Rendormez-Vous! |
Témoins de Jéhovah, quelle vérité ? vous propose : Un extrait du récit de R. Maynacque : Il fut le témoin de Dieu Depuis toujours, le nom “Jéhovah”En ouvrant les tiroirs de la mémoire même les plus vieux, le nom 'Jéhovah' est présent, comme quelque chose qui appartient au quotidien de mon enfance. Dans ce labyrinthe que sont les souvenirs, on pousse une porte, puis une autre, en se disant qu'on finira bien par s'en sortir pour finalement se rendre à l'évidence que la sortie est ailleurs. La mémoire est sélective, elle jette, elle garde, elle dilue le mauvais. Ouvrir les tiroirs c'est raviver l'oubli, c'est remonter à la surface ce qui est enfoui. À force de remonter le temps comme on remonte le courant, je vois un très jeune enfant subissant des événements que rien alors ne peut l'aider à comprendre. Il ne sait pas encore, ce bambin, que la vie qui s'ouvre devant lui n'est déjà plus la source d'un long fleuve tranquille. Ballotté par les flots, il ne pouvait prendre conscience qu'une séparation venait de se produire. Ce n'est que plus tard, beaucoup plus tard, au détour d'une réflexion, qu'il mettra cette déchirure sur le compte d'une croyance ou plus précisément de l'appartenance à une doctrine particulière. L'explication “officielle” a toujours été autrement plus simple : on avait laissé son père sur l'autre rive parce qu'il fut de tout temps mauvais. Un point c'est tout ! cela devait suffire à jamais pour expliquer les faits. Explication simpliste, arrangeante, mais qui ne tient pas toujours à l'épreuve des faits et du temps. Ce bambin grandira et dans sa vie d'adulte, verra des familles se disloquer au nom de la foi, au nom du Dieu Jéhovah. Chaque fois, le même scénario. Cela le conduira à s'interroger. C'est une vérité muette, jamais avouée car elle contredirait l'image d'amour chère aux Témoins de Jéhovah. Elle est pourtant criante, tant de fois répétée. Dans les dédales de sa mémoire, tiroir après tiroir, il se rendait compte de l'omniprésence de 'Jéhovah'. La certitude s'installait que sa mère, bien avant la séparation, connaissait les Témoins. Mais pour l'affirmer, il eut fallu poser la question. Son père depuis longtemps décédé, il ne pouvait la poser qu'à sa mère. Sans espoir de réponse. L'Organisation des Témoins n'a jamais prôné le divorce. Dieu est amour ! Comment pourrait-il demander pareille chose ? Mais alors, pourquoi ces familles désunies quand un des siens se refuse à suivre Jéhovah? En imaginant que le ciel s'éclaircirait au fil de la réflexion, l'enfant devenu adulte se trompait ; c'est le flou qui naissait au fil des mises au point. Les doutes amenaient des certitudes, les certitudes des doutes. Il ressentait la crainte de fausser l'image d'une mère idéalisée, et d'en garder rancune. Ne faut-il pas vieillir soi-même pour savoir qu'on ne choisit pas sa vie ? Quels que soient les principes exprimés par l'Organisation des Témoins, lorsqu'ils sont érigés comme mode de vie, l'individu peut-il encore conserver sa personnalité ? Les bêtes, même féroces, se laissent dompter. Ma mère a toujours été une femme au caractère bien trempé. Pourtant elle était là, dans la rue, avec ses enfants et une valise de linge face à l'inconnu. Cela se passait dans les années 60 et n'était pas chose courante. Le gamin d'alors n'a gardé aucun souvenir de ce départ ni de ce qui l'a rendu inévitable. Aujourd'hui, je m'interroge. Le père s'était-il opposé à une nouvelle doctrine, aussi étrange que soudaine, inculquée à ses enfants ? A-t-il voulu empêcher notre introduction dans ce qu'il considérait comme une secte? Pour un Témoin obligation est faite d'éduquer sa progéniture dans la crainte de Jéhovah, sa force tout entière est dirigée vers ce but, au sacrifice même de l'unité familiale. Car dans la famille, comme dans tout autre domaine, le principe est de respecter d'abord les lois établies par l'Organisation au nom de Jéhovah. Nous étions échoués dans un petit village de Normandie. Je me souviens d'une première maison de plain-pied dont la porte ne fermait pas, d'un lit-cage de fer blanc qui grinçait, de plombs qui sautaient, de fumées de bougies, d'un terrain abandonné aux mauvaises herbes et d'un petit cours d'eau infestéde sangsues. C'est là, dans cette vieille baraque, que remontent les plus anciens souvenirs. Je me souviens également de gens qui nous sont venus en aide, des Témoins de Jéhovah, bien sûr. Des Témoins déjà présentsNous étions donc quatre enfants. Je devais avoir quatre ou cinq ans et ma sœur cadette n'était encore qu'un bébé. Dans ces conditions, seule une raison impérieuse pouvait expliquer un départ précipité sans destination précise. De mon père, on m'a tout dit : le meilleur et le pire. Surtout le pire... Il fallait bien l'accabler pour rendre acceptable la séparation. Ma mère parlait souvent d'une congrégation où des Témoins lui avaient donné de l'aide juste après la séparation - une congrégation est une communauté de Témoins qui se réunissent en un même lieu. Le hasard ne pouvant expliquer ce point, pour sûr elle les avait fréquentés avant. Cette première habitation était dans un triste état. Nous avons donc emménagé un peu plus haut dans le village, dans une maison un peu plus confortable. Un jour, en rentrant à la maison, nous eûmes la surprise de découvrir une pure magie : la radio ! Quel miracle et quel bonheur pour toute la famille ! Assis autour comme si l'objet était mystérieux, nous l'écoutions religieusement. Nous échangions de légers sourires lorsqu'il se mettait à chanter mais nul n'osait parler. Ma mère reprenait “Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous” ; c'était le bonheur qui revenait. Tout me porte à croire que les Témoins n'étaient pas très loin. Il y eut une coupure temporaire, c'est vrai, leur nombre n'étant pas assez important dans les alentours pour former une congrégation. Mais leur présence avant même la rupture résonne comme le glas de la vie de famille. Je revois cet enfant mettre les pieds dans un “monde nouveau”, un monde à part. Pour être Témoin, il faut se faire baptiser selon un rite particulier. D'abord, il faut être adulte. Après avoir répondu à une centaine de questions, le candidat est plongé, immergé, dans l'eau, généralement lors d'une assemblée dans une piscine municipale. Or, je n'ai jamais vu ma mère se faire baptiser. Elle avait donc reçu le baptême avant la séparation ou peu de temps après. Dès lors, comment ne pas imaginer la vie autrement ? On sent la présence d'un père et on devine tout l'apprentissage qu'il aurait dispensé avec amour. On le voit, rentrant du travail, soulever ses petits de terre de ses larges mains. Des images si simples qu'elles font rêver. Une vie qui demeurera à jamais dans l'imaginaire parce qu'un jour les Témoins de Dieu sont passés par là. Toutes les religions sont basées sur l'antagonisme du bien et du mal. La connaissance des deux - héritage d'Eden - la perte de l'innocence. Le libre arbitre, la conscience puis l'action engendrent le classement des créatures de Dieu, bons ou méchants ! Chaque religion fixe les critères pour se reconnaître. Le Paradis pour les uns, l'Enfer pour les autres. Ma mère, comme beaucoup d'autres, a suivi sa conscience, une conscience éduquée à réagir très vite pour se ranger parmi les bons. Surtout ne jamais déplaire à Jéhovah !. À suivre... remonter Tout éditeur intéressé pour l'édition du récit de R. Maynacque peut se faire connaître en nous écrivant. |