Les Témoins de Jéhovah - Témoignage 1

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Un témoignage de J.M.

De l'amour à la haine

C’est le souvenir, bien douloureux, d’une certaine journée de décembre 1997 qui m’a conduit à tenter d’analyser ce processus mental : la volonté de dire NON, face à l’admirable certitude que montrent ceux qui pensent avoir raison.


Le dilemme

Après 10 années de pratique plus ou moins assidue dans la religion des Témoins de Jéhovah, j’ai voulu faire le point et demander conseils et soutien aux " anciens " - Hommes mûrs spirituellement et capables d'enseigner - de ma congrégation. Ma foi vacillante et la quasi certitude que je n’étais plus en phase avec la doctrine et les comportements de quelques T.J., me poussaient à cet appel à l’aide.
Je demandais une aide pour replacer quelques tuiles sur le toit de ma maison, pourquoi sont-ils venus avec de la dynamite ? Pendant de nombreuses minutes la chair de ma chair, mon fils, a été harcelé de questions et de reproches : " un enfant égoïste, petit-bourgeois, rebelle, tyran et méchant envers ses parents ". Quant à moi, j’étais inexistant, dominé, dépressif….J’étais surtout entrain de me dissoudre face à cette énormité, ce cataclysme psycho-religieux. Le dilemme naissait dans mon esprit comme la haine viscérale gagnait mon cœur : " je vais lui mettre mon poing dans la "g..." et les sortir à coups de pompes. "
C’est très dur de passer de l’amour à la " haine " sans comprendre pourquoi. C’est encore plus dur de ne plus savoir comment rassurer son fils et sa femme après la destruction totale de ce qui faisait le support de dix années de notre vie. Passons sur le lendemain où, en mon absence, ce surveillant renouvela sa diatribe et ses observations sur mes capacités psychiques à faire soigner d’urgence. Passons aussi sur les larmes des miens après ce coup de grisou au fond de la mine. Ne passons pas sur le coup de grâce de l’ancien qui affirma avec force que " le surveillant a l’esprit de Dieu, il sait ce qu’il fait, ne peut se tromper, nous le remercierons plus tard de sa visite."


La transition

Nous venions de déménager d’une petite commune proche pour la belle ville de Tours courant décembre 1997. Ce fut là la bonne aubaine pour changer de congrégation. Il semble que dans cette nouvelle congrégation là, les choses se dérouleraient avec plus d’humanité. R eu bonne conscience car notre départ était ainsi justifié géographiquement et ne remettait pas en cause le comportement des responsables de la congrégation précédente, ni sa propre inconsistance à ne pas savoir mentir avec délicatesse.
Question : Comment le surveillant peut-il débouler dans une famille, faire son déballage, concasser le minerai et partir avec le sourire ? Qui lui a parlé de nous ? Qui a orienté son intervention ? On ne peut connaître les gens après 3 minutes de lecture d’une fiche statistique d’activité.
Note : fiche qu’un jour mon fils vis sur la table à l’étude de livre (réunion plus familiale) qui mentionnait en rouge notre insuffisance d’efforts dans la prédication.(le sacro saint porte à porte). Depuis maintenant 18 mois je ne pratique plus le culte de ma religion. Mon fils a laissé tomber depuis plus longtemps et l’amour de ma vie (mon épouse en terme choisi) a continué par épisode à aller aux réunions sans grand enthousiasme, pour ne plus y aller depuis 6 mois. Nous sommes dans ce que je nomme " la transition ". Maintes fois je me suis demandé si cette transition aurait une fin, une solution viable. Qui aujourd’hui peut prétendre reconstituer en moi une foi, une conviction, une confiance qui ont explosées en même temps que l’amour pour Dieu ?
Aimer Dieu cela suppose adhérer sans restriction à son enseignement consigné dans la Bible. Aujourd’hui j’ai la conviction de ne plus faire confiance aux écrits sacrés. Certes, les principes sont élevés, et personne ne peut trouver en eux matière à redire. Toutefois certaines affirmations bibliques sont en contradiction avec les plus élémentaires affirmations scientifiques comme l’ancienneté de la civilisation humaine. Cela heurte mon esprit critique et cartésien d’accepter la seule vérité sacrée que l’humanité a seulement 6000 ans d’existence, ou que du temps de Noé il n’avait jamais eu une goutte de pluie avant le déluge. Mais c’est aussi l’interprétation du Collège Central, souvent revenu sur ses affirmations tranchées, qui balaye certaines certitudes passées. Selon toute vraisemblance, le collège n’est pas infaillible, alors pourquoi affirmer que le berger ne se trompe pas ?


Conseils pratiques et encouragements ?

Cela me fait penser à ces réflexions qui m’ont été faites en décembre 1991. Je venais juste de sortir de clinique après une opération sur les vertèbres lombaires et 15 jours sur le dos sans pouvoir bouger. Du fond de mon lit je revois encore cet ancien (D) prodiguant ses conseils : " Surtout mon frère ne reste pas toute la journée couché au lit, lève toi, va faire un tours dans le quartier, lis ta Bible et prépare les réunions. Tu sais à quel point Satan se sert de ton inactivité pour t’entraîner sur la pente du péché. Ne regardes pas la télévision, ne lis pas autre chose que les publications de la société sinon tu seras tenté par la masturbation, les films pornographiques et les désirs d’adultère. Penses à ta femme, tu ne voudrais pas qu’elle sache que tu songes à la tromper…. "
Que répondre à ces conseils venant de ce qu’il y a de plus élevé dans la hiérarchie avant les anges ? Cloué sur mon lit, je pensais aux efforts inhumains que je devrais faire tout à l’heure au départ du frère pour me hisser à quatre pattes afin d’aller aux toilettes satisfaire une envie naturelle ( abus de thé oblige).Comment ne pas sentir dans mon cœur entrer cette haine sourde, cette révolte ? Pour qui me prenait-il ?De quel droit avait-il superbement jugé et condamné le grabataire devenu que j’étais. A part cela il fallait garder bon moral et songer rapidement à prêcher par téléphone. " penses à la moyenne de la congrégation, rien ne peut t’empêcher de donner le témoignage mon frère. Si tu ne prêches pas au moins une fois par jour c’est la porte ouverte à Satan. "
C’est ainsi que petit à petit se met en place des sentiments diffus et la conviction sourde mais profonde qu’un jour il va falloir dire NON, stop , assez,…Je ne peux concevoir que la religion soit devenu cet imbroglio d’affirmations contradictoires et de points de vue personnels sur les autres. Comment juger et suspecter quelqu’un de tant de noirceur ? A quoi cela sert-il d’être baptisé, serviteur ministériel et d’avoir convaincu ma femme à prendre aussi le baptême ?
Ai-je été à ce point décervelé pour ne pas réagir plus rapidement ? De tout ce que j’ai appris au cours des mois en lisant et étudiant la Bible, jamais il n’a été fait mention qu’un berger puisse prêter des pensées ou des actes aussi vils à autrui . Et si c’était lui qui avait tout cela dans sa tête et qui me le balançait pour exorciser sa peur de fauter ?


Encore un peu s'il vous plait!

A ce stade de la réflexion je me souviens d’un autre moment courant 1994. Je m’étais porté candidat pour être pionnier pendant un mois. L’ancien, le président (P) me fit les recommandations d’usage mais il ne put s’empêcher de rajouter : " es-tu vraiment pur, n’as-tu pas de pensées malsaines à confesser ? Tu sais que le service de pionnier est sacré, tu pourrais freiner l’avancé de la congrégation, être un obstacle à l’action de l’esprit de Dieu." Ce coup de bambou aurait du me faire fuir à grande vitesse et me pousser à tout laisser tomber mais je pensais faire quelque chose de beau pour Dieu, alors j’ai passé mon mois de porte en porte avec un zèle qui se refroidissait à chaque rencontre avec des anciens, si purs eux, si certains de leur ticket gagnant pour le paradis. Moi la dedans je ne valais plus rien. Dieu du haut de son éternité pouvait-il encore me considérer autrement que comme la déchéance suspectée devenue, selon mes conducteurs de foi. Le sentiment de refus commençait à germer dans mon esprit déjà en rébellion. Mais de toute manière rien ne pouvait maintenant être comme avant car je marchais déjà en parallèle avec la société des bien pensants. Ce cheminement se renforçait quand l’exclusion d’un frère ou d’une sœur spirituels était prononcée. Cela advenait pour une cigarette ou parce que le découragement de ne pas se sentir compris les poussaient à se retirer volontairement de la communauté. Cela me révoltait de devoir croiser dans la rue ces " gens du monde ", mes anciens frères de la veille à qui je ne devais plus dire bonjour. Comment agir ainsi après tant d’années communes sans ressentir un grand trouble et la perte de la confiance en Dieu, celle des hommes étant déjà perdue depuis longtemps.


Au nom de Dieu ?

Ainsi de nombreux anciens, nos formateurs et confidents, nous conseillaient : " n’achetez pas de télévision ni de magnétoscope ou de consoles de jeux, c’est l’esprit de Satan que vous faites entrer dans votre maison. Ne cherchez pas à acheter de maison c’est tomber dans le matérialisme. D’ailleurs, ce monde passe, travaillez donc entièrement pour Dieu et vous serez bénis. Ne vous investissez pas dans votre travail profane car seul compte la communauté des frères et la proclamation du royaume . "
Aujourd’hui je constate, avec amertume, que tous ces conseillers sont propriétaires de leur maison à la campagne, possèdent tous une télé, un ordinateur (pour voir la production de la société bien entendu) et vont même voir des films ou louent des cassettes vidéo que je pensais, naïvement, non conforme à la morale des Témoins de Jéhovah. Il y en a même un qui monte une société, mazette ! La désillusion est bien grande et comme dirait mon fiston, c’est affligeant. Tant de sacrifices pour suivre la société Watch Tower et obéir aux anciens : j’ai démissionné 2 fois de contrats à durée indéterminée pour prêcher plus et ne pas manquer les réunions. Ma femme a démissionné de son poste médical pour devenir pionnier permanent pendant 2 ans. Nous avons appris la langue des signes.(Je suis même devenu traducteur pour les sourds et nous allions là où ils avaient besoin de nous).J’ai tout abandonné par amour de la Vérité : L’astronomie, le judo, la musique, et la compagnie des gens du monde (autres que TJ). Dix années de poursuite de ce que je croyais essentiel sont ainsi parties comme une vapeur nocturne dissipée par la chaleur naissante de l’aube (j’aurais voulu être un artiste dit la chanson). Le monde est stone mais ces dix ans de religion sont encore plus stone à cause d’une question qui reste sans réponse : Dieu ! ai-je sacrifié ma vie professionnelle, mes amis, le bonheur de ma famille, pour ne trouver aujourd’hui que le vide laissé par cette religion et ces religieux soit disant plein d’amour qui m’ont abandonné parce que j’ai osé leur dire non ? Depuis maintenant 18 mois j’ai la sensation d’avoir repris un peu du pouvoir sur moi même. En tout cas de me sentir différent, non soumis aux bons apôtres ou guides spirituels à qui je ne dois plus rendre des comptes.
Rien que pour penser cela je suis déjà catalogué aux yeux des anciens comme un rebelle, voir même un apostat. Oser refuser d’avaler en bloc la doctrine et les idées enseignées par le collège central c’est impensable. Ne pas suivre aveuglément les bergers c’est sortir du troupeau et être mangé par le lion rugissant de ce monde. Mais si je dis ça aux gens, alors là c’est la panique chez les brebis et tous vont aller chercher le guetteur pour me coller une balle (bénite sans doute) entre les yeux, au pire prononcer mon exclusion de leur société d’aveugles pour se protéger de la réalité (pas de la vérité car ils en ont le monopole).
Le 30 janvier 1999 nous avons pris la grande décision de déménager vers un coin plus calme. Un choix né du désir de nous créer un cadre de vie meilleur. P, l’ancien responsable de notre nouvelle congrégation, nous promis de s’occuper de tout, d’organiser le transport avec les frères. Pour moi c’était un réel soulagement car j’étais diminué physiquement après l’intervention chirurgicale de l’épaule fin décembre. Cependant il y eu une explosion dans le ciel trop tranquille de nos projets. La société des TJ venait de fixer à ce week-end du 30 janvier la plus grande campagne de distribution de tracts à l’échelon national (Français on vous trompe). "Tu comprendras mon frère que cette distribution est la chose la plus importante à faire. Il vaut mieux reporter à un autre jour ton déménagement. Je te rappellerai plus tard pour te dire ce que j’ai organisé. " All Wright man ! Et mon déménagement, et le camion à réserver, et notre préavis qui se termine le 31 ? Trop c’est trop. Voilà un homme qui donne sa parole, à qui je fais confiance, et maintenant pour un bout de papier il me lâche comme un malpropre. &*ù § & £ $ @de m…..
Il y a quelquefois dans la vie des moments où l’on se demande : " qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ? ". Heureusement d’autres frères, de l’ancienne congrégation eux, se sont engagé de sorte que le petit bout de papier n’a poussé personne là bas à annuler notre rendez-vous. Je constate alors que se sont toujours les moins " gradés " les gens ordinaires qui te viennent en aide tandis que les responsables aux charges si lourdes se défilent.
Maintenant il faudrait accepter d’entendre les même fadaises que débitent ceux qui veulent se trouver des excuses face à leur inconsistance chrétienne, " l’homme est imparfait ". NON ! je dis " assez de faux semblants, l’homme imparfait c’a nous a donné des guerres mondiales et le crime organisé pas très loin de chez nous. Alors NIET, YAME, je ne veux plus vous entendre, VADE RETRO SATANAS. " Mais si je balance ça tout cru alors là je suis excommunié et grillé vif dans les flammes ..(pardon, j’oubliais que l’enfer n’existe pas ). Bon disons que je sème la révolution dans l’assemblée comme le loup qui vient croquer les petits agneaux. Messieurs les anciens tirez les premiers je serai sans armes.


Conclusion partielle

Depuis un certain temps, j’ai navigué sur un site qui me tendait la main. J’ai trouvé là une lumière allumée au fond du web pour me dire : n’aies pas peur, ils ne t’ont pas détruit. Ce moment de découverte sur soi même est toujours important car il suffit de presque rien, un autre cri dans la nuit. Que quelqu’un ose dire NON, pour que l’on comprenne enfin que Dieu n’est pas Témoin de Jéhovah et qu’il ne nous condamne pas comme le font ces hommes. Je ne veux pas de mal aux nombreux TJ pour qui j’ai eu de l’amour, car j’ai trouvé des gens admirables dans les congrégations. C’est l’action de cette minorité de nantis, cette race choisie et dirigeante, qui m’a appris un jour ce qu’était la haine. Je veux seulement que ma famille et moi nous oublions 10 années de sacrifices, de joie et de peine, anéanties par la faute de ces loups entrés dans la bergerie.
Aujourd’hui il ne nous reste plus rien. Pas d’amis dans le monde du travail , "parce qu’il ne fallait pas les fréquenter au nom de Dieu". Plus d’amis (sauf 3 ou 4 rebelles comme nous) dans la religion. Pas d’avancée professionnelle à cause du Royaume…Seul notre fils, celui qui a su dire NON le premier, a pris un bon départ dans les études. L’espoir renaît un peu tout de même .
Que dire à tous ceux qui ont eu à souffrir de l’incompréhension " théocratique " ou par la faute des hommes ? " Continuez de vous battre ". Mon vieux maître en art martial m’a dit un jour : " Seulement l’homme mort ne se relève pas. Celui qui est tombé, si il reste vivant, sait qu’il pourra se relever et continuer la lutte." Voilà ! je veux aujourd’hui reconstruire une vie familiale et sociale à visage humain. Je commence à peine, à grands efforts, à réapprendre le pardon. C’est extrêmement difficile. On peut pardonner à un ennemi, mais jamais on ne pourra sans crainte, serrer dans ses bras un serpent.

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