment faire fondre le chocolat ?

 

La plupart des recettes au chocolat nécessitent de le faire fondre, or il ne doit jamais être placé dans une casserole posée directement sur le feu. Le bain-marie permet de chauffer en douceur. Pour cela, il faut casser le chocolat en petits morceaux de même taille (ou le râper) dans un bol placé dans une casserole remplie d’eau frémissante mais non bouillante (55°C au maximum). Il faut ensuite veiller à ce que toutes les particules de chocolat soient parfaitement fondues. Un four à micro-ondes peut aussi être utilisé à basse température, en position décongélation. Vous devrez enfin utiliser le chocolat dès qu’il est fondu. Attention ! Le chocolat au lait et le chocolat de couverture, extrêmement sensibles à la chaleur, demandent encore plus attention.

 

10.6.5. Le chocolat n’aime pas l’eau

 

Quand on fait fondre le chocolat au bain-marie, il convient d’éviter toute éclaboussure d’eau. La moindre goutte risquerait de menacer la fluidité du chocolat : il se solidifierait et deviendrait granuleux. Mieux vaut lui incorporer du lait, de la crème ou du beurre une fois qu’il est fondu : les graisses contenues dans ces ingrédients évitent au chocolat que sa texture ne soit pas « cassée ». C’est ensuite seulement que l’on pourra ajouter un alcool ou du café.

 

10.6.6. Café et chocolat : une histoire d’amour

 

Le café parfumera agréablement les entremets et les mousses au chocolat. Il faut le faire très concentré et l’incorpore dans le chocolat fondu après mélange de la crème, du lait ou du beurre.

 

10.6.7. Le glaçage

 

Le chocolat de couverture, comme son nom l’indique, est idéal pour les glaçages. Même s’il contient plus de 70% de cacao, le glaçage sera souple au moment de la coupe du gâteau et ne se brisera pas.

Choisissez un chocolat de bonne provenance, car c’est lui qui exhalera le premier ses arômes dans la bouche. La recette la plus simple pour obtenir un glaçage bien brillant est de faire fondre 200 grammes de chocolat de couverture noire, d’y incorporer 1 cuillérée à soupe d’huile neutre et de mélanger hors du bain-marie jusqu’à ce que la pâte soit lisse et brillante. Il faut ensuite l’étaler à la spatule métallique pour recouvrir de façon homogène la surface et le bord vertical du gâteau, puis laisser refroidir à température ambiante (un passage au réfrigérateur ternirait ce beau glaçage).

 

10.6.8. Décor au pochoir

 

Les gâteaux peuvent être décorés de cacao en poudre non sucré, tamisé à l’aide d’une petite passoire. Pour réaliser un motif, découpez au centre d’un morceau de carton la forme choisie (une bougie, un cœur, etc.) afin de faire un pochoir. Saupoudrez toute la surface du gâteau de cacao, puis posez le pochoir sur le gâteau et saupoudrez de sucre glace tamisé avant d’ôter délicatement le carton.

 

 

10.6.9. Ecrire au chocolat

 

Découpez un triangle de papier sulfurisé, roulez-le très serré pour faire un cornet et remplissez ce dernier au tiers de chocolat fondu, puis repliez l’ouverture pour enfermer le chocolat. Coupez la pointe du cornet, à l’aide de ciseaux, en fonction de l’épaisseur souhaitée pour le tracé des lettres. On peut ainsi décorer d’arabesques un gâteau… ou écrire par exemple « Vive le chocolat » !

 

10.6.10. Du chocolat noir dans les sauces

 

Ajoutez un carré de chocolat noir en fin de cuisson pour lier et rehausser le goût des sauces au vin des civets, daubes et autres bourguignons…


11 – Quelques recettes à base de chocolat

 

11.1. Mousse au chocolat

 

Pour 4 personnes

 

Ingrédients :

 

o      250 g de chocolat noir de pâtisserie ou de couverture (65% de cacao minimum)

o      50 g de beurre

o      8 blancs d’œuf

o      4 jaunes d’œuf

o      2 cuillérées à soupe rases de sucre en poudre

o      1 pincée de sel.

 

-        Cassez le chocolat en tout petits morceaux et faites fondre ces derniers au bain-marie.

-        Ajoutez le beurre, préalablement détaillé en petites noisettes, et mélangez jusqu’à ce que la préparation soit lisse et onctueuse. Retirez-la alors du bain-marie et laissez-la refroidir.

-        Pendant ce temps, battez les blancs d’œuf en neige avec une pincée de sel. Dès qu’ils commencent à devenir fermes, ajoutez le sucre en poudre et continuez de battre jusqu’à ce que la neige soit bien ferme.

-        Incorporez les jaunes d’œuf au mélange de chocolat et de beurre, puis ajoutez les blancs d’œuf dans la préparation et mélangez délicatement à l’aide d’une spatule.

-        Transvasez le tout dans une jatte et réservez au réfrigérateur pendant au moins 12 heures

-        Si vous choisissez de conserver au congélateur votre mousse au chocolat, veillez à la sortir 30 minutes avant de la servir.

 

11.2. Tarte fridoline

 

Recette de Thierry Mulhaupt, pâtissier et chocolatier à Strasbourg (Bas-Rhin)

 

Pour 2 tartes de 6 personnes.

 

Ingrédients :

 

o      250 g de farine

o      220 g de beurre

o      60 g de tant-pout-tant (mélange en quantités égale de sucre semoule et d’amandes en poudre)

o      60 g de sucre glace

o      2.5 d de sel

o      1 œuf

o      220 g de crème fleurette

o      40 g de pulpe de framboises

o      40 g de miel nature (au goût le plus neutre possible)

o      300 g de chocolat de couverture Manjari de Valrhona

o      500 g de fruits rouges

o      2 fines tranches de biscuit au chocolat de 2 mm d’épaisseur

o      50 g de gelée de fruits rouges

 

-        Coupez 70 g de beurre en petits morceaux, ajoutez la farine et mélangez. Ecrasez les morceaux de beurre et roulez-les entre les doigts pour obtenir un sablage.

-        Ajoutez le tant-pour-tant et le sucre glace, puis l’œuf et le sel. Mélangez le tout jusqu’à ce que vous obteniez une pâte homogène, sans trop la travailler. Laissez reposer cette pâte sucrée pendant 12 heures.

-        Portez la crème à ébullition dans une petite casserole, et faites de même, dans une autre casserole, pour la pulpe de framboises. Hachez le chocolat à l’aide d’un couteau.

-        Versez la crème sur le chocolat, mélangez et ajoutez la pulpe de framboises bouillante ainsi que le miel.

-        Lissez le mélange puis ajoutez le reste du beurre (150g), que vous aurez préalablement détaillé en petits morceaux. Laissez figer cette ganache.

-        Garnissez de pâte sucrée deux moules à pâtisserie rectangulaire de 2 cm de hauteur, et laissez reposez pendant 1 heure. Préchauffez le four à 170 °C (thermostat 5-6). Dès qu’il est chaud, enfournez les moules garnis de pâte sucrée et laissez-les cuire pendant 12 à 15 minutes.

-        Après refroidissement des fonds, garnissez-les d’une fine couche de ganache et surmontez celle-ci d’une tranche de biscuit au chocolat, puis répartissez dessus le reste de ganache et lissez-le à l’aide d’une spatule souple.

-        Décorez cette tarte de fruits rouges de saison et glacez ces derniers avec de la gelée de fruits rouges, préalablement tiédie.

-        Cette tarte se déguste à une température de 20°C environ, elle peut s’accompagner d’un porto, d’un sherry ou d’un Maury millésimé.

 

11.3. Forêt noire

 

Recette de Jean Jarriges, chocolatier, Membre de l’Académie française du chocolat et de la confiserie.

 

Pour 8 personnes.

 

Ingrédients :

 

o      Biscuits au chocolat : 5 jaunes d’œuf, 5 blancs d’œuf, 175 g de sucre, 125 g de farine, 25 g de cacao en poudre non sucré, 25 g de maïzena, 75 g d’eau.

o      Chantilly : 300 g de crème fleurette très froide, 30 g de sucre semoule

o      Crème pâtissière au chocolat : 25 cl de lait entier, 75 g de sucre semoule, 20 g de maïzena, 3 jaunes d’œuf, 100 g de chocolat noir à pâtisserie ou de couverture (70% de cacao au minimum), 40 g de beurre.

o      Sirop au Kirsch : 10 cl d’eau, 250 g de sucre semoule, 4 cuillérées à soupe de Kirsch.

o      Pour le décor : 1 tablette de 250 g de chocolat au lait, sucre glace.

 

-        Commencez par préparer le biscuit au chocolat. Versez les jeunes d’œuf et la moitié du sucre dans la terrine, et battez pendant quelques minutes, jusqu’à ce qu’il soit mousseux. Ajoutez alors l’eau et mélangez. Tamisez ensemble la farine, le cacao en poudre et la maïzena, puis incorporez-les cuillérée par cuillérée au mélange obtenu précédemment.

-        Préchauffez le four à 180 °C (thermostat 6). Montez les blancs d’œuf en neige ferme, ajoutez le reste de sucre petit à petit et continuez de fouetter pendant 1 minute. Incorporez délicatement la moitié des blancs battus à la préparation précédente, puis ajoutez l’autre moitié et mélangez.

-        Versez la pâte à biscuit dans un moule antiadhésif de 24 cm de diamètre, enfournez et laissez cuire pendant 40 minutes environ. Avant de sortir le biscuit du four, vérifiez la cuisson à l’aide d’un couteau : après avoir été plongée au cœur du gâteau, la lame du couteau doit ressortir propre. Sortez le biscuit du four et laissez-le refroidir pendant 12 heures, puis coupez-le en trois cercles d’égale épaisseur.

-        Fouettez la crème fleurette pour la chantilly. Ajoutez 30 g de sucre au milieu de l’opération, puis continuez de fouetter jusqu’à ce que la chantilly soit bien ferme.

-        Préparez maintenant la crème pâtissière au chocolat : battez le sucre avec les jaunes d’œuf jusqu’à ce que ce mélange blanchisse, ajoutez une cuillérée à soupe de lait, mélangez et incorporez la maïzena. Mettez le lait dans une casserole, portez-le à ébullition et versez-le doucement sur le mélange d’œuf et de sucre. Transvasez le tout dans une casserole et portez à ébullition, en remuant sans cesse. Mettez hors du feu et incorporez le beurre, préalablement détaillé en noisettes, puis réservez cette crème le temps qu’elle refroidisse un peu. Pendant ce temps, coupez le chocolat en petits morceaux et faites-le fondre au bain-marie. Dès qu’il est parfaitement fondu, incorporez-le à la crème pâtissière.

-        Portez à ébullition l’eau et les 250 g de sucre dans une casserole, laissez refroidir et ajouter le kirsch. Imbibez de ce sirop les trois disques de biscuit au chocolat avec un pinceau.

-        Etalez la crème au chocolat sur le premier disque et recouvrez-la du deuxième. Nappez largement ce dernier de chantilly, surmontez le tout du troisième disque de biscuit et enduisez le dessus et les bords du gâteau de chantilly à l’aide d’une spatule souple. Râpez la tablette de chocolat au lait avec un couteau économe afin de faire de gros copeaux, répartissez ceux-ci sur tout le gâteau en les enfonçant légèrement dans la chantilly et saupoudrez-les de sucre glace.

 

11.4. Citrus nobilis

 

Recette de Gérard Gautheron, responsable du département « sucre » chez Lenôtre, Meilleur ouvrier de France.

 

Pour 2 gâteaux de 8 personnes.

 

Ingrédients :

 

o      Dacquoise : 250 g de blancs d’œuf, 25 g de sucre, 50 g de noisettes grillées, 50 g d’amandes grillées, ½ orange.

o      Parfait au chocolat : 250 g de chocolat noir de couverture (70% de cacao minimum), 20 g de cacao amer en poudre non sucré, 200 g de jaunes d’œuf, 65 g de sucre, 60 g de lait, 4 g de gélatine en feuilles, 310 g de crème fleurette.

o      Sirop d’agrumes : 175 g de jus de mandarine (jus concentré congelé), 275 g de sucre, 175 g d’eau, 25 g de sirop de grenadine, 2 oranges.

o      Crème à la mandarine : 60 g d’eau, 170 g de jus de mandarine (jus concentré congelé), 5 g d’eau de fleur d’oranger, 130 g de beurre, 105 g de sucre, 200 g d’œufs, 55 g de zeste d’orange râpé, 13 gélatines en feuilles, 600 g de crème fleurette.

 

-        Préchauffez le four à 170 °C (thermostat 5-6). Prélevez le zeste de la demi-orange pour la Dacquoise et râpez-le, ainsi que les fruits secs. Montez les blancs en neige avec le sucre, puis ajoutez délicatement les fruits secs et le zeste râpés. Répartissez la préparation dans deux cercles de 22 cm de diamètres posés sur une plaque du four recouverte de papier sulfurisé, enfournez et baissez aussitôt la température à 150 °C (thermostat 5). Lassez cuire, porte du four légèrement entrouverte, pendant environ 30 minutes.

-        Préparez maintenant le parfait au chocolat. Mélangez les jeunes avec le sucre et le lait, et portez l’ensemble à 82 °C. Coupez le chocolat en petits morceaux et faites-le fondre au bain-marie. Fouettez vivement le mélange aux œufs avec le chocolat, le cacao et la gélatine, préalablement ramollie dans un peu d’eau, jusqu’à refroidissement complet. Montez la crème en chantilly et incorporez-la délicatement à la préparation au chocolat.

-        Pelez à vif les oranges destinées au sirop, puis levez les suprêmes. Versez l’eau, le sucre, le jus de mandarine et le sirop de grenadine dans une petite casserole, et portez le tout à ébullition. Mettez hors du feu, ajoutez tout de suite les quartiers d’orange et laissez refroidir.

-        Imbiber les dacquoises, toujours dans leurs cercles de sirop d’agrumes, recouvrez chacune d’elles de la moitié du parfait au chocolat et faites solidifier pendant 30 minutes au congélateur.

-        Pour la crème à la mandarine, commencez par faire bouillir l’eau, le jus de mandarine, l’eau de fleur d’oranger, le beurre, le sucre et le zeste râpé. Incorporez alors les œufs et portez de nouveau à ébullition, en remuant sans cesse à l’aide d’une cuillère en bois, mettez hors du feu et ajoutez la gélatine, préalablement ramollie dans un peu d’eau froide. Montez la crème fleurette en chantilly et incorporez-la dans une préparation à la mandarine après refroidissement total de cette dernière.

-        Quand le parfait est bien solidifié, recouvrez chaque gâteau de crème à la mandarine et laissez durcir pendant 30 minutes au congélateur.

 

11.5. Roulade de chocolat à l’orange

 

Recette de Michel Belin, chocolatier à Albi (Tarn), membre de l’Académie française du chocolat et de la confiserie.

 

Pour 8 personnes.

 

Ingrédients :

 

o      Biscuit léger au cacao : 4 œufs, 100 g de sucre, 75 g de farine, 25 g de cacao en poudre non sucré.

o      Crème à truffes à l’orange : 200 g de chocolat noir de pâtisserie ou de couverture (60 % de cacao au minimum), 1 orange, 50 g de lait entier, 50 g de cacao amer en poudre non sucré.

o      Mousseuse au chocolat : 250 g de crème fleurette, 200 g de chocolat noir à pâtisserie à 70% de cacao.

o      Sirop à l’orange : 3 oranges non traitées, 150 g de sucre.

 

-        Commencez par le biscuit. Cassez les œufs en séparant les blancs des jaunes, puis fouettez ces derniers avec le sucre jusqu’à ce que la préparation blanchisse. Incorporez alors délicatement la farine et le cacao, préalablement tamisés ensemble. Préchauffez le four à 220 °C (thermostat 7-8).

-        Battez les blancs en neige ferme et mélangez-les délicatement à la préparation précédente. Etalez la pâte à biscuit sur la plaque du four recouverte de papier sulfurisé, enfournez et laissez cuire pendant 8 à 10 minutes. Sortez la plaque dès la fin de la cuisson, enlevez-le biscuit et laissez-le refroidir sur une grille couverte d’un linge propre.

-        Confectionnez maintenant la crème à truffes à l’orange. Levez finement le zeste de l’orange et pressez cette dernière. Versez le lait dans une petite casserole et portez-le à ébullition, puis ajoutez le zeste d’orange et laissez infuser hors du feu pendant 2 minutes. Hachez le chocolat à l’aide d’un couteau et versez le lait par-dessus, en le filtrant. Ajoutez 8 cuillérées à soupe de jus d’orange et mélangez, puis passez l’ensemble durant 2 minutes au four à micro-ondes réglé sur la puissance minimale. Mélanger bien et coulez cette crème à truffes sur le papier d’argent de la tablette, en veillant à ce qu’elle soit régulièrement étalée sur une épaisseur de 1 cm. Réservez au congélateur.

-        Pour la mousseuse au chocolat, portez 150 g de crème à ébullition dans une petite casserole. Versez-la sur le chocolat préalablement râpé, lissez soigneusement et mettez à refroidir. Fouettez le reste de la crème jusqu’à ce qu’elle mousse et incorporez-la au mélange précédent, refroidi, pour obtenir la mousseuse.

-        Prélevez le zeste de 2 oranges et faites-le pocher pendant 20 minutes dans un sirop composé de 100 g de sucre et de 100 g d’eau. Portez à ébullition le jus des 3 oranges avec le reste du sucre, puis mettez hors du feu et laissez refroidir.

-        Posez le biscuit sur un film alimentaire et humectez-le avec le sirop refroidi, puis étalez la moitié de la mousseuse sur toute le surface. Sortez la crème à truffes du froid, détaillez-la en petits cubes et parsemez la mousseuse de ces derniers, en prenant soin d’en garder quelques-uns pour le décor. Roulez le tout en forme de bûche, en serrant bien, et réservez au réfrigérateur pendant au moins 1 heure.

-        Enlevez le film alimentaire et recouvrez la bûche du reste de mousseuse. Pour le décor, dessinez des rayures à l’aide d’une fourchette et parsemez la bûche des cubes de crème à truffes réservés, préalablement roulés dans le cacao en poudre, et des morceaux de zeste d’orange pochés au sirop.

 

11.6. Feuilles de menthe cristallisées au four

 

Recette de Rémi Henry, chocolatier confiseur de l’Atelier du Confiseur, a Colombes (Hauts-De-Seine)

 

Ingrédients :

 

o      1 kg de sucre cristallisé

o      1 blanc d’œuf

o      1 botte de menthe fraîche

o      1 kg de chocolat noir de couverture à 60 % de cacao

 

-        Toutes les variétés de menthe peuvent être utilisées pour cette recette. Pour sa part, Rémi Henry achète de la menthe marocaine sur le marché l’hiver, et se fournit chez les maraîchers autour de Paris l’été.

-        Passez les branches de menthe une par une sous l’eau froide courante, égouttez-les bien et déposez-les sur du papier absorbant pour les égoutter, puis détachez les feuilles des tiges.

-        Versez le blanc d’œuf dans une assiette creuse et battez-le légèrement. Badigeonnez à l’aide d’un pinceau les feuilles de menthe des deux côtés, déposez-les sur du papier absorbant et réservez pendant 2 minutes.

-        Préchauffez le four à 85 °C (thermostat 2-3).

-        Versez le sucre cristallisé dans une autre assiette, passez-y les feuilles de menthe une à une et secouez-les ensuite pour retirer l’excédent de sucre.

-        Rangez les feuilles sur une plaque à four recouverte de papier cuisson ou, à défaut, de papier aluminium, enfournez et laissez cuire pendant 3 heures. Quelques bulles doivent apparaître sur les feuilles pendant leur cuisson, mais attention, si ces dernières sont recouvertes de bulles c’est que la température du four est trop élevée.

-        Coupez le chocolat en petits morceaux et faites-le fondre au bain-marie.

-        Lorsque les feuilles de menthe sont refroidies, choisissez les plus petites (les autres sont parfaites pour être consommées « nature » ou pour des décors de pâtisserie) et trempez-les rapidement dans le chocolat fondu à l’aide d’une fourchette. Egouttez-les et déposez-les sur une feuille de papier aluminium pour qu’elles durcissent.

-        Lorsque la cuisson est bien réussie, les feuilles de menthe cristallisée se conservent pendant 6 mois dans une boîte en fer à l’abri de l’humidité. On peut faire de la même manière des pétales de roses cristallisées, à condition d’être sûr que les roses n’ont pas été pulvérisées avec des produits toxiques.

 

11.7. Gâteau feuilleté au chocolat blanc

 

Pour 8 personnes

Préparation : 40 minutes

Repos au frais : environ 13 heures

Cuisson : 25 minutes

 

Ingrédients :

 

o      300 g de chocolat blanc

o      230 g de beurre

o      120 g de farine

o      100 g de confiture d’abricots

o      1 jaune d’œuf

o      125 ml de crème fleurette

o      2 cuillères à soupe de cacao en poudre

o      3 cuillères à soupe de sucre semoule

o      2 cl de rhum

o      Les graines d’une gousse de vanille

o      1 pincée de sel

 

-        Travaillez la farine, 80 g de beurre coupés en petits morceaux, le jaune d’œuf, le cacao, le sucre et le sel jusqu’à l’obtention d’une pâte lisse. Formez une boule, enveloppez-la dans du film plastique et réserver 30 minutes au réfrigérateur.

-        Faites préchauffer votre four à  180°C.

-        Abaissez la pâte sur le plan de travail fariné pour obtenir une plaque de 3 mm d’épaisseur. Découpez 5 rectangles de pâte de 12 x 6 cm. Pétrissez de nouveau le reste de la pâte, étalez-la puis coupez-la également en rectangle. Renouvelez l’opération jusqu’à épuisement de la pâte. Disposez les rectangles sur une plaque à pâtisserie recouverte de papier sulfurisé et faites cuire à mi-hauteur du four pendant environ 15 minutes. Sortez-les refroidir sur une grille puis badigeonner-les de confiture d’abricots.

-        Râpez le chocolat et faites-le fondre au bain-marie. Portez à ébullition la crème avec les graines de vanille puis mélangez-la avec le chocolat et ajoutez le rhum. Fouettez le reste du beurre jusqu’à ce qu’il devienne crémeux puis mélangez-le avec la préparation au chocolat refroidie. Réservez 30 minutes au réfrigérateur.

-        Tapissez le moule de film plastique. Remplissez-le en alternant crème au chocolat et rectangles de biscuit. Couvrez et laissez reposer une nuit au réfrigérateur.

 

11.8. Soupe de chocolat aux épices

 

Pour 4 personnes

Préparation : 10 minutes

Cuisson : 15 minutes

 

Ingrédients :

 

o      ½ l de lait écrémé

o      150 g de chocolat noir

o      2 piments

o      1 jaune d’œuf

o      2 cuillères à café de sucre semoule

o      huile pimentée

 

-        Coupez les piments en 2 et retirez les pépins. Hachez-les finement.

-        Portez le lait à ébullition avec les piments hachés.

-        Battez le jaune d’œuf avec le sucre jusqu’à l’obtention d’un mélange bien blanc et ajoutez-le à la préparation au lait.

-        Faites fondre le chocolat au bain-marie ou au micro-onde et versez-le dans la soupe.

-        Servez dans des assiettes creuses et arrosez de quelques gouttes d’huile pimentée.

 

11.9. Tartelettes au chocolat et turron

 

Pour 6 personnes

Préparation : 30 minutes

Repos au frais : 1 h 30

Cuisson : 25 minutes

 

Ingrédients :

 

o      La pâte : 250 g de farine, 100 g de beurre, 1 cuillère à soupe de sucre semoule, 1 pincée de sel, des haricots secs.

o      Pour la garniture : 300 g de chocolat noir, 150 g de turron, 80 g de crème liquide, 30 g de beurre.

 

-        Préparez la pâte. Versez la farine, le sucre et le sel dans un saladier. Ajoutez le beurre mou en parcelles et travaillez du bout des doigts jusqu’à l’obtention d’un mélange sableux. Ajoutez petit à petit ½ verre d’eau et travaillez la pâte avec la paume de la main jusqu’à ce qu’elle soit homogène et lisse. Formez une boule et couvrez-la d’un linge. Laissez-la reposez au frais pendant 30 minutes.

-        Faites préchauffer votre four à 180 °C.

-        Beurrez et farinez 6 petits moules à tartelettes. Etalez la pâte sur un plan de travail fariné puis garnissez-en les moules. Piquez la pâte avec une fourchette et couvrez-la de papier sulfurisé. Recouvrez de haricots secs.

-        Enfournez les fonds de tarte et faites-les cuire environ 25 minutes. Sortez-les du four, démoulez-les et laissez refroidir.

-        Cassez le chocolat dans un récipient. Faites bouillir la crème liquide, puis versez-la sur le chocolat en remuant jusqu’à l’obtention d’une crème lisse. Incorporez le beurre en petits morceaux. Concassez finement le turron et ajoutez-le à la préparation. Mélangez bien.

-        Versez la crème sur les fonds de tarte et placez-les au frais pendant 1h. Décorez de copeaux de chocolat et servez aussitôt.

 

11.10. Mousse au chocolat blanc et à la fleur d’oranger

 

Pour 6 personnes

Préparation : 15 minutes

Repos au frais : 2h

Cuisson : 5 minutes

 

Ingrédients :

 

o      375 g de chocolat blanc

o      5 œufs

o      5 feuilles de gélatine

o      3 cuillères à soupe de sucre semoule

o      2 cuillères à soupe d’eau de fleur d’oranger

 

-        Faites ramollir la gélatine dans un bol d’eau froide.

-        Faites fondre le chocolat au bain-marie avec 1 cuillère à soupe d’eau. Séparez les blancs d’œufs des jaunes. Fouettez ceux-ci avec le sucre. Laissez tiédir le chocolat puis ajoutez-y la préparation jaunes/sucre. Mélangez bien.

-        Faites chauffer l’eau de fleur d’oranger. Essorez la gélatine. Faites-la fondre dans l’eau de fleur d’oranger et versez-la dans la préparation en fouettant.

-        Montez les blancs en neige très ferme. Incorporez-les délicatement à la préparation.

-        Répartissez la mousse dans 6 verres et placez-les au frais pendant au moins 2 heures.


12 – Quelques anecdotes relatives au chocolat

 

12.1. Au rythme du chocolat

 

Lorsqu’il se lève, l’Aztèque ne prend pas de petit déjeuner. En milieu de matinée, il observe une pause et absorbe une bouillie de maïs relevée de piment, sucrée au miel. A la fin du repas, les plus riches s’offrent du chocolat, servi dans une carapace de tortue ou une noix de coco sculptée et sertie d’argent. Le repas de la mi-journée, qui se prend pendant les heures les plus chaudes, est composé de galettes de maïs, de haricots, parfois de viande (gibier, volaille), et d’eau.

Avant d’aller honorer les femmes et leur gynécée, les notables et le roi terminent ce repas avec une ou plusieurs tasses de chocolat. Quand il clôture les banquets, le cacao est servi juste avant qu’on apporte les pipes de tabac.

 

12.2. Le chocolat de Dantzig

 

En 1807, après la prise de Dantzig, Napoléon Ier offre au maréchal Lefebvre le titre de duc et une boîte de chocolats. En ouvrant cette dernière, Lefebvre y trouve trois cent mille francs, somme colossale pour l’époque ! Dès lors, les soldats appellent « chocolat de Dantzig » l’argent de leur solde.

 

12.3. Un chocolat vaut bien une messe…

 

Les relations entre l’Eglise et le chocolat s’illustrent d’une fâcheuse affaire rapportée par Thomas Gage, un dominicain qui voyagea en Nouvelle-Espagne à partir de 1625.

Les Espagnoles qui vivaient au Mexique raffolaient du chocolat et en buvaient volontiers toutes les deux heures, sans tolérer le moindre retard. Elles s’en faisaient donc apporter par leurs servantes en tout lieu, même pendant les offices divins, surtout lorsque ceux-ci s’éternisaient. Les allées et venues des sémillantes caméristes perturbaient considérablement les services religieux, à tel point que don Bernard de Salazar, évêque de la ville de San Cristobal de la Cazas, dans l’actuel Etat de Chiapas, s’insurgea contre cette pratique et menaça d’excommunication quiconque consommerait du chocolat pendant les offices.

Les dames n’en continuèrent pas moins à siroter leur boisson favorite, et l’on vit même en pleine église des gentilshommes tirer l’épée contre des chanoines qui avaient eu l’audace de bousculer les porteuses de chocolat. Comme le prélat refusait d’assouplir sa position, les jeunes femmes décidèrent d’assister aux offices dans les couvents, où les moines étaient plus tolérants ; l’évêque étendit donc sont interdictions aux monastères. Il mourut peu de temps après, probablement victime d’un poison versé dans son chocolat…

 

12.4. L’origine du mot « chocolat »

 

Thomas Gage, dominicain anglais du début du XVIIe siècle, propose cette étymologie : « Le nom de chocolate est indien, composé de atte comme disent quelques-uns, ou comme disent quelques autres de atle, qui signifie « de l’eau » en langage de Mexique, et du bruit ou du son que l’eau fait dans le vaisseau où l’on met le chocolat, où elle fait comme choco choco choco, quand on la remue dans un vase appelé « chocolatière » avec un moulinet. »

 

12.5. De l’école au cimetière

 

Emile Justin Menier imagine en 1874 une cité ouvrière sur le modèle du système philosophique et social de Charles Fourier. Sur un terrain de 20 hectares, il fait construire des maisons dotées de jardinets pour les familles des ouvriers ; ceux-ci bénéficient d’école pour leurs enfants, d’un service médical entièrement gratuit, de réfectoires, d’une maison de retraite et d’un cimetière, le tout entièrement financé par Menier. L’urbanisation est conçue en fonction des règles d’hygiène et d’architecture en vigueur à l’époque : les maisons sont en quinconce pour faciliter la circulation de l’air et de la lumière, les rues sont éclairées au gaz et équipées de bornes-fontaines. Emile Justin Menier a tant influé sur l’économie et sur la vie de la région que les rue de Noisiel portent aujourd’hui encore les noms des membres de la famille, et les façades des principaux bâtiments sont toujours ornées d’un grand M.

Cette réalisation fait des émules parmi les autres chocolatiers. L’expérience menée à Noisiel inspire les frères Cadbury. Leur nouvelle usine, construite en 1879 près de Birmingham, à Bournville(dont le nom est en partie français car le chocolat venant de France est alors en vogue), se dotera en 1895 d’une ville ouvrière modèle. A son tour, Philippe Suchard proposera à ses ouvriers des logements et une assurance contre les accidents et la maladie. En France, Albert Poulain crée en 1897 le Fond de secours mutuel des ouvriers chocolatiers, qui permet à ces derniers de bénéficier d’une retraite. Enfin au début du XXe siècle, Joseph Rowntree créera une ville ouvrière dans la banlieue d’York.

 

12.6. Y’a pas du tout bon

 

Le slogan « Y’a bon Banania » vient directement de l’idée que se font nombre de Français de métropole de la manière dont s’expriment les populations colonisées. En 2006, la marque Banania a perdu un long procès : la mention « Y’a bon », qui a accompagné son lancement au temps des colonies françaises, ne plus apparaître sur ses emballages.

 

12.7. L’origine du mot « cabosse »

 

Le mot « cabosse » vient de l’espagnol cabeza. Il a été donné au fruit du cacaoyer par les conquistadores, auxquels il rappelait la forme du crâne des Mayas. Ceux-ci avaient en effet coutume de poser une pierre plate attachée par un lien sur la tête des nourrissons, avant que ne se ferme la fontanelle, afin de donner au crâne une forme oblongue, jugée plus esthétique.

 

12.8. Négritude et chocolat

 

Vers 1870, un « chocolat » désigne un homme de race noire dans le langage familier. Cette analogie est encore présente aujourd’hui dans plusieurs titres de films, qui ne parle par ailleurs absolument pas de chocolat : Pain et chocolat (1973), Chocolat (1988, avec Isaac de Bankole) et Fraise et chocolat (1994).

Dans l’argot des banlieues, un Noir qui se comporte comme un blanc est un « bounty », friandise chocolatée fourrée de noix de coco. Le nègre en chemise est un entremets au chocolat servi avec de la crème chantilly.

En pâtisserie, les boules de meringue au chocolat ne peuvent être commercialisées sous l’appellation « têtes de nègre », mais nombre de pâtissiers et d’industriels ne tiennent pas compte de cette interdiction.

 

12.9. Un profil inattendu ?

 

Une étude sur de très gros consommateurs de chocolat noir (de 100 à 500 grammes de chocolat par jour) a permis à des psychiatres de définir le profil-types des « chocolatomanes » : ils sont célibataires, normalement socialisés et très sportifs. Ils ont une activité professionnelle intense, sont volontiers joueurs et amateurs de café. Ils ne souffrent ni d’insomnie ni migraine, et leur poids est strictement normal.

 

12.10. Mariages insolites

 

Si le sucré et l’acide se marient quotidiennement avec le chocolat, l’alliance avec d’autres saveurs peut aussi procurer des émotions gustatives intéressantes.

 

-        Avec le salé : la tartine beurrée recouverte de chocolat noir râpé de nos grands-mères trouve une nouvelle jeunesse si le beurre est salé, et devient même sublime s’il est parsemé de cristaux de sel.

-        Avec le piquant : cette même tartine (avec du beurre doux) vous entraînera bien loin de chez vous si le chocolat est baptisé d’un peu de poivre du Sichuan fraîchement moulu ou d’une pointe de noix de muscade râpée.

 

12.11. Le plaisir du partage

 

Certes la dégustation peut-être solitaire, voire honteuse du fait de la notion de péché encore accolée à la gourmandise. Mais le fait déguster entre amoureux du chocolat et de traduire ses sensations en mots apporte une dimension supplémentaire à la cérémonie épicurienne… d’où le développement actuel des clubs de dégustation dans les principaux pays consommateurs à travers le monde.

 

12.12. Le cacao en 26 langues

 

-        Français, espagnol, italien, roumain, néerlandais : cacao

-        Anglais : cocoa

-        Portugais : cacau

-        Allemand, suédois, danois, norvégien, polonais, tchèque, serbo-croate, hongrois, truc, espéranto, russe : kakao

-        Finnois : kaakao

-        Indonésien : joklat bubuk

-        Grec : kaka’o

-        Arabe : kakawe

-        Hébreu, yiddish : kako

-        Japonais : kokoa

-        Swahili : mbegu za mti cacao.

 

12.13. Le chocolat en 26 langues

 

-        Français : chocolat

-        Anglais, espagnol, portugais : chocolate

-        Italien : cioccolata

-        Roumain : ciocolata

-        Allemand, yiddish : schokolade

-        Néerlandais : chocolade

-        Suédois : choklad

-        Danois : chokolade

-        Norvégien : sjokolade

-        Polonais : szekolada

-        Tchèque, serbo-croate : cokolada

-        Hongrois : csokolade

-        Finnois : suklaa

-        Turc : cikolata

-        Indonésien : tjoklat

-        Espéranto : cokolado

-        Russe : shokalat

-        Grec : sokola’ta

-        Arabe : shoukoulata

-        Hébreu : shokolad

-        Japonais : chokoreeto

-        Swahili : chokolati


13 – Les bonnes adresses du chocolat

 

13.1. Les adresses des meilleurs artisans chocolatier

 

13.1.1. En France

 

-        Michel Cluiziel : 201, rue Saint-Honoré, 75001 Paris.

-        Chocolats Puyricard : 106, rue du Cherche-Midi, 75006 Paris.

-        Michel Chaudun : 149, rue de l’Université, 75007 Paris.

-        Debauve & Callais : 30, rue des Saints-Père, 75007 Paris.

-        La Maison du chocolat : 52, rue François Ier, 75008 Paris.

-        Lenôtre : 44, rue d’Auteuil, 75016 Paris.

-        L’Atelier du chocolat : Rue de l’Eglise, 95510 Vétheuil.

-        L’Atelier du confiseur ; Rémy Henry : 3, avenue Jean-Jaurès, 92700 Colombes.

-        Benoît : 77, rue de la Monnaie, 59800 Lille.

 

13.1.2. En Belgique

 

-        Manon : 9a Chaussée de Louvain, 1030 Bruxelles.

-        Chocolats de Leaucour : 35D, chaussée d’Audenearde, 7742 Herinnes.

-        Charlemagne : 8, place Jacques-Brel, 4040 Herstal.

-        Wittamer : 12, place du Grand-Sablon, 1000 Bruxelles.

-        Pierre Marcolini : Place du Grand-Sablon, 1000 Bruxelles.

 

13.1.3. En Espagne

 

-        Enric Rovira : Sant Geroni 17, 08296 Castellbelli El Vilar Barcelona.

-        Vall d’Or : Calle Mestre Cellers, 27570 Tora.

 

13.1.4. En Italie

 

-        Dolce & Amaro : Via Barba 6 bis, 12030 CN.

 

13.1.5. Ailleurs en Europe

 

-        L’heure du Chocolat : Grand’Rue 56, 1820 Montreux, Suisse.

-        Oberweis : 1 rue Guillaume Kroll Cloche d’Or, L.1882, Luxembourg.

-        Artisan du Chocolat : 89, Lower Sloane Street, Londres, SW1 W8DA, Grande-Bretagne.

-        Unlimited Delicious : Kees Raat, Haarlemmerstraat 122, 1013 ex Amsterdam, Pays-Bas.

 

13.2. Où boire un chocolat chaud ?

 

13.2.1. En France

 

-        La Muscade : 36, rue de Montpensier, 75001 Paris.

-        Angélina : 226, rue de Rivoli, 75001 Paris.

-        La Maison de la Vanille : 18, rue du Cardinal-Lemoine, 75005 Paris.

-        Le Café de Flore : 172, boulevard Saint-Germain, 75006 Paris.

-        Bonnat : 8, cours Sénozan, 38500 Voiron.

 

13.2.2. En Italie

 

-        Caffe Baratti & Milano : Piazza Castello, 29, Turin.

-        Caffe Florian ; Piazza San Marco, 56/59, Venise.

-        Rivoire : Piazza della Signoria, 5, Florence.

-        Gilli : Piazza della Repubblica, 39/R, Florence.

 

13.2.3. En Espagne

 

-        Gorrotxategi : Letxuga Kalea, 3, 20 400 Tolosa.

-        Viader ; Xuclà, 4-6, Barcelone.

 

13.2.4. Ailleurs en Europe

 

-        Greenwoods Singel : 103 Amsterdam, Hollande.

-        König : Lichtentaler Strasse, 2 Baden-Baden, Allemagne.

-        Hotel Sacher : 4, Philharmonikerstrasse, Vienne, Autriche.

 

13.3. Les glaciers

 

13.3.1. En France

 

-        Berthillon : 31, rue Saint-Louis-en –l’Ile, 75004 Paris.

-        Le Pic à Glace : 141, rue Moslard, 92700 Colombes.

-        Les Sorbets de Saint-Mandé : 47, rue Germaine-et-Roger-Lefèvre, 91550 Paray-Vieille-Poste

 

13.3.2. En Italie

 

-        San Crispino : Via della Panetteria, 42, Rome

-        Festival del Fredo : Via Principe Eugenio, 17, Rome

-        Eredi Giolitti Silvano : Via Uffici del Vicario, 40, Rome

-        Fiocco di Neve : Via del Pantheon, Rome

-        Tre Scalini : Piazza Navona, 38, Rome

-        Perche Non : Via Tavolini, 19, Florence

-        Vivoli Piero il Gelato : Via Isola delle Stinche, 7/R, Florence

 

13.3.3. En Espagne

 

-        Heladeria Rayas : Calle Almirante Apodaca, Séville