Témoins de Jéhovah - Témoignage 6
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Le témoignage de C. Ch.

Il n'appartient plus aujourd'hui à la caste jéhoviste. Il raconte les travers sentimentaux et personnels qui existent aussi chez les TJ malgré un forte pression.



Je vais un peu parler de ce que j'ai vécu et que je garde dans un coin tout au fond de moi, tellement au fond que cela ne m'a pas empêché de redevenir TJ à une époque.
L'histoire est bête, comme toutes les histoires humaines, simple, si simple.

Une histoire d'amour qu'on ne commande pas ; ça m'a bouffé à l'intérieur.

J'étais un petit témoin de jéhovah de base, avec ma bible que j'amenais à l'école et que j'allais lire religieusement entre midi et deux dans un square près de mon école. Comme un robot, je n'oubliais pas de faire ma petite prière au début et à la fin de ma lecture.
“Comme un robot, je n'oubliais pas de faire ma prière”
Entouré des quelques arbres du coin, du petit soleil qui pointait son nez de temps en temps, c'était un petit Paradis.
Jamais personne ne venait là. J'avais ma petite pelouse, mes pins et mes chênes pour moi tout seul, et cette impression que Dieu envahissait tout de son regard d'amour.
J'étais un brave pion théocratique. Au début de "l'année théocratique", en Septembre, je rentrais dans une nouvelle congrégation. J'étais sur le territoire du "frère" qui m'avait fait l'étude. Je regagnais l'enclos qui m'étais assigné comme on m'en avait donné le conseil plusieurs fois : "tu fais comme tu veux, mais c'est plus théocratique". "Tu fais comme tu veux, hein, dans 6 mois on t'en reparlera, mais comme tu veux, hein ?"

Dans cette nouvelle congrégation, il y avait une jeune fille belle, très belle ; une histoire de coup de foudre. Bien sûr, dans ce genre de cas soit la fille ne s'interesse pas à vous, soit vous parler avec elle, et elle a un âge mental de gamine de 6 ans, soit elle est tellement coincé que vous fuyez en courant. Mais là manque de bol, elle s'interessait à moi, elle était intelligente, sensible et vivante, quoi. En plus, critère théocratique important, elle était pionnière permanente, rien que çà, elle avait 20 ans, j'en avais 17 an et demi.
Les mois passaient, pas mon amour. Bien sûr, je prêchais avec elle en soirée et comme elle ne m'appréciais pas du tout, nous en arrivions à prêcher 3 à 4 fois par semaine ensemble. Et on parlait de la vie, de la musique (j'étais musicien comme elle), de la "spiritualité", c'étais comme les jolies photos des assemblées avec toute "la famille internationale de frères " qui fait coucou à l'objectif avec l'explosion de couleurs des costumes locaux.

Elle était pas belle la vie, hein ? J'écrivais des poèmes à sa gloire durant mes cours d'électricité, et j'attendais impatiemment la prochaine réunion pour discuter avec elle. Bon Dieu ce que ce type de jeunesse est simpliste et idéaliste. J'avais que ça dans la tête à tel point que je pris la décision d'arrêter l'école pour me mettre en cours par correspondance et prêcher plus avec l'idôle adorée. C'était pas plus compliqué que ça, je prétextais à ma mère comme à tout le monde la fatique et la depréssion, ce qui n'étais pas si faux, l'amour me bouffait toute la place. Comme d'habitude ma mère, une bab-cool avant l'heure, ne s'y opposa pas, comme elle ne s'est jamais opposé à ce que je sois TJ.
L'apothéose fut un soir de prédication ou elle m'accompagnait après la prédication, un soir d'hiver. Pris d'une fougue que je ne me connaissais pas sauf sous l'emprse de l'alcool, je lui demandais si elle envisageait le mariage malgré son service. Elle me dit que cela ne la dérangeait pas, et il y eu un silence de trois malheureuses secondes, ou je voyais dans ces yeux le pétillement de la vie ; je ne baissais pas les yeux pour une fois, pour jouir de cet instant.

Après c'est autre chose.

Les anciens n'avaient pas apprécié que je quitte l'école pour le CNED ; pas bien ! ils aimaient pas ça, les anciens ! Ils avaient aimé mes bons sujets à l'école théocratique, mes réponses à la Tour de Garde, mes bons rapports de prédication, mais ça vraiment, ils n'aimaient pas. D'autant que la jeune fille aussi ne faisait plus trop bien ses heures de service (jéhoviste), parce qu'elle était amoureuse aussi. Le hic, et je ne l'ai compris qu'après, c'est que ce n'était pas de moi, en tout cas pas tout de suite.

A ce stade intervient un jeune ancien d'une trentaine d'années, mignon, type italien, spirituel, dynamique et intelligent, plein d'humour. Nous l'appelerons "Joe".
Joe habitait à côté de chez moi, à 20 mètres, il était gardien d'immeuble. Il était marié, avait deux enfants et comme par hasard était toujours, lui aussi, chez cette jeune fille ou elle chez lui. Mais Joe était marié, deux gosses.
Joe était à ce que je croyais mon meilleur ami, et il avait compris mon amour pour la jeune "soeur". Nous parlions de Julie (puisqu'ici nous lui donnerons ce prénom) car il aimait en parler lui aussi.
Joe a vu que je tombais en dépression. Joe a vu que Julie et moi passions du temps ensemble. Joe a vu que Julie était inquiète pour moi. Le rapport de Julie diminuait en nombre d'heures. Joe devait intervenir, il m'a conseillé de ne pas trop fréquenter Julie car elle était fatiquée. Il a fait passer le même message à Julie. Bien sûr, nous avons obtempéré, Julie plus facilemement que moi ; elle aimait Joe qui le lui rendait bien.

C'est tout bête mais c'est ce qui c'est passé, tellement bête que je voyais s'enfuir mon amour. Elle me disait: "je suis fatiguée, je ne peux pas prêcher avec toi". Mais elle prêchait avec d'autres, elle prêchait même plus qu'avant mais sans moi.
Quand j'étais seul avec Julie, nous parlions si longtemps de Joe ; je n'avais pas compris au départ tellement heureux. Mais quand j'ai vu Joe faire des démonstrations à Julie, l'inviter à manger, alors que moi je restais dans mon coin, j'ai commencé alors à regarder de plus près. Je trouvais triste qu'elle parte, mais j'étais encore assez idiot pour ne pas comprendre qu'il lui était interdit d'être avec moi. Elle passait tout son temps chez Joe et sa femme.
Ce qui était aussi "marrant" c'est que la femme de Joe était ,elle aussi, en dépression, à croire que dans le petit monde de Joe tout le monde était fatigué, à part lui. Il avait une fille, malentendante, qui détestait son père et éventuellement Jéhovah, mais Joe était heureux, tout allait bien pour lui.
Joe avait la foi. Il l'a toujours. Pour ma part, je suivais les conseils de Joe: "offensive spirituelle". Mais comme j'étais déjà à fond, je m'épuisais davantage.
“J'étais maudit de Dieu. Plus je m'investissais, moins mes problèmes s'arrangeaient”
Un midi de février, comme un reflexe, j'ai avalé un tube de Temesta. J'étais maudit de Dieu, plus je m'investissais en lui moins mes problèmes s'arrangeaient. Je cherchais "d'abord le royaume".
Après deux jours aux urgences, je me suis enfui pour aller chez Julie ; cette fois je me disais que j'avais le droit d'aller la voir. Hop ! J'ai fait 10 bornes à pied et j'ai sonné chez elle à 2 heures du matin - elle vivait avec sa mère. J'ai discuté avec elle jusqu'au petit jour, mais j'ai été incapable de parler de mes sentiments. Je suis parti le lendemain. En 4 mois elle m'avait vraiment oublié ; je l'avais senti ce soir là. C'était fini. Je suis parti alors à Carpentras chez mon père à côté du cimetière juif, à recommencer l'école, à essayer de m'insérer, allant de temps en temps à la salle du royaume. J'écrivais des poèmes encore et toujours. Je lui en ai envoyé un et elle a fait de même, un poème où elle me disait que je lui manquais.
Je l'aimais trop ce petit cimetière juif, j'y allais traîner le soir, voir le calme des cyprès et les écureuils.
Je me souviens d'un soir avant ma tentative de suicide, des amis communs (à Julie et à moi) avaient eu la malheureuse idée de nous inviter tous les deux, d'avoir dit que je me sentais maudit de Dieu et qu'il ne me restait plus qu'à être le plus grand adorateur du diable.

En septembre, je suis revenu à Lyon. Est arrivé un provincial, intelligent, spirituel et "mignon", enfin bon vous m'avez compris. Lui aussi a prêché souvent avec Julie. On le voyait souvent chez Joe et chez Julie aussi, même quand sa mère de Julie n'était pas là. Comment je sais ça ? Ben, je faisais des petites virées nocturnes entre l'usine désaffectée, le cimetière de la loyasse et tous les foyers de TJ que je connaissais. Jje les regardais vivre à travers leurs fenêtres. J'aurais pu m'amuser à dénoncer Julie et son provincial aux anciens, parce que ce qu'ils faisaient était interdit mais ne fis rien. Je l'aimais moi aussi.
J'allais à la salle de temps en temps mais je me sauvais parfois après un quart d'heure tant j'étouffais devant cette mélasse. A cette époque je suis allé voir les "frères et soeurs" chez eux, quand il n'était pas trop tard, en hiver, pour voir du monde en dehors des réunions. Ce fut terrible ! Tout le monde savait que j'étais dépressif, je les ennuyais tellement. Alors j'ai arrêté ces visites en continuant toutefois mes tournées de tous les frères du secteur, passant devant leurs fenêtres, sans frapper.
Et puis je suis redevenu TJ, plus tard, J'ai du mal a y croire aujourd'hui. Que n'est-on pas prêt à supporter quand on croit !

Voulez-vous savoir quand et pourquoi notre ami Joe a souffert dans sa vie ? Je vous le donne dans le mille. La petite julie, elle s'est marié avec le provincial que Joe appréciait aussi. Seulement voilà, les jeunes mariés avaient choisi de vivre à l'étranger pour jouer aux missionnaires. Joe, ça l'a déprimé. C'était joli leur amour, à Joe et Julie, et même, j'en suis certain, tout à fait pur et platonique. Joe supportait tous les problèmes de sa vie quand Julie n'était pas loin. Il a dégusté quand elle est partie.
M. Ch.


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