Les sablières du gave

La géologie a été très généreuse envers la ville de LOURDES puisque, l'ayant dotée des roches propres à l'exploitation des carrières de pierre et de schiste, elle lui a donné un gave dont les eaux ont déposé sur les berges un sable de grande finesse, agent complémentaire pour l'utilisation des pierres.

Dès le Moyen Age, ce sable a été exploité : les "casals" de Lourdes devaient en fournir à leur châtelain, et les occupants anglais en ont tiré de grands bénéfices.

Au long de la traversée de la Ville, les points d'extraction ont fait l'objet d'adjudications sur le communal, mais de nombreux retraits sur les propriétés privées nous sont inconnus. Les lieux principaux se situent au Caoutchiou, limite sud Aspin-Lourdes ; à l'Arrouza, au Paradis, au Pé deth Pesquè, endroits tout près du Pont Vieux; à la sortie ouest de Lourdes, entrée et milieu de la Forêt de Subercarrère.

Dès l'exploitation industrielle des Grandes Carrières Blavet et de l'Ophite, c'est le sable de carrière qui prévaudra et les sablières du Gave ne seront plus exploitées.

A - LA SABLIERE DU PE DETH PESQUE :

Quai St Jean actuel

En 1840, on peut prendre du sable à 25 centimes le m3 au bord du Gave. Le budget de 1848 prévoit en recette de la sablière 205 F.

En Septembre 1848, le bail du sable détenu par Castérot au Pè deth Pesquè est résilié. On donne un autre bail à Garoby.

Au 1er Janvier 1876, Jean Carassus obtient l'adjudication des sablières pour 390 F l'an. Au mois de Mai, Cazaux-Troubat a fait enlever les sables qui se trouvaient dans sa propriété au Pè deth Pesquè. Le fermier Carassus demande à la Municipalité que l'on vérifie si ces sables appartiennent bien à Cazaux-Troubat. La Ville soumet l'affaire au Tribunal.

En Novembre 1882, Cazaux-Toubat, accusé d'avoir pris du sable au Pont du Gave affermé, est relaxé en Justice.

B - LA SABLIERE DE L'ARROUZA

Située au pied de la Ville, elle sera facile à exploiter, le chemin de Paradis permettant l'acheminement jusqu'au Pont Vieux. Son implantation est sur la rive droite du Gave, au droit de la propriété Soubirous-Maystre et de l'ancienne Usine à Gaz (aujourd'hui Résidence "Sue Ryder"). Elle possède un chemin d'exploitation avec sentiers d'entrée et de sortie et un hangar en son centre.

1) En Avril 1879,c'est Fourment qui est exploitant des quatre sablières: Arrouza, Pè deth Pesquè, Pont Vieux et Paradis. Il demande la résiliation du contrat, car il ne peut empêcher les gens de venir prendre du sable sans qu'il lui soit possible de se faire payer. La surveillance sera renforcée et le bail continuera.

Le 11 Novembre 1880, un litige s'élève entre la Ville et Fourment. Celui-ci ne veut pas payer ses droits, au prétexte que l'entrepreneur Ladagnous va chercher du sable gratis dans le lit du Gave. Une longue discussion s'engage au Conseil municipal pour savoir si Ladagnous prend le sable sur le bord – auquel cas il doit la redevance – ou au milieu du Gave, dans ce cas sans redevance, ce qui semble exact car il va jusqu'à 6 mètres du bord. En attendant un règlement amiable, Fourment ne paie pas sa rétribution et on suspend les poursuites contre lui.

2) Après la Grande Guerre, le 15 Février 1919, la sablière est confiée à Antoine Bordedebat pour 250 F l'an et pour 3 ans. Il lui est fait obligation de vendre le sable 60 centimes le m3 aux habitants de Lourdes et 2 F le m3 aux habitants des autres communes. Cet exploitant demande en Octobre 1921 la prolongation de son bail en reconnaissance de ce qu'il a assuré pendant la guerre le nettoyage de la Ville.

En Juillet 1923, il va se heurter aux carriers Bouriette, Vergeret et Courrèges qui adressent une pétition au Maire, protestant contre le manque de rigueur de Bordedebat qui n'entretient pas la sablière de l'Arrouza, pillée par des extractions d'étrangers. De plus, ils ne peuvent amener leurs charrettes sur le lieu de chargement par cause d'encombrements divers.

Par la suite, Antoine Bordedebat présente un mémoire demandant à la Ville d'intervenir auprès des frères Marthe et d'Aragnouet qui, après avoir extrait le sable sur l'autre rive, traversent ces matériaux sur un bac et chargent dans la carrière de l'Arrouza, malgré défense faite. Il demande à la Ville 2 000F de dommages intérêts, et aussi d'assurer l'interdiction de ces pratiques. En Décembre de la même année, il se retirera.

3) Le dernier exploitant sera Jean-Marie Marthe. C'est le 25 Mai 1925 que l'adjudication des quatre sablières du Pont Vieux, de l'Arrouza, du Pè deth Pesquè et du Paradis lui sera donnée, puis renouvelée pour 3 ans à 1 200 F l'an du 1er Janvier 1928 au 31 Décembre 1930. Le prix de vente est passé à 1 F le m3 de sable criblé aux Lourdais et 20 F le m3 aux habitants des communes voisines. En Décembre 1927, le bail est renouvelé pour 6 ans jusqu'au 30 Avril 1934.

Le 19 Novembre 1929, J.M. Marthe présente un mémoire de plainte contre les frères Pomès qui ont jeté dans le gave des masses de schistes venant de la rive opposée, ce qui entraîne la disparition du sable. Il demande la remise en l'état primitif du lit du Gave et une réduction du montant du bail.

Le 29 Avril 1930 : suite donnée à la plainte de J-M. Marthe contre les frères Pomès. Après enquête, l'Ingénieur des Ponts et Chaussées dit qu'il n'y pas lieu de considérer la plainte, les matériaux déversés protègent les rives du Gave et ne nuisent pas aux usines en aval. Le 4 Novembre 1935, J-M. Marthe est débouté de sa plainte et condamné aux dépens.

Ce litige entraînera la remontée de J-M. Marthe le long du Gave, vers le Caoutchiou. Il y exploitera une sablière en 1931 : le manque de matière à l'Arrouza l'y a obligé. Il obtiendra sans peine une adjudication en amont de la passerelle.

4) Ce que voyant, l'entrepreneur Simonet, qui exploite une carrière de pierre voisine, va demander en Juin 1933 le droit d'installer sur la sablière de l'Arrouza un treuil pour actionner une drague à extraire le sable, avec l'autorisation du fermier, le Gave présentant là une profondeur de 4,50 m. Mais la Ville, sceptique, refusera cette installation.

5) Et le 16 Juin 1936, la Ville remboursera à J-M. Marthe la caution de l'adjudication de la sablière de l'Arrouza, le bail s'étant terminé le 30 Avril 1934. Depuis lors, les rives du Gave ont été aménagées et à cet endroit, c'est un parc à autobus avec gare routière qui a pris la place de la sablière.

6) En Octobre 1955, Louis Peyrot demande à exploiter la sablière sous le Pont Pomès, face au garage de la Compagnie du Midi. En Décembre, le service des Travaux de la Ville forme opposition, ce quartier devant être aménagé prochainement. Néanmoins, une autorisation précaire et révocable est accordée jusqu'à réquisition du service des Travaux.

C - LA SABLIERE DU CAOUTCHIOU

Deuxième point d'ancrage des sablières : l'entrée sud de Lourdes à la limite de la commune d'Aspin, au lieu dit Caoutchiou (de "Caucheu" ancien), sur les deux rives du Gave, en amont et en aval de la passerelle construite en 1912. Elle supplée, avec plus d'importance, la sablière de l'Arrouza.

Cet endroit du Caoutchiou a été cédé à la Ville en 1865 pour y installer la machine élévatoire de ses canaux, la parcelle voisine de 2 ares 52 centiares a servi à la création du chemin d'accès aux trois fontaines, réserve d'eau potable.

1) C'est Jean-Marie Marthe qui va venir s'installer après l'épuisement de la sablière de l'Arrouza. Il obtient le 27 Mai 1931 l'adjudication rive droite, en amont de la passerelle édifiée sur la parcelle 578 bis. Le droit lui est donné pour 3 ans du 1er Mai 1931 au 30 Avril 1934 avec une redevance annuelle de 4 000 F. Les clauses du cahier de charges précisent le prix des fournitures aux acheteurs, fixé à 2 F le m3 de sable criblé, 1 F le tout venant et 0,50 F le gravier.

En 1934, le Conseil municipal réduit l'exploitation du sable en amont de la passerelle. L'architecte communal demande le bornage des terrains pour délimiter le communal, le terroir d'Aspin et les terrains particuliers. Plusieurs pères de famille nécessiteux vont demander le droit d'exploiter, mais ils ne peuvent soumissionner.

J.-M. Marthe arrête son activité en 1939 ; on va alors procéder à une nouvelle adjudication avec mise à prix à 800 F l'an. C'est Sylvain Grabé qui l'obtient jusqu'en 1943.

2) Après la guerre, deux locations seront accordées à Doucet en aval du Pont et à Grabé en amont pour 3 ans, de 1948 à 1951, renouvelées jusqu'en 1954. En Février 1954, changement d'exploitants, les baux sont venus à expiration.

  1. La sablière 578 bis partie amont est adjugée à M. Bonnemazou pour 3 ans à 3 000 F l'an : il doit en plus livrer 20 m3 e sable par an gratuitement à la Ville.
  2. La sablière 578 bis partie aval est adjugée à M. Laffont pour 3 ans. En Mars 1954, le Maire demande à Bonnemazou la livraison des 20 m3 de sable; en juillet, la livraison n'est pas encore faite et le 14 Août, seuls 2 m3 sont livrés, ce qui motive un rappel pressant du Maire. En Décembre 1956, M. Bonnemazou se retire : sa sablière est reprise par Pierre Sanchez. Fin Décembre 1959, le Maire constate que M. Bonnemazou n'a pas payé les 15 000 F de location, car il est insolvable.

3) En Juillet 1955, le second adjudicataire M. Laffont propose la cession de son bail sur la partie aval à Pierre Sanchez : un avenant de location est établi, qui durera jusqu'en 1956.

Pierre Sanchez ne renouvelle pas sur la partie aval, mais il continue sur la partie amont laissée par Bonnemazou. En Avril 1960, son bail de 3 ans à 200 F l'an le mènera à fin Décembre 1962. Dès lors, la sablière amont ne sera plus exploitée.

4) Quant à la partie aval de la parcelle 578 bis, elle sera à nouveau adjugée, après le retrait de P. Sanchez, à Eugène Yédra, avec bail de 1957 à 1959 pour 2 500 F l'an. Et le 9 Mars 1960, la sablière aval ayant été abandonnée, le Conseil municipal décide qu'elle ne sera plus mise en location.

Aucune autre exploitation sur le Gave n'est signalée à partir de ces temps dans la traversée de la Ville. Ainsi s'achève l'exploitation du sable de rivière à LOURDES.

D - LES SABLIERES DE LA FORET

La forêt de Subercarrère, longée par le Gave, est le troisième pôle d'extraction de sable dans le territoire lourdais.

1) En Octobre 1925, les entrepreneurs Félix frères présentent une demande pour exploiter une carrière de sabline (menu sable) à l'entrée de la forêt de Subercarrère, à la limite des religieuses de l'Immaculée Conception, avec bail de 23 ans et redevance.

2) En Mai 1930, Adrien Gris de Reuilhès désire exploiter un an contre une redevance de 50 F une carrière de sable à l'extrémité de la forêt de Subercarrère.

3) Sur la parcelle C1, à l'entrée du Bois, de suite après le ruisseau qui descend des Grottes du Loup, M. Sauvage désire exploiter une sablière en Mars 1955.

En Juin, l'Ingénieur des Eaux et Forêts fixe les prescriptions relatives à l'exploitation. Le 11 Mai 1955 est établi entre la Ville et M. Sauvage un bail de un an, précaire et révocable, pour exploiter la parcelle C1 sur 100 mètres avec deux ares pour les dépôts. Il prévoit la fourniture à la Ville de 10 m3 de sable et l'obligation pour le preneur de laisser la gravière en bon état.

4) En Janvier 1951, un bail de 9 ans, de 1951 à 1959, est accordé pour 5000 F de redevance annuelle à MM. Cuyeu et Gaye pour l'exploitation d'une sablière de la Forêt, située parcelle B2, en face de la commune de Peyrouse.

En Avril 1960, une nouvelle adjudication ne trouve pas preneur. Le cahier des charges prévoyait l'extraction sur 175 m de rive avec 6 ares pour les dépôts. Le bail de 9 ans avec redevance de 100 F l'an obligeait la fourniture annuelle de 20 m3 de sable à la Ville.