Les mouvements de la terre, au cours de l'ère tertiaire, ont donné naissance à la chaîne pyrénéenne. Dans sa bordure nord, LOURDES présente un site naturel propre à faire de la ville une cité de carrières, où l'extraction de la pierre et des schistes, commencée très tôt avant le Moyen Age, a pris un grand essor au XIXème s.
LOURDES se trouve à la pointe extrême de la poussée ibérique du plissement alpin, à l'endroit même où elle bute contre le plateau européen. Géologiquement, LOURDES est terre espagnole. Le Pic du Ger et le Béout sont les pointes avancées septentrionales de la poussée: ils enserrent la Ville blottie à leurs pieds. Curieusement, un éperon central rocheux, pas très haut – 50 m. au plus – traverse la Ville du Sud au Nord : il porte les noms bigourdans de Darré Espoueys, des Penettes, du Garnavie, de l'Arbéret et de Mirambel. Sur ce dernier se dresse le Château Fort.
C'est bien cette disposition géographique naturelle qui a facilement permis aux carriers lourdais de tailler dans le roc pour en tirer pierre et ardoise.
Il a été vu, lors de l'étude précédente sur la Maison Commune, que les LORDES étaient, du XVème au XVIIIème s., de vaillants bûcherons, exploitant le marrain dans les forêts de Mourle et de Subercarrère. Et c'est au XIXème s. qu'ils vont se tourner, plus qu'auparavant, vers l'exploitation des roches. En tous lieux vont s'ouvrir les carrières : les plus importantes au GER, qui seront traitées industriellement au XXème s. Les autres, plus artisanales, puisque régentées par le nombre limité d'ouvriers pouvant y travailler selon le cahier des charges, fleuriront sur les deux flancs de l'éperon rocheux central et sur les pentes du Béout.
Avant d'en faire une étude particulière, évoquons les conditions communes de leur exploitation, établies par les Municipalités très pointilleuses quant à leur fonctionnement. Mais, tout d'abord, remontons à des temps plus anciens pour les voir naître.
HISTORIQUE
A - LES SITES AU MOYEN-AGE
Au Moyen-Age, la Charte accordant aux cités leurs premières libertés prévoyait aussi le droit d'extraire la pierre. Le schiste ardoisier était déjà utilisé pour la couverture des maisons. Au XIème et XIIème s., il était fait obligation aux "casals" de LOURDES de fournir au Comte de Bigorre le sable (arena) pour ses bâtiments.
Le droit de pouvoir extraire la pierre était payant; les droits d'extraction des "labasseria" et des "lauseria" rapportaient de beaux revenus au roi d'Angleterre entre 1361 et 1407 (occupation anglaise du Château-fort).
La plus importante raison d'exploitation des carrières est la confection des sarcophages, née vers le VI-VIIème s, jusqu'à leur abandon à l'époque carolingienne. Les carrières du Béout semblent être les premières exploitées. La pierre est souvent de qualité médiocre, mais la couleur gris-bleu et la texture proche du marbre ont influencé les carriers mérovingiens.
1) L'EXTRACTION
Se présentant devant la roche, le carrier doit obtenir un parallélépipède trapèze correspondant à la forme des sarcophages et des couvercles. Il délimite les angles et les plans sur la roche par de petites tranchées de 15 à 20 centim. d'ouverture et 10 cm de fond. Puis, dans une petite tranchée horizontale de 20 cm à la base, il introduit des rondins de bois et des coins qu'il enfonce dans la tranchée. Par pression, il fait éclater le fond du bloc.
Dès que le premier bloc est dégagé, il en extrait un autre latéralement, puis une couche de blocs parallèles : c'est le litage. Après le premier niveau, il travaille un second niveau en contrebas du coteau et ainsi de suite.
2) LA TAILLE DES BLOCS
Une fois détaché, le bloc est évacué vers la vallée pour être évidé et fini : il n'y a pas de finition sur place. La taille se fait avec un pic, pioche mince à manche long.
3) LA DESTINATION DES SARCOPHAGES
On évalue de 400 à 500 pièces la production du Béout. Le transport se faisait avec l'aide de rampes de terre et de cordes, car la pente est souvent forte. La destination est celle des nécropoles voisines (jusqu'à 20 kilom.) par voie d'eau ou sur le réseau routier antique, bien développé.
4) LA DATATION DES CARRIERES
Elles datent du VI-VIIème s. à LOURDES, et plus tard, de l'époque féodale, avec les sarcophages à logette céphalique, plus élaborés. Les tombes médiévales de la place Peyramale étaient constituées en partie de dalles d'ardoises.
5) LES CENTRES D'EXTRACTION
On a pu évaluer 5 sites au Béout, 2 à Ségus, 3 à Ossen, 2 à Soum de Lanne avec une soixantaine d'enlèvements, 2 à Milhas, 3 à Mouniquet avec environ 200 unités extraites.
L'exploitation des carrières est donc une activité florissante au Moyen-Age, contrairement à la vision médiocre qu'on lui donne.
B - LES SITES AUX XIXème ET XXème S.
Le Pic du Ger a été le principal lieu d'exploitation au XIXème s., car au lieu dit GER MAYOU, d'importants filons d'ardoise existaient. De nombreux chantiers vont s'ouvrir, très près les uns des autres, ce qui provoquera des frictions entre exploitants. Après la Révolution, le docteur Cénac se rendra propriétaire de 32 carrières.
Second lieu : l'éperon central rocheux de LOURDES. Côté Est et côté Ouest, il sera exploité pour le marbre et pour la pierre à chaux, car des fours vont s'installer. Darré Espoueys, l'Arberet, le Garnavie et les Rochers fourniront les pierres pour les constructions de la Ville et pour l'exportation.
Troisième lieu : le Béout. C'est le plus ancien, puisque exploité au VIème s. pour la fabrication des sarcophages. Les ardoisières seront importantes dans la vallée de Batsouriguère, mais le marbre sera travaillé à Peyramale et aux Bescuns, pour les besoins nés après les Apparitions.