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COLPOSCOPIE : TECHNIQUE ET APPLICATIONS
LA PLACE DE LA COLPOSCOPIE
La colposcopie est une méthode
instrumentale d'examen de la cavité vaginale, qui permet l'observation,
à grossissement variable, de l'épithélium du col utérin
grâce à un système optique doté d'une source
lumineuse. La colposcopie montre en fait l'état du stroma vu à
travers l'épithélium, qui agit en tant que filtre : elle
permet d'étudier les limites entre épithéliums malpighien
et cylindrique, d'évaluer le degré d'activité nucléaire
de l'épithélium malpighien par le test à l'acide acétique,
et son degré de maturation par le test de Schiller.
Conçue comme test de dépistage
du cancer du col, la colposcopie fut rapidement remplacée par la
cytologie, moins chère et plus fiable. Elle a été
longtemps utilisée en deuxième intention, après frottis
anormal, afin d'effectuer un bilan topographique des lésions et
particulièrement, pour identifier la jonction squamo-cylindrique,
diriger la biopsie et orienter le traitement des stades précurseurs
du cancer du col.
Depuis une vingtaine d'années,
grâce au développement de l'enseignement, un nombre de plus
en plus important de gynécologues ont suivi l'un des enseignements
de colposcopie proposés en France, pour ensuite s'équiper
d'un colposcope au cabinet. On estime actuellement que la moitié
des gynécologues français possède un colposcope. L'indication
de l'examen s'est donc spontanément modifiée : toujours effectuée
après découverte d'un frottis anormal, la colposcopie est
aussi pratiquée de plus en plus souvent en consultation de tous
les jours et, en particulier, lors de la première consultation d'une
nouvelle patiente en âge de procréer. Les récentes
recommandations sur l'espacement des frottis donnent à la colposcopie
une place encore plus importante, ce qui va amplifier son utilisation gynécologique
en routine.
L'utilisation change, l'orientation
de l'enseignement doit également changer. En plus des images de
dysplasie et des zones de transformation atypique évidente, il faut
actuellement débattre sur un certain nombre d'images, à la
limite entre le physiologique et le pathologique, rencontrées en
colposcopie de tous les jours et d'interprétation parfois difficile.
Le principal problème demeure
l'étude de la zone de transformation atypique. Malheureusement,
les tests à l'acide acétique et au lugol ne sont pas spécifiques
et nombre de zones blanches et/ou zones iodo-négatives correspondent
histologiquement à des métaplasies plus ou moins matures.
Est-il inévitable d'effectuer des biopsies quand on fait de la colposcopie
de routine ? Nous ne le pensons pas. Une analyse approfondie de ce que
l'on voit, va pouvoir permettre de trier les images et de réduire
le nombre de biopsies. Avant de proposer un guide pratique pour l'interprétation
de la zone de transformation, nous allons rappeler quelques concepts fondamentaux
pour le colposcopiste.
LES TEMPS DE LA COLPOSCOPIE
Après la mise en place du spéculum
vaginal, on expose soigneusement le col en évitant tout traumatisme
cervical. L'examen fait sans préparation ou après mouchage
du col, grâce à un tampon de coton imbibé de sérum
physiologique, et ceci afin de le débarrasser des sécrétions
cervico-vaginales, donne une vue d'ensemble du col et du vagin. La couleur
normale de la muqueuse cervicale est rose. Elle pourra apparaître
rouge en cas d'augmentation de la vascularisation du stroma (inflammation,
dysplasie) ou en cas de diminution de l'épaisseur de l'épithélium
(ectopie cylindrique, atrophie). Elle pourra apparaître blanche en
cas de diminution de la vascularisation du stroma (atrophie) ou d'augmentation
de l'épaisseur de l'épithélium (leucoplasie). Le filtre
vert permettra de mieux étudier la vascularisation, à la
recherche de vaisseaux atypiques si l'on soupçonne l'existence d'un
cancer.
Le deuxième temps consiste en
l'observation, après application d'une solution d'acide acétique
à 3%. On reconnaîtra la muqueuse glandulaire à son
aspect papillaire. L'épithélium malpighien normal ne changera
pas d'aspect après l'application d' acide acétique. En revanche,
on pourra voir apparaître une ou plusieurs zones blanches, dites
acidophiles. L'action de l'acide acétique est mal connue, mais il
semble être absorbé par les tissus qui présentent une
activité nucléaire de surface. Ces tissus deviennent blancs.
Les dysplasies et les cancers vont donc blanchir, mais aussi les métaplasies
immatures et les métaplasies matures qui ne se transforment pas
en tissu normal et que l'on appelle dystrophies. Le test à l'acide
acétique permet le repérage de la jonction quand elle est
exocervicale ou à l'entrée du canal. Après le test
à l'acide acétique, on observe également les images
de mosaïque et de ponctuation, qui correspondent aux axes capillaires
du stroma montant le long des papilles de l'ancien ectropion colonisé
par du tissu malpighien : on pourra donc les observer dans une métaplasie
ou dans une dysplasie.
Le troisième temps est le test
de Schiller, correspondant à l'application de la solution
de lugol. Cette solution est absorbée par les tissus riches en glycogène,
donc par le tissu malpighien normal qui devient brun. Le tissu cylindrique
reste iodo-négatif, mais il avait déjà été
repéré à l'acide acétique. Les dysplasies et
les cancers restent iodo-négatifs, mais aussi les métaplasies,
immatures ou matures. Certaines lésions virales, à cause
de la réplication focale du virus, sont irrégulièrement
colorées par le lugol, donnant un aspect iodo-hétérogène.
Le test de Schiller permet surtout l'appréciation des limites externes
des lésions, car le contraste entre l'épithélium brun
et l'épithélium iodo-négatif, qui est jaunâtre,
est évident.
LA ZONE DE TRANSFORMATION
La zone de transformation est le concept
central de la pathologie cervicale, base de toute terminologie colposcopique
et première chose à identifier et à analyser.
La zone de transformation représente
la partie d'exocol d'étendue variable, colonisée avant la
puberté par du tissu cylindrique (ectopie cylindrique) et qui, après
la puberté, va avoir tendance à se recouvrir d'un épithélium
malpighien par métaplasie directe ou indirecte. Ses limites vont
de la jonction originelle, à l'époque de l'ectropion, à
la jonction actuelle, celle du jour de l'examen. L'aboutissement normal
de ce processus est la constitution d'un épithélium malpighien
apparemment parfait, au-dessous duquel seuls une biopsie ou un traitement
destructeur découvriront la présence de quelques glandes,
seuls témoins de son " passé cylindrique ". En cours de transformation,
l'épithélium malpighien est métaplasique, immature
d'abord, très actif, puis mature et enfin normal, bien chargé
en glycogène. La transformation peut aussi être pathologique
et le tissu métaplasique se transforme en tissu dysplasique. Le
repérage des limites de la zone de transformation est fondamental
: le cancer démarre presque toujours à son niveau. Le premier
but du colposcopiste est donc de décider, à partir des images
qu'il perçoit par les trois temps de l'examen, si la zone de transformation
est normale ou atypique et dans ce dernier cas de la délimiter afin
de pouvoir en assurer ultérieurement la destruction si la biopsie
confirme l'existence d'une anomalie.
Si l'on sait observer attentivement
et biopsier au moindre doute, le taux d'erreur sera réduit. Le risque
de biopsie mal dirigée sera également réduit par l'usage
de plus en plus fréquent des traitements d'exérèse
(à l'anse) à la place des vaporisations laser.
Sous ces conditions, le colposcope
constitue à nos yeux un instrument indispensable de l'activité
gynécologique, voire même le complément parfait du
toucher vaginal. |