La naissance des autoroutes de l'information, considérées comme une simple évolution technique par les uns et comme une véritable révolution technologique par les autres, a abouti dans le domaine spécifique des médias à ce que certains appellent un "Bit

L'utilisation d'Internet dans la presse écrite francophone africaine : le cas du Burkina Faso

Mémoire de Diplôme universitaire de recherche (DUR)

 

 

Par Cyriaque Paré

Sous la direction du professeur Annie BART

Université Michel de Montaigne- Bordeaux 3, 1999

 

 

 

INTRODUCTION

PREMIERE PARTIE : REVOLUTION DE L'INFORMATION ET EVOLUTION DU JOURNALISME

CHAPITRE I : L'information en ligne

I. Les journaux en ligne

I.1. Naissance du journal en ligne

I.2. Les objectifs des éditeurs de presse électronique

I.3. Le contenu des journaux en ligne

II. Les enjeux économiques de la cyberpresse

II. 1. Le lectorat de la presse en ligne

II. 2. L'économie de la presse en ligne

CHAPITRE II : Les mutations d'un média

I. Du journal imprimé au journal électronique

I.1. L'apport du multimédia : et l'écrit, et le son, et les images

I. 2. Le journalisme assisté par ordinateur

I.3. Elargir le lectorat et interagir avec le lecteur

I.4. Un nouveau cycle de l'information : le flux continu

II. Identité: menaces sur la profession

II.1. Quand tout le monde devient journaliste

II.2. Des journaux à la carte

II.3. La concurrence des fournisseurs de services

II.4. La crédibilité de l'information en ligne

 

 

 

 

 

DEUXIEME PARTIE : L'APPROPRIATION DES NTIC PAR LES MEDIAS AFRICAINS

CHAPITRE I : La cyberpresse en Afrique francophone

I. Les journaux en ligne

I.1. Les promesses d'une nouvelle technologie

I.2. Gare aux désillusions

II. Les réseaux coopératifs

II.1. Le réseau ARPINET

II.2. Le réseau MEDIAF

II.3.Le réseau "Presse Afrique"

II.4. Les "sites médias"

CHAPITRE II : La presse burkinabè et les NTIC

I. Le paysage médiatique burkinabè

I.1. Les médias dans la société de l'information au Burkina

I.2. Etat des lieux

II. Les professionnels des médias et les NTIC

II.1. Les directeurs de publication et les NTIC

  1. Les ressources des rédactions
  2. Les usages des nouvelles technologies

C. Le discours des directeurs de publication sur Internet

II.2. Les journalistes et les NTIC

  1. Le profil des journalistes
  2. Connaissance et maîtrise des nouvelles technologies par les journalistes
  3. Les discours des journalistes sur Internet

CONCLUSION GENERALE

 

 

 

 

 

 

 

INTRODUCTION

 

 

La révolution de l'information (annoncée par l'intégration des télécommunications, de l'informatique et de l'audiovisuel et la numérisation généralisée des données) est décrite comme porteuse de profonds changements dans beaucoup de secteurs dont celui des médias. Certaines analyses décrivent une grande mutation dans la pratique du métier de journaliste qui intéressera toutes les étapes, de la collecte à la diffusion de l'information en passant par son traitement. Et cela concerne tous les médias, que ce soit l'audiovisuel ou la presse écrite. Une certaine opinion veut même que l'avenir de la presse soit sur Internet au risque de dépérir et de disparaître1. "Prophétie" funèbre déjà entendue lors des avancées techniques antérieures avec l'apparition de la radio et de la télévision.

En effet, l'Internet et les nouveaux réseaux de communication qui le sous-tendent sont décrits comme le paradigme, le vecteur d'un nouvel âge d'or du progrès économique et social. "On nous parle d'une véritable cyberculture, d'une interactivité délicieuse entre l'individu et la machine, mais aussi entre les humains, d'un accès égal de tous à un savoir universel, en passant par-dessus la tête de tous les médiateurs (journalistes corrompus, mandarins imbéciles, experts imbus de leur compétence)" note Lucien Sfez2. Il rappelle au passage les discours tenus dans les années 60 sur la télévision perçue comme "l'avènement du village global", où "la communauté retrouvée grâce au petit écran, réduirait les menaces de guerre, comblerait le fossé entre militaires et civils et susciterait la progression, à grands pas, de tous les territoires non industrialisés comme la Chine, l'Inde et l'Afrique"3. Dans les années 80, le magnétoscope, le Minitel, le câble ont été salués comme la culture à la portée de tous. Et aujourd'hui, c'est l'Internet qui est décrit comme source, et même condition, de tous les progrès, pour tous les pays.

Les discours plus ou moins utopiques des chercheurs sur les vertus des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC)4 ont rapidement été relayés par les acteurs du monde politique et de la société civile. Ainsi, en Afrique, un document censé servir de référence pour les politiques nationales des pays membres de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) en matière de NTIC a été élaboré par la Commission économique pour l'Afrique (CEA). Dans ce document dénommé "Initiative société africaine à l'ère de l'information" (AISI de son sigle anglophone), la conférence des ministres de la CEA se dit convaincue que "l'édification de la société africaine à l'ère de l'information aidera l'Afrique à accélérer l'exécution de ses plans de développements, à stimuler la croissance et à créer de nouvelles chances en matière d'éducation, de commerce, de soins de santé, d'emplois et de sécurité alimentaire, ce qui contribuerait à propulser les pays africains en avant dans le domaine du développement et à élever leur niveau de vie…"1.

Dans les discours euphoriques sur les prouesses réalisables par les NTIC, aucun domaine n'est oublié et Internet est ainsi présenté comme la solution à la plupart des handicaps de la presse africaine. Réunis à Dakar en juillet 1997 à l'occasion d'un séminaire organisé par l'Institut PANOS et l'Agence panafricaine d'information (PANA) autour de l'interrogation "Internet, une chance pour les médias et la démocratie en Afrique ?", une cinquantaine de professionnels des médias africains et de chercheurs et universitaires avaient répondu par l'affirmative2.

L'Internet est d'autant plus facilement apparu comme la solution-miracle aux problèmes de la presse africaine que celle-ci connaissait une nouvelle crise de croissance qui décimait un grand nombre de titres apparus au début des années 90 avec les processus de démocratisation et le retour du pluralisme3. Au Burkina Faso par exemple, en 1993, près de 130 titres de journaux avaient été déclarés officiellement : en 1998, cinq ans après, seule une vingtaine paraissait effectivement et régulièrement ; étant entendu que beaucoup de titres ont connu une existence éphémère ou sont restés à l'état de projets1.

Les difficultés auxquelles est confrontée la nouvelle presse africaine sont, entre autres :

- la précarité financière (faible lectorat et maigres revenus publicitaires) ;

Alors, à l'instar de l'Institut PANOS qui a organisé le séminaire de Dakar, beaucoup d'organisations non gouvernementales ou intergouvernementales (Agence de la Francophonie) ont initié des programmes pour aider les médias africains à s'approprier rapidement le nouvel outil pour résoudre les contraintes (économiques, financières, politiques, etc.) à leur épanouissement.

A l'appui des nombreux analyses et programmes optimistes, il y a le développement fulgurant des nouvelles technologies même qui, en quelques années, ont accrédité la thèse d'une nouvelle et vraie révolution technologique, d'une révolution de l'information. Alors que des technologies antérieures ont connu une expansion plus timide, l'Internet a envahi en quelques années presque tous les pays et tous les secteurs d'activité. En 1992, l'Afrique du sud, la Tunisie et l'Egypte étaient les seuls pays africains connectés de façon interactive, en juillet 1999, 51 des 54 pays et territoires africains avaient un accès complet à l'Internet ; seuls le Congo, l'Erythrée et la Somalie n'en avaient pas2. D'une manière générale, la presse en ligne enregistre une audience quasi exponentielle à en croire les enquêtes régulièrement publiées dans les médias3.

Notre objectif, au cours de cette étude qui se situe dans le cadre d'une initiation à la recherche universitaire, est d'aller au-delà des discours et des projets institutionnels pour constater la réalité de l'appropriation et de l'impact des nouvelles technologies de l'information et de la communication dans la presse écrite d'un pays africain francophone. Bien que l'introduction d'Internet dans les pays africains soit récente, ce champ de recherche n'est pas vierge, même si l'on constate que la plupart des études sont commanditées par des institutions étrangères au cadre universitaire, à des fins programmatiques. On note ainsi qu'en moins de deux ans, quatre projets d'envergure sous-régionale ont été initiés pour aider les médias à s'approprier les NTIC1.

Nous avons choisi le cadre francophone parce que beaucoup, sinon la quasi-totalité des initiatives de promotion des nouvelles technologies ce l'information et de la communication ont une dimension régionale et/ou respectent le découpage linguistique francophone dans leur exécution. Elles sont aussi l'œuvre d'institutions internationales ou de coopération multilatérale comme l'agence de la Francophonie, la Banque mondiale, l'Institut Panos, etc.

Il est peut-être prématuré de faire le bilan de ces différentes initiatives mais nous pensons qu'elles offrent un prétexte intéressant à une recherche universitaire sur les médias. Notre travail se veut donc une modeste contribution à l'éclairage de ce champ de recherche. Il s'insère à la suite de ceux qui ont déjà eu lieu sur l'évolution des médias et précisément sur les changements introduits par Internet dans les médias en général et dans la pratique du métier de journaliste en particulier (collecte traitement et diffusion de l'information). Nous insisterons donc sur l'analyse des structures, sans occulter les autres segments de la trilogie (structures - contenus - publics) car les NTIC sont censées révolutionner toute la chaîne de la communication, l'émission, le transport et la réception du message.

Notre problématique est de savoir comment les professionnels des médias francophones africains et précisément ceux de la presse écrite s'approprient les nouvelles technologies de l'information et de la communication dans leur travail quotidien pour améliorer le contenu du support traditionnel, le journal imprimé, et pour constituer une nouvelle offre d'informations sur le réseau Internet.

Les questions fondamentales que nous nous posons sont les suivantes :

- Les principaux acteurs des médias que sont les journalistes sont-ils prêts à s'approprier Internet et qu'attendent-ils de cette nouvelle technologie ?

- L'Internet peut-il aider les journaux africains à améliorer leur rentabilité financière (ce qui est leur principale condition de survie) ?

- Au-delà des discours officiels, quelle est l'efficacité des programmes de promotion d'Internet dans la presse africaine ?

Nous inscrivons notre recherche donc dans une perspective systémique qui, pensons-nous, est la mieux adaptée pour appréhender l'impact d'une technologie qui a l'ambition d'embrasser tous les secteurs de la société et qui bien entendu, subira en retour l'influence des acteurs sociaux qui se l'approprieront. Car les conditions sociologiques, économiques, politiques qui présideront à l'implantation des nouvelles technologies vont certainement conditionner leur réussite.

Nous partons de l'hypothèse qu'au-delà de l'effet de mode, Internet est effectivement et incontestablement un outil qui peut améliorer et même redynamiser la presse écrite. Mais il faut sans doute lui garder sa juste mesure. Internet, pensons-nous, ne fera pas de miracle même si le phénomène dépasse le degré de simple évolution dans les moyens de communication pour atteindre celui de révolution de l'information conduisant, annonce-t-on vers une société de l'information. En effet, même dans les pays européens qui ont une longueur d'avance dans le domaine, la rentabilité financière de la presse en ligne reste encore à démontrer. Et ce ne sont pas seulement les tâtonnements du début qui sont le seul frein à cette rentabilité. Ce qui n'empêche pas les journaux, par prudence ou par prestige, d'élaborer des versions électroniques plus ou moins réussies.

Pour ce qui s'agit précisément des pays africains, nous pensons que les investissements que nécessite la technologie Internet pèseront très lourds sur le budget des journaux pour être supportables à court ou même à moyen terme. Les multiples initiatives de promotion d'Internet (avec l'aide à l'équipement parfois) sont les bienvenues mais ne sauraient suffire : les coûts en personnels qualifiés pour l'animation des sites, les coûts de maintenance et de renouvellement des équipements, les frais de communication sont tels que l'on risque de créer d'autres "éléphants blancs" : le retour sur investissement est hypothétique aujourd'hui et le restera pendant encore longtemps avec pour conséquences que les bénéficiaires des programmes se détourneront de ces nouvelles technologies, une fois les bailleurs repartis.

Par ailleurs, les difficultés d'appropriation de l'outil informatique même ne sont pas insignifiantes : on note ainsi que des années après l'apparition de la machine à écrire et mieux de l'ordinateur, plus de 90% des journalistes burkinabè par exemple, continuent d'écrire leurs articles à la main. Et cela est valable pour la plupart des pays francophones africains. Certes, il y a une difficulté économique d'accès à l'outil informatique mais il y a aussi des difficultés culturelles (?) car l'on a noté que dans certaines administrations, le seul ordinateur du service sert d'objet de décoration du bureau du directeur. S'il n'y pas qu'en Afrique où l'on rencontre les journalistes rétifs à l'ordinateur, ils constituent encore la population majoritaire de la profession.

Au regard du taux de pénétration de l'ordinateur et du téléphone dans les sociétés africaines, la presse en ligne peut en retour comporter un risque d'extraversion de l'information en ligne qui sera quasi exclusivement dirigée vers des consommateurs extérieurs. On aura alors ainsi agrandi, comme on le répète de plus en plus, le fossé entre les "infopauvres" et les "inforiches" non seulement du Nord vers le Sud mais surtout au Sud même. Ce qui érode sérieusement le rêve de démocratisation de l'information par Internet.

La méthodologie que nous avons adoptée pour mener cette recherche repose deux axes :

- d'une part, la recherche documentaire (ouvrages, rapports, périodiques, études spécialisées, sites web d'informations généralistes et d'informations spécialisées sur les NTIC, etc.) et des entretiens exploratoires (auprès de journalistes, responsables de programmes et autres personnes-ressources) sur l'état et les enjeux de la révolution de l'information pour la presse écrite en général et pour celle des pays africains francophones en particulier ;

Notre étude se divise ainsi en deux parties. La première sera consacrée au phénomène de l'information en ligne en général, sa naissance, son évolution et ses enjeux aujourd'hui pour les médias. La seconde traitera du cas spécifique de la presse burkinabè, dans un cadre élargi aux pays africains francophones africains.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PREMIERE PARTIE

REVOLUTION DE L'INFORMATION ET EVOLUTION DU JOURNALISME

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La révolution de l'information a créé dans le domaine spécifique des médias un bouleversement des repères, avec la convergence de l'écrit, du son et de l'image. Comme l'explique Ignacio Ramonet1, s'il existait jusqu'à présent trois systèmes de signes (le texte de l'écrit, le son de la parole, et l'image), la révolution numérique a pour principal effet de faire à nouveau converger les différents systèmes de signes vers un système unique où le texte, le son et l'image peuvent s'exprimer en bits. Ce que l'on appelle multimédia " modifie profondément la profession journalistique parce qu'il n'y a plus de dissemblances entre le système textuel, le système sonore et le système imagé" dit-il.

La convergence des supports médiatiques modifie les principes traditionnels d'exercice du métier de journaliste ; qu'il s'agisse des techniques de recherche, de traitement et de diffusion de l'information ou encore des rapports qu'entretient le journaliste avec ses lecteurs. Parce qu'avec Internet, qui préfigure les autoroutes de l'information, c'est une gigantesque banque de données à la disposition de tout internaute qui peut aller chercher directement l'information brute sans passer par le journaliste2, ou encore l'interpeller directement sur ce qu'il a écrit, grâce à l'interactivité du courrier électronique.

Ce serait même à un changement de logique que l'on assiste selon Joël de Rosnay. D'une logique de diffusion telle que pratiquée dans les médias traditionnels avec l'exemple typique de la télévision (articulée sur une pyramide où quelques-uns définissent les programmes et les diffusent à la majorité), on serait en train de passer, sur les réseaux, à une logique de navigation. "On navigue sur un océan d'informations et on fait des transactions"3.

Si la migration de la presse du support papier vers le cyberespace s'effectue à un rythme quasi frénétique, les contours de ce nouveau journalisme - cyberjournalisme ou journalisme multimédia - restent encore flous. Sur les autoroutes de l'information, le produit "information" est à la recherche de ses marques (éditoriale et économique) et le journaliste en quête d'une nouvelle identité, ou tout au moins d'un nouveau statut, de nouvelles règles d'exercice de son métier.

Dans cette première partie, nous tenterons d'analyser d'abord la naissance et les enjeux économiques des journaux en ligne (chapitre I) et ensuite les mutations que connaissent le journal et les journalistes en passant du papier au cyberespace (chapitre II).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE I

L'information en ligne

Les études sur l'audience des sites d'informations peuvent être considérées comme encore fragmentaires. Néanmoins, elles sont de plus en plus nombreuses et témoignent chaque fois d'une croissance presque exponentielle des lecteurs de ces journaux en ligne ; journaux qui suivent eux-mêmes un rythme de multiplication quasi exponentielle.

En décembre 1996 par exemple, on dénombrait 2000 publications tous genres confondus1 (sans les sites des médias audiovisuels), qui proliféraient sur le web. Au 15 juin dernier, sur le site du "Magazine suisse d'infos et de services", Webdo, qui se fait fort de "traquer" toute publication sur le web, on relevait 6105 journaux2. Dans le secteur audiovisuel, la communauté des radios web compterait 2070 stations appartenant à une centaine de pays3 ; au point qu'il y aurait plus de stations de radio sur Internet que sur les ondes traditionnelles4.

Quant à l'audience des médias en ligne, on note par exemple que le nombre d'Américains à s'informer par Internet est passé de 4% en 1995 à 20% en janvier 1999, rapporte l'hebdomadaire Courrier International qui conclut que "même si les supports traditionnels demeurent les principales sources d'information outre-Atlantique, le Net a fait une percée remarquée au point d'amener les annonceurs à se tourner vers les sites d'information pour promouvoir les produits"5. Le cas américain n'est certes pas généralisable à l'ensemble du réseau mais il traduit sans doute la tendance, car les Etats-Unis ont presque toujours joué un rôle pionnier dans le développement du réseau.

Beaucoup d'observateurs des médias soulignent également cette importance de plus en plus grande des sites d'informations en ligne, allant même jusqu'à affirmer que,

"l'avenir du journalisme est désormais digital" car le cyberjournalisme qui naît de cette convergence de plusieurs médias traditionnels "incarne une percée historique dans le développement du journalisme"6.

Certains "cybereuphoriques" tiennent des discours encore plus enthousiastes sur les promesses du numérique et proclament la mort annoncée des médias actuels et principalement des journaux imprimés. "A terme, il est clair que les journaux imprimés sont voués à perdre du terrain et que la presse électronique offre, elle, des perpectives de croissance quasi illimitée"1. Prophétie stérile ? Peut-être pas, même s'il faut la nuancer très fortement.

La réalité de la presse en ligne est encore faite de beaucoup de tâtonnements. Les "cyberjournaux" sont toujours à la recherche de la formule qui fera recette sur le Net. Car jusqu'à présent, l'économie de la presse en ligne fonctionne essentiellement à fonds perdus. Avec même parfois la réticence des journalistes "traditionnels" qui ne sont pas enthousiasmés par ces nouvelles règles du métier qui les obligent à descendre de la position magistrale2 qu'ils occupaient jusqu'ici pour répondre à un lectorat de plus en plus exigeant sur la qualité de l'information qui lui est servie ; même s'il n'est pas toujours prêt à payer le prix de cette qualité.

La voie qui mène à la rentabilité est certainement encore longue pour la presse en ligne et elle sera la suite logique d'un processus vieux de plusieurs décennies car l'idée du journal électronique ne date pas de la popularisation d'Internet (qui est censé préfigurer les autoroutes de l'information) depuis le milieu des années 90.

Dans ce chapitre, nous essayerons de remonter le cours de l'histoire de la création de la presse électronique ; avant de nous intéresser au contenu des "cyberjournaux" et surtout aux objectifs, essentiellement économiques, des promoteurs de cette nouvelle presse.

I. Les journaux en ligne

Des trois médias traditionnels - radio, télévision et presse écrite- cette dernière est celui qui semble le plus fécond en matière d'initiatives sur Internet. Serge Guérin note ainsi que "paradoxalement c'est la presse et le livre, ces médias antiques, qui font preuve de la plus grande alacrité face aux nouvelles techniques de diffusion et de présentation de l'imaginaire. (…) Loin de tuer l'écrit, l'apparition du multimédia et d'Internet semble lui donner une seconde jeunesse"1. En somme, avec les nouvelles technologies de l'information et de la communication, on assiste comme à une revanche de Gutenberg sur Marconi, de l'écrit sur l'audiovisuel.

Les principaux acteurs de la presse écrite semblent mesurer tous les enjeux et les nouvelles occasions que leur offre le multimédia. Ainsi, le 52è congrès de l'Association mondiale des journaux (13 - 16 juin 1999 à Zurich, Suisse), qui a réuni un millier d'éditeurs et de rédacteurs en chef, a conclu que si " les organes de presse abordent l'Internet de manière différente pour le traitement de l'information (…), ce nouveau support de diffusion est dorénavant incontournable". Après s'être inquiétés d'une possible concurrence avec le support papier, "les éditeurs s'accordent à dire que l'Internet est un moyen d'approcher une cible autre que les consommateurs de journaux papier"2. Au point qu'aux Etats-Unis, les sites web se construisent et se maintiennent aux dépens des salles de rédaction de la version papier, avec une réduction des budgets éditoriaux et des mises à pied3.

Tout cela se déroule alors même que la cible que vise la presse électronique reste encore très volatile, et que le positionnement de la presse dans ce nouvel espace souffre encore de beaucoup de tâtonnements.

L'offensive de la presse écrite sur Internet, qui est néanmoins incontestable aujourd'hui, est certainement la suite logique d'un processus commencé plusieurs décennies plus tôt avec les premières expériences d'informations électroniques en Grande Bretagne dans les années 70.

 

 

I.1. Naissance du journal en ligne

En 1971, la Poste britannique avait commencé à travailler sur un service d'information électronique nommé Prestel. Il est lancé huit ans plus tard, "dans un feu d'artifices de prévisions euphoriques" souligne Andy Beckett1. Prestel fournissait des informations et des renseignements électroniques, de même que des services comme la banque à domicile ou la réservation de billets d'avion, tous reliés à des terminaux spéciaux.

Prestel était censé "transformer le paysage médiatique de la Grande Bretagne". Mais en 1986, seulement 65 000 personnes avaient acheté les coûteux terminaux qui donnaient accès à ses services et souscrit un abonnement. Seul un abonné sur dix l'utilisait à son domicile et malgré son succès auprès des agences de voyage, il n'était toujours pas rentabilisé. En décembre 1993, British Telecom a décidé de l'abandonner, alors qu'il ne comptait plus que 30 000 utilisateurs2.

L'invention du Minitel en France en 1972 donnera un nouveau souffle au projet du journal électronique. En 1984, Libération en fait une petite démonstration en la matière en utilisant le Minitel pour donner le palmarès des Jeux Olympiques de Los Angeles, et ce après l'heure d'impression de son édition du lendemain3.

La première expérience de journal électronique véritable est celle du quotidien local américain San Jose Mercury News qui a lancé en 1993 une version électronique, le Mercury Center4. Depuis lors, le mouvement est allé très vite. Si en 1994, on comptait toujours sur les doigts de la main le nombre de journaux passés à la diffusion en ligne, le magazine suisse Webdo en dénombrait plus de 6000 au 15 juin 19995.

Dans le monde francophone précisément, Serge Guérin écrit que "dans un premier temps, la presse française a regardé avec intérêt le développement des réseaux en ligne et les expériences menées par les journaux anglo-saxons. Puis dès le début de 1995, plusieurs titres ont sauté le pas, de Libération au Soir de Bruxelles, des Dernières Nouvelles d'Alsace à l'Hebdo suisse. Depuis, le mouvement s'accélère même s'il y a souvent un important décalage entre les effets d'annonce et la réalité. Mais du site de Monde Diplomatique à celui de l'Express, en passant par l'étonnante expérience de Cybersphère1, certaines expérimentations de journaux en ligne ouvrent des perspectives passionnantes"2. Face aux perspectives économiques encore vagues de la presse en ligne, la plupart des éditeurs vont sur le Net dans une stratégie de prudent positionnement, par peur de rater une occasion.

 

 

I.2. Les objectifs des éditeurs de presse électronique

L'explosion des journaux en ligne a coïncidé avec une certaine crise des médias en général ; crise économique et crise de crédibilité3. Aux Etats-Unis, entre 1970 et 1997, le pourcentage des lecteurs d'un quotidien est passé de 78% à 59% ; et entre 1993 et 1998, la part de ceux qui regardaient régulièrement un journal télévisé du soir a fléchi de 60% à 38%. Tendance similaire en France où le journal télévisé (qui reste le mode d'information le plus populaire, devant la radio et la presse écrite) de TF1 est passé de 13 millions de spectateurs à la fin des années 70 à 8,6 millions, soit 16,3% ; pendant que celui de France 2 qui mobilise 4,9 millions de spectateurs a une audience de 9,5%4.

"La presse écrite s'est essentiellement tournée vers Internet pour échapper à l'érosion de sa base publicitaire lucrative (…)" conclut David SHAW du Los Angeles Times5. Car l'une des principales conséquences de la baisse de l'audience des médias est la baisse de ses recettes publicitaires, rappelons-le. Une baisse constatée et reconnue par la Fédération internationale des éditeurs de journaux6.

La mise en ligne, en affranchissant des contraintes de distance et même de disponibilité, devrait permettre d'élargir le bassin du lectorat en touchant un public, qu'il soit celui de la diaspora ou celui de la communauté de langue (francophone, anglophone, etc.). L'objectif final étant de " vendre" ce lectorat à des annonceurs.

En attendant que les retombées financières de la presse électronique soient effectives, ce qui est loin d'être le cas pour la plupart des sites d'informations (cf. infra) aujourd'hui, Internet sert surtout de lieu d'affichage pour beaucoup de journaux papier. La version électronique se traduit ainsi par quelques pages quasi statiques : le logo et l'adresse du journal avec ou sans quelques pages d'informations qui sont irrégulièrement mises à jour.

Moins que la volonté de participer au développement d'un nouveau média ou de rester concurrentiel, c'est plutôt "la peur de ne pas y être alors que les autres y sont"1 qui s'exprime alors. On le constate surtout avec les versions électroniques des journaux africains comme nous le verrons plus loin.

Mais de plus en plus, cette conception minimaliste du journal électronique disparaît pour faire place à des produits qui exploitent réellement les atouts du multimédia, avec la mise en ligne de textes illustrés d'éléments sonores et visuels.

Certains sites, les "webmédias" sont carrément nés sur le Internet, sans avoir eu de version imprimée. La presse écrite a montré le chemin avec des expériences comme Salon (www.salonmagazine.com) ou même le Drudge Report (www.drudgereport.com qui malgré son style scabreux a fait le succès du genre) aux Etats-Unis, Chronic'art, Magnet ou le Journal du Net en France, etc. L'audiovisuel a vite emboîté le pas et par exemple, près de 200 radios seraient uniquement diffusées sur le Web. Qu'il s'agisse des "webzines" pour la presse écrite, des "webradios" ou des "webTV", ils sont de plus en plus nombreux et se veulent porteurs d'une "pensée alternative" en matière de presse sur les autoroutes de l'information2.

 

 

I.3. Le contenu des journaux en ligne

La presse " n'a rien compris à la révolution informatique. Depuis trois ans, les grands

quotidiens britanniques et américains (tels que Times, le Telegraph et LA Times) investissent massivement dans les éditions électroniques. Dans leur esprit, Internet ne représente rien de plus qu'une nouvelle forme d'impression, un complément du papier, commettant exactement la même erreur que Gutenberg, qui ne voyait dans l'imprimerie qu'un moyen de produire des manuscrits illustrés de qualité supérieure"3.

Ce jugement quelque peu sévère caractérise bien le contenu éditorial qui a été ou qui est celui de beaucoup de "cyberjournaux" qui ont été conçus juste comme un prolongement du journal papier et non comme un support médiatique total. Une étude, publiée en février 1997, a montré ainsi que 68% des journaux en ligne puisent au moins 80% de leur contenu dans la version imprimée1.

Mais si les premières versions de journal en ligne ont déçu, il y a eu rapidement des changements notables. Au point que l'on distingue déjà trois générations d'informations en ligne : la première génération a vu apparaître les nouvelles offertes par l'intermédiaire des services en ligne comme Compuserve et America On Line (qui a hébergé le pionnier de la presse en ligne, le San Jose Mercury News), la deuxième a donné lieu à une explosion de sites exploités par des médias traditionnels (le journal électronique, pure version du journal imprimé pour la presse écrite) et une troisième génération, qui fait appel aujourd'hui à la "technologie de poussée" ou de "pression" (cf. infra chapitre II)2 où les informations sont sélectionnées et envoyées au lecteur conformément à ses centres d'intérêt qui auront été préalablement déterminés.

Les cyberjournaux les plus attrayants aujourd'hui sont ceux qui, en plus des atouts du multimédia (éléments sonores et visuels) proposent à leurs clients des contenus variés : accès (gratuit ou payant) aux archives, informations locales (pour toucher les lecteurs expatriés qui constituent aujourd'hui la frange la plus dynamique des lecteurs de beaucoup médias en ligne), informations à forte valeur ajoutée comme les informations boursières et toutes les autres informations économiques (exemples de Les Echos (www.lesechos.fr/) en France ou du Wall Street Journal (www.wsj.com/) qui passe pour être l'une des meilleures réussites de site d'informations). A ces services s'ajoute la possibilité offerte aux lecteurs de débattre avec les journalistes de la rédaction grâce aux "vertus" de l'interactivité.

Une tendance notable, dans l'évolution des sites d'information en ligne, est celle de la "syndication", la constitution de groupement d'intérêt ou plusieurs journaux se réunissent sur un site unique à partir duquel on peut avoir accès aux services des différents membres. Le New Century Network créé en octobre 1995 par huit grands groupes de presse américains (possédant plus de 200 quotidiens) en est un des premiers exemples1. Le "Web 66"2 constitué en France par quinze titres de la presse quotidienne régionale pour commercialiser l'ensemble de leur espace publicitaire en est un autre exemple.

Ces diverses initiatives, plus ou moins bien inspirées, traduisent la volonté des éditeurs de presse en ligne de mettre à profit les nouvelles occasions promises par la révolution de l'information, de faire de la cyberpresse une activité réellement rentable. Une bataille qui est loin d'être gagnée car les deux principales conditions que cela requiert à notre avis, l'audience et les recettes financières de l'information en ligne, restent encore à connaître et à maîtriser.

 

 

II. Les enjeux économiques de la cyberpresse

L'une des raisons qui conduisent la presse écrite sur le Net, rappelons-le, c'est la lutte contre l'érosion de sa base publicitaire lucrative, érosion qui est elle-même un contrecoup de la baisse du lectorat.

Citant le rapport commandé par le gouvernement français sur la presse écrite française et le multimédia on line à Jean-Charles Bourdier, Pascal Fortin écrit que "la bataille autour des autoroutes de l'information, passera d'abord par la conquête des autoroutes de la publicité. Dans un modèle économique qui tend de plus en plus à fonctionner sur la diffusion et la mise à disposition gratuite de l'information et des services, l'enjeu demeure plus que jamais la maîtrise du marché publicitaire et des services en ligne sur lesquels une partie de plus en plus importante de la publicité va se reporter".

Or, affirme Bourdier, la presse écrite est loin d'être la mieux placée pour contrôler les nouveaux médias. Littéralement prise en tenaille par les conséquences d'une forte érosion de son lectorat et une baisse constante de ses parts de marché publicitaire, elle ne peut, comme cela s'est fait outre Atlantique, dégager d'importants moyens financiers pour investir sur un marché où les retours sont inexistants dans l'état actuel des choses"1.

Conquérir une large audience pour reconquérir ses parts de marchés publicitaires est donc le mot d'ordre qui résume les enjeux économiques de la révolution de l'information pour la presse écrite en ligne.

 

II. 1. Le lectorat de la presse en ligne

Les techniques de mesure d'audience des sites Internet se font de plus en plus précises grâce à la mise au point de nouveaux outils (le système de mesure de Media Metrix par exemple)1. Mais les chiffres et les données socio-démographiques du cyberlecteur restent encore parcellaires et parfois très fluctuants d'une enquête à l'autre ; sans doute en rapport avec l'évolution générale du réseau Internet qui enregistre parfois des taux de croissance quasi exponentielles pour certaines de ses applications ; plus de 1700% en 1994 par exemple pour World Wide Web2.

Il faut d'abord préciser que tous les internautes ne sont pas des lecteurs d'informations en ligne. Une étude du Media Studies Center3 révèle que 75% de ceux qui ont répondu à une enquête sur le sujet n'utilisent jamais Internet ou les services en ligne pour obtenir leurs nouvelles, 8% le font moins d'une fois par semaine, 5% plusieurs fois par semaine et 7% tous les jours4. Par contre l'étude de Bourdier5 réalisée sur le cas français en mai 1998 indique que l'information est "une fonction prioritaire" sur le web. L'information générale arriverait ainsi en deuxième position après les moteurs de recherche et devant l'information service.

Une conclusion que l'on peut en tirer c'est que le comportement des internautes varie d'un pays à l'autre ; ce qui n'est somme toute pas extraordinaire. Quant à la population de ceux qui s'informent par la cyberpresse, les estimations disponibles, celles des Etats-Unis notamment, disent que 21% des Américains qui sont connectés ne s'informent que par le biais d'Internet, délaissant tous les autres médias6.

L'audience des sites est bien sûr très variable7 et elle est très souvent fonction de la notoriété du journal imprimé. Le Petit Bouquet (www.le-petit-bouquet.com), un webzine qui se présente comme "le premier quotidien électronique francophone " déclare 40 000 abonnés, "essentiellement des expatriés, plutôt aisés qui consultent le journal au travail" alors qu'en France, il aurait "un lectorat plus jeune, peut-être plus branché"8.

La conclusion commune à la plupart des enquêtes réalisées jusqu'ici, c'est qu'une proportion très importante des cyberlecteurs se connectent à partir de l'étranger. Une étude sur 950 quotidiens américains dit que le lectorat des journaux électroniques s'élèverait à 11% du tirage de la version papier, et la moitié des lecteurs en ligne habiteraient en dehors de la zone de diffusion du journal visité, alors que l'autre serait constituée d'abonnés qui souhaitent consulter des archives ou obtenir des informations complémentaires1.

L'enquête de Bourdier réalisée en mai 1998 sur 4600 utilisateurs révèle que le cyberlecteur est "plus masculin, jeune, diplômé et international". On retient également du comportement du cyberlecteur qu'il recherche 50% d'informations précises et 50% d'informations générales. Il préfère les sites portails où il peut consulter plusieurs titres. Il consulte en moyenne quatre pages par connexion sur un site2. Précision importante recueillie lors de cette enquête, la gratuité de l'information est plébiscitée par les internautes : 70% d'entre eux préfèrent ainsi disposer d'une information gratuite financée par la publicité tandis que 25% seulement sont favorables à un mélange de financement par le public et la publicité. L'échec du Monde (qui, après avoir institué un accès payant à son site en 1997 a dû revenir en arrière) le confirme3. Mais cette conclusion n'est sans doute pas radicale car le Wall Street Journal passe pour être une réussite financière en matière de presse électronique : il comptait cent mille abonnés en 1998 à qui il facturait l'abonnement annuel 49 dollars4. La meilleure formule pour faire fructifier les sites d'informations en ligne est certainement encore à chercher car c'est sur elle que reposera l'économie de la presse électronique, et donc la viabilité de la presse en ligne.

 

 

 

 

II. 2. L'économie de la presse en ligne

"Selon le premier principe économique de la Webonomics (économie de la Toile), les consommateurs ne sont pas prêts à s'acquitter d'une redevance pour accéder à l'Internet ; seule la promotion commerciale pourra assurer sa maintenance"5. Cette autre conclusion du journaliste italien Riccardo Stagliano qui a analysé les aspects financiers du Net vient préciser le comportement des consommateurs et leur préférence pour l'information gratuite. Les rares journaux comme le Wall Street Journal qui réussissent à vendre de l'information seraient des exceptions par rapport au nombre élevé de ceux qui comme Le Monde ont abandonné la formule de l'information facturée ou l'ont simplement évitée. Et dans le cas de l'information facturée, il s'agit généralement d'une information à très haute valeur ajoutée ; ce qui exclut la majorité des journaux qui font plutôt de l'information généraliste.

Les stratégies économiques susceptibles d'assurer le financement et la rentabilité des sites misent essentiellement sur le partenariat avec d'autres acteurs économiques pour diversifier les produits et sur l'association ou la constitution de bouquets. Ainsi, que ce soit à travers la "syndication" ou les Groupements d'intérêt économique, les journaux en ligne gagneraient à s'unir sur des critères géographiques (journaux d'une même région par exemple) ou thématiques (journaux traitant d'un thème commun)1. L'objectif étant d'attirer le maximum de publicité en fonction de l'espace géographique ou de la thématique. Si les ressources publicitaires n'ont représenté que 120 millions de francs pour l'ensemble du web français en 1998, Alain Giraudo, PDG du Monde Interactif espère le triplement des recettes en 19992.

Mais pour pouvoir faire des recettes sur les autoroutes de l'information, il faut y être véritablement, et cela n'est pas donné à tous les journaux. Beaucoup de difficultés freinent encore l'élan des journaux sur les réseaux électroniques. Pour le cas français qui est très révélateur d'une telle situation (situation plus aggravée dans les pays africains), Bourdier cite "l'effet portefeuille" (la multiplication de l'offre de nouveaux produits alors que l'achat de la presse est à la baisse), l'illéttrisme qui serait en augmentation impressionnante en France selon l'OCDE et la "désalphabétisation" touchant des tranches de plus en plus importantes de la population "qui ne font plus le lien entre écrit et information", et bien sûr la sous-capitalisation qui empêche la presse écrite d'investir massivement dans les nouvelles technologies sans retour immédiat, la faible diversification, le retard d'une dizaine d'années dans le processus d'informatisation qui aboutit à ce que la numérisation des contenus ne fait que commencer3.

Pour relever les défis économiques d'Internet, la presse écrite, selon Bourdier doit bien appréhender le nouveau modèle économique qui veut que l'on passe d'un schéma de diffusion au plus large public à celui de diffusion à la demande, sur un public bien ciblé. Dans cette logique, l'industrie de l'information elle-même doit sortir de la culture de "mono produit" pour passer du statut de fournisseur d'information écrite à celui de véritables entreprises d'information basées sur une stratégie de partenariat avec des acteurs qui ont une culture et un savoir-faire différents. Et c'est sans doute cela qui explique le mouvement que l'on observe actuellement en matière d'économie de la presse électronique. Un mouvement qui entraîne la fusion des groupes de presse avec d'autres fournisseurs de services pour constituer des multinationales.

De la "galaxie" de Rupert Murdoch au MSNBC de Microsoft en passant par l'Allemand Bertelsmann, les fusions, absorptions et concentrations se multiplient avec en ligne de mire "les gisements nouveaux qu'ouvre devant leurs yeux fascinés et cupides la technologie du numérique"1. Le chiffre d'affaires des industries mondiales de l'information et de la communication au sens large, qui était de 1 000 milliards de dollars en 1995, pourrait s'élever dans cinq ans à plus de 2 000 milliards de dollars, représentant ainsi 10% de l'économie mondiale.2

C'est peut-être ici que la société de l'information qu'annonce le changement d'ère, selon Joël de Rosnay3, prend tout son sens. Les journalistes, traditionnellement chargés de collecter, de traiter et de diffuser l'information, assistent à une double mutation : mutation de la nature du produit information (qui perd de sa valeur spécifique liée par exemple à la vérité et à son efficacité civique) et mutation de la relation informationnelle qui passe du schéma triangulaire (événement-journaliste-citoyen) à un axe avec d'un côté l'événement et de l'autre le citoyen4. En passant du journal imprimé au journal électronique, le métier invente de nouvelles règles et le journaliste lui-même se cherche une nouvelle identité sur les autoroutes de l'information. Et ce sont ces mutations qui font l'objet de notre chapitre II.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE II

Les mutations d'un média

Ce qui caractérise la révolution de l'information dans le domaine des médias, rappelons-le, c'est l'intégration des supports, contrairement à ce que l'on avait vécu jusqu'ici : en passant de l'écrit à la radio et à la télévision, les médias avaient subi une superposition des supports, ou même une substitution, si tant est qu'un média nouveau en a remplacé un ancien ! Car, malgré les prophéties plus ou moins funèbres, l'apparition de la radio n'a pas tué la presse écrite, celle de la télé n'a pas non plus tué les deux médias qui l'ont précédée.

Ce qui est par contre indéniable, c'est qu'il y a eu interaction et transformation des différents supports, qui se sont restructurés et réorganisés. "La radio a perdu son rôle prépondérant cependant qu'en accordant ses méthodes et ses thèmes au rythme de la vie quotidienne des gens, elle est devenue plus présente et plus souple. Les films se sont adaptés au public de la télévision (…). Les journaux et les magazines se sont spécialisés, approfondissant leur contenu, tout en fournissant des informations stratégiques au médium télévisuel dominant. Même les livres, s'ils n'ont apparemment pas changé, trahissent souvent un désir plus ou moins avoué de servir les scénarios de télévision (…)"1 note Manuel Castells1.

Avec Internet, la presse écrite passe du papier à la transmission électronique. De nouvelles méthodes de captation et de traitement de l'information apparaissent et qui en retour, rejaillissent sur le statut du journaliste. Ce sont ces nouvelles méthodes de présentation de l'information que nous allons étudier, de même que les nouveaux rapports du journaliste avec ses lecteurs, rapports qui lui forgent un nouveau statut.

 

 

 

 

I. Du journal imprimé au journal électronique

En mettant le lecteur en contact direct avec les principales sources d'informations (dépêches d'agences, communiqués de presse, rapports, etc.) les réseaux électroniques ne vont certainement pas tuer les journaux et les journalistes, mais ils vont profondément modifier la manière de travailler.

Déjà, le passage du papier au cyberespace permet de se passer du papier (poste non négligeable dans le budget des entreprises de presse) et de s'affranchir de toute la phase industrielle de production et de beaucoup d'autres coûts et de contraintes1.

Avec Internet, le lecteur n'a plus affaire à une seule source d'information mais il a instantanément accès à plusieurs médias : il peut ainsi comparer le contenu d'un journal à celui d'une radio, d'une télévision ou d'une agence de presse, avant de se faire son opinion.

Les sources se multiplient et s'entrecroisent et le mode de lecture de l'information lui-même change. "Finie aussi la linéarité de la lecture : nul ne peut garantir à un journaliste écrivant en hypertexte que le lecteur suivra son "article" de l'attaque à la chute, sans obliquer vers un autre document. Or ces deux données ont fondé les règles d'écriture qui conditionnent la recherche et l'élaboration des informations. Les fameux "cinq W", la loi du "message essentiel", la technique anglo-saxonne de la "pyramide inversée", les techniques de synthèse de l'entretien ou d'intégration de déclarations dans un texte font partie du bagage des journalistes depuis plus d'un siècle. Valables pour les journaux, ces règles le sont restées dans l'audiovisuel" souligne Angelo Agostini2 qui s'interroge sur les nouvelles techniques journalistiques qu'implique le mode de consommation des informations électroniques.

Le bilan tiré des premières expériences de mise en ligne de journaux a été la déception car les promoteurs se contentaient de transférer sur les réseaux électroniques une partie (très souvent) ou tout le contenu du journal imprimé. Alors que l'hypertexte (principal atout du Web), les contraintes de la lecture cathodique et la possibilité de mêler son, images et écrit, devraient ouvrir de nouvelles perspectives.

 

 

I.1. L'apport du multimédia : et l'écrit, et le son, et les images

"A quelque chose, malheur est bon" dit-on. En effet, malgré le sensationnalisme forcené et le scandale qui guident Matt Drudge1 dans la recherche et le "traitement" de l'information, son "Drudgereport" (www.drudgereport.com) a donné la mesure de ce qu'Internet pouvait faire en matière de journalisme. En déclenchant "l'affaire Clinton-Lewinsky" sur Internet, il a provoqué "une crise de folie communicationnelle incontrôlée" dit Ignacio Ramonet, au point, poursuit-il, que l'on écrira un jour que cette affaire "a été à Internet ce que l'assassinat de John Kennedy fut à la télévision : l'événement fondateur d'un nouveau média d'information"2.

A ses scoops (des ragots3 colportés ici et là et qu'il diffusait en instantanéité), Matt Drudge ajoutait le son (l'enregistrement des conversations de Monica Lewinsky et de son amie Linda Tripp), la vidéo (le témoignage de Clinton) et des documents de fond (le rapport de Kenneth Star).

Mais à côté de Matt Drudge, un anti-héros en quelque sorte, il existe des exemples plus honorables qui légitiment le journalisme multimédia. C'est le cas de Tom Koch (sur lequel nous reviendrons plus loin) ou de Brock Meeks (www.cyberwerks.com/cyberwire) décrit comme l'exemple du "reporter nouvelle vague sur Internet"4.

L'aventure du cyberjournalisme ne fait certainement que commencer. On peut d'ores et déjà retenir quelques atouts qu'apporte le multimédia au journalisme.

Le journaliste a désormais devant lui un espace rédactionnel illimité. Il peut ainsi satisfaire divers niveaux d'intérêt : le lectorat pressé ou flâneur se contentera de l'information ramassée en surface, alors que le chercheur en quête d'une information précise creusera en profondeur, à travers les documents et archives mis à sa disposition. C'est tout cela qui constitue le bénéfice de l'hypertexte, à savoir la possibilité de créer une véritable "toile " informationnelle, faisant appel à différents types d'approches, de sources et de médias, tous liés entre eux par un réseau de références5, la possibilité de fournir au lecteur une information à plusieurs étages qu'il parcourra selon ses besoins.

Avec l'hypertexte, le lecteur est libre d'opter pour une lecture linéaire classique ou d'effectuer un parcours individualisé selon ses besoins : il peut donc ne pas lire un article du début à la fin, et obliquer vers un autre document. Le journaliste habitué à rédiger selon la règle des "cinq W" ou de la pyramide renversée, doit tenir compte de ces nouvelles donnes.

A défaut d'une écriture journalistique spécifique sur les réseaux, une présentation plus légère de l'information est préconisée avec ce que Louis Rougier qualifie d'écriture "ludique et clin d'œil". L'exemple en est le site de TF1 (www.tfi.fr) dont l'une des rubriques à succès est le "webcam" fixé sur le toit de l'immeuble de la chaîne et qui donne un aperçu du trafic sur le périphérique1. Un succès confirmé par le Irish Times (Irlande) qui a créé le même service qui rencontre un immense succès auprès des expatriés irlandais2.

Ces différentes expériences dessinent les contours d'un nouveau journalisme qui s'exprime sur les réseaux électroniques mais qui s'exprimera grâce essentiellement aux réseaux électroniques. D'aucuns parlent de journalisme assisté par ordinateur.

 

 

I. 2. Le journalisme assisté par ordinateur

Quelques expériences déjà vécues ici et là donnent une idée de ce qu'Internet, en tant que puissant moyen de communication et de documentation, permet de faire en matière de journalisme. C'est le cas de Tom Koch, reporter canadien free-lance qui apprend à New York la mort d'un enfant pendant une opération de chirurgie dentaire sous anesthésie. Le juge chargé de l'affaire la classe comme "accident"; les sources médicales évoquent un risque de un pour mille. Koch qui enquête sur un cas similaire dans une autre ville refuse cette conclusion. En ligne, il interroge des banques de données scientifiques, consulte des archives des principaux journaux et via les listes de discussion auxquels il est abonné, demande l'aide de journalistes spécialisés. En 24 heures, il apprend que dans de nombreux autres cas ont été signalés et que le risque est supérieur à un pour mille. Ses articles (qui font battre le record de vente du journal) contraignent le juge à revoir ses conclusions.

L'enquête n'a duré que 24 heures et coûté cinquante dollars ; alors que si elle avait été faite selon les méthodes traditionnelles, elle aurait coûté plus cher et duré plus longtemps1. C'est là un exemple typique du journalisme qui sera certainement de plus en plus pratiqué sur les réseaux. Un journalisme qui sera basé dans un premier temps sur l'efficacité du journaliste à trouver, recueillir des informations sur les cédéroms, les bases de données, sur Internet et dans un second temps, sur son efficacité à classer et analyser les informations obtenues2.

Une telle efficacité sera tributaire des nouvelles compétences que le journaliste lui-même devra développer pour s'approprier les ressources et atouts des nouvelles technologies. En 1994, un colloque organisé par l'Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, à propos du "Journaliste en 2010" mettait en exergue la nécessité de cette polyvalence : "aujourd'hui, la machine s'emballe, de nouveaux métiers sont à naître, et demain, le journaliste ne pourra plus être seulement journaliste. Il lui faudra maîtriser au moins deux compétences (…) : journaliste spécialisé en systèmes informatiques, journaliste spécialisé en systèmes documentaires, journaliste infographe, etc"3. Une enquête d'Eric Klinenberg4 dans un groupe de presse américain dresse un portrait en grandeur nature de ces nouveaux journalistes : les reporters ne font plus du journalisme, mais produisent des contenus, écrivent un même article pour le journal imprimé, l'adaptent pour la télévision et le mettent sur Internet en y ajoutant des liens vers d'autres sources.

Mais paradoxe, c'est au moment où il est demandé au journaliste d'avoir un profil plus pointu qu'il doit céder de son pouvoir grâce aux "vertus" de la communication interactive. Les réseaux électroniques permettent au journal de s'affranchir des contraintes géographiques et de toucher une audience plus large et en même temps, ils rendent le lecteur plus actif dans la production de l'information.

 

 

I.3. Elargir le lectorat et interagir avec le lecteur

L'application la plus populaire d'Internet reste encore le courrier électronique, grâce à la facilité de communication, il est plus rapide et nettement moins cher que les moyens traditionnels de communication (téléphone, fax, etc.). Et si la mise en ligne des journaux permet de toucher un public plus large, il permet aussi à ce public d'être beaucoup plus actif dans la présentation de l'information ; rôle qui était entièrement le monopole du journaliste jusqu'ici.

En cela l'Internet est un média révolutionnaire par rapport aux médias traditionnels qui sont beaucoup plus unidirectionnels, avec un message transmis de l'émetteur vers un récepteur qui a en retour peu de possibilité d'influer sur ledit message. Sur les journaux électroniques les plus accomplis aujourd'hui, les articles sont accompagnés de l'adresse électronique du journaliste à qui le lecteur peut adresser éventuellement ses remarques ou demander des compléments d'informations. (Cf. Le Monde Interactif, La Tribune, New York Times, etc.). Si cela ne constitue pas une véritable prise de pouvoir par le lecteur, il lui donne un certain poids sur le journal et crée même un sentiment communautaire1.

Certains journaux ont bien compris tout le bénéfice de ce sentiment, de cette interactivité qu'ils cherchent à exploiter pleinement en introduisant des sondages, des groupes de discussion, ou même des appels à témoignage comme le fait le magazine suisse Webdo (www.webdo.ch). Toutes choses qui permettent de se rapprocher des attentes et des préoccupations du lecteur. Matt Drudge par exemple, tire l'essentiel de ses "scoops" des milliers de messages que lui envoient chaque jour ses lecteurs ; même si dans son cas il n'en fait pas toujours bon usage, se contentant de diffuser les ragots ainsi collectés, sans aucune vérification2.

Mais cette interactivité qui demande au journaliste de s'investir beaucoup pour répondre aux sollicitations n'est pas encore suffisamment comprise dans toutes les rédactions. Car elle ne se limite pas à la possibilité de cliquer sur une icône pour déclencher une réaction de la machine. C'est avant tout une communication interpersonnelle. Mais, constate, Bruno Guissani, "souvent, les lecteurs qui envoient un message électronique à un journal en ligne reçoivent une réponse générée automatiquement par l'ordinateur. D'autres attendent des semaines avant que quelqu'un leur envoie une réponse. Autrement dit, le lecteur est là-bas et le journaliste ici, en haut, en train de raconter ce qu'il a découvert et de dire ce qui est important"1. On revient ainsi au schéma traditionnel de communication, de transmission du message alors que les réseaux électroniques étaient censés rapprocher le rédacteur du lecteur. Cette négligence ou même cette résistance face à l'interactivité peut-être constatée dans le destinataire des réactions qui est tout simplement le webmaster qui s'occupe de la gestion technique du site.

Les nouvelles possibilités de communication bouleversent par ailleurs le cycle de production de l'information. La presse écrite qui jusqu'ici travaillait sur un cycle d'au moins 24 heures pour les quotidiens se retrouve affranchie du "deadline" ; mais contrainte de mettre à jour l'information en continu.

I.4. Un nouveau cycle de l'information : le flux continu

Parmi les atouts que la presse écrite tire de sa mise en ligne, il y a la concurrence qu'elle peut tenir désormais face aux autres médias grâce à l'instantanéité qui permet maintenant aux journaux de publier leurs scoops sans délai. Le journaliste qui travaillait selon un timing bien déterminé (livraison des articles, correction, mise en page, bouclage, distribution, etc.) se retrouve dans une autre logique. Il est confronté à un média fluide, mouvant, qui ne connaît pas de "deadline" : il produit une information qu'il doit réactualiser en permanence2.

"Le besoin d'information ne s'arrête plus à 23 h, il est permanent. La façon d'écrire des journalistes en est forcément influencée : au lieu d'écrire des événements passés au futur, les journalistes des nouveaux médias racontent les événements à mesure qu'ils se produisent."3

Cette compétitivité retrouvée n'a pas que des avantages. Elle entraîne la presse écrite dans une course aux scoops avec la diffusion d'informations fragmentaires et non vérifiées comme le fait Matt Drudge4. Conséquence, " nous sommes guettés par une formidable nouvelle forme de pollution. La société industrielle nous a légué la pollution de l'air, la pollution de l'eau et la pollution par le bruit ; nous entrons dans la pollution des cerveaux par excès d'informations", nous avertit Joël de Rosnay1.

En gagnant en compétitivité grâce à la possibilité de diffuser l'information en instantané sur les réseaux, le journaliste de la presse écrite aura néanmoins perdu beaucoup de sa force de conviction, le recul qu'il pouvait prendre pour analyser l'information, la mettre en perspective.

Pourtant, nous rappelle Ignacio Ramonet2, le terme "journaliste" signifie étymologiquement "analyste d'un jour". Ce qui veut dire que le journaliste est supposé analyser ce qui s'est passé le jour même ; tâche déjà difficile à accomplir. Avec le direct et la diffusion en temps réel, c'est l'instant qu'il faut analyser. L'instantanéité est devenue le rythme de l'information et un journaliste devrait donc s'appeler un "instantanéiste" ou un "immédiatiste". Tout cela parce que "ce qui fait désormais la valeur marchande d'une information, c'est la quantité de personnes susceptibles d'être intéressées par cette information" ; ce qui nécessite que l'information circule le plus rapidement et le plus largement possible. Le journaliste perd son rôle de filtre de l'information. Il devient un simple "fil qui permet de connecter l'événement et sa diffusion. Il n'a pas le temps de filtrer, de vérifier, de comparer car, s'il perd trop de temps à le faire, des collègues traiteront le sujet avant lui. Et bien entendu, sa hiérarchie le lui reprochera"3.

D'où déjà la naissance d'un discours de plus en plus fort qui milite pour une certaine écologie sur les réseaux électroniques d'information, où le scoop ne sera plus l'information inédite et sensationnelle mais l'information qui est la plus complète, qui permet au lecteur de se situer dans un contexte4.

A défaut de cela, le journaliste perdra de plus en plus de son utilité car il ne fera plus que ce que le lecteur moyen est capable de faire lui-même, se connecter sur les gisements d'informations brutes pour s'informer, et même produire son propre journal à travers une simple sélection des informations disponibles. Alors se réalisera la prophétie de Matt Drudge qui entrevoyait "un avenir où les journalistes seront 300 millions", car n'importe qui pourra se dire "journaliste"5.

 

 

II. Identité: menaces sur la profession

Le schéma traditionnel de communication qui régit le travail du journaliste fait de celui-ci un médiateur, un filtre, entre la source et le consommateur d'informations. La relation entre le fournisseur d'informations journalistiques et le consommateur est de ce fait une relation quelque peu autoritaire, dans le sens où le journaliste " détient une sorte de monopole de la médiatisation, un lieu d'où il peut aussi bien rendre le service de rassembler et de diffuser l'information que remplir un rôle d'expert dans le tri, la présentation et l'explicitation du sens de ce qui est en train de se produire".

La logique du Web est contraire à ce schéma quasi unidirectionnel. Car le réseau Internet a été conçu pour permettre à une personne d'entrer en contact avec d'autres aussi librement que si elle le faisait par téléphone. Internet fournit surtout à n'importe quel individu qui s'y connecte le moyen technique de parcourir des tonnes de documents (les bulletins d'informations des médias, leurs archives, les journaux scientifiques, les communiqués de presse des grandes entreprises privées ou publiques, les bases de données, les bibliothèques, etc.) à son rythme, dans l'ordre qui l'intéresse et aussi longtemps qu'il le souhaite.

Grâce à cette interactivité, l'internaute a de ce fait une part active dans la production de l'information qu'il consomme, "alors que le journalisme d'information s'est historiquement construit sur une relation inégale, hiérarchique entre le fournisseur d'informations et son public de masse, alors en situation de loisir et de dépendance"2.

Avec Internet, ce serait donc la fin annoncée du journalisme politique issu des Lumières et de la Révolution et la fin du magistère que la presse exerçait sur le lecteur : entre les informations, entre les sources, entre les analyses, entre les valeurs, ce n'est plus au journaliste seul d'arbitrer et de choisir pour le lecteur.3

Quelles sont les conséquences de cette "démocratisation" de l'espace médiatique sur l'identité du journaliste ? Du moment où chacun peut se fabriquer son propre journal grâce aux applications du Web, quelle sera la crédibilité de l'information ainsi produite ? Une crédibilité d'autant plus en jeu que le produit "information" risque de se retrouver, sur les réseaux, avec la portion congrue, à côté d'autres services beaucoup plus lucratifs. C'est à ces questions que nous tenterons de répondre dans cette section.

II.1. Quand tout le monde devient journaliste

En 1995, alors que les débats sur l'utilité d'Internet et sur la nécessité ou non de contrôler le réseau par des lois spécifiques battaient leur plein, un dessin, publié au départ dans un fanzine américain avait fait le tour du monde. Il mettait en scène un chien tapant sur un terminal d'ordinateur et la légende disait : "Sur Internet, personne ne sait que vous êtes un chien"1. Volontairement provocateur, ce dessin se voulait un slogan pour la défense de la liberté totale (voire de l'anarchie) sur Internet. Une liberté synonyme d'anonymat des utilisateurs du réseau et censée garantir leur égalité.

Cette anecdote illustre sans doute surtout la convivialité d'Internet en tant que moyen et lieu de communication et d'information qui démocratise l'accès aux sources d'information. Dans le domaine des médias, l'une des conséquences (des revers ?) de cet idéal égalitariste (qui a inspiré beaucoup de pionniers du Net) est la dilution du statut du journaliste. Et on en revient encore à Matt Drudge qui reste l'exemple emblématique de ce qu'on pourrait qualifier d'abâtardissement du métier, de l'identité du journaliste dans le champ social. Une identité qui est, après tout, "le produit de l'histoire (…), le produit des luttes pour la reconnaissance, la défense du privilège, la possession du nom…"2.

Cette identité est fortement remise en cause aujourd'hui par le développement des technologiques de la communication qui permettent à des individus de plus en plus nombreux de produire, de traiter et d'échanger de l'information, et mieux (ou pire ?) de se retrouver à la tête d'un média comme en témoigne le parcours3 de Matt Drudge. Au départ coursier chez la chaîne de télévision CBS, Drudge a été promu gérant du magasin de souvenir où il est resté sept ans. Ce qui lui a permis de se constituer une "mine d'informations" rassemblées au jour le jour dans les poubelles des photocopieuses. Au début des années 90, lorsque le courrier électronique a commencé à être populaire, il s'est mis à échanger des potins croustillants avec un réseau d'abonnés. Sa liste a gonflé rapidement et il a commencé à recevoir des éléments qu'il recyclait en les assaisonnant d'informations recueillies dans la presse et à la télévision. Ainsi est né le Drudgereport et en 1995, il en a fait son travail à plein temps.

On peut refuser à Matt Drudge, à Luke Ford1 (www.lukeford.com) et à tous leurs compères le titre de journaliste, les ravaler au rang de simples prestataires de services ou même de "blanchisseurs d'informations sales"2, on devra se résoudre à reconnaître l'existence du Drudgereport et de tous les autres webzines qui sont quotidiennement fréquentés par des dizaines de milliers de lecteurs. C'est sans doute là la rançon de l'interactivité, de la liberté de communiquer que l'on célèbre parfois jusqu'à l'enivrement sur les autoroutes de l'information.

Contre cette "invasion", les professionnels des médias essaient de réagir pour défendre leur corporation et l'intégrité de leur métier. En France par exemple, la Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels (CCIJP) estime que " la personne qui édite une lettre d'information en ligne (BBS, site web ou liste de distribution) ne peut pas être considérée comme journaliste professionnel : le fait de publier des informations (que ce soit hier par tracts, libelles, ou aujourd'hui sur Internet) n'est pas en soi constitutif de la fonction journalistique. Il s'agit simplement de l'exercice légitime de la liberté d'expression"3 affirment les professionnels de la presse.

Mais sur les réseaux électroniques, ce n'est pas seulement l'identité du journaliste qui est menacée mais aussi ses droits. De récentes affaires ont en effet révélé que les droits d'auteur du journaliste sur sa production pouvaient être remis en cause dans les sites d'informations électroniques. Ce fut le cas en janvier 1999 au Canada où les collaborateurs et pigistes du journal La Presse4 ont dû faire grève pour protester contre cette publication qui voulait utiliser leurs articles en ligne sans autre contrepartie. Ce fut encore le cas en France avec les Dernières Nouvelles d'Alsace, France 3 ou encore Le Figaro1. Ces médias se sont vu interdire la publication des articles de leurs journalistes sur Internet ou sur Minitel sans contrepartie. Les syndicats de journalistes qui sont à la base des actions de justice qui ont abouti à ces interdictions estiment, avec l'appui de la loi, que des contreparties financières doivent être versées avant la mise en ligne d'articles déjà publiés dans les journaux imprimés.

Mais ces différentes dispositions et ces batailles suffiront-elles à défendre l'identité et les droits du journaliste sur Internet ? Car, nous ne sommes peut-être encore qu'au début des bouleversements que le développement des nouvelles technologies va introduire dans les schémas d'information. Les attributions du journaliste risquent d'être toujours rognées avec l'apparition de certaines applications dites "agents intelligents" qui permettent à l'utilisateur ordinaire de se fabriquer son propre journal, conformément à ses centres d'intérêt.

 

 

II.2. Des journaux à la carte

Le Wall Street Journal a été l'un des premiers journaux à expérimenter le concept de journal personnel. En 1995, il a lancé le Personal Journal avec comme idée de base de proposer à l'abonné un bulletin d'informations dont le contenu est totalement conforme à ses centres d'intérêt qui auront été préalablement établis. Son expérience connaît un certain succès puisqu'à la fin de 1995, il avait environ 5 000 abonnés2.

Mais le concept même d'informations personnalisées a été développé par la société américaine PointCast. Il se base sur le caractère interactif du Web pour proposer un nouveau modèle de diffusion des informations, le "PointCast" où l'information est ciblée, personnalisée selon les préoccupations du consommateur, contrairement au modèle du "broadcast" que l'on connaissait jusqu'ici et qui, selon son sens étymologique, consistait à diffuser le plus largement possible la même information. Un modèle de diffusion apparemment apprécié par les consommateurs car le service PointCast Network créé en 1996 comptait plus de 1,7 millions d'utilisateurs en 19981.

En décembre 1998, un journal canadien, le Boston Globe consacrait un article à la chute du lectorat et des auditoires : il citait parmi les facteurs responsables de cette diminution "le fait que les gens sont moins intéressés aux nouvelles telles que définies par les journalistes parce qu'ils détiennent de plus en plus le pouvoir de consommateur de choisir parmi les informations disponibles et de se fabriquer leurs propres nouvelles"2.

Le laboratoire "Média Lab" de Nicholas Negroponte au MIT (avec le soutien financier de plusieurs grands groupes de presse) a fait les études les plus poussées sur le journal personnalisé. Son journal, baptisé "fishwrap" fonctionne grâce à des "agents intelligents" qui modélisent le comportement de l'internaute et lui fabriquent un bulletin d'information calqué sur ses centres d'intérêt et même sa rapidité de lecture3.

Une telle performance technique transforme le rôle de la presse qui perd de son universalité, au profit d'une "sélectivité synonyme d'un appauvrissement absolu de l'esprit". Le recours aux "agents intelligents" pour constituer le menu du journal tend à supprimer la fonction même de journaliste qui est de choisir, hiérarchiser et mettre en perspective l'information. "La logique terminale de ces développements est de conduire le lecteur vers une forme d'autisme en ligne", prévient Serge Guérin4.

Si la philosophie du journal personnalisé était de rendre le lecteur plus actif, plus responsable dans la présentation des informations qu'il désire, la "push technology", "technologie de pression"5 (qui consiste à pousser l'information vers le consommateur) sur laquelle repose ce modèle d'information, renforce le rôle du médiateur et remet donc en selle le journaliste. Car ce dont a besoin l'internaute, c'est d'une information précise qu'il peut obtenir rapidement sans avoir à naviguer indéfiniment dans un océan d'informations, au risque de s'y noyer. On en revient alors à un schéma traditionnel connu par les professionnels des médias où ce sont eux qui produisent l'information et l'envoient au lecteur.

Néanmoins le concept de journal personnalisé ne sera pas sans conséquence sur le journalisme traditionnel car il représente effectivement une expression de l'interactivité et de la liberté d'expression possibles sur le web. Louable quand il s'agit de contourner la censure comme le fait Reporter Sans Frontière qui héberge parfois sur son site des journaux qui sont censurés dans leur pays d'origine (www.rsf.fr).

Mais le journal à la carte représente aussi et surtout de gros enjeux économiques. Avec le journal personnalisé, c'est aussi la possibilité d'adresser de la publicité personnalisée. Cette méthode de publicité liée aux technologies de pression devrait produire, d'ici l'an 2000, des revenus de plus de plus de 4,5 milliards de dollars, soit plus de 50% de tous les revenus projetés sur Internet1. Une manne qui explique les mouvements de fusion et de rachats dans le domaine des télécommunications et de la presse et surtout, la création de médias électroniques par les grandes entreprises.

 

 

II.3. La concurrence des fournisseurs de services

Des grandes multinationales aux modestes PME, beaucoup d'entreprises possèdent aujourd'hui leur propre site web. Contribuant à alimenter ainsi les flots d'informations disponibles sur le Net avec des communiqués de presse, des bulletins de liaison, des lettres d'informations, etc. Certaines entreprises ont franchi une étape supérieure avec la création de médias à part entière, et utilisant même d'autres approches journalistiques, grâce aux opportunités des réseaux électroniques. C'est le cas de Microsoft.

Le géant américain de l'informatique (dont les ambitions monopolistiques l'ont conduit devant les tribunaux) s'est joint au réseau télévisé NBC pour créer un site Web (MSNBC) qui intègre trois technologies médiatiques : la télédiffusion, la câblodiffusion et Internet. MSNBC (www.msnbc.com) est à la fois une télévision d'information en continu et un site Web interactif. Il a débuté ses activités en juillet 19962 et prévoyait de lancer des sites Web locaux d'informations à l'image de Slate (www.slate.com). Bien qu'ayant un accès payant, le site connaît un certain succès3. Un succès qui fragilise encore plus la position des journaux traditionnels qui se sont lancés dans l'édition électronique.

Une étude de la banque d'affaires "Goldman Sachs" a ainsi confirmé la fragilité des médias traditionnels face à l'arrivée dans le domaine de l'information en ligne des fournisseurs de services. La plupart des groupes de presse qui n'ont pas de partenariat avec les grandes multinationales devenues fournisseurs de services sur Internet sont annoncés perdants1. Dans ce sens aussi, le rapport sur "La presse et le multimédia" insiste sur la nécessité pour la presse écrite de sortir de la culture de "mono produit" pour passer du statut de fournisseur d'information écrite à celui de véritables entreprises d'information, de s'inscrire dans une stratégie de partenariat avec des acteurs qui ont une culture et un savoir-faire différents2. Message bien reçu par la plupart des grands journaux qui, en plus de l'information, proposent sur leurs sites divers autres services comme les libraires en ligne, etc.

Mais il n'en demeure pas moins que la concurrence des fournisseurs de services représente toujours une menace et même une double menace pour les médias traditionnels : en plus de rendre leur situation économique plus précaire (en leur disputant les ressources publicitaires), elle menace aussi l'intégrité, la crédibilité même de l'information.

L'avenir du réseau et des sites qui y sont installés serait, selon Dominique Wolton, tourné vers le commerce électronique. La fonction de communication du réseau ne serait alors qu'un produit d'appel vers une information marchande, et les sites proposant des nouvelles ne seraient que des appâts vers de nouveaux marchés3.

Si le commerce (à travers la publicité qui est même indispensable à l'équilibre financier de la majorité des publications) a toujours été présente dans les journaux, elle prend ici une forme plus dangereuse pour la crédibilité de l'information et donc pour la démocratie qui est censée reposer sur une information saine des citoyens.

Sur les réseaux, le marketing et les exigences de rentabilité conduisent de plus en plus souvent à la séparation du "mur" instituant traditionnellement une cloison entre la rédaction et la publicité4. Un mur qui peut difficilement tenir debout quand un même prestataire fait des reportages sur la vie des entreprises informatiques, vend du matériel informatique en ligne, édite des guides d'achat, alimente des annuaires de recherche, etc. comme c'est le cas aux Etats-Unis de la société Cnet (www.news.com) qui fait partie des sociétés, encore rares, à faire des bénéfices sur le Net5.

Quand les technologies de communication permettent à tout le monde de devenir journaliste ou de produire son propre journal, quand au nom de la rentabilité économique l'information devient une simple marchandise, on peut légitimement se demander ce qui reste de spécifique au journalisme sur les réseaux et surtout quelle crédibilité peut garder l'information produite avec tant de facilité et dans une telle "promiscuité économique".

 

II.4. La crédibilité de l'information en ligne

"Internet permet à n'importe qui de devenir journaliste, mais seuls les meilleurs réussiront. Il est le support le plus facile pour éditer et le plus souple aussi pour apporter des corrections". "Il y a clairement une demande pour les informations non publiées. Avec Internet, chaque citoyen peut devenir un reporter. Le Web donne autant de voix à un fêlé d'informatique comme moi qu'à un DG ou à un porte-parole de la Maison Blanche. Nous devenons tous égaux. (…). J'ai fait des erreurs, je les corrige si nécessaires en m'excusant". Ces deux professions de foi sont des deux "enfants terribles de la cyberpresse", Luke Ford et Matt Drudge1. Elles illustrent la "moralité" de la nouvelle vague de journalistes portée par les réseaux électroniques ; elles illustrent la crédibilité de l'information ainsi produite. Quand Matt Drudge admet 20% d'informations erronées dans ses articles, Luke Ford reconnaît qu'environ la moitié de son site est "journalistiquement saine".

Et c'est là tout le problème que pose l'abondance de l'information, sa crédibilité. Une crédibilité hypothéquée par plusieurs facteurs : par le nouveau cycle de l'information basé sur la course au scoop, par les performances techniques du Web qui permettent à n'importe qui d'être journaliste et de publier des informations, par les enjeux économiques de l'information sur les réseaux qui devient une valeur essentiellement marchande, etc.

La crise de confiance envers les hommes de médias avec laquelle a coïncidé la révolution de l'information avait fait croire que les citoyens disposaient désormais d'un moyen efficace de contrôle de l'information qui leur était servie. Force est aujourd'hui de constater que l'interactivité est une arme à double tranchant. Car la possibilité de produire librement de l'information, c'est la possibilité de "la désinformation, de la manipulation par les puissants, les lobbies, ce qu'on appelle déjà le "soft power", très lié au "hard power", (le "hard power" c'était la guerre, le commerce international hard) le "soft power", c'est plus subtil, c'est la capacité de manipuler les réseaux pour orienter les gens dans une direction d'achat ou dans une autre ou même de modifier leur mode ou leur façon de penser"1.

Le problème de la crédibilité de l'information profondément entachée par les multiples affaires et scandales dans les médias traditionnels se retrouve posée avec peut-être plus d'acuité. Si la convivialité des réseaux électroniques met fin à l'univocité et au manque de transparence des médias traditionnels, elle ne garantit pas pour autant la fiabilité de l'information si abondamment et si facilement accessibles sur Internet. Alors, que faire ?

Les initiatives sont diverses. En France, le Clémi (Centre de Liaison des Médias et des Moyens d'Information) milite pour une éducation aux médias, un apprentissage d'une " diététique" de l'information en ligne, rendue encore plus nécessaire par les technologies qui permettent au lecteur de faire irruption dans le travail du journaliste ou de développer une information brute sans hiérarchie ni médiateur2. Un apprentissage d'autant plus nécessaire que l'égalité d'accès à l'information ne crée pas l'égalité des compétences face à l'information et que plus il y a d'informations, plus on a besoin d'intermédiaires pour filtrer, organiser, hiérarchiser3.

Les professionnels des médias qui subissaient une crise de confiance avec les médias traditionnels trouvent là une occasion de reconquérir leur place dans la chaîne de l'information. En ayant conscience de la nécessité de mettre en place des procédures de validation de l'information en ligne. Ces procédures préconisent la vérification systématique de l'information en ligne que l'on exploite (en ayant recours au besoin aux services d'Internic pour déterminer le propriétaire d'un site), le renvoi du lecteur aux sources (grâce aux hyperliens), les réponses à toutes les questions que le lecteur peut poser par le courrier.

Le "Rapport Bourdier" recommande même la "labellisation" des entreprises de presse et la définition d'une "éthique des services d'information en ligne" qui permettrait de créditer la cyberpresse et de distinguer la communication (publicitaire) de l'information (journalistique)1.

Ce nouveau combat permettra-t-il à la presse de garantir une information crédible et aux journalistes de se faire une place sur les réseaux ? Les incertitudes qui entourent encore l'évolution des autoroutes de l'information rendent difficile tout pronostic.

 

 

Conclusion de la première partie

La presse électronique est aujourd'hui une réalité incontournable dans l'univers des médias. Les sites d'information en ligne se multiplient à une vitesse exponentielle : en mi-juin 1999, on en comptait plus de 6 000, de presque tous les pays, alors que c'est seulement six ans plus tôt qu'ont été réalisées les premières véritables expériences en la matière.

Bien que la rentabilité économique de telles entreprises ne soit pas encore véritablement établie (très peu de journaux en ligne font des bénéfices actuellement), les groupes de presse semblent décidés à courir le risque de faire des investissements à perte plutôt que de rater le train de la révolution de l'information, synonyme pour les médias d'une nouvelle offre d'information, celle du support électronique. Même si ces investissements sont coûteux et nécessitent d'ingénieux montages financiers de la part des promoteurs de la presse écrite qui connaissent actuellement une érosion de leurs recettes publicitaires et par ricochet une sous-capitalisation pour nombre d'entre eux. Ou alors, quand il ne s'agit pas de gymnastique financière, la mise sur les réseaux de l'information est assurée par des multinationales plus préoccupées par la valeur marchande de l'information que par sa valeur civique et démocratique.

Une étude de Benchmark Group (www.journaldunet.com) publiée en juin 1999 et qui porte sur une enquête effectuée au début de l'année auprès des 41 principaux sites de la presse française en ligne constate que:

Au total, conclut l'étude, "le phénomène semble donc irrémédiable et les éditeurs qui n'ont pas encore franchi le pas ne pourront plus longtemps continuer à ignorer le nouveau média"1.

Au-delà des enjeux économiques, la révolution de l'information a comme principal effet sur les supports médiatiques d'entraîner un changement de paradigme, de logique. D'une logique de substitution, ou plutôt de superposition, vécue jusqu'ici dans l'évolution des médias (avec la presse écrite, ensuite la radio et enfin la télévision), nous passons à une logique d'intégration où l'on retrouve les différents médias sur un même support, l'Internet.

Moins qu'un nouveau média réellement en lui-même, nous dirons qu'Internet est un "méta-média", qui fédère tous les autres médias et décuple leur puissance, leur audience grâce à ses performances technologiques en matière de communication et de transmission de données.

Le journal électronique ne peut donc pas se contenter d'être une simple réplique du journal imprimé, même en l'absence de nouvelles règles d'écriture journalistiques définitives. Ce que l'on peut déjà constater, c'est que le cyberjournal, dans sa conception et sa fabrication, doit exploiter toutes les ressources du Web : multimédia, interactivité, et même une certaine universalité en ce sens qu'il doit être conçu pour un lecteur universel. Cela se traduit pour le professionnel des médias par la fin de la position "autoritaire" du journaliste. On n'aura certainement toujours besoin de lui pour trier, hiérarchiser et organiser l'information désormais excessive et confuse, mais il doit être prêt, bien plus qu'avant, à rendre des comptes à des lecteurs qui peuvent désormais intervenir de manière intempestive dans la chaîne de collecte, de diffusion et de traitement de l'information.

Le journalisme traditionnel ne disparaîtra donc pas mais devra s'accommoder de formes et de règles nouvelles qui sont encore floues. "Par exemple, la tendance traditionnelle du journalisme de "raconter des histoires", qui aide à remettre les événements dans leur contexte, perdurera, car même les membres des classes aisées de la société ont besoin de ces repères narratifs afin de s'orienter eux-mêmes dans le monde. Toutefois, les histoires racontées par les journalistes se verront enrichies par un large flot d'informations électroniques, journalistiques ou pas, échangées entre individus et organisations extérieures au monde journalistique. Nous serons sûrement témoins de l'émergence de nouvelles formes d'infojournalisme, sorte d'hybride entre la nouvelle journalistique traditionnelle et l'information brute."1

Le mouvement de globalisation des moyens de télécommunications dans lequel se produisent ces changements, et qui à défaut de transformer le monde en un village planétaire, abolissent les frontières, oblige tous les pays à s'adapter d'une manière ou d'une autre. Comment les médias africains et précisément la presse écrite dans un pays en développement comme le Burkina vit-il la révolution de l'information ? C'est l'objet de la seconde partie de notre travail.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DEUXIEME PARTIE

L'APPROPRIATION DES NTIC PAR LES MEDIAS AFRICAINS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les enjeux de la révolution de l'information en Afrique ont été cristallisés autour de l'idée reprise sous forme de slogan dans beaucoup de discours et qui proclame que si l'Afrique a raté le train de la révolution industrielle, elle ne peut se permettre de rater celui de la révolution de l'information. Une révolution perçue comme une chance unique qui doit permettre au continent de rattraper son retard en matière de développement. Cette analyse a d'abord été développée par d'éminents chercheurs dans leurs prospectives sur la société de l'information. "Bien sûr, vous allez objecter que certains pays sont encore très pauvres, qu'il y a plus de téléphones dans la seule île de Manhattan que dans l'Afrique entière. Mais il ne faut pas être pessimiste. Rien n'interdit d'espérer. L'Internet lui-même, puissant outil de diffusion des connaissances, pourrait bien aider ces pays à sortir du sous-dveloppement"1. Un tel discours a été repris par beaucoup de dirigeants africains et d'institutions internationales œuvrant en Afrique. Il a inspiré l'Initiative de la Société Africaine à l'Ere de l'Informatique (AISI) qui doit servir de "cadre d'action pour l'édification d'une infrastructure africaine de l'information et de la communication"2.

L'AISI qui a été adoptée en mai 1996 par la Conférence des ministres de la Commission économique pour l'Afrique (CEA) invite les Etats membres (les 53 Etats africains) à l'incorporer dans leurs plans de développement nationaux, conformément aux priorités et besoins de chaque pays. Le document affirme que "l'informatique peut aider l'Afrique à réaliser (…) les trois principaux objectifs de développement énoncés par les dirigeants africains ces derniers temps…", à savoir "l'amélioration de la qualité de vie pour chaque Africain, l'intégration économique de la région et l'amélioration des échanges commerciaux et autres relations avec la communauté mondiale". Mieux, l'AISI précise que grâce à l'évolution du monde vers l'ère de l'informatique et les innovations technologiques qui ont eu lieu partout dans le monde depuis ces dernières années, combinées aux progrès des télécommunications mondiales et nationales, "il est incontestable que l'on peut mettre en place des stratégies adaptées permettant de sauter des étapes pour accélérer le développement du continent".

Portés par de tels discours, divers projets ont été initiés pour aider le continent à s'approprier ces technologies si prometteuses. Un sommet du G7 organisé à Midrand en Afrique du Sud en mai 1996 sur le thème de "Société de l'information et développement" a donné le ton. La trentaine de pays du Sud et les principales organisations internationales présents avaient fait naître l'espoir de voir les pays les plus riches du monde s'engager pour de grands travaux d'infrastructures ; l'objectif, rappelle Pascal Renaud, étant d'introduire les pays en développement dans le nouveau monde de l'information. Mais au lieu de cette noble intention, "il faut constater que, loin de s'engager à collaborer sur les travaux d'infrastructures, les sept ont surtout encouragé les pays en développement à s'ouvrir au marché mondial des télécommunications et à encourager l'initiative privée"1.

Qu'il s'agisse ainsi du programme de la Banque mondiale (InfoDev) ou de celui de la coopération américaine (Initiative Leland de l'USAID) et bien d'autres2, "la création d'un environnement favorable au marché" a été donnée comme condition de réussite de la société de l'information et même comme condition au financement des projets. Ce qui fait craindre, comme le note opportunément Pascal Renaud, "une désertification technologique du Sud"3 ; en ce sens que les progrès technologiques permettent désormais d'effectuer, grâce aux satellites, un maillage de l'Afrique, sans avoir à y investir réellement pour construire des infrastructures. Une telle tendance des investisseurs donne raison aux pessimistes tel Dominique Wolton qui affirme que le "free flow" de l'information permettra aux pays pauvres d'accéder aux "miettes" de cette circulation mondiale de l'information, dont ils ne seront que les utilisateurs et jamais les acteurs et que le discours des industriels selon lequel les réseaux favoriseront le développement économique est faux4.

Et même si l'Afrique disposait des infrastructures nécessaires pour entrer dans la société de l'information, la progression du nombre d'utilisateurs va se heurter à court terme à la saturation du marché solvable, à l'insuffisance des infrastructures et au faible taux d'alphabétisation5.

Et on n'en est même pas encore là car si la plupart des 54 Etats et territoires du continent sont aujourd'hui connectés à Internet, la réalité reste toujours que la grande majorité des pays disposent à peine d'une ligne téléphonique pour 100 habitants et que dans la plupart des Etats, un fort pourcentage de ces lignes (parfois plus de 80%) est installé dans la plus grande ville1. Et quand l'Internet aura conquis la totalité du monde, en Afrique, on aura 2 ou 3 % de la population connectés car en plus de la faiblesse de la couverture téléphonique, une autre réalité est que le prix du matériel pour accéder à Internet représente plusieurs années de salaire d'un travailleur moyen et les frais d'accès, 15 à 25% du revenu mensuel du chef de ménage2.

Dans ces conditions socio-économiques et technologiques, la presse africaine et précisément celle d'un pays comme le Burkina peut-elle avoir des chances de s'épanouir sur les autoroutes de l'information ? Dans quelles conditions ?

Nous essayerons de répondre à ces questions en analysant la naissance et l'évolution de la presse en ligne en Afrique francophone (chapitre I) au cours de ces dernières années et l'utilisation des nouvelles technologies de l'information par les professionnels des médias au Burkina (chapitre II).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE I

La cyberpresse en Afrique francophone

 

Le développement d'Internet au milieu des années 90 a coïncidé, en Afrique, avec un renouveau de la presse. Un renouveau médiatique porté par le mouvement de démocratisation politique qui a mis fin, dans beaucoup de pays, au monolithisme politique et au monologue de la presse d'Etat. "Avant 90, il n'existait à l'exception de trois pays sur les 16 que compte la CEDEAO, aucun journal qui ne fut celui de l'Etat. Ils sont aujourd'hui plus d'une centaine. Avant 1992, seuls trois pays autorisaient la création de radios privées et il existait moins d'une demi douzaine de ces stations. Aujourd'hui il n'y a plus que trois pays à ne pas délivrer d'autorisation d'émettre, et l'on compte plus de 120 stations privées locales dans la région" rappelait Diana Senghor en juillet 19973.

Mais tout comme les processus démocratiques à la faveur desquels ils sont nés, beaucoup de journaux sont restés fragiles. André-Jean Tudesq parle ainsi de la floraison de nouveaux journaux, souvent éphémères, qui ont été lancés par des journalistes éliminés des médias d'Etat ou des enseignants sans connaissance des règles les plus élémentaires de la gestion : absence de capitaux au départ, absence de fonds de roulement, difficulté à recouvrer les montants des ventes4.

Quelque cinq ans après le printemps de la presse, beaucoup de journaux se sont essoufflés, peinant à assurer leur survie, quand ils ne disparaissent pas simplement, ou se démettent du rôle qu'ils entendaient jouer dans la démocratisation politique et dans la démocratisation de l'information. Par exemple, le Bénin qui a inauguré le cycle des conférences nationales souveraines a vu fleurir un grand nombre de journaux dont beaucoup ont disparu après quelques mois : en moins de deux ans, on est passé de 40 titres à huit1. C'est en partant de ce constat que l'Institut Panos (www.panos.sn) et l'Agence panafricaine d'information (PANA) ont organisé ce qui apparaît comme la première rencontre d'envergure sur la problématique de l'appropriation de l'Internet par les médias africains francophones.

Le séminaire qui a regroupé une cinquantaine de participants venus de 19 pays d'Afrique de l'Ouest, d'Afrique centrale et d'Afrique australe mais aussi des Etats-Unis, de France, de Grande Bretagne et des Pays Bas est partie de l'hypothèse principale que les nouvelles technologies de l'information et plus particulièrement Internet, peuvent contribuer à tempérer, voire à surmonter certains des handicaps qui entravent le développement des médias en tant qu'entreprises, et aider à contourner certains obstacles qui hypothèquent le rôle des médias dans la démocratisation de l'information2.

Mais avant le séminaire de Dakar, quelques journaux étaient déjà présents sur le Web et depuis lors, les journaux africains en ligne se multiplient.

 

 

I. Les journaux en ligne

Lors du séminaire de Dakar en 1997, on recensait à peine une cinquantaine de médias africains connectés à Internet dont plus de la moitié en Afrique du Sud. L'Afrique francophone en avait une dizaine dont près de la moitié en Côte d'ivoire3. En février 1999, on recensait environ 200 médias africains sur le Web, radios et télévisions incluses4. A part quelques radios (essentiellement en Afrique du Sud, au Sénégal et au Ghana) diffusant sur Internet, ce sont surtout les journaux qui sont montés sur le Net5.

Si les objectifs des promoteurs de ces nouveaux supports d'information sont clairs et précis, les résultats sont souvent loin des attentes. En effet, dans leur quasi-totalité, les animateurs de sites sur Internet disent "vouloir valoriser l'information africaine"1, avec quelques variantes comme Le Messager (Cameroun) qui veut "renforcer l'aura d'un journal pionnier soucieux de soigner son image de modernité" et profiter "de la force de ce support en tant qu'outil de combat politique"2. Dans le cas d'espèce, le journal qui subissait beaucoup de tracasseries de l'administration avait eu recours au Web, avec le soutien de "Reporters sans frontière" pour alerter l'opinion publique sur la répression qu'elle connaissait. Un cas analogue est celui du journal mauritanien Mauritanie nouvelles qui, victime régulière de censure, a été hébergé quelques temps sur le site de "Reporters sans frontière".

L'ambition de valoriser l'information africaine reste encore un vœu pieux pour beaucoup de sites. Car on ne peut pas vraiment parler de valoriser quand le journal en ligne se résume à quelques pages statiques ou est très irrégulièrement mis à jour. Ce qui est encore le cas pour de nombreux sites comme on peut le constater en se connectant sur quelques-uns 3.

Néanmoins il existe aussi des sites bien construits, comme celui du Soleil (www.primature.sn/lesoleil/) de Dakar qui a été sélectionné par Courrier International parmi les dix meilleurs sites de la presse écrite mondiale4. Un autre bon exemple est celui de L'Express de l'île Maurice qui, en plus d'être graphiquement bien conçu et aussi fourni en contenu, propose des bulletins avec la technologie "push". Ce journal est aussi l'un des rares à publier des petites annonces sur son site et même des "avis de décès", alors que les autres se contentent d'une sélection d'articles de leurs rubriques "Politique" "Economie" "Culture" et "Sport".

Dans l'ensemble, les sites de la presse africaine proposent sur le web une partie de leur version papier. Sandra Coulibaly note même que c'est le nouveau lectorat international qui influence le choix des articles publiés en ligne car la plupart des éditeurs proposent "une sélection d'articles susceptibles d'intéresser un public éloigné des réalités locales et ne possédant pas les outils d'analyse pour décrypter des articles truffés de références locales"1. Quelques rares sites essaient de faire appel aux possibilités du multimédia (hypertextes, images, forum, courrier), mais difficilement. En matière d'interactivité, on note ainsi sur beaucoup de sites que même quand il y a une adresse garantissant le contact avec la rédaction, elle renvoie à un webmaster (qui n'est souvent qu'un technicien), ou alors, les messages que l'on envoie restent sans réponse comme nous avons pu le constater.

Certains journaux comme Wall Fadjri (Sénégal), Les Echos (Mali) annoncent des versions électroniques différentes du journal papier. Dans la pratique, cela se limite plutôt à un effet d'annonce car le contenu de ces versions électroniques n'est qu'une pale copie du journal imprimé.

Il existe des cas intéressants de sites portails (exemple d'Africa on line www.africaonline.co.ci) qui héberge les journaux ivoiriens et ghanéens en Afrique de l'Ouest. Ou encore des webzines avec Afrinews Burkina (www.cyberso.com) ou Cyberivoire ( en Côte d'Ivoire, www.cyberivoire.ci).

Tant que bien que mal, les journaux francophones africains essaient de suivre le rythme du cyberjournalisme. Ils ont certes un retard sur l'appropriation de cette nouvelle technologie mais il y a des pas significatifs déjà franchis. La suite de l'aventure dépendra certainement des professionnels des médias à mesurer et maîtriser les enjeux de cette nouvelle technologie dans le contexte socio-économique, culturel et politique qui est le leur.

 

I.1. Les promesses d'une nouvelle technologie

La première grande rencontre de journalistes africains sur la question des NTIC a abouti à la conclusion que "l'Internet n'est pas un gadget [et qu'il] constitue bien une chance pour les médias et la démocratie en Afrique". L'arguments qui motive une telle conclusion, ce sont les "possibilités considérables " que le réseau des réseaux est censé ouvrir aux médias africains :

" - permettre aux médias africains d'accéder aux informations internationales, dont le coût est généralement prohibitif (l'abonnement annuel à une agence de presse équivaut au budget annuel d'une radio locale malienne) ;

- permettre la mise au grand jour, dans les fils de la toile, d'une information journalistique sur l'Afrique produite par des Africains. Et éviter ainsi, notamment aux médias d'un pays africain, de faire un détour par les médias internationaux pour savoir ce qui se passe dans le pays voisin ;

Internet a même été perçu comme une solution à la précarité économique que subissent les médias africains car "il peut ouvrir aux médias de nouveaux marchés (des entrepreneurs, des investisseurs nationaux ou étrangers)" grâce à la diversification des produits d'information vendus2.

Il est incontestable que la technologie révolutionnaire que représente Internet en matière de collecte, de traitement et de diffusion de l'information (comme nous l'avons vu dans la première partie de ce travail) ouvre de nouvelles perspectives pour tous les médias, même africains. Mais les préalables "infrastructurels" et même socioculturels et économiques qu'il nécessite vont sans doute en limiter les effets pour certains.

Sur la base des expériences menées ici et là3, il apparaît pour le moment que de tous les avantages d'Internet, c'est la facilité de communication et donc de réduction des frais de ce chapitre (qui grève bien des budgets) qui est le plus bénéfique pour les médias africains4. C'est grâce à cela que les journaux connectés peuvent assurer une meilleure couverture de l'actualité internationale par la consultation des sources extérieures et améliorer ainsi leur contenu pour le rendre compétitif, s'ils en ont réellement la volonté. Mais comme le déplorait Diana Senghor en juillet 1997, et comme on peut le constater toujours dans l'usage quotidien que les journalistes font d'Internet (et comme nous allons le voir dans le cas du Burkina), "une majorité de médias semblent encore peu conscients ou peu convaincus des avantages qu'ils peuvent tirer d'Internet"1. Alors quant à faire du Net un véritable nouveau terrain de combat médiatique, il y a encore du chemin à faire.

 

I.2. Gare aux désillusions

Pour les médias africains (tout comme pour les autres aussi), l'un des principaux obstacles sur les autoroutes de l'information est le financement des sites, la possibilité de se connecter au réseau et surtout d'y vivre. Croire que se connecter, publier sur Internet est une solution pour contourner la précarité économique qui a décimé beaucoup de journaux nés du printemps médiatique du début des années 90 peut être un leurre dangereux.

Nous l'avons vu dans la première partie de ce travail, le financement des sites Web coûte cher ; tout comme le financement des journaux imprimés. Ce qui conduit les éditeurs à recourir à des montages financiers pas toujours garants de l'intégrité de l'information, à des "moyens divers et pas toujours avouables" pour éponger les déficits2. André-Jean Tudesq nous rappelle qu' "en Afrique francophone, la presse n'attire pas les capitaux des hommes d'affaires africains, soit qu'elle n'apparaît pas rentable, soit que la pression des gouvernants ou seulement la crainte de leur déplaire les éloigne d'investir dans la presse indépendante, soit parce que la classe commerçante, peu instruite, attache peu d'intérêt à la presse"3. L'Etat et les organismes de coopération internationale sont donc demeurés jusqu'ici les deux principaux tuteurs des médias sans les subventions desquels beaucoup s'effondreraient. Ces deux mécènes continueront-ils à faire pour la version électronique ce qu'ils font pour la version imprimée ?

En effet, l'ouverture aux marchés et aux investisseurs extérieurs qu'Internet est censé assurer aux journaux en ligne reste bien hypothétique. Si les tendances actuelles font de la publicité la principale source de recettes pour les médias en ligne, il faut souligner qu'il s'agit de publicité assurée par les grosses multinationales qui veulent maîtriser le marché du commerce électronique. Malheureusement en la matière, l'Afrique semble peu vendable. Car si les processus de privatisation des économies nationales ont attiré en Afrique des firmes internationales, on note leur présence dans quelques branches comme les télécommunications ; le secteur de la presse attire peu ou pas du tout. Un autre signe en est que le mouvement de fusion et de constitution de grands groupes dans le multimédia n'a pas encore touché l'Afrique.

Cette indifférence envers le marché africain pourrait avoir pour cause les médias en ligne ! Parce que la tranche de la population africaine qui peut intéresser ceux qui investissent dans la cyberpresse, c'est la classe des salariés d'un certain niveau intellectuel et qui a un certain pouvoir d'achat. C'est aussi dans ce groupe que l'on retrouve les internautes qui naviguent sur les réseaux pour faire de la recherche, échanger avec leurs collègues du Nord ou pour s'informer. On n'a donc pas besoin de passer forcément par des sites africains pour les toucher. Pascal Renaud a justement parlé de "désertification du Sud" pour qualifier cette tendance des grosses firmes à investir un minimum en Afrique, pour en retirer le maximum.

Quant aux recettes publicitaires que les médias en ligne pourraient générer au plan national, la question reste posée. Du reste, les recettes publicitaires ont rarement été source de gros bénéfices pour les journaux en Afrique comme c'est le cas en Occident. A côté de l'audiovisuel qui touche facilement plus de monde dans ces sociétés où l'analphabétisme est très étendu et où la télévision et surtout la radio sont les médias les plus accessibles et par conséquent les plus populaires, les journaux n'avaient que la portion congrue1.

On en arrive ainsi au problème du lectorat des journaux en ligne. Si la mise sur Internet permet d'élargir le bassin des lecteurs des journaux, nous avons vu plus haut que les lecteurs expatriés en sont la frange la plus dynamique. Cela est encore plus vrai en ce qui concerne les médias africains. L'ordre mondial de l'information qui accorde peu de place aux nouvelles africaines a fait d'Internet un moyen providentiel d'information pour ceux qui sont hors de leur pays. Les éditeurs, quand ils arrivent à établir des statistiques, soulignent ainsi la forte présence de la diaspora africaine qui constitue même la plus grosse partie des cyberlecteurs ; ce qui rend réel le risque évoqué plus haut et qui est de voir les journaux en ligne produire une information extravertie pour répondre aux attentes de ce lectorat1.

Dans de telles conditions, il est difficile d'espérer faire d'Internet un moyen de désenclavement et de démocratisation de la presse, plus que ne le font les journaux imprimés. Surtout quand l'inaccessibilité de la presse écrite pour plus de la moitié des populations (pour cause d'analphabétisme) se conjugue avec l'inaccessibilité des infrastructures nécessaires pour se connecter à Internet : une étude sur la connectivité du Bénin rappelle ainsi que l'infrastructure Internet (ordinateur, modem, téléphone) coûte environ 1 800 000 FCFA, soit environ 9 ans de revenus pour le Béninois moyen2. Même si, selon la loi de Moore3, les coûts des matériels informatiques baissent de moitié tous les dix-huit mois, ce n'est pas demain qu'un PC aura le même prix qu'un poste récepteur radio. La radio qui restera pour encore longtemps le moyen le plus populaire de transport et de transmission de l'information en Afrique4.

Les partenaires traditionnels de la presse africaine semblent avoir saisi les avantages et aussi les dangers que les nouvelles technologies représentent pour les médias africains. Avant et après le séminaire de Dakar en juillet 1997, d'autres rencontres et initiatives ont vu le jour pour les accompagner sur les autoroutes de l'information.

II. Les réseaux coopératifs

Le séminaire de Dakar de juillet 1997 avait conclu qu'Internet n'était pas un gadget et qu'il pouvait bien aider les journaux africains à résoudre certaines de leurs difficultés. Beaucoup d'autres rencontres ou initiatives financées par les organismes de coopération internationale ou bilatérale sur le continent seront basées sur la même conviction. En avril 1998, Radio France Internationale organisait à Ouagadougou le premier séminaire sur le réseau ARPINET (Cf. Infra ). Occasion pour l'ambassadeur de France à Ouagadougou de souligner que les applications des nouvelles technologies concernent au premier chef la communication et qu'elles "constituent une réalité significative, pleine de promesses".

Depuis ces premières rencontres, plusieurs projets ont été mis en œuvre pour aider à introduire les nouvelles technologies de l'information et de la communication dans la presse africaine et précisément la presse francophone africaine car dans beaucoup de pays anglophones (exemple de Misanet1 en Afrique australe), la presse avait une longueur d'avance, tout comme les autres secteurs socio-économiques, par rapport aux francophones.

Aujourd'hui, on compte quatre réseaux d'envergure régionale, avec comme objectif d'accompagner les médias africains sur les réseaux électroniques d'information et de susciter et entretenir la coopération entre eux.

 

 

II.1. Le réseau ARPINET

Le "Réseau électronique africain de partage de l'information" dénommé ARPINET a été initié en 1997 par Médias France Intercontinents (MFI), une section de radio France Internationale, avec le soutien du ministère français délégué à la coopération.

Son objectif, selon ses promoteurs, est de "mettre en place un système souple qui permet l'articulation entre les technologies E-mail, intranet et Internet, par logiciels de type BBS, qui puisse s'adapter immédiatement aux parcs informatiques existants dans les médias africains, et à terme, évoluer avec ces derniers ; de permettre un accès multidirectionnel à l'information avec un coût minimum par les utilisateurs africains (tarifs téléphoniques locaux), et une circulation Nord-Sud, Sud-Sud et Sud-Nord des contenus du réseau"1.

ARPINET qui a été conçu comme un système propriétaire devrait s'articuler autour de serveurs installés au Burkina Faso, à Madagascar, au Sénégal, au Mali et au Bénin. En juin 1999, trois serveurs étaient fonctionnels : Madagascar, Burkina Faso et Côte d'Ivoire. Au Burkina, les quotidiens (quatre) et l'Agence d'information du Burkina (AIB) ont été connectés, et d'autres devaient suivre2.

ARPINET voulait permettre à "un ensemble de médias africains de se constituer en communauté électronique afin que chaque partenaire puisse s'informer en partageant les informations d'une base de données commune, échanger par le biais d'une messagerie électronique, produire et devenir source d'informations pour l'ensemble de la communauté" selon le vœu de ses initiateurs. Comme le craignait Sandra Coulibaly, "seule la participation active des journaux du Sud, par la fourniture de contenus rédactionnels, assurera la crédibilité de ce réseau en terme d'échanges Nord/Sud. Sinon, ARPINET, pourrait rapidement être perçu comme un simple canal de diffusion (certes plus performant en terme de délai pour les destinataires) des articles, dossiers et dépêches MFI, mais dont le principal bénéficiaire serait en fin de compte MFI, qui se dispenserait ainsi, d'un envoi onéreux par voie postale de ses productions …"3.

C'est malheureusement ce qui semble se passer, au Burkina en tout cas. Un usager du réseau que nous avons interrogé parle ainsi "d'absence de mordus de l'informatique" pour animer le réseau.

II.2. Le réseau MEDIAF

La plate-forme virtuelle d'échange d'informations de la presse francophone (MEDIAF) est un projet de l'Agence de la Francophonie dans le cadre du Fonds francophone des inforoutes (www.francophonie.org/fonds). Il a pour objectif, selon la plaquette de présentation officielle de constituer et développer un "lieu virtuel", plate-forme dédiée à l'échange et au partage d'informations entre médias francophones du Nord et du Sud, de mettre en place un site permettant le dépôt, l'échange, l'accès à des documents (articles, dossiers documentaires, etc.), de créer et mettre en ligne des modules de formation permettant d'initier en priorité des journalistes des entreprises de presse du Sud aux technologies de l'information et de la documentation.

Le réseau regroupe le Bénin, le Cameroun, la Côte d'Ivoire, le Mali, Madagascar, l'île Maurice, le Sénégal, la Tunisie. Après des concertations entre les différents partenaires, une rédaction virtuelle a été mise en place et la responsabilité confiée à un journaliste du quotidien Le soleil (Sénégal) 1. Ce réseau aussi semble connaître quelques difficultés ou lenteurs pour sa mise en œuvre.

 

II.3.Le réseau "Presse Afrique"

Baptisé au départ SEPNET, le réseau 'Presse-Afrique" est un projet financé par la coopération suisse et piloté par l'Union Internationale des Journalistes de la Presse de Langue Française (www.francophonie.org/UIJPLF). Il intéressait au départ quatre journaux en Afrique de l'Ouest : La Gazette du Golfe (Bénin), L'Observateur Paalga(Burkina), Les Echos (Mali) et Sud quotidien (Sénégal). Des journaux pionniers de la presse privée et qui se sont regroupés avec d'autres publications en une Société des Editeurs de la Presse indépendante.

Le réseau est aujourd'hui opérationel et regroupe Les Echos (Mali), Le Jour (Côte d'Ivoire), L'Observateur Paalga(Burkina Faso), Le Républicain (Niger) et Sud Quotidien (Sénégal). Il se résume en un site portail où on peut accéder à ces publications. Le site dénommé "Presse Afrique" ( www.sudonline.sn/presse-afrique/) est hébergé sur le serveur du Groupe Sud (Sénégal).

II.4. Les "sites médias"

Les "sites médias" sont une initiative de l'Institut Panos de Dakar mais d'autres organismes participent à leur financement. Ils ne se limitent pas aux médias francophones. Ils sont conçus comme des relais des médias nationaux et s'insèrent dans des structures déjà existantes comme les "Maisons de la presse". Le premier site a vu le jour au Mali et le deuxième au Ghana (www.ghanamedia.com).

Comme ce dernier exemple, les "sites médias" ont pour philosophie de permettre aux journalistes d'avoir accès à Internet grâce à la mise à disposition du matériel de base dans un cadre collectif, d'être des lieux de rencontre pour des échanges professionnels et associatifs et de permettre aux journaux n'ayant pas de sites propres de s'afficher sur Internet à travers une sélection d'articles régulièrement mis à jour1.

Le réseau devrait s'étendre à d'autres pays comme le Burkina où un séminaire s'est tenu à ce propos en décembre 19982. Mais en juillet 1999, ce dernier " site médias" n'avait pas encore vu le jour.

Les "sites médias" sont un volet du programme "Médias pour une Afrique de l'Ouest Démocratique" (MAOD) animé par l'Institut Panos et qui dépasse le simple cadre d'un réseau électronique car il "vise à renforcer le rôle des médias dans le processus de démocratisation de l'Afrique de l'Ouest"3. Basé à Dakar, c'est la version régionale de l'Institut PANOS Paris avec pour objectifs d'accompagner les acteurs du secteur des médias à "relever les défis -renouvelés- d'une information pluraliste, susceptible d'enraciner et de développer une véritable culture démocratique chez les citoyens".

Dans le cadre précis des nouvelles technologies de l'information et de la communication, MAOD développe plusieurs initiatives comme le répertoire des journaux ouest-africains, une galerie virtuelle de photojournalisme, etc. accessibles sur son site.

Ce que l'on peut retenir de ces différentes initiatives qui visent à favoriser la maîtrise des NTIC par les professionnels des médias africains dans des cadres africains, c'est que leur succès est encore très mitigé. Il est sans doute trop tôt pour faire le bilan. Pour le moment, on note un manque d'engouement capable de faire exister véritablement ces structures dont la survie dépend entièrement du dynamisme de leurs membres. Peut-être qu'il faut souligner ici le cloisonnement et l'atomisation de la presse africaine que dénonçait Diana Senghor lors du séminaire de Dakar et qui fait que "pour avoir des nouvelles sur la Zambie, le Républicain au Mali ne s'adressera pas au Post de Lusaka, mais à l'AFP qui s'en moque"1.

Malgré l'existence de structures associatives anciennes au plan régional (Union Internationale des Journalistes de la Presse de Langue Française, Union des Journalistes de l'Afrique de l'Ouest) au plan national (dans presque tous les pays il existe au moins une association et/ou des centres ou maisons de presse), malgré l'organisation de nombreux séminaires et rencontres, une coopération véritable entre les professionnels des médias est souvent inexistante. A cause peut-être de la concurrence, somme toute normale, entre vendeurs d'un même produit qu'est l'information ? Néanmoins, avec les nouvelles technologies, on enregistre parfois quelques beaux exemples de coopération2. Les nouvelles facilités de communication vont-elles stimuler le besoin d'échange entre médias régionaux ?

L'enquête que nous avons faite dans le milieu de la presse burkinabè nous donne quelques éléments de réponse sur le comportement des professionnels des médias. Un comportement qui est parfois loin des discours positifs qu'ils tiennent sur les vertus des nouvelles technologies.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE II

La presse burkinabè et les NTIC

 

Les premières expériences d'utilisation des ressources d'Internet au Burkina datent de 1992 avec le RIO (Réseau intertropical d'ordinateurs) développé par l'ORSTOM. Les utilisateurs étaient surtout des chercheurs de cette institution, des universitaires, des chercheurs du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST) ainsi que des ONG et des représentations diplomatiques.

En 1994, le centre SYFED (Système francophone d'édition électronique et de diffusion) a ouvert ses portes à l'université de Ouagadougou et a également offert un service de messagerie électronique en plus de la possibilité d'accéder à des bases de données en passant par une émulation du Minitel.

La connexion du Burkina Faso au réseau Internet en "full IP" remonte à décembre 1996 avec l'établissement d'une passerelle provisoire lors du sommet France-Afrique à Ouagadougou. Elle a été effectuée grâce à la collaboration de trois institutions (Radio France Internationale, l'Office nationale des télécommunications du Burkina et le Centre SYFED). Elle a permis la couverture médiatique du sommet sur Internet.

En février 1997, lors de l'ouverture du Festival Panafricain de Cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), la connexion définitive au réseau mondial a été établie. L'ONATEL (www.onatel.bf) a mis en service le nœud national, Fasonet, vers le Canada, pour un investissement d'environ 600 millions de francs CFA, financés sur fonds propres. Fasonet a démarré avec une liaison à 64 Kb/s qui est passée à 256 KB/s en janvier 1998. Elle devrait évoluer pour atteindre un débit de 512 Kb/s.

En septembre 1997, la Délégation générale à l'informatique (www.delgi.gov.bf) a créé une passerelle sur le nœud national pour constituer un réseau au profit de l'administration publique : les fonctionnaires peuvent se connecter gratuitement à Internet en passant par ce réseau dénommé Réseau informatique national de l'administration (RESINA).

La même année, le Centre national de traitement de l'information (CENATRIN www.cenatrin.bf) a établi une autre passerelle à titre commercial et est ainsi devenu fournisseur de services Internet. Fin décembre 1997, le nombre d'ordinateurs connectés à Internet était estimé à 900 par la Délégation générale à l'informatique. En mai 1998, Fasonet comptait quelque 1200 abonnés, le RESINA 600 et le CENATRIN 1151.

Depuis novembre 1998, la société de services informatiques LIPTINFOR (www.liptinfor.bf) est devenue le troisième fournisseur de services Internet. La création prochaine d'autres sociétés prestataires de services Internet est annoncée2.

En mars 1998, le Burkina Faso avait une densité téléphonique de 0,32, avec 13 100 lignes téléphoniques ayant connu un taux de croissance de 13,2% entre 1990 et 19953. Quant au parc informatique, il est passé de 1 000 micro-ordinateurs en 1990 à 2 700 en 1995 pour des investissements estimés à 7 milliards de FCFA, soit 1,67% des investissements globaux du pays4.

Ces données statistiques peuvent être intéressantes pour apprécier l'impact des nouvelles technologies sur les médias et sur les populations dans un pays classé parmi les plus pauvres du monde et où le taux d'alphabétisation des adultes reste l'un des plus bas comme nous verrons plus loin.

 

 

I. Le paysage médiatique burkinabè

Le Burkina Faso connaît aujourd'hui un paysage médiatique qui résulte du processus de démocratisation enclenché avec l'adoption de la constitution de la IVè République en juin 1991. Sous le règne des précédents Républiques et régimes d'exception (trois Républiques et six régimes militaires) qui se sont succédé depuis l'indépendance du pays en 1960, la presse a connu des fortunes diverses1, avec dans l'ensemble une forte prédominance de la presse d'Etat.

En décembre 1993, dans le cadre de l'Etat de droit institué par la constitution votée deux ans plutôt, un Code l'information a été adopté pour fixer le cadre d'exercice de la liberté de presse. A cette date, on comptait plus de 129 titres de journaux officiellement enregistrés2. Mais en février 1998, on recensait seulement une vingtaine de titres paraissant effectivement et plus ou moins régulièrement. Certains ont connu une existence éphémère ou n'ont jamais mis un seul numéro sur le marché, se limitant à un simple récépissé de déclaration d'existence. A la même époque, on relevait dans le domaine audio-visuel 32 stations de radio et une station privée de télévision émettant sur le territoire3.

D'une manière générale, l'épanouissement des médias reste confronté à la faiblesse du taux d'alphabétisation et du pouvoir d'achat. Le Burkina Faso a en effet un PNB évalué en 1995 à 240 dollars EU par tête d'habitant. Quant au taux d'alphabétisation, le PNUD (rapport 1997) notait qu'en 1994, "22,2% de la population de plus de 15 ans sait lire, écrire et comprendre un texte court dans une langue quelconque". Mais l'on constate de très grandes disparités entre villes et campagnes car si Ouagadougou et Bobo Dioulasso (les deux principales villes) ont des taux de l'ordre de 55%, les provinces les moins alphabétisées ont des taux oscillant entre 5% et 10%4.

La conséquence sur la presse écrite, c'est le nombre réduit des lecteurs potentiels : Ouagadougou, la capitale enregistrait 43,3% de lecteurs de quotidiens en 19915. Cela, bien sûr se répercute sur le tirage des journaux qui est très faible dans l'ensemble, même par rapport à d'autres pays africains. L'Observateur Paalgaqui passe pour être le quotidien le plus lu a un tirage qui plafonne à 11 000 exemplaires pour son édition du vendredi qui est le plus prisé des lecteurs. Les autres quotidiens (Sidwaya, Le journal du soir, Le Pays, etc.) ont des tirages moyens de 3000 exemplaires. Les principaux hebdomadaires (L'Indépendant, le Journal du jeudi), tirent à quelque 9 000 exemplaires.

En termes d'abonnés, la situation est encore plus difficile : par exemple, le quotidien L'Observateur Paalgaa un millier d'abonnés burkinabè et une soixantaine à l'étranger (Afrique, Europe, Amérique) ; l'hebdomadaire satirique Journal du jeudi enregistre 180 abonnés nationaux et 65 étrangers1. Précisions importantes, certains abonnés souscrivent pour plusieurs exemplaires (parfois plus de dix) et d'une manière générale au Burkina, un exemplaire peut être lu par en moyenne dix personnes2. Ce qui augmente considérablement l'audience des journaux, bien au-delà des simples statistiques de tirage et d'abonnement. Mais ce qui n'en fait pas pour autant un marché économique vraiment rentable

Néanmoins, sur la base de cette audience très relative des journaux burkinabè, on peut émettre l'hypothèse que même si leur mise sur Internet permettra d'élargir leur lectorat, celui-ci ne sera pas extraordinaire. Car si le problème de distribution qui sera de ce fait résolu est l'un des handicaps majeurs à son épanouissement, il n'explique pas à lui seul la très faible visibilité internationale de cette presse. Nous pensons que l'audience de la presse burkinabè est fonction de l'importance du pays lui-même sur l'échiquier international et sur ce plan, Internet peut aussi changer des choses mais ne fera pas de miracle. Sans oublier que le succès des versions en ligne est très souvent fonction de la notoriété du journal imprimé qui, comme nous l'avons vu plus haut est considérée comme la garantie de qualité par les internautes.

 

 

I.1. Les médias dans la société de l'information au Burkina

La mise en place de la société de l'information au Burkina Faso a fait l'objet d'un atelier national qui s'est tenu à Ouagadougou en mars 1996 et qui a réuni plusieurs dizaines de personnes représentant tous les secteurs d'activité. Cinq pôles de développement ont été retenus. Ils comprennent le développement des services de base et des services télématiques, la valorisation des potentialités économiques et culturelles, la création d'une école "virtuelle" pour tous, la création d'une cité "virtuelle" des sciences et techniques et le développement de l'expertise nationale. Ces pôles de développement ont fait l'objet de projets qui ont été soumis aux partenaires de développement, notamment lors du sommet du G7 tenu en Afrique du Sud en mai 1996.

Par la suite, plusieurs réseaux ont été mis en place pour structurer les différents secteurs de développement de la société de l'information. L'appropriation des nouvelles technologies par les médias burkinabè devait ainsi se faire dans le cadre du Réseau national de l'information et de la communication (RENICOM).

Selon le projet conçu par la Délégation générale à l'informatique, le RENICOM devait bénéficier d'un réseau local autonome (connecté au nœud national par une ligne spécialisée et avec le matériel informatique de base nécessaire : serveurs, lignes téléphoniques, etc.). Le serveur devait abriter les sites Web de la presse et offrir aux journalistes "la possibilité de s'insérer dans les réseaux virtuels d'échange de leur communauté". D'un coût de plus de 10 000 dollars EU assuré par le PNUD dans le cadre de "l'Initiative Internet pour l'Afrique", ce dispositif devait "faciliter la circulation de l'information à l'intérieur du pays et avec le reste du monde et permettre au monde de la presse de comprendre les enjeux liés aux NTIC et de s'associer à leur promotion"1.

Si le RENICOM, en tant que structure associative, a effectivement vu le jour, il est toujours loin de remplir ses objectifs. Comme il fallait s'y attendre, les multiples initiatives de bailleurs de fonds extérieurs ont créé un certain télescopage. Ainsi, le RENICOM a hérité du serveur installé par RFI/MFI dans le cadre du réseau ARPINET. L'Institut Panos qui voulait installer un serveur dans le cadre de son programme de "sites médias" a décidé de conforter la gestion d'ARPINET. Jusqu'en juin 1999, celui-ci connaissait une certaine léthargie, à laquelle n'étaient pas étrangers "des problèmes de collaboration entre directeurs d'organes"2 et aussi des problèmes administratifs où transparaît une certaine volonté de la Délégation générale à l'informatique (structure étatique et politique) de contrôler le ton des articles qui sont publiés.

Hors du RENICOM qui a des difficultés à conduire les médias burkinabè sur les autoroutes de l'information, il existe d'autres initiatives, parfois individuelles, qui tentent d'appliquer les nouvelles technologies aux médias.

 

I.2. Etat des lieux

Le Centre SYFED de Ouagadougou a effectué les premiers essais de médias sur Internet. Il a proposé lors de la connexion provisoire du Burkina à l'Internet en décembre 1996, d'héberger sur son serveur des journaux burkinabè. Cela s'est traduit par la mise en ligne de la carte de visite de deux organes de presse : L'Observateur Paalgaet Sidwaya. Le premier a affiché les logos de ses deux publications (le quotidien et l'hebdomadaire). Quant à Sidwaya, il a aussi affiché son logo et quelques photos avant de publier certains articles de son hebdomadaire (Sidwaya Hebdo) qui sera créé quelques mois plus tard. Ces expériences sont toujours visibles sur le site du SYFED (www.bf.refer.org). Elles se réduisent à des pages statiques qui n'ont jamais été modifiées depuis, sauf pour Sidwaya Hebdo. A part le Festival panafricain de cinéma et de la télévision de Ouagadougou qui avait créé un site pour publier des informations sur le cinéma africain, Sidwaya Hebdo a été la première expérience de média d'informations générales sur Internet au Burkina. Même dans son cas, il s'agissait uniquement de la rubrique "Multimédia" du journal, traitant des sujets liés à l'Internet et à l'informatique en général.

Alors rédacteur en chef de cette publication, nous avions proposé de le mettre en ligne sur le serveur du Centre SYFED. Ce qu'a accepté le responsable de cette institution. Il était même prévu de mettre en ligne d'autres rubriques du journal. Non seulement cela n'a pas été fait mais très vite, l'expérience s'est heurtée à des problèmes administratifs et techniques de coordination. Quelques pages contenant des articles entiers ou des titres d'articles ont effectivement été mis en ligne. Mais depuis juin 1998, elles n'ont pas été modifiées. L'intérêt de cette expérience s'étant limité aux premières personnes qui étaient impliquées.

L'hebdomadaire satirique le Journal du jeudi a aussi été présent sur le Net quelques temps. Il s'agissait de la page de présentation du journal, du bulletin d'abonnement et de "la Une" de l'édition en cours et de quelques dossiers. La mise en ligne qui était assurée par la société Mygale a été interrompue quand Mygale a fusionné avec une autre société pour créer le site francophone Multimania (www.multimania.fr). Le journal préparerait actuellement un nouveau site d'informations en ligne1.

Les sites de journaux burkinabè dignes d'intérêt aujourd'hui sont ceux de l'Agence d'Information du Burkina (AIB) et L'Observateur Paalga. Le site de l'AIB est hébergé par la Délégation générale à l'informatique (www.primature.gov.bf/actualite). Il contient des articles sur l'actualité politique, économique, sociale et sportive du Burkina mais irrégulièrement mis à jour. Sa page la plus intéressante est la revue de la presse burkinabè qui est quotidiennement présentée.

En mars 1999, L'Observateur Paalgaa lancé un nouveau site (www.cenatrin.bf/obs) hébergé par le Centre national de traitement de l'information, un fournisseur privé de services informatiques. Le site qui aurait coûté environ deux millions de francs est né dans le cadre du réseau "Presse Afrique". Mais la gestion du site souffre encore de graves difficultés techniques selon ses responsables1 et jusqu'en mi-juillet 1999, il n'avait été mis à jour qu'une fois après son lancement et le dernier numéro sur le site remontait à près d'un mois.

Les médias burkinabè ont aussi un webzine. Afrinews Burkina (www.cyberso.com). Lancé en début 1998, il propose des informations services, des éditoriaux, et l'actualité traitée en brève. Mais depuis mars 1999, cette dernière partie du site n'est plus mise à jour. Afrinews, bénéficie de publicité, (un bandeau de la compagnie Air Burkina jusqu'en juillet 1999) et de quelques sponsors (essentiellement des moteurs de recherche comme Yahoo, Woyaa, qui sont cités, sans bandeau). Il propose un forum de discussion. Le site Cyberso qui publie Afrinews serait hébergé aux Etats-Unis. Il contient aussi des pages de deux radios burkinabè (Horizon FM et Radio Energie).

En matière d'audiovisuel, en plus de ces deux radios, la télévision nationale du Burkina a également un site (www.tnb.bf ). Lancé en février 1999, il ne contient que quelques pages de présentation de cet organe de presse étatique et quelques articles d'informations culturelles. Depuis sa mise en ligne, il n'a jamais été mis à jour. Aucun média audiovisuel ne diffuse des émissions en direct ou en différé sur Internet.

Le phénomène de la presse en ligne reste donc embryonnaire au Burkina. Ce que l'on constate, c'est qu'il existe des possibilités déjà offertes de profiter des ressources du Net, à peu de frais, mais les professionnels des médias, comme le déplorait Diana Senghor, semblent en être peu convaincus. Ce qui ne les empêche pas d'avoir un discours très positif sur les atouts d'Internet comme nous l'avons relevé dans les enquêtes effectuées dans le milieu et qui suivent.

 

 

II. Les professionnels des médias et les NTIC

 

Pour déterminer l'utilisation que les journalistes de la presse écrite font ou veulent faire avec les nouvelles technologies de l'information et de la communication, nous avons effectué des enquêtes, sous forme de questionnaires. La première s'est intéressée aux directeurs de publication des journaux et la seconde aux journalistes. Elles ont eu lieu entre fin septembre et début novembre 1998.

La méthodologie utilisée a été d'adresser des fiches avec surtout des questions ouvertes pour pouvoir, malgré la difficulté de traitement, recueillir l'opinion des professionnels des médias avec une certaine fidélité.

L'échantillon est constitué des six principaux titres de la presse écrite burkinabè : L'Observateur Paalga (un quotidien et un hebdomadaire), Sidwaya (un quotidien, un hebdomadaire et un mensuel), Le Pays (un quotidien, un hebdomadaire et un mensuel), Le Journal du soir (un quotidien), le Journal du jeudi (un hebdomadaire), L'opinion (un hebdomadaire).

L'interprétation des résultats fait appel aussi à beaucoup d'analyses empiriques dues à notre expérience personnelle du milieu de la presse pour y avoir travaillé pendant plus de sept ans et aussi pour avoir travaillé pendant deux ans (au moment où se mettait en place l'Internet au Burkina) à la Délégation générale à l'informatique qui coordonne la politique nationale du Burkina en matière d'informatique.

Cinq directeurs de publication sur six1 ont répondu au questionnaire ainsi que 44 journalistes sur un total de 54 que nous avons recensé dans les rédactions de ces publications. Nous traiterons donc les résultats selon les enquêtés, c'est-à-dire les directeurs de publication (1) et les journalistes (2).

 

II.1. Les directeurs de publication et les NTIC

Le questionnaire des directeurs de publication se subdivise en trois parties comprenant les ressources (humaines et techniques) de leur rédaction (A), les usages qu'ils font des nouvelles technologies (B) et ce qu'ils pensent d'Internet et de ses contraintes d'utilisation(C).

  1. Les ressources des rédactions
  2. Tableau 1- La gestion des ressources humaines

     

    Nombre de journaliste

    Journalistes sachant utiliser l'ordinateur

    L’Observateur Paalga

    15

     

    Le Journal du soir

    9

     

    le Journal du jeudi

    3

    3

    L’Opinion

    4

    2

    Editions Sidwaya

    23

     

    Total

    54

     

    Source: enquête 1998

    Ce qui nous intéressait ici, outre le nombre des journalistes, c'était la gestion même des ressources humaines. Comme on peut le remarquer, beaucoup de responsables de journaux n'ont pas pu préciser le nombre de leurs journalistes sachant utiliser l'ordinateur. Ce qui traduit sans doute l'absence de politique en matière de formation de leurs agents aux nouvelles technologies. Les rares agents à avoir bénéficié de formation, comme nous le verrons plus loin, l'ont été au gré des séminaires que proposaient des partenaires extérieurs.

    Tableau 2- Les équipements des rédactions

     

    Ordinateurs

    Modems

    Agence de presse

    L’Observateur Paalga

    5-10

    Oui

    Oui

    AFP / AIB 50 00/mois

    Le Journal du soir

    -5

    Non

    Non

     

    le Journal du jeudi

    -5

    1

    Non

     

    L’Opinion

    -5

    1

    Non

     

    Editions Sidwaya

    5- 10

    2

    Oui

    AFP / AIB Coût non indiqué

    Source: enquête 1998

    Tous les journaux ont au moins un ordinateur et au moins un modem, à part Le Journal du soir. On note déjà ici une sous-exploitation des ressources d'Internet dans le cas de L’Observateur qui, bien que connecté à Internet, continue à payer un abonnement à l'Agence d'information du Burkina pour exploiter les dépêches de l'AFP ; alors qu'il pourrait passer par Internet pour les avoir gratuitement. On peut comprendre que Sidwaya reste abonné à l'Agence car ces deux organes de presse relèvent tous du gouvernement et que le premier ne supporte donc aucun frais pour les prestations du second.

    Tableau 3- Le mode d'acquisition des ordinateurs

     

    Ressources propres

    Don

    L’Observateur Paalga

    x

    x

    Le Journal du soir

    x

     

    le Journal du jeudi

    x

    x

    L’Opinion

    x

     

    Editions Sidwaya

    x

     

    Total

     

     

    Source: enquête 1998

    On relève ainsi les efforts consentis (sur des budgets parfois étriqués) pour se doter en matériels informatiques, même si certaines publications ont par ailleurs bénéficié de dons. Mais l'exploitation qui est faite des machines n'est pas toujours à la hauteur de cet effort.

     

  3. Les usages des nouvelles technologies

Tableau 4- Les usages des ordinateurs

 

Secrétariat

PAO

Photocomposition

Connexion Internet

L’Observateur Paalga

x

x

x

x

Le Journal du soir

 

x

x

 

le Journal du jeudi

x

x

x

x

L’Opinion

x

x

x

x

Editions Sidwaya

x

x

x

x

Source: enquête 1998

Les ordinateurs des journaux servent essentiellement à des tâches de bureautique. Par observation, nous avons relevé qu'à part le service de rédaction de Sidwaya (deux ordinateurs) et celui du Journal du jeudi (trois ordinateurs), les autres n'en ont pas. le Journal du jeudi est ainsi la seule publication où les journalistes écrivent leurs textes directement à l'ordinateur. Pour les autres rédactions, c'est une cellule dite de photocomposition qui est chargée de cette tâche. Les journalistes rédigent leurs articles à la main.

 

Tableau 5- L'accès à Internet

 

Connexion

Durée

Ressources

Mode

Fournisseur

L’Observateur Paalga

Oui

-1 an

propres

RTC

ONATEL

Le Journal du soir

Non

 

 

 

 

le Journal du jeudi

Oui

-1 an

propres

RTC

ONATEL

L’Opinion

Oui

- 1 an

propres

RTC

CENATRIN

Editions Sidwaya

Oui

- 1an

propres

RTC

ONATEL

Source: enquête 1998

Quatre sur cinq journaux sont connectés à Internet et ils l'ont tous fait sur des fonds propres. Ce qui a priori suppose une prise de conscience de l'utilité d'Internet. Mais l'utilisation qui est faite de cette technologie est en deçà des possibilités qu'elle offre.

 

Tableau 6- L'existence d'une édition électronique

 

Existence

Durée

Contenu

Partenariat

L’Observateur Paalga

Non

 

 

 

Le Journal du soir

Non

 

 

 

 

 

le Journal du jeudi

Oui

- 1 an

Informations politiques, économiques et culturelles

Mygale

L’Opinion

Non

 

 

 

Editions Sidwaya

Non

 

 

 

Source: enquête 1998

Il est intéressant de relever que Sidwaya et L'Observateur Paalga disent ne pas avoir de site et ne signalent même pas l'existence des pages dont ils disposent sur le serveur du centre SYFED. Pourtant cet organisme leur offrait la possibilité de les alimenter de manière consistante. Une autre preuve peut-être du manque de conviction quant à l'utilité réelle du Web.

Quant au Journal du jeudi, le site dont il signale l'existence a disparu depuis lors comme nous l'avons souligné plus haut.

Tableau 7- Les projets d'édition électronique

 

Existence

Contenu

Délai de réalisation

Partenariat

L’Observateur Paalga

Oui

 

?

Coopération Suisse

UIJPLF

Le Journal du soir

 

 

 

 

le Journal du jeudi

 

 

 

 

L’Opinion

Oui

 

6 mois- 1an

Oui

Editions Sidwaya

Oui

 

6 mois

Oui

Source: enquête 1998

A part le Journal du jeudi qui avait déjà un site à l'époque de l'enquête et Le journal du soir qui n'est pas connecté à Internet, les autres qui le sont, disent avoir des projets de version électronique. Des projets qui devaient se concrétiser dans des délais de six mois à un an pour Sidwaya et L'opinion. Mais près d'un an après, il n'en est toujours rien. Seul L'Observateur a pu réaliser le sien. Il était le seul aussi à bénéficier d'un partenariat bien identifié, la coopération suisse avec le projet "Presse Afrique". Par ailleurs ceux qui disent avoir des projets de publication en ligne ne précisent pas le contenu qu'ils veulent y mettre.

 

C. Le discours des directeurs de publication sur Internet

De l'utilité d'Internet

Les directeurs de publication sont unanimes pour dire que l'Internet est utile et qu'il n'est pas un gadget. Les arguments qu'ils donnent pour appuyer cela se résument comme suit :

 

Tableau 8- De la nécessité de la connexion à Internet selon les directeurs de publication

 

indispensable

non indispensable

L’Observateur Paalga

 

x

Le Journal du soir

x

 

le Journal du jeudi

 

x

L’Opinion

x

 

Editions Sidwaya

x

 

Total

 

 

Source: enquête 1998 Source: enquête 1998

Malgré le fait qu'ils soient déjà connectés pour la plupart, ou qu'ils disent avoir des projets d'édition en ligne, près de la moitié des directeurs de publication que nous avons interrogés trouvent qu'il n'est pas indispensable aujourd'hui pour un journal d'être connectés à Internet. Constat curieux, Le Journal du soir qui n'est pas connecté trouve pourtant que c'est indispensable de publier en ligne (même s'il ne donne pas d'arguments) alors que L'Observateur Paalga (qui avait déjà des pages sur le site du centre SYFED et a aujourd'hui son propre site) et le Journal du jeudi (qui à l'époque publiait quelques pages sur Mygale) pensent le contraire. Mais leurs arguments ne manquent pas d'intérêt car L'Observateur Paalga affirme que la rentabilité commerciale du journal en ligne n'est pas garantie dans l'immédiat et le Journal du jeudi souligne que pour les journaux qui ont un contenu à intérêt national, il n'est pas indispensable de publier sur Internet. Pourtant ce sont les informations locales qui intéressent une partie importante des cyberlecteurs et il s'agit même de la majorité des lecteurs des cyberjournaux africains.1

Sidwaya et L'opinion qui trouvent la mise en ligne indispensable disent qu'elle permet d'élargir le lectorat, d’attirer donc plus d’annonceurs, d'avoir plus de retombées ; et aussi de s'intégrer dans le monde.

Tableau 9- L'opinion des directeurs de publication sur la maîtrise de l'outil Internet par les journalistes

 

Indispensable

Non indispensable

L’Observateur Paalga

x

 

Le Journal du soir

x

 

le Journal du jeudi

 

x

L’Opinion

 

x

Editions Sidwaya

x

 

Total

3

2

Source: enquête 1998

Trois directeurs de publication pensent qu'il est indispensable pour les journalistes de maîtriser l'utilisation de l'Internet et deux le contraire. Si L'Observateur Paalga et Le journal du soir ne donnent pas d'arguments, le Journal du jeudi trouve que les dépêches des agences de presse suffisent aux journalistes et qu'ils n'ont pas besoin d'Internet (en oubliant sans doute que l'Internet permet d'avoir accès aux dépêches gratuitement jusqu'à présent alors que l'abonnement à l'AIB (qui donne droit à l'exploitation des dépêches de l'AFP) coûte 50 000 francs CFA par mois). L'Opinion pense que l'Internet est seulement utile mais pas indispensable. Sidwaya qui le trouve indispensable souligne la fiabilité et la variété des informations disponibles.

Il faut signaler que Sidwaya était la seule rédaction qui avait plus d'une machine connectée sur Internet et où les journalistes disposaient directement d'ordinateurs connectés dans leur rédaction alors que dans les autres rédactions c'est dans le service de la direction ou même le bureau du directeur qu'il y a la machine connectée.

Tableau 10- L'opinion des directeurs de publication sur la rentabilisation de la presse par Internet

 

Possible

Impossible

L’Observateur Paalga

x

 

Le Journal du soir

x

 

le Journal du jeudi

 

x

L’Opinion

x

 

Editions Sidwaya

x

 

Total

4

1

Source: enquête 1998

Alors qu'ils étaient plus hésitants quant à la nécessité de publier en ligne, les responsables des journaux pensent qu'il est possible d'améliorer la rentabilité de la presse grâce à Internet. L'Observateur Paalga précise que c'est seulement à terme. Le journal du soir, pense que c'est possible parce qu'Internet permet de réduire les coûts de collecte de l'information, L'opinion et Sidwaya pour la promotion du journal qui gagne ainsi plus de lecteurs et d'annonceurs.

Le Journal du jeudi qui est le seul à trouver qu'Internet ne permet pas de rentabiliser la presse dit que les retombées économiques du Net ne sont pas évidentes actuellement.

Tableau 11- L'opinion des directeurs de publication sur le désenclavement de la presse par Internet

 

Possible

L’Observateur Paalga

x

Le Journal du soir

x

le Journal du jeudi

x

L’Opinion

x

Editions Sidwaya

x

Total

5

Source: enquête 1998

Tous les responsables des journaux pensent qu'il est possible de désenclaver la presse grâce à l'Internet et donc de lui donner une meilleure visibilité au plan international. La plupart ne donnent pas d'arguments. L'Opinion qui en donne, affirme que la presse devient plus accessible et le Journal du jeudi parce qu'il permet de vulgariser la spécificité nationale. Pourtant c'est ce journal qui avait trouvé plus haut que la mise en ligne n'était pas indispensable quand le journal avait un contenu national.

Tableau 12- l'opinion des directeurs de publication sur la démocratisation de la presse par Internet

 

Possible

Impossible

L’Observateur Paalga

x

 

Le Journal du soir

x

 

le Journal du jeudi

 

x

L’Opinion

 

x

Editions Sidwaya

x

 

Total

3

2

Source: enquête 1998

A trois contre deux, les directeurs de publication pensent que l'Internet est un support de démocratisation de la presse, qu'il permet donc au plus grand nombre de personnes d'y avoir accès malgré les distances. Mais ceux qui pensent ainsi ne donnent aucun argument. En revanche ce sont ceux qui pensent le contraire qui argumentent : le Journal du jeudi souligne que le journal imprimé reste plus accessible que sa version électronique et L'Opinion que l'Internet est un support élitiste.

 

Tableau 13- Les contraintes à l'utilisation d'Internet dans la presse selon les directeurs de publication

 

L'Observateur Paalga

Le Journal du soir

le Journal du jeudi

L'Opinion

Editions Sidwaya

Total

Formation des ressources humaines

1

4

4

2

3

4

Coût des équipements

2

1

2

1

2

1

Coût de la connexion

4

3

5

 

1

3

Coût des communications

5

2

3

3

4

5

Inexistence d'un lectorat

5

 

1

 

5

2

Source: enquête 1998

Parmi quatre catégories de difficultés que nous avons soumises aux directeurs de publication, le coût des équipements est à leur avis le principal obstacle à l'utilisation d'Internet dans la presse. Au total, on a le classement suivant :

  1. le coût des équipements ;
  2. le coût des communications ;
  3. le coût de la connexion ;
  4. la formation des ressources humaines
  5. l'inexistence d'un lectorat

On note néanmoins quelques incohérences dans ces positions car en matière d'infrastructures, tous les journaux sont assez bien dotés et il y a même une sous-exploitation de ce matériel. Par contre la formation des journalistes qui n'est pas négligeable vient en avant dernière position, juste avant le coût des communications qui, à notre avis sont l'un des vrais goulots d'étranglement. Diana Senghor rappelle ainsi qu' "une heure de connexion par jour peut excéder le budget mensuel d'une radio rurale associative du Mali"1. La cherté des coûts de communication et la formation et l'incitation des journalistes à l'utilisation d'Internet devraient venir en tête des préoccupations. De telles "contradictions" laissent penser à un certain effet de mode qui entraîne à parler d'Internet en positif sans pourtant trop le connaître. On observe le même discours avec les journalistes aussi.

 

 

II.2. Les journalistes et les NTIC

Notre enquête à Ouagadougou sur les pratiques et le discours des journalistes en matière de nouvelles technologies de l'information et de la communication a concerné 44 personnes. Elles représentent plus de 81% des journalistes de la presse écrite burkinabè qui est essentiellement basée dans la capitale.

Comme la précédente, elle est subdivisée en trois parties : une première sur le profil des journalistes (A), une deuxième sur leur connaissance des nouvelles technologies (B) et une troisième sur le discours qu'ils tiennent sur Internet (C).

  1. Le profil des journalistes
  2.  

     

    Tableau 14- Répartition des journalistes par tranches d'âge et sexe

     

    Homme

    Femme

    - de 20 ans

    20 - 30 ans

    31- 40 ans

    + de 40 ans

    L'Observateur Paalga

    7

     

     

    1

    4

    2

    Journal du soir

    6

    1

     

    1

    4

    2

    Journal du jeudi

    2

     

     

     

    2

     

    L'Opinion

    3

     

     

    1

    2

     

    Sidwaya

    15

    4

     

    2

    11

    6

    Le Pays

    6

     

     

    3

    3

     

    Total

    39

    5

     

    8

    26

    10

    %

    88,6

    11,3

     

    18,1

    59

    22,7

    Source: enquête 1998

    On peut souligner ici le fait que plus de 77% des journalistes ont moins ou au plus 40 ans. La majorité des journalistes font donc partie de la tranche d'âge qui, par sa jeunesse, est considérée comme plus ouverte aux changements et plus aptes à s'adapter à l'évolution technologique.

     

    Tableau 15- Répartition des journalistes par spécialisation

     

    L'Observateur

    Journal du soir

    Journal du Jeudi

    L'Opinion

    Sidwaya

    Le Pays

    Total

    %

    Politique

    1

    1

    2

    1

    7

    4

    16

    36,36

    Culture et société

    3

    3

    1

     

    8

    4

    19

    43,18

    Informations scientifiques

     

     

     

     

     

    2

    2

    4,54

    Economie

     

     

     

     

    2

    3

    5

    11,36

    Informations internationales

    1

    1

    1

    1

    1

    3

    8

    18,18

    Sport

    1

    1

     

     

    4

    3

    9

    20,45

    Sans spécialité

    1

    1

     

    1

    3

    1

    7

    15,90

    Source: enquête 1998

    Les spécialités les plus "populaires" parmi les journalistes sont la culture, le social et la politique. Les informations scientifiques et techniques qui conduisent les gens à s'intéresser à l'informatique par exemple attirent peu, de même que les informations internationales qui occupent peu de place.

    A propos du contenu des journaux burkinabè, Victor Sanon a noté que 89,8% des articles sont politiques. Cette préoccupation centrale des journaux burkinabè étant dictée par "l'air du temps"2.

  3. Connaissance et maîtrise des nouvelles technologies par les journalistes
  4. Tableau 16- L'utilisation de l'ordinateur par les journalistes

     

    L'Observateur

    Journal du soir

    Journal du Jeudi

    L'Opinion

    Sidwaya

    Le Pays

    Total

    %

    Couramment

    2

    1

    2

     

    3

     

    8

    18,1

    Occasionnellement

    1

    3

     

     

    11

    2

    17

    38,6

    Jamais

    4

    3

     

    3

    5

    4

    19

    43,1

    A la maison

     

    1

    1

     

    1

    1

    4

    16

    Au service

    3

    1

    2

     

    11

    1

    18

    72

    Autres lieux

     

     

     

     

    2

     

    2

    8

    Source: enquête 1998

    Malgré l'existence d'une infrastructure de base dans toutes les publications comme nous l'avons vu plus haut, la majorité relative des journalistes (43%) n'utilise jamais l'ordinateur. Et pour ceux qui l'utilisent, ce n'est qu'occasionnellement, et essentiellement au service (72%). Seules quatre personnes l'utilisent à la maison.

    On comprend alors que ce soit toujours à la main que les journalistes (à 93%) écrivent leurs articles. Et ceux qui disent produire leurs articles à la machine à écrire ou à l'ordinateur ne le font que de manière occasionnelle. Pourtant 50% des journalistes disent avoir suivi une formation en informatique. Ce sont les résultats des deux tableaux suivants.

    Tableau 17- Formation des journalistes en informatique

     

    L'Observateur

    Le Journal du soir

    Journal du Jeudi

    L'Opinion

    Sidwaya

    Le Pays

    Total

    %

    Oui

    2

    3

    1

    1

    14

    1

    22

    50

    Non

    5

    4

    1

    2

    5

    5

    22

    50

    Traitement de texte

    2

    3

     

    1

    13

    1

    20

    90,9

    PAO

    1

     

    1

     

    2

    1

    5

    22,7

    Internet

     

    2

     

    1

    4

    1

    8

    36,3

    Source: enquête 1998

     

    Tableau 18- Production des articles à l'ordinateur ou la main

     

    L'Observateur

    Journal du soir

    Journal du Jeudi

    L'Opinion

    Sidwaya

    Le Pays

    Total

    %

    A la main

    6

    7

     

    3

    19

    6

    41

    93,1

    A la machine à écrire

     

    1

     

     

     

     

    1

    2,2

    A l'ordinateur

    1

    1

    2

     

    2

    1

    7

    15,9

    Source: enquête 1998

    Tableau 19- Utilisation de l'ordinateur par les journalistes

     

    L'Observateur

    Journal du soir

    Journal du Jeudi

    L'Opinion

    Sidwaya

    Le Pays

    Total

    %

    Couramment

    1

    2

     

     

    2

     

    5

    11,3

    Occasionnellement

    4

    1

    2

    2

    8

    1

    18

    40,9

    Jamais

    2

    4

     

    1

    9

    5

    21

    47,7

    A la maison

     

     

     

     

     

     

     

     

    Au service

    3

     

    2

    2

    8

     

    15

    65,2

    Autres lieux

    2

    3

     

     

    2

    1

    8

    34,7

    Source: enquête 1998

    Si quatre publications sur cinq sont connectés à Internet, 47,7% des journalistes n'ont jamais utilisé Internet. Ceux qui l'ont utilisé, c'est de manière occasionnelle et c'est au service. Personne n'est connecté au réseau à domicile.

     

    Tableau 20- Les usages d'Internet par les journalistes

     

    L'Observateur

    Le Journal du soir

    Journal du Jeudi

    L'Opinion

    Sidwaya

    Le Pays

    Total

    %

    Rechercher de l'information

    4

    3

    1

    2

    8

    1

    19

    82,6

    Envoi et réception de courrier

    3

    2

    1

    1

    2

    1

    10

    43,4

    Autres

     

     

     

     

     

     

     

     

    Source: enquête 1998

    Les journalistes qui utilisent l'Internet le font essentiellement pour rechercher de l'information, avant la fonction de messagerie.

     

  5. Les discours des journalistes sur Internet

 

Tableau 21- L'utilité d'Internet selon les journalistes

 

L'Observateur

Le Journal du soir

Journal du jeudi

L'Opinion

Sidwaya

Le Pays

Total

%

Utile

7

7

2

3

19

6

44

100

Un gadget

 

 

 

 

 

 

0

0

Sans opinion

 

 

 

 

 

 

0

0

Source: enquête 1998

Même si près de 50% des journalistes n'ont jamais utilisé Internet, alors qu'ils pourraient le faire parce que leur publication est connectée, ils en reconnaissent tous l'utilité.

Les principaux arguments sont que le réseau donne un accès rapide à l'information et à la documentation (72, 7%), que c'est un moyen de communication efficace et peu coûteux (18,1%), que c'est un lieu d'échanges culturels (6,8%), un outil incontournable (11,3%) et 3% trouvent qu'il est utile, sans pour autant apporter des arguments.

Tableau 22- L'opinion des journalistes sur la nécessité de savoir utiliser Internet

 

L'observateur

Journal du soir

Journal du jeudi

L'Opinion

Sidwaya

Le Pays

Total

%

Oui

7

7

1

3

18

6

42

95,4

Non

 

 

1

 

1

 

2

4,5

Sans opinion

 

 

 

 

 

 

0

0

Source: enquête 1998

A 95,4%, les journalistes trouvent qu'il est indispensable pour un journaliste de savoir utiliser Internet, pendant que 47,7% ne l'ont jamais utilisé.

Une personne trouve que ce n'est pas indispensable, "quand on produit des articles ne nécessitant que des informations locales".

Tableau 23- L'opinion des journalistes sur l'apport d'Internet dans leur travail

 

L'observateur

Journal du soir

Journal du jeudi

L'Opinion

Sidwaya

Le Pays

Total

%

Beaucoup

7

7

1

2

19

5

41

93,1

Un peu

 

 

1

1

 

1

3

6,8

Pas du tout

 

 

 

 

 

 

0

0

Sans opinion

 

 

 

 

 

 

0

0

Source: enquête 1998

Les journalistes sont presque unanimes (93,1%) pour reconnaître qu'Internet peut faciliter leur travail quotidien. Le classement des arguments donne:

Ceux qui boudent l'Internet disent " qu'il ne pourra jamais remplacer la faculté du journaliste à cerner les grands problèmes de l'heure" ou que le niveau de développement est tel que l'Internet ne peut pas faciliter le travail du journaliste burkinabè. Cela n'est pas faux quand on a en mémoire le contenu des journaux burkinabè qui sont essentiellement axés sur les informations locales. Par ailleurs peu d'institutions ou d'entreprises au Burkina ont des sites intéressants pouvant servir de source d'informations. Il est alors plus facile de recueillir des informations auprès d'elles par d'autres sources que par Internet.

 

Tableau 24- L'opinion des journalistes sur de possibles bouleversements de la profession par Internet

 

L'observateur

Journal du soir

Journal du jeudi

L'Opinion

Sidwaya

Le Pays

Total

%

Profondément

5

4

1

2

13

4

29

65,9

Légèrement

1

2

1

 

5

1

10

22,7

Pas du tout

1

1

 

1

1

1

5

11,3

Sans opinion

 

 

 

 

 

 

 

 

Source: enquête 1998

Une forte majorité des journalistes reconnaît que l'Internet va bouleverser "profondément" l'exercice de la profession de journaliste. Quant au délai que cela va prendre, ils sont un peu plus hésitants. La majorité opte pour au moins cinq ans, suivi par ceux qui pensent que ces bouleversements n'arriveront pas dans moins de dix ans.

 

Tableau 25- L'opinion des journalistes sur la révolution de l'information

 

L'observateur

Journal du soir

Journal du jeudi

L'Opinion

Sidwaya

Le Pays

Total

%

Une illusion

 

 

 

 

 

 

 

 

Une réalité

5

3

2

1

11

4

26

59

Une simple évolution technologique

1

1

 

1

2

2

7

15,9

Une véritable révolution technologique

5

4

 

 

10

 

19

43,1

Sans opinion

 

 

 

1

 

 

1

2,2

Source: enquête 1998

Ceux qui pensent que la révolution de l'information est "une réalité" sont les plus nombreux (59%). Ils sont un peu moins nombreux à penser que c'est "une véritable révolution technologique". Par contre près de 16% pensent que c'est "une simple évolution technologique", mais personne ne dit que c'est "une illusion".

 

Tableau 26- L'opinion des journalistes sur les conséquences de la révolution de l'information sur la presse

 

L'observateur

Journal du soir

Journal du jeudi

L'Opinion

Sidwaya

Le Pays

Total

%

La mort

 

1

 

 

1

 

2

4,5

Plus de dynamisme

6

5

1

1

16

5

34

77,2

Ne changera rien

1

1

 

1

1

1

5

11,3

Sans opinion

 

 

1

1

1

 

3

6,8

Source: enquête 1998

Très peu de journalistes burkinabè pensent que la révolution de l'information va tuer la presse écrite. Ils sont deux personnes à penser que la révolution de l'information entraînera le déclin des journaux si Internet précisément "n'est pas financièrement rentable" ou si la presse "n'arrive pas à s'adapter à cette évolution technologique". Par contre, cinq personnes (11,3%) pensent que cette révolution technologique ne changera rien pour la presse.

Mais dans l'ensemble, beaucoup sont d'avis qu'Internet apportera plus de dynamisme à la presse, parce qu'il permettra de rédiger des articles plus documentés (35,2%) que les journaux seront plus accessibles (23,5%), que c'est un "progrès technologique" (11,7%). Un nombre non négligeable, près d'un tiers, est sans argument tout en affirmant que la révolution de l'information ne va pas tuer la presse écrite.

Tableau 27- L'opinion des journalistes sur la mise sur Internet des journaux

 

L'observateur

Journal du soir

Journal du jeudi

L'Opinion

Sidwaya

Le Pays

Total

%

Oui

6

5

 

2

16

6

35

79,5

Non

1

2

2

 

2

 

7

15,9

Sans opinion

 

 

 

1

1

 

2

4,5

Source: enquête 1998

Tout comme chez les directeurs de publication, une majorité des journalistes (79,5%) pensent qu'il est indispensable de mettre les journaux en ligne. Parce que le Net élargit leur audience (60%), que cela peut leur apporter des recettes publicitaires (2,8%), que c'est une vitrine (17,1%) ou encore parce que c'est à la mode (5,7%).

Mais 15,9% des journalistes trouvent que l'édition électronique n'est pas indispensable avec comme arguments que les lecteurs locaux n'y ont pas accès et qu'il n'est pas financièrement rentable.

 

Tableau 28- L'opinion des journalistes sur la rentabilité de la presse en ligne

 

L'Observateur

Le Journal du soir

Journal du jeudi

L'Opinion

Sidwaya

Le Pays

Total

%

Oui

7

4

1

1

14

5

32

72,7

Non

 

3

1

1

4

 

9

20,4

Sans opinion

 

 

 

1

1

1

3

6,8

Source: enquête 1998

La majorité des journalistes (72,7%) croient en la possibilité de rentabiliser les journaux par Internet ; même si on enregistre ici des indécis (6,8%), ce qui n'est pas le cas chez les directeurs de publication. L'argument de ceux qui pensent que la presse en ligne est rentable, c'est que le Net élargit le lectorat (59,3%) en sous-entendant un lectorat payant, alors que 6,2% voient l'avantage des communications moins onéreuses.

Tableau 29- L'opinion des journalistes sur le désenclavement de la presse par Internet

 

L'observateur

Journal du soir

Journal du jeudi

L'Opinion

Sidwaya

Le Pays

Total

%

Oui

7

6

1

2

10

5

31

70,4

Non

 

1

1

1

7

 

10

22,7

Sans opinion

 

 

 

 

2

1

3

6,8

Source: enquête 1998

Ceux qui pensent qu'Internet peut désenclaver la presse (70,4%) disent essentiellement qu'elle sera alors accessible de l'étranger (61,2) et qu'il permettra de résoudre le problème de diffusion que connaissent les journaux. Un problème aggravé au Burkina par exemple (comme dans beaucoup d'autres pays africains) par le fait qu'il n'existe pas de messagerie de distribution. On note ici plus de prudence que chez les directeurs de publication car 22,7% des journalistes ne croient pas en la possibilité de désenclaver la presse écrite par Internet ; parce qu'ils estiment qu'il n'existe pas un lectorat conséquent et qu'il manque les infrastructures nécessaires.

 

Tableau 30- L'opinion des journalistes sur les contraintes à l'utilisation d'Internet dans la presse

 

L'Observateur Paalga

Le Journal

du soir

le Journal du jeudi

L'Opinion

Editions Sidwaya

Le Pays

Total

Formation des ressources humaines

1

1

5

2

2

2

2

Coût des équipements techniques

2

2

3

1

1

1

1

Coût de la connexion

3

3

2

4

3

3

4

Coût des communications

5

4

1

3

5

4

3

Inexistence d'un lectorat

4

5

4

5

4

5

5

Source: enquête 1998

Les journalistes ont une position un peu différente que les directeurs de publication sur la hiérarchie des contraintes dans l'utilisation de l'Internet dans la presse. Si comme eux, ils placent le coût des équipements en première position, la formation des ressources humaines arrive après, alors qu'elle est classée quatrième chez les responsables. Vient ensuite le coût des communications, suivie par le coût de la connexion. Le problème du lectorat semble donc secondaire pour les journalistes.

 

Conclusion de la deuxième partie

La principale conclusion que nous pouvons tirer de cette enquête sur l'utilisation des nouvelles technologies de l'information et de la communication dans la presse burkinabè, c'est le déphasage entre les discours des hommes de presse et leurs pratiques. S'ils sont presque unanimes à reconnaître les atouts de cette nouvelle technologie pour les médias, ils traînent les pas pour l'adopter et s'en servir concrètement, quotidiennement.

Mais une telle attitude qui trahit un certain effet de mode n'est pas propre à la presse burkinabè. Une étude réalisée en 1995 aux Etats-Unis a ainsi relevé que 85% des répondants estimaient que les NTIC amélioreraient sensiblement leur qualité de vie, alors que 57% d'entre eux n'avaient aucune idée de ce qu'était le "cyberespace". Sans aller jusqu'à penser que les journalistes burkinabè méconnaissent réellement les ressources d'Internet, on peut opposer certains constats à quelques unes de leurs analyses.

Si la majorité des professionnels des médias pensent qu'il est possible d'améliorer la rentabilité de la presse par l'Internet, Kameshnee Naidoo1 rappelle que "la publication en ligne ne sera d'aucun secours à un journal déjà en difficulté. Elle requiert un investissement financier et humain substantiel qui peut même absorber l'ensemble des ressources d'un journal". Dans le cas du Burkina, on voit difficilement comment des rédactions de moins de dix personnes, comme c'est le cas pour la plupart des quotidiens burkinabè, seraient capables de mettre en mettre en place des équipes parallèles pour animer des versions électroniques.

La mise en ligne, si elle permet de donner effectivement une meilleure visibilité au journal peut se révéler être un coûteux prestige. Fraternité Matin (Côte d'Ivoire) a ainsi enregistré des résiliations d'abonnements de certains de ses lecteurs étrangers après la mise sur Internet d'une partie de son contenu.2

Sur l'Internet, la tendance est à la gratuité de l'information comme le rappelle encore Claude Leblanc : "On a cru pendant un temps que les journaux choisiraient de faire payer l'accès à leur contenu en ligne. Or on constate aujourd'hui que ceux qui avaient opté pour ce système reviennent sur leur décision (The New York Times, Le Monde, Slate, etc.), préférant facturer l'accès à leur archives. Seuls quelques titres, souvent de la presse économique exigent encore un droit d'entrée"3.

La presse burkinabè, tout comme l'ensemble de la presse africaine, devra certainement recourir pendant longtemps encore au soutien de la coopération internationale et de l'Etat pour assurer sa présence sur Internet. Car ce n'est pas de sitôt que l'édition électronique lui servira de solution contre la précarité économique. Mais la nouvelle technologie n'en est pas pour autant sans intérêt pour la presse africaine. Bien au contraire, car Internet permet effectivement une meilleure visibilité de l'information africaine et constitue aussi un support de communication plus efficace et moins onéreux. Entre l'euphorie des discours enthousiastes qui inspire de multiples initiatives (parfois concurrentes) d'appropriation des NTIC et l'attentisme des professionnels des médias, il y a une marge qui peut-être synonyme de la volonté des journalistes d'adopter les nouvelles technologies à leur rythme.

 

 

 

 

 

CONCLUSION GENERALE

La société de l'information annoncée par le développement des nouveaux réseaux de communication que préfigure Internet bouleverse le secteur des médias en créant de nouvelles méthodes de collecte, de traitement et de diffusion de l'information.

Si Internet n'est pas un nouveau média à part entière, il n'est pas non plus un simple prolongement des médias traditionnels que sont la presse écrite, la radio et la télévision. La convergence de l'écrit, du son et de l'image sur les réseaux électroniques modifie les règles jusqu'ici adoptées en matière de collecte, de traitement et de diffusion de l'information journalistique.

Les possibilités offertes par le Web (multimédia, interactivité, instantanéité, profusion de données, etc.) bouleversent les repères qui guidaient les journalistes dans la pratique de leur métier :

Avec les NTIC, le journaliste est bousculé dans ses méthodes traditionnelles de travail. Il est contesté dans son identité par des lecteurs plus impliqués dans la production de l'information et par l'arrivée d'une nouvelle espèce (du genre de Matt Drudge) et de nouveaux concurrents, tels les prestataires de services informatiques comme Microsoft qui font des incursions dans le domaine médiatique avec des groupes de presse complet1. Il doit faire face aux dangers que contiennent les enjeux économiques des autoroutes de l'information. Car la tendance sur les réseaux est d'offrir gratuitement l'information généraliste, qui sert surtout de produit d'appel à d'autres services capables de capter les profits colossaux que promet le commerce électronique.

La presse écrite ne disparaîtra certainement pas avec l'arrivée d'Internet mais, comme le craignait François Demers, sur le Web, la place du produit traditionnel nommé information "sera à la fois très petite, à l'image de ce qui se passe à la télévision, et offerte par les plus grosses entreprises médiatiques"1. Avec comme conséquence immédiate la constitution de sites-portails réservés aux plus prestigieux titres de la presse internationale et la marginalisation de publications plus modestes qui n'auront pas su se faire assez tôt une place sur le Web ou qui n'auront pas su développer des contenus intéressants et des stratégies de marketing efficaces pour assurer leur visibilité sur la Toile.

C'est en partant de ces constats établis à travers une analyse de la presse internationale que nous nous sommes intéressés à l'utilisation d'Internet dans la presse écrite francophone africaine et au cas spécifique du Burkina Faso.

A l'image du reste du monde, la presse africaine essaie, tant bien que mal, de maîtriser les nouvelles technologies et de se connecter sur le réseau mondial. Elle bénéficie pour ce faire de l'appui des bailleurs de fonds internationaux. En moins de deux ans, le nombre de médias africains présents sur le Web a été multiplié par presque vingt. On est ainsi passé d'une dizaine en début 1996 à plus de 200 médias (journaux, radios et télévisions confondus) en début 1999.

Mais les caractéristiques des cyberjournaux africains, en dépit des circonstances atténuantes des premiers pas, sont loin des promesses des nombreux discours sur les vertus des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Si l'introduction de ces technologies dans les médias africains est effective, il est difficile de parler d'une réelle appropriation, car elle est encore "minimaliste", voire marginale comme le révèle le cas du Burkina Faso que nous avons étudié.

Les premières expériences de presse en ligne au Burkina datent de fin 1996 avec la mise sur le réseau de ce qui ressemble plutôt à des cartes de visite de deux titres (L'Observateur Paalga et Sidwaya) par une institution de coopération multilatérale francophone, le centre SYFED-REFER. Internet a juste servi ici de vitrine publicitaire à ces journaux sans une offre réelle d'informations. Par la suite les expériences se sont multipliées avec plus ou moins de réussite. Le Burkina compte aujourd'hui une dizaine de médias présents sur le Web avec des pages statiques ou des sites d'informations assez régulièrement mis à jour. La presse écrite compte plusieurs titres connectés à Internet mais seul l'hebdomadaire L'Opinion a aujourd'hui un site réellement vivant.

L'utilisation d'Internet dans cette presse se réduit principalement au courrier électronique et à la consultation du Web par les journalistes. Les journaux qui ont des sites ne font qu'y transférer une partie de leur version imprimée. Il n'y a donc pas une réelle exploitation des potentialités d'Internet. Ce qui est en totale contradiction avec le discours que les professionnels des médias (directeurs de publication et journalistes) tiennent sur les NTIC. A travers un sondage, nous avons ainsi relevé qu'ils ont des analyses très avisées et optimistes sur l'utilité d'Internet dans leur travail quotidien (communications moins onéreuses, recherche d'informations plus facile, meilleure visibilité des journaux, etc.).

Mais on observe, malgré ces commentaires positifs, comme un attentisme, un manque de conviction par rapport aux possibilités offertes par Internet d'améliorer le contenu des journaux et même de proposer une nouvelle offre d'informations. Cela ne se limite pas au cas burkinabè car la plupart des médias francophones africains présents sur le Net affichent les mêmes caractéristiques.

A quelques exceptions près, les journaux en ligne se résument au transfert sur le Net d'une partie du contenu du journal papier sans autre adaptation aux spécificités d'Internet. Dans le meilleur des cas, l'information en ligne est renouvelée au même rythme que l'édition imprimée (il n'y a pas d'instantanéité). Il n'y a pas d'utilisation de liens hypertexte dans les articles et donc pas d'exploitation des archives sur un même sujet. Néanmoins beaucoup de journaux essayent de mettre en ligne leurs archives, même si elles se limitent à la seule édition précédente ou s'étalent sur quelques semaines ou quelques années. Mais il n'y pas de moteur de recherche permettant une utilisation efficace de ces archives.

Peu de journaux se servent réellement d'Internet pour améliorer leur contenu, se cantonnant à l'exploitation des fils des agences de presse accessibles sur certains sites-portails, sans réellement s'intéresser au contenu des innombrables banques de données. Il y a même une certaine méfiance des professionnels des médias envers les sources extérieures aux médias et qui peut s'expliquer comme nous l'avons vu plus haut par la crédibilité des ces informations qu'il n'est pas toujours facile de vérifier, ou pour la vérification desquelles on ne veut pas faire des efforts supplémentaires.

L'interactivité qui une notion importante sur les sites d'information est encore balbutiante. Il n'y a pas de contact personnalisé avec les journalistes (à travers leur signature électronique) et le seul contact avec la rédaction renvoie parfois à un webmaster. Les messages restent ainsi sans réponse ou les réactions arrivent plusieurs semaines après comme nous avons pu le tester au long de notre étude.

Les contenus en ligne sont peu diversifiés et s'il existe des journaux s'associant à d'autres entreprises, nous n'avons pas relevé dans la presse francophone un site offrant d'autres services que l'information généraliste, sauf l'Agence panafricaine d'Information (PANA, www.rapide-pana.com), qui propose des dépêches sur la santé, l'économie et l'environnement.

La publicité qui est qui est censée être la principale source de rentabilité économique de la presse sur Internet est encore marginale dans les cyberjournaux africains. Mais on note des débuts encourageants avec la multiplication de bannières publicitaires (principalement de compagnies aériennes et de groupes bancaires) sur certains sites1.

Ces constats, s'ils sont peut-être prématurés, tranchent en tout cas avec les discours enthousiastes des bailleurs de fonds qui sont à l'initiative de la plupart des programmes d'introduction des NTIC en Afrique. Les journaux africains sont bien loin de pouvoir résoudre, grâce à Internet, les difficultés de précarité économique, de visibilité internationale, de démocratisation et de désenclavement de l'information. Il est sans doute trop tôt pour tirer des conclusions sans appel car nous ne sommes qu'au début du processus. Mais d'ores et déjà, on peut oser certaines analyses.

La volonté de démocratiser et de désenclaver les médias africains grâce aux NTIC risque de se heurter rapidement au fort taux d'analphabétisme et au faible pouvoir d'achat qui rendent inaccessible la technologie Internet. Pendant longtemps la radio et la télévision qui sont les médias les plus populaires en Afrique seront plus accessibles à travers des postes récepteurs que par un ordinateur connecté à Internet.

La rentabilité économique d'Internet, qui pourrait réduire la précarité économique que traversent beaucoup de journaux, reste encore hypothétique. Car si les cyberjournaux peuvent se multiplier à une cadence exponentielle, il n'en est pas de même pour les budgets publicitaires qui ne sont pas élastiques. Il y aura peut-être un transfert de ces budgets des médias traditionnels vers le support électronique mais pas forcément une augmentation significative qui pourrait bénéficier à de nouveaux venus. Les sociétés multinationales s'intéressent peu aux médias africains et les sociétés à dimension nationale préfèrent la radio et la télévision comme supports publicitaires, car plus efficaces pour toucher une large audience. Du reste, les premiers constats relèvent que les lecteurs des cyberjournaux africains sont essentiellement étrangers et se recrutent dans les diasporas.

Quant à la visibilité de l'information africaine, elle n'est pas automatiquement garantie sur Internet : sur les réseaux, un modeste quotidien burkinabè peut, virtuellement, toucher autant de lecteurs qu'un prestigieux magazine américain ou français mais dans la réalité, on note que très souvent, la réussite des versions électroniques est en étroite corrélation avec la notoriété du journal imprimé ou de la société qui l'édite. De plus la tendance est à la constitution de sites-portails où l'on fait appel aux agences de presse ou aux titres internationaux pour fournir des contenus éditoriaux. Le rêve d'une information africaine plus visible au plan international risque de se briser sur ces portails dont les plus visités sont Yahoo, Altavista1. En effet, une observation sommaire nous a permis de constater que l'information africaine est plus marginalisée dans les sélections de dépêches de ces portails que dans les fils d'agence de presse traditionnels.

Si ces diverses contraintes peuvent jouer sur l'appropriation des nouvelles technologies de l'information par les professionnels des médias africains, il n'en demeure pas moins que le profil même des gestionnaires de ces médias reste une donnée importante. En effet, beaucoup de journaux africains ont été créés par des personnes n'ayant aucune compétence en la matière et sont donc gérés plus comme des organes de propagande politique que comme des entreprises de presse à rentabiliser2. Avec comme équipements deux ou trois ordinateurs et une rédaction de trois à quatre personnes, ils vivent et meurent au gré des conjonctures politiques nationales. Les efforts que demande l'appropriation des nouvelles technologies doivent paraître à ceux-là insurmontables et même inutiles.

Cela pourrait expliquer ce qui ressemble à un déphasage entre les discours enthousiastes sur les vertus d'Internet et son appropriation effective plutôt mitigée par les professionnels des médias africains. Une situation qui ne leur est pas exclusif car l'introduction des NTIC dans les pays occidentaux, précisément français à rencontrer des difficultés semblables3. Nous pensons alors que les différentes initiatives d'introduction d'Internet dans la presse africaine doivent être accompagnées par une sensibilisation renforcée des premiers acteurs et par la consolidation des réseaux fédératifs en cours de construction et qui sont à même de constituer des sites-portails, passages obligés pour rendre visible l'information africaine sur le réseau mondial.

Au terme de cette étude sur l'utilisation d'Internet dans la presse francophone, nous notons qu'il est difficile de tirer des conclusions définitives car, conformément à la technologie Internet même, c'est un domaine qui évolue très vite. Plusieurs sites ont ainsi changé, en bien ou en mal, au cours de notre période d'observation qui va d'août 1998 à juillet 1999. Ce qui peut limiter sa pertinence sur certains constats et certaines analyses. En plus de l'élargir à l'audiovisuel, Il serait alors intéressant de l'approfondir avec un temps de recul plus large et sur certains aspects comme le lectorat de la cyberpresse africaine, la place de l'information africaine sur les portails internationaux, la publicité sur les sites africains. Par ailleurs, de plus en plus de télévisions et de radios africaines montent sur Internet même si pour la plupart il n'y a pas de diffusion en directe d'émissions. On note cependant que ces supports qui sont traditionnellement les plus populaires dans les pays africains à fort taux d'analphabétisme risquent de devenir, sur le Web, aussi élitistes que la presse écrite.

En termes méthodologiques, l'étude d'Internet même comme instrument de recherche n'est pas sans intérêt car les vertus interactives du Web sont plutôt décevantes et l'utilisation des banques de donnés en ligne comme références bibliographiques n'est pas sans difficultés à cause de leur volatilité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ouvrages

BALLE Francis, Médias et sociétés, De Gutenberg à Internet, Montchrestien, 8è édition, 821 p.

BOURDON Jérôme, Introduction aux médias, Montchrestien, 1997, 160 p.

CASTELLS Manuel, La société en réseaux, Fayard, 1998, 613 pages

DUFOUR Arnaud, Internet, Que sais-je ? PUF, 1998, 128 p.

GUERIN Serge, La cyberpresse La presse et l'écrit off line, on line, Hermès, 1996, 156 p.

MATTELART Armand et Michèle, Histoire des théories de la communication,

La Découverte, 1997, 125 p.

MONOT Philippe et Simon MICHEL, Habiter le cybermonde Les éditions de l'atelier, Paris, 1998

MUCCHIELLI Alex, Les sciences de l'information et de la communication, Hachette, 1998, 159 p.

NAIDOO Kameshnee, Internet à l'usage des journalistes africains, Panos et Karthala, Paris, 1999, 95 p.

NEVEU Erik, Une société de communication ? Montchrestien, 2è édition,1997, 160 p.

PROULX Serge et VITALIS André (Sous la direction de), Vers une citoyenneté simulée, Médias, réseaux et mondialisation, Editions Apogée, 1999

RAMONET Ignacio, La Tyrannie de la communication, Galilée, 1999, 200 p.

RUELAN Denis et Thierry DANIEL, Journal local et réseaux informatiques Travail coopératif, décentralisation et identité des journalistes, L'Harmattan, 1998, 207, p.

TUDESQ André-Jean Feuilles d'Afrique Etude de la presse de l'Afrique subsaharienne, Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine, 1995, 362 pages

TUDESQ André-Jean, L'espoir et l'illusion Actions positives et effets pervers des médias en Afrique subsaharienne, Maison des sciences de l'Homme d'Aquitaine, 1998, 257 pages

VETRAINO-SOULARD Marie-Claude, Les enjeux culturels d'Internet, Hachette, 1998, 159 p.

WOLTON Dominique, Internet et après ? Une théorie critique des nouveaux médias

Flammarion, 1999, 240 p.

 

 

Thèses, mémoires, rapports, études

 

BAZIE Jacques - Prosper, La presse écrite et sa diffusion en Haute Volta (Burkina). Thèse de doctorat de 3è cycle. Bordeaux III (ISIC), 1985.

COULIBALY Sandra, Presse écrite du Sud et Internet (Afrique et océan indien)

Mémoire de DEA, Université de Paris 8, 1997-1998, 127 p.

DELEU Christophe, DEMERS François et Paradis Mylène, Internet, les médias et les journalistes Les expériences nord-américaine et française, Les cahiers-médias du Centre d'étude des médias de l'université de Laval. N°4, mai 1998, 72 p.

LEBLANC Claude, "Guide mondial de la presse en ligne", 1999, (supplément de Courrier International)

PARE Cyriaque, Le lectorat de Sidwaya Mémoire pour l'obtention du diplôme du CFPI, Niveau II, Ouagadougou, 1991,122 p.

SANON Victor, La liberté de presse face aux processus de démocratisation en Afrique : le cas du Burkina Faso, Mémoire en vue de l'obtention du DEA, , Université de Bordeaux III, 1996. 142 p.

Journaliste en 2010, "Nouvelles technologies et nouveaux métiers dans la presse écrite", Les cahiers de l'E.S.J. N° 6, 1994

Internet, l'extase et l'effroi Hors série, "Manière de voir" Le Monde diplomatique, octobre 1996, 114 p.

Révolution dans la communication, Manière de voir n° 46, juillet-Août 1999, Le Monde diplomatique. 98 p.

 

La presse française et l'Internet

Edition Benchmark Group, 1999, Brochure de présentation,

Deuxième plan directeur informatique national du Burkina Faso, 1996-2000, Ouagadougou, 1996

Livre blanc sur la communication au Burkina Faso. Ministère de la communication et de la culture. Ouagadougou, février 1998

Document de la deuxième session ordinaire du Conseil supérieur à l'informatique du Faso, Ouagadougou, 16 avril 1998.

Burkina Faso, Les atlas Jeune Afrique, Edition Jaguar, 1998, 62 pages

UNESCO, Rapport mondial sur l'information (1997-1998)

 

Articles et dossiers de presse

 

AGOSTINI Angelo, Le journalisme au défi d'Internet, Le Monde diplomatique, octobre 1997, p.26

ARTETA Stéphane, Network, l'hyper des médias, Libération - Multimédia du 19 mars 1999

COULIBALY Pascal Baba, Des radios à l'Internet: le rôle des technologies de l'information en tant qu'outils de transparence et de décentralisation du savoir, Génève, 1998 (voir www.anais.org)

Bruno GUISSANI, Révolution dans l'information, in Le Monde diplomatique, octobre 1997

ICHBIAH Daniel, Crypto-anarchie, Planète Internet, Mai - juin 1995

JENSEN Mike, L'Afrique toujours plus ouverte, Rencontre sur l'Afrique et les nouvelles technologies de l'information, Génève, le 17 octobre 1996 (Cf. http://www.anais.org)

KLINENBERG Eric, Journaliste à tout faire de la presse américaine, Le Monde diplomatique, février 1999

LAMPRIERE Luc, Scoops instantanés et ragots en ligne, Libération du 26 janvier 1999

LAUNET Edouard, Convergences connexion : l'info, c'est Cnet, Libération - Multimédia du 26/02/1999 (http://www.liberation.fr)

PARE Cyriaque, NTIC, l'état des lieux au Burkina, in Sidwaya Hebdo n° 47 du 8 août 1998

RENAUD Pascal, Vers une désertification du Sud ? , in Initiative Diderot (http://www.diderot.rio.net/enjeux/desert.htm)

SABATIER Patrick, Un cyberjournaliste au banc des accusés, Libération - Multimédia, du 27 mars 1999

SARAMAGO José, A quoi sert la communication ?, Le Monde diplomatique Décembre 1998

Victorien A. SAWADOGO, Liptinfor, nouveau fournisseur d'accès Internet, Sidwya Hebdo n° 91 du 6/05/1999

WOLTON Dominique, "Internet n'est pas un média", Libération - Multimédia du 20/ 03/1999 (http://www.liberation.fr)

La mort lente des journaux, Dossier, Courrier International n° 189 du 16 juin 1994, pp. 36 à 38

L'avenir n'est pas écrit, Dossier, Courrier International n°262 du 9 novembre 1995, pp. 25 à 29.

L'info sur Internet, mensonges et vérités, Dossier, Courrier International n° 420 du 19 novembre 1998

Internet fait tourner la tête aux autres médias, Courrier International n°427 du 7 janvier 1999

Can technology help solve some of journalism's problems ? Columbia Journalism Review, Mars-avril 1996 (http://www.cjr.org)

La presse en ligne, Enquête du CFPJ ( http://www.integra.fr/cfpj/sommaire.html )

"Les enfants terribles de la cyber-presse", Dossier, Le Monde Interactif du 24/02/1999

Les technologies de l'information et de la communication au Burkina Faso, Dossier, Réseau ANAIS (http ://www.anais.org)

 

 

 

Sites documentaires en ligne

 

Http://www.panos.sn : site de l'institut Panos de Dakar; contient un répertoire sur les médias africains et des études sur l'introduction des NTIC dans la presse en Afrique de l'Ouest.

Http://www.diderot.rio.net : les enjeux des NTIC en Afique

Http://www.anais.org : Site du réseau Anais de la Fondation du Devenir (Suisse) ; études et analyses sur les usages sociaux des NTIC en Afrique

Http://www3.sn.apc.org/africa/ : connectivité des pays africains à Internet

Dans le cadre de ce travail de recherche, nous avons construit un site sur lequel sont recensées des ressources Internet sur la problématique des nouvelles technologies en Afrique et de leur utilisation dans les médias.

URL : http://www.multimania.com/mediafriq

Http://www.rapide-pana.com : Agence panafricaine d'information (PANA)

www.africaonline.co.ci : site-portail africain regroupant des journaux ivoiriens, ghanéens, kényans, etc.

http://www.misanet.org : créé en 1994 pour défendre la liberté en Afrique du Sud ; est devenu un réseau coopératif entre les journalistes de 11 pays de l'Afrique australe

www.sudonline.sn/presse-afrique/ : site portail de journaux membres de la Société des éditeurs de la presse privée (SEP)

Http://www.ghanamedia.com/ : site portail ghanéen à l'initiative de l'Institut Panos

Http://www.woya.com : moteur de recherche spécialisée sur l'Afrique, contient une sélection des dépêches de l'Agence panafricaine d'information (PANA).

Http://www.bellanet.org/partners/aisi/ : Site fédérant diverses initiatives d'introduction des NTIC dans les pays en voie de développement.

Http://.www.africances.fr/afrint/default.htm : site généraliste sur l'Internet en Afrique

Http://www.presse-francophone.fr : Internet presse Francophone Internationale (IPFI) ; presse francophone mondiale sur le réseau Internet

Http://cifdi.francophonie.org : Centre international francophone de documentation et d'information (Structure de l'Agence de la Francophonie)

Http://www.francophonie.org/liaison/ : brèves sur les NTIC dans les pays francophones

Http://w3.cidif.org : Centre international pour le développement de l'inforoute en français

Webdo : http://www.webdo.ch/bienvenue.html : Site de l'Hebdo suisse, contient un répertoire assez exhaustif des médias en ligne dans le monde.

Http://www.rfi.fr/txt/Kiosque/RendezVous/Afrique/ : Chroniques de Radio France Internationale sur les nouvelles technologies en Afrique

Http://www.monde-diplomatique.fr/livre/crac/ : Actes du colloque "Rencontres 25 images seconde", (Valence, 5-8 décembre 1996) sur le thème de la révolution de l'information.

Http://www.journaldunet.com/ : Journal du Net , chroniques et études sur les enjeux des NTIC

Http://www.cem.ulaval.ca : site du Centre d'étude des médias de l'université de Laval (Canada)

Site de l'Institut Français de Presse: http://www-paris2.fr/ifp/

http://www.nlc-bnc.ca : site de la Bibliothèque nationale du Canada