LA VENUE DES SOUVERAINS

LA VENUE DES SOUVERAINS

 

Le couple impérial est un habitué des villes d'eaux. Chaque été, il fréquente les stations les plus célèbres : Vichy, Plomblières, Baden, Eaux-Bonnes, Schwalbach, Arenemberg, et surtout Biarritz. La vie mondaine y est brillante, la Cour se déplace avec les souverains, les Cours d'Europe y préparent leurs alliances. St SAUVEUR n'est pas du tout cela, et ce sont d'autres raisons qui vont y attirer le couple impérial.

Napoléon III a eu une jeunesse tapageuse : il en a hérité la maladie de la pierre, dont les crises le font cruellement souffrir. Vichy est sa station thermale de prédilection. En 1859, il a 51 ans. L'Empire est à son apogée : Magenta et Solférino ont assuré la prééminence de la France dans le règlement des conflits européens. Au traité de Villafranca, le 11 Juillet 1859, Napoléon III pourra imposer le principe des nationalités qui lui est cher. Nice et la Savoie reviendront à la France, l'Italie se séparera de l'Empire austro-hongrois.

L'Impératrice Eugénie, âgée de 33 ans, vient de se voir confier de hautes responsabilités : c'est elle qui a dirigé la politique intérieure, en présidant le Conseil des Ministres pendant l'absence de l'Empereur participant à la campagne d'Italie. C'est elle qui décidera la venue à St Sauveur. S'il s'agissait d'une villégiature de repos, Biarritz, où elle se rend chaque année, était mieux indiqué. C'est donc une raison de santé qui s'imposera. Dans son ouvrage "Autour de St Sauveur", le médecin thermal Jacques Chaudruc affirme que l'Impératrice, après son avortement d'avril 1853, a suivi une cure à St Sauveur dans un parfait incognito, cela dans le cadre du séjour annuel à Biarritz.

En 1856, par le médecin du Prince Impérial, on sait que les couches de l'Impératrice avaient été difficiles : sa santé en avait été ébranlée. Les eaux de St Sauveur, onctueuses et efficaces par la présence de barégine, sont célèbres pour soigner ces états : c'est là une première raison.

Le Prince Impérial a trois ans. C'est sans doute le désir d'un second héritier, souhaité pour affermir l'Empire - à son apogée en 1859 - qui sera l'autre motif du déplacement à St Sauveur, où les "aygues imprégnadèras" (les eaux d'imprégnation) ne pourront que favoriser la réussite du projet.

Saint Sauveur est connu des médecins de la Cour : le roi de Hollande, père de Napoléon III, y est venu en 1807 avec la reine Hortense, qui ont marqué leur passage. La duchesse d'Angoulême en 1823 et la duchesse du Berry en 1828 y ont séjourné : deux colonnes en marbre ont été élevées en leur honneur, l'une à l'entrée de St Sauveur sur le gouffre, l'autre dans le parc. D'illustres personnages, se rendant à Gavarnie, ont traversé la station dans la première moitié du siècle : Thiers, Vigny, Georges Sand, Flaubert, Taine et Victor Hugo.

Le voyage est décidé la seconde quinzaine de Juillet 1859. Une lettre d'Achille Fould, ministre d'Etat et haut-pyrénéen, annonce l'arrivée au Préfet. Le 17 Août, le départ du train impérial a lieu à 7 heures, et son arrivée en gare de Tarbes dans la nuit à 2 h. 40 m. Le trajet de Tarbes à St Sauveur se fera en calèche le lendemain, après la visite des Haras de Tarbes.

 

L'INSTALLATION

Les souverains seront logés à l'Hôtel Brauhauban, en face du parc, et meublé par le mobilier du château de Pau. D'autres logements seront fournis aux accompagnateurs : le général Bosquet, aide de camp, le Préfet, le Sous-Préfet, l'Ingénieur en chef, les membres du Cabinet civil de l'Empereur, ainsi qu'aux dames de la Maison de l'Impératrice.

L'escorte comprend 60 fantassins et 10 cavaliers.

Les souverains feront 18 jours de cure, à raison d'un bain par jour. Ils resteront 23 jours et seront de retour à Biarritz le 11 Septembre.

Les festivités étant fort réduites à St Sauveur, l'Empereur invitera ses ingénieurs à étudier un programme de travaux qui seront mis en chantier rapidement. Lors de son retour à St Sauveur pour inspection, il constatera avec satisfaction la réalisation de nombre de ceux-ci.

 

LE PROGRAMME DES TRAVAUX

1 - Agrandissement de l'Etablissement thermal.

2 - Construction du Pont Napoléon et aménagement des abords rive gauche et rive droite.

3 - Achèvement de la route impériale n°21 de St Sauveur à Gavarnie et à la Frontière espagnole.

4 - Création de l'Asile Ste Eugénie à LUZ (aujourd'hui maison de retraite N-D de l'Espérance).

5 - Construction de la chapelle St Pierre, dite de Solférino, et de la chapelle de St Sauveur (architecte M. Boeswildwald).

6 - Reconstruction de l'Hôpital militaire de Barèges et de l'Etablissement des Bains.

7 - Réalisation du chemin de fer de LOURDES à PIERREFITTE.

8 - Construction des Routes thermales :

Route n°1 : de Bagnères de Bigorre à Bagnères de Luchon, par le col d'Aspin, Arreau et le col de Peyresourde.

Route n°2 : de Bagnères de Bigorre à Barèges par le col du Tourmalet.

Route n°3 : d'Argelès aux Eaux-Bonnes par le col du Couret, Arrens, le col de Tortes.

Route n°4 : du Pont Neuf de Lourdes à Bagnères de Bigorre par Germs et Gazost.

Route n°5 : embranchement du Tourmalet sur Bagnères de Luchon par Gripp et Payolle.

Le projet de ces deux dernières routes a été abandonné.

 

LES REALISATEURS DU PONT NAPOLEON

Toutes les décisions seront entérinées par Eugène Rouher, ministre d'Etat et des Travaux publics. Les Ingénieurs en chef des Ponts et Chaussées seront MM. Scherrer et Marx.

L'Ingénieur ordinaire de l'arrondissement Ouest BRUNIQUEL, élève de Polytechnique, fut l'auteur du projet du Pont Napoléon et maître d'oeuvre de l'exécution. Le conducteur des Ponts et Chaussées Guillemin, élève de l'école de Châlons, eut la responsabilité de l'exécution sur place, avec le chef de chantier Grateloup. A Paris, l'Inspecteur général Raynaud s'attacha à retoucher le projet pour lui donner son caractère monumental.

L'entreprise Ernest GARIEL, de Paris, assura les travaux de construction et d'aménagement do Pont et des abords rive droite. L'entreprise Joseph MENDIONDO, de Tarbes, fut chargée de relier le Pont à la station thermale, sur la rive gauche.