Des nouvelles de la vie Jouvre les yeux soudainement. Il fait noir. Que se passe-t-il ? Mes mains sagitent, tatonnant pour voir où je suis. Je suis encore tombée du lit, ça y est , comme jétais petite et que je faisais un cauchemar. Je me repère à mon réveil et là je ne le vois pas. Comme quand je suis petite, je cris, jappelle ma mère. Jai peur. Non ! Non ! Non ! Pas comme dans mon enfance, je suis grande maintenant, il ny a plus de maman, il ny a plus de papa, il ny a que moi. Je tourne dans tous les sens, et cherche les objets qui me rassurent. Où est ma table de chevet ? où est mon réveil ? Je ne vois rien dautre que du noir. Je hurle. Et je hurle après ma mère. Je suis une enfant apeurée qui demande de laide à sa maman. Jai à peine 8-9 ans. Elle arrive enfin. Jentends ses pas ! Elle allume la lumière. Je regarde où je suis. Je suis par terre. Une nuit mouvementée comme tant dautres durant mon enfance. Mais là, je suis adulte, aussi apeurée quune enfant, et jai totalement perdu mes repères. Mes repères ? Quel repère ? je nai jamais eu de repère, une pauvre petite fille qui survivait, malheureuse, mais pourquoi ? Je sens, jécoute, et me met dans la peau dune aveugle qui tenterait de se faire une idée de la réalité à travers tous ses autres sens. Et si jétais devenue aveugle ? Jentends
jentends le silence. Ce silence est étouffant. Mais où suis-je, bon Dieu ? Ce silence me met en face de moi-même, face à mon être intérieur, face à mon imagination. Laveugle ne doit pas avoir peur de lui-même, ni de sa propre obscurité. Pas comme moi. Comment aurai-je pu imaginer un jour vivre sans la lumière, rassurante, et qui donne tout à voir, à voir les beautés de la vie, parfois tellement communes que lon ne sait plus les voir. Je viens de remarquer combien pour moi, la vie me semblait fade, et mon regard était tellement obscurci dun voile opaque que je ne savais plus voir. Je suis aveugle. Je ne verrai plus les personnes que jaime, les regarder sourire, regarder les gens saimer. Je ne verrai plus les couleurs de la vie, les roses rouges, les fleurs et le ciel apaisant, qui aurait pu me pousser à peindre, à méblouir de ce bonheur des sens. Langoisse métouffe. Je sens ma gorge me serrer et un sanglot venir au fond de mon cur qui regrette davoir vécu en surface Au secours, maman. Je veux ma réveiller ! Secoue-moi ! Dis-moi que cest un cauchemar! Maman, jai peur du noir. Berce-moi et dis-moi que ce nest rien, que tu vas effacer mes peurs, et me rassurer de tes bras si doux. Jagite mes bras et mes mains. Je tâte dans le vide, puis je sens une surface plate, lisse et froide. Je frissonne. Et je remarque seulement quil y a des draps autour de moi, ou du moins un tissu rugueux, frais, et qui sent la mort, la maladie. Jai envie de vomir. Je ne sais pas où je suis mais je sais que je ne suis pas dans ma chambre. Je tâte encore, et je cherche ma petite peluche qui ne ma jamais quitté depuis mon premier Noël . Elle est aussi vieille que moi, mais même chez mon copain, je la gardais près de moi. Quel bébé, je fais ! Je me rends compte que je ne suis quune petite fille effrayée dans un corps dadulte. Le noir me fait peur. Elle me rappelle le fantôme de mon père qui me suivait jusque dans mes cauchemars, dans lesquels je courrai pour le fuir, pour fuir sa brutalité. Maman, jai peur. Jai peur de lui. Jai peur quil me hante à jamais dans mon obscurité. Je hurle devant cette image qui surgit de ma mémoire. Mon père monte les escaliers brutalement. Je cours me trouver une cachette, car je lai entendu décrocher le martinet en bas, à lentrée. Il crit, après moi car je fais trop de bruit. Mais je mamuse, cest tout. Je me cache dans la salle de bain. Mais il arrive. Il me fait peur avec ses yeux comme des grosses billes qui sortent des ses orbites. Il meffraie avec son visage empourpré de colère et de rage. Il me déteste, il va me tuer. Il me fait mal. Et les coups pleuvent. Il me fouette. Mes cuisses me brûlent. Il me laisse des marques sur tout mon corps. Je me fais petite. Je ne veux plus exister. Jai envie de mourir. Maman, pourquoi le laisses-tu me faire du mal comme cela ? Je tente de chasser ces images de ma tête et essaye de comprendre la raison de ma cécité. Je narrive pas à me souvenir de la raison pour laquelle je me suis retrouvée là. Je nentends rien dautres que ce silence qui ressemble à la mort. Dailleurs, je commence à manquer dair. Loxygène me manque. Je vais mourir. Cest cela la mort ? Jétouffe. Maman, au secours, réponds-moi ! Puis jentends une voix dhomme me chuchoter au creux de mon cur de ne plus avoir peur, que la peur est la raison de mon état. La douleur était trop forte, et mon inconscient a voulu faire la censure de ce qui meffrayait. Cette voix me dit de me calmer et découter mon cur denfant meurtrie Cette douleur, quelle est-elle ? Est-ce celle de la violence de mon père ? Cette voix dhomme me rassure comme une mère et me dit quelle maime, quelle ne voulait pas me faire de mal, quelle voulait pas que jen arrive là. Là où ? Je ne sais même pas où je suis. Mais ce que je comprenais,cest que ma cécité venait dun problème à résoudre avec mon père. Je me souviens de sa mort. Mon père est mort. Je me rends compte que je pleure ? pourquoi est-ce que je pleure puisquil meffrayait ? « Parce que tu las toujours aimé, parce que tu las toujours attendu
-Attendu quoi ? -Son amour -
» O papa, pourquoi mas-tu fais cela ? Pourquoi est-ce que tu ne mas jamais aimé ? jai mal de ta haine, jai mal car javais besoins de toi, de ta force pour avancer sûrement dans la vie. Vois-tu comment tu mas rendu ? Comme un bébé. Oui, je suis une enfant, une femme-enfant qui dans ses relations a toujours cherché la tendresse dun père. Papa, pourquoi es-tu parti sans que jai pu te dire tout cela ? Alors que la douleur métouffait, je me sentis soudainement libre. Me voilà devenue un oiseau. Je me sens montrer, je mélève vers les hauteurs, et je sors peu à peu du noir, pour voir arriver la lumière. Une force me monte vers cette clarté éblouissante doù apparaît une forme. Je me sens aspirée par cette forme doù émane un amour immense. Je suis morte, cest Jésus ! Non, cest mon père. O, papa, tu nes pas mort ! Je cours vers lui et le serre très fort contre moi. Papa, je taime, je taime, je taime
Mon père me tient dans ses bras et pleure aussi « Je suis désolée ma petite fille. Je suis désolée de tavoir fait du mal et tant souffrir. Rien ne mexcusera de ma brutalité, sinon que jai été éduqué ainsi ? mais je tai toujours aimé. Je voulais que tu partes forte dans la vie, que tu saches te battre dans ce monde si cruel
Mais jai été finalement aussi dur que la vie la été pour moi. Me pardonneras-tu un jour, ma petite chérie ? -Papa, je te pardonne. Je nattendais que toi, que ton amour. jai toujours cru que tu me détestais. Papa, donne-moi ton amour et je serais comblée » Je me jetai sur lui et le serrai fortement. Cela dura une éternité. « Maintenant, avance devant toi et aime . Tu nas plus besoins de moi. » Je pleurai de plus bel dans ses bras qui métouffaient cette fois-ci de bonheur. Je fermai les yeux en savourant cette tendresse si peu reçu avant. Le silence sestompa et laissa la place à une multitude de sons. Je sentis quon me séparait de mon père. Je regardais vers lui, les yeux apeurés cette fois-ci de me voir être séparée de lui. « Papa, non, ne les laisse pas me prendre. Papa, retiens-moi. Sauve-moi, aide-moi
- Ma fille, je taime déjà, et pour léternité, ne loublie pas
» Sa voix se faisait de plus en plus faible. Puis, je vis des visages sortir dune immense clarté, et tout doucement, je maperçus que jétais dans une chambre dhôpital. Je vis une silhouette se pencher sur moi. Ma vue floue me permet quand même de sentir que cétait ma mère. Enfin, je me réveillais tout à fait. « Ma puce, ma petite puce, tu mas fait une peur effroyable. O , ma chérie, pourquoi as-tu fait cela ? -Maman ? Quest-ce quil sest passé ? -Quest-ce quil sest passé ? Jai failli te perdre parce que tu as voulu mourir, je ne sais pour quelles raisons. Jai failli ne plus jamais te revoir. Comme si cela ne suffisait pas que ton père soit au ciel aussi. O, Dieu soit loué, tu es vivante. » Ma mère me serra très fort dans ses bras, et moi, jétais encore trop faible. Je fermai les yeux, commençant à peine à comprendrece quil métais arrivé. Jai failli mourir, cest pourquoi jai revu mon père, dans le ciel, que javais failli rejoindre aussi. Dans mon sommeil, mon père mapparut à nouveau. « Noublie pas que je serais toujours dans ton cur. » Je souris intérieurement. Non, plus jamais je naurais peur de lobscurité. Plus jamais e naurais peur de dormir, car je sais que là, dans le pays des mystères de lâme, mon père me fera toujours signe. |