J'avais dix ans quand mes parents sont devenus Témoins de Jéhovah. J'en avais seize quand j'ai annoncé à mon père que je ne croyais plus à toutes ces bêtises (ce qui n'était pas vrai mais je voulais profiter de la vie qui m'appelait si fort). Je passe sur les “tu n'es plus ma fille”, sur les visites intempestives des anciens plusieurs week-end de suite pour essayer de me faire changer d'avis.
Heureusement mes parents se sont souvenus qu'avant de rentrer chez les T. de J., ils nous avaient promis qu'ils n'étaient pas comme les catholiques, qu'ils ne nous forceraient pas à aller aux services religieux. Donc, quitte à être en froid avec les anciens de la congrégation ils ne nous obligèrent pas, moi et mon petit frère, à assister aux réunions. Je les en remercie encore aujourd'hui.
Restèrent avec eux dans la "vérité" mon frère aîné et ma petite sœur.
| “Je passe sur les difficultés à reprendre pied dans le monde” |
Je passe sur les difficultés à reprendre pied dans le monde, à réapprendre à faire confiance à la vie. Heureusement la jeunesse et la générosité des amitiés qu'on se fait à 20 ans m'ont aidée à me reconstruire. Aujourd'hui j'ai 33 ans, j'ai fondé une famille avec un homme “du monde” très bien. Je vis très heureuse. J'ai des relations épisodiques avec mes parents, et inexistantes avec mon frère et ma sœur dans la “vérité”.
Il y a quelques mois j'ai été invitée par ma sœur à son mariage, et j'ai été à nouveau confrontée à toute cette hypocrisie. Il y avait là 165 invités ; la famille comptait 20 personnes et nous n'étions que 4 non T. de J. Nous sommes arrivés directement à la mairie et bien sûr personne ne vint nous saluer ni se présenter hormis les sœurs charnelles du marié qui retournèrent rapidement vers les leurs. Nous ignorions qui étaient les parents du marié. Puis il y eu la réunion que nous avons évitée. Et enfin la soirée. Les mariés ayant du retard, nous attendîmes deux heures dans une salle ou 150 personnes nous ont ignorés. Il arrivèrent enfin et la soirée commença bien entendu par une prière.
Le “chef” de la congrégation qui dirigea toute la soirée pris le micro et invita la famille à s'asseoir à la table centrale. Ce que nous fîmes avec nos parents, mais à notre grande surprise, personne ne vint s'asseoir à côté de nous (la contagion, sans doute...). J'essayai plus tard dans la soirée d'engager la conversation avec le témoin du marié mais lui n'avait nulle envie de me répondre. Avait-il eu des consignes ? Bref, je ne me suis jamais sentie si peu à ma place qu'au mariage de ma propre sœur, sa famille spirituelle ne nous acceptait vraiment pas !
Ma sœur avait visiblement mal au cœur, plusieurs fois elle nous demanda si on regrettait d'être venus. Mais elle ne semblait pas maîtriser grand chose à son propre mariage. Tout était pris en charge par ses "frères et sœurs". Ils l'avaient coiffée, maquillée, avaient préparé le repas, les bouquets, quelques spectacles nuls (elle nous a avoué qu'elle n'était pas pour), faisaient le service, “animaient” la soirée. Les bouteilles de vin furent distribuées avec parcimonie : une pour 8 convives et furent à peine touchées. Très rapidement on vint retirer la notre, les anciens estimant sûrement que nous avions assez bu. Nous réussîmes à en obtenir une autre du marié, mais la aussi elle disparu lors d'un instant d'inattention. Puis le marié lui même ne pu en retrouver car elles avaient été cachées.
Ma sœur émit le vœu de danser avec mon mari qui lui dit ne danser que les slows. Elle du aller négocier trois fois pour obtenir un slow avec son beau-frère, sous les projecteurs. Lorsque nous riions ou discutions un peu fort, nous étions tout de même quatre, des “chutttt” intempestifs nous forçaient au silence. Seuls étaient autorisées les manifestations d'enthousiasme provoqués par leur spectacle.
À dix heures, ma sœur nous avoua qu'elle s'ennuyait ; s'ennuyer le jour de son mariage! À 2 H 00, l'homme au micro annonça la fin des festivités et chacun rentra chez soi.
Heureusement ma sœur nous invita à venir manger le dessert chez sa belle-mère le lendemain. Là, nous fîmes enfin connaissance avec sa belle-famille. Ils furent charmants, nous offrirent à boire, burent avec nous. Ils nous montrèrent un visage vraiment différent de la veille, sans la présence des anciens. Les yeux rougis de ma sœur témoignaient de beaucoup de tristesse. Mais peut-être regrettait-elle simplement que nous fassions partie “du monde”.
| “Je pense avoir dans le “monde” des amis plus valables que beaucoup de T. de J. à cette soirée” |
Mais dans le monde jamais je n'ai été mise à l'écart comme je le fus ce jour là, et je pense avoir dans le “monde” des amis plus valables que beaucoup de T. de J. à cette soirée. En tout cas, ce soir là, nous avons eu un parfait exemple de leur amour du prochain !
Depuis plusieurs années je mets mon entourage en garde contre les T. de J., et il m'est arrivé qu'on me réponde : les T. de J. ne sont pas dangereux, c'est une religion. Si c'est vrai qu'on ne viole pas les enfants dans cette secte
*, on en arrive pas moins à séparer les familles. En tout cas, je ne connais pas une religion qui enlève à un évènement tel que le mariage tout caractère familial. C'est pourquoi je témoigne, car je veux que les gens sachent que les T. de J. sont bien une secte, ils ne sont pas inoffensifs !
Quand à moi, j'espère que le temps me rendra ma sœur ; qu'elle ouvrira enfin les yeux ...
Ndlr 1 : Cette personne termine son témoignage en précisant qu'elle souhaite garder l'anonymat et formule la crainte que celui-ci lui interdise définitivement de retrouver des relations familiales.
* ndlr 2 : Nous devons préciser que des cas de pédophilie dans les rangs des T. de J ont été divulgués. Les faits sont traités le plus secrètement. Vous trouverez des sites (voir notre page Liens - Regards sur le Web) qui traitent de ce problème. À Montpellier, par exemple, des "Anciens" ont été jugés pour non-dénonciation :
“MONTPELLIER, 24 décembre 2000 (Agence France Presse) - Quatre témoins de Jéhovah qui avaient recueilli les aveux d'un pédophile sans le dénoncer, ont été condamnés jeudi à 3.000 francs d'amende par la cour d'appel de Montpellier, a-t-on appris vendredi de source judiciaire.
Le pédophile, témoin de Jéhovah lui aussi, avait été condamné le 27 novembre 1998 à cinq ans de prison ferme dont un avec sursis par le tribunal correctionnel de Béziers (Hérault) pour "agressions sexuelles" sur trois fillettes dont il est l'oncle.
Les quatre témoins de Jéhovah avaient été relaxés. Le parquet avait fait appel Les parents de l'une des enfants, eux aussi témoins de Jéhovah, avaient été condamnés à 3.000 francs d'amende avec sursis pour "non-assistance à personne en danger".
Les faits incriminés avaient eu lieu à Pézenas (Hérault) de 1985 à 1996. Le procès s'était déroulé à huis-clos.”