POURQUOI UN PONT

POURQUOI UN PONT ?

 

Est-ce un simple caprice de souverain qui a motivé cette construction ?

Au vu des projets lancés à son arrivée à St Sauveur, cela paraît improbable. La station n'a qu'une seule rue qui s'arrête à la chapelle : il faut donc un désenclavement en amont, qui rejoindrait le chemin n°12 de Gavarnie, afin d'éviter le lointain passage du Gave, en aval par le Pont dit du Gave.

D'autre part, le C.D.12 rive droite est très étroit. La voie qui traverserait St Sauveur et rejoindrait la route de Gavarnie par un Pont plus large, situé en amont, permettrait le passage des voitures et charrettes, pouvant se doubler aisément.

De plus, est prévue la construction de la chapelle St Pierre, dite de Solférino, située rive droite du Gave. La construction d'un pont raccourcirait le trajet de la station à la chapelle : le passage par le pont du Gave en aval oblige à une remontée longue et pénible.

Il faut rappeler enfin, pour mémoire, la légende qui veut que l'Empereur, ayant rencontré à St Sauveur un berger de Campus nommé Montjean de Close, ancien sergent de la Grande Armée de Napoléon 1er, s'était laissé convaincre par celui-ci de la nécessité d'édifier le Pont, qui aurait été, pour les générations futures, un monument élevé au souvenir du séjour de l'Empereur.

 

DESCRIPTION

C'est Napoléon III lui-même qui a choisi l'emplacement précis et le type du Pont. Voyant deux rochers assez rapprochés au-dessus du torrent, il a l'idée de faire une passerelle américaine, puis s'arrête à faire un pont de pierre, en harmonie avec la puissance et la majesté du site, situé en fin de l'avenue de l'Impératrice.

Le tablier du pont a 68 mètres de longueur, et est situé à 63 m. au-dessus du Gave. L'arc qui le soutient a 42 m. de diamètre. La voûte repose directement sur les rochers à pic qui bordent le Gave. La hauteur du niveau de l'eau à la naissance de la voûte est de 40 m.; elle est de 63 m. à la clé de voûte et de 65 m. au niveau du pont.

La largeur de la voie charretière est de 4 m. et celle des trottoirs est de 0,85 m. Ils sont placés en encorbellement et soutenus par des consoles en pierre. Une balustrade en fonte pesant 24 000 Kg couronne le pont.

Pour perpétuer le souvenir du séjour de l'Empereur et de ses bienfaits, la Commission Syndicale de la Vallée de Barèges fit élever une colonne de 12 m. de hauteur, surmontée d'un aigle colossal, à l'extrémité orientale du Pont. La colonne, formée de 14 anneaux, est en pierre de Lourdes. L'aigle fut fait à la marbrerie de Bagnères. La hauteur totale est de 14 m. La colonne porte l'inscription :

"A leurs Majestés impériales Napoléon III et l'Impératrice Eugénie, les habitants de LUZ St SAUVEUR reconnaissants".

 

LES MATERIAUX DE CONSTRUCTION

Les maçonneries cachées (environ 700 mètres cubes), formant le corps de la grande voûte, sont en schistes de la carrière d'Enfer, exploitée sur la route de Pierrefitte. Celles non soumises à de durs efforts (environ 1800 m3) viennent du Rioumaou proche. Le sable est extrait de la carrière d'Esterre. Les maçonneries représentent un poids total de 6 500 tonnes.

La pierre de taille pour les bandeaux de la voûte, pour les corniches et les trottoirs, les pierres de la colonne à l'entrée rive droite, sont du calcaire de Lourdes. Il en a fallu 400 m3, chaque pierre dépassant le mètre de longueur.

 

LA PIERRE DE LOURDES

Qu'a donc de particulier cette pierre utilisée pour cette construction ? Il est dit qu'elle sera de bonne qualité, sans défauts, ni fils, ni moies ou flaches, non gélive ou susceptible d'être gelée. Elle sera taillée de manière à être posée sur son lit de carrière, de telle sorte que la pression soit toujours opérée perpendiculairement à ce lit.

Les faces, rives, lits ou joints seront particulièrement dégauchis. Elles seront de la même carrière et commandées sur échantillons.

Tous les parements devront être bien plans, dressés et dégauchis. Leurs arêtes seront vives, sans écornures, ni ébrèchements, ni pièces rapportées. Leurs joints seront bien droits, bien alignés.

Tout l'art des tailleurs de pierres réside dans le choix des pierres et dans la réalisation des travaux.

 

ACHAT DES PIERRES DE LOURDES

Une délibération du Conseil Municipal de Lourdes fait état des tractations menées entre les responsables locaux et la Ville.

8 Décembre 1859 :

M. Grandon, fondé de pouvoir de M. Gariel, entrepreneur du Pont Napoléon, sollicite l'autorisation d'exploiter une carrière communale, dans la crainte qu'il est que les tailleurs de pierre de St Sauveur ne pourront plus lui fournir à temps les pierres nécessaires. Il offre de payer à la commune une somme de 3 F. par m3, travaillé ou non travaillé, se réservant pour lui le moellon.

Le Conseil Municipal autorise l'exploitation de une ou plusieurs carrières, aux conditions proposées. LACADE, Maire.

L'extraction de 30 m3 de pierre sera payée 91 F. le 14 mars 1862.

 

AUTRES FOURNITURES au prix du Franc Or

Le ciment : 170 F. la tonne. (3 500 F. actuels), alors que la tonne de ciment vaut 750 F. aujourd'hui.

La chaux de Soulom : 40 F. le m3. (800 F. actuels).

La maçonnerie en pierre de taille, hourdée au mortier riche formé de 700 Kg. de ciment pour 800 litres de sable : 150 F. le m3.

Celle des murs de tête (les tympans) au mortier bâtard constitué de 95 Kg. de ciment et 400 litres de chaux maigre pour 900 litres de sable : 25 F. le m3.

Le bois valait 111 F. le m3 pour le sapin de Lutour et 133 F. pour le chêne.

Du bois de chêne fut demandé à la Ville de Lourdes, comme le précise cette délibération du Conseil Municipal :

3 FEVRIER 1860 :

Le sieur Grateloup, conducteur des travaux du Pont Napoléon à St Sauveur, présente une demande tendant à obtenir la concession de 15 à 20 arbres d'essence chêne, pris dans la forêt de Subercarrère, et nécessaires à la construction du dit Pont.

Le Conseil Municipal est heureux de fournir le bois demandé, pris dans la coupe extraordinaire de 1860 et, à défaut, sur le surplus de la forêt, à la charge de verser dans la caisse de la commune le prix de l'estimation qui en sera faite.

 

LA MAIN D'OEUVRE

La main d'oeuvre fut recrutée en majorité sur place, les ouvriers du pays ayant bonne réputation de travailleurs.

26 OCTOBRE 1860 :

Un rapport de l'Ingénieur Marx donne des instructions précises à l'entrepreneur.

"A partir du 1er Novembre, M. Gariel devra avoir sur le chantier 36 maçons pour le ciment, 40 gâcheurs pour servir ces maçons, 20 maçons pour le mortier de chaux grasse et 40 manoeuvres pour le service de ces maçons, le gâchage et l'approche des matériaux, faute de quoi les travaux seront continués en régie".

12 MARS 1860 :

Une note du même Ingénieur autorise à faire travailler les dimanches et jours fériés si la mesure paraît nécessaire.

LA REMUNERATION du travail manuel

Pour une journée de 10 heures de travail effectif, les hommes percevaient :

* manoeuvre : 0,23 F./heure, soit 4,50 F. actuels. (aujourd'hui, l'ouvrier non qualifié touche 40 F./heure SMIG).

* ouvrier maçon, tailleur de pierre, charpentier : 0,35 F./h.

* compagnon maçon, tailleur de pierre, charpentier : 0,50 F./h.

* la location d'une voiture à cheval se payait 5,50 F. la journée.

On peut admettre que le F.Or vaut 20 F. actuels.