Professeur
d'Economie au College of the Holy Cross, Worcester, MA. 01610, U.S.A.
1. Introduction
Cet article se propose de mettre en relief les prémisses
de la pensée libertarienne, et de les appliquer à certains enjeux, comme le
socialisme, le capitalisme, le syndicalisme, le libre-échange, l'égalité de
salaire, le salaire minimum, les pays sous-développés et la pollution. Il est
important que, parlant de cette philosophie, nous en ayons auparavant une idée
claire. De cette manière, qu'on le veuille ou non, nous éviterons les
malentendus ; ou au moins engagerons-nous un dialogue sur le même sujet. Il se
peut que nous parvenions à un désaccord, mais cela est un bien meilleur
résultat qu'un malentendu, ce qui empoisonne la plupart des discussions
économiques.
2. La
propriété de soi-même
Le premier principe du libertarianisme est que nous
sommes tous propriétaires de nous-mêmes. C'est à dire qu'il est inconcevable
pour quiconque de porter atteinte à nos corps, que ce soit par esclavage,
meurtre, viol, coups et blessures ou tout autre acte de violence. Une
implication de cet axiome moral est l'illégitimité de la mise en Suvre par
quelqu'un d'une coercition contre une personne qui n'aurait pas préalablement
commis d'acte de violence. Tel est l'axiome de non-agression, une
caractéristique définissant la pensée libertarienne (1). Chacun peut se
défendre contre une attaque, ou même riposter , la pensée libertarienne ne
s'identifie pas au pacifisme , mais ne doit pas être le premier à donner
l'assaut à qui que ce soit.(2)
Quelles sont les alternatives au principe de la
propriété de soi-même ? Une possibilité est une variante de l'autocratie, ou de
la monarchie, ou du totalitarisme. Dans ces cas, une personne ou un petit
groupe de personnes possèderait le droit de disposer de la vie de tous les
autres. Mais cela est une violation absolue de l'exigence morale de
"généralisabilité" ou d"'universalisabilité": quel caractère
spécial d'ordre éthique possède cette personne ou ce petit groupe pour mériter
de diriger tous les autres ? Puisqu'il n'existe pas de telle caractéristique
morale (3), ce scénario s'écroule. La seule autre alternative à
l'"auto-possession" est que nous possédions tous 1/n part de chaque
personne sur terre, où n représente la population totale. Selon cette vision,
qui est plutôt un cauchemar, personne ne pourrait se faire plus qu'une
égratignure sans demander la permission aux détenteurs légitimes de son corps,
c'est-à-dire à tous les autres. Si l'on pratiquait la "démocratie
directe" dans ces conditions, la race humaine disparaîtrait rapidement
(nous soulageant ainsi du problème consistant à résoudre ce dilemme) puisqu'il
serait trop fastidieux de demander l'autorisation de tous avant de faire quoi
que ce soit. Si l'on observait une démocratie indirecte, c'est-à-dire la
"démocratie représentative", la situation ressemblerait aussitôt à la
première ou à un scénario autocratique, que nous avons déjà rejeté.
3. La propriété privée
Un second principe fondamental est que toute
propriété légitimement acquise doit être aussi protégée contre l'intrusion.
Avant d'aller plus loin dans l'analyse des droits de propriété, nous devons
prendre en considération l'objection qui veut que ces droits ne soient pas
justifiés, parce que la propriété est intrinsèquement une institution
illégitime. Ce sentiment est souvent étayé par la citation de Proudhon :
"La propriété, c'est le vol" (4). Mais il y a quelque chose de
logiquement absurde dans cette affirmation. "La propriété, c'est le
vol" est un propos utilisé pour nier la légitimité de la propriété, mais
le concept même de "vol" n'a pas de sens en l'absence de propriété
légitime. S'il n'y avait pas de propriété acquise légitimement, il ne pourrait
logiquement pas y avoir d'acte tel que le vol. Considérons un acte qui pourrait
sinon être considéré comme un vol. En dehors d'une perspective de propriété, si
quelqu'un s'appropriait l'objet d'une autre personne, nous ne pourrions pas
appeler ceci du vol, et le qualifier d'illégitime. D'une façon insatisfaisante,
voire amorale, nous décririons plutôt cet acte comme un "transfert",
ou une "transmission", ou une "relocalisation". Mais, cette
attitude conduirait à enlever toute signification à ce mot.
Le sixième commandement dit "Tu ne voleras
point". Ce commandement n'a absolument aucun sens si l'on ne suppose pas
l'existence des droits de propriété.
Les droits de propriété signifient simplement que les
êtres humains peuvent faire usage des choses terrestres sans nécessairement
commettre un acte intrusif. Si les gens ne possédaient pas de tels droits, et
si de plus ils évitaient toute action intrusive, nous péririons tous car nous
ne pouvons pas vivre sans utiliser la terre, l'air, l'eau, le feu et tout ce
que l'on peut créer à partir de ces éléments. Si nous sommes amenés à survivre
selon cette conception dénaturée de la propriété, alors nous devons tous agir
de manière importune et par intrusion : nous devons utiliser ce que, selon la
théorie, nous n'avons pas le droit d'utiliser. Dès lors la question n'est pas
de savoir si les êtres humains possèdent des droits de propriété, mais plutôt
de savoir comment ces derniers seront répartis. Peuvent-ils être individuels ou
doivent-ils être collectifs ? Ce sont les questions que nous abordons
maintenant.
4. La justification
On peut justifier les droits de propriété privée avec
les mêmes arguments que ceux avancés pour la libre possession de nos corps ou
le rejet de la possession collective. Il existe ici aussi trois options
similaires : la détention individuelle des droits de propriété, la détention
collective des biens communs, et le contrôle autocratique. Le contrôle
autocratique n'est pas "universalisable", et si chacun d'entre nous
devait demander la permission de tous les autres avant de commencer à utiliser
les ressources de la Terre, nous irions soit vers la famine, soit vers un
système de règles autocratiques.
En se référant à l'axiome de non-agression, on peut
dire que tout moyen strictement volontaire
d'obtenir une propriété se justifie (5). Mentionnons par exemple, le commerce,
les dons, les paris, l'héritage, la charité, les investissements, l'emploi,
l'emprunt, le remboursement des dettes, etc. Le fait est que, si A possède un
titre de propriété légitime sur le bien y, et l'échange contre z détenu
légitimement par B, alors A devient le nouveau détenteur de z, et inversement B
celui de y.
Et comment les humains s'approprient-ils la nature ?
Bien que les éléments de la réponse soient moins bien développés que les
fondements déjà exposés de la philosophie libertarienne, la réponse est donnée
par l'appropriation de la terre. Selon John Locke (6) c'est le fait de mêler le
travail personnel et la terre qui donne un titre légitime de propriété (7).
Une manière de justifier cette procédure est de la
comparer avec ses alternatives. Comment se peut-il alors que la propriété passe
d'un état de nature à une possession humaine ? Il semble qu'il existe
trois possibilités : les revendications, les ventes par l'Etat et la détention
collective. Selon la première proposition, on peut obtenir légitimement un
droit sur la terre simplement en le revendiquant. Le problème est qu'il se peut
que plusieurs personnes réclament "le soleil, la lune et les
étoiles", amenant ainsi la discorde. De plus, cette situation n'est pas
moralement satisfaisante : les demandeurs n'ont rien fait pour gagner cette
propriété ; pourquoi seraient-ils à même de la posséder, et donc d'empêcher les
autres de l'utiliser ? Un inconvénient à la deuxième proposition est que
le gouvernement n'est composé que de personnes en chair et en os, et qu'aucune
d'entre elles ne peut justifier sa revendication d'une terre non encore
possédée. Qu'y a-t-il de si spécial chez le bureaucrate qui lui donnerait le
droit de posséder une terre, simplement parce qu'il est partie liée avec le
gouvernement (8)? En ce qui concerne la troisième proposition, son objet là
encore disparaît quand on prend conscience que dans la pratique cela
signifierait soit que de telles ressources ne pourraient pas être utilisées
(les coûts d'agrément à leur utilisation, demandée à des milliards de gens,
seraient énormes), soit que ces ressources finiraient par être en fait détenues
par quelques dirigeants.
Malgré ce qui précède, il est de la plus grande
importance de prendre conscience que la pensée libertarienne n'implique en
aucune façon un mode d'organisation capitaliste. Nous rejetons totalement et
catégoriquement l'idée que les droits de propriété impliquent logiquement un
système capitaliste. Au contraire, nous affirmons que la pensée libertarienne
est tout à fait compatible avec le
socialisme, comme elle l'est avec le capitalisme (9). Comment cela est il
possible ? Clarifions ce point en nous
référant au tableau 1 :
Socialisme Capitalisme
Volontarisme Socialisme
Volontaire Capitalisme de
"Laissez-Faire"
"Coercivisme" Socialisme Coercitif Capitalisme
d'Etat
Bien que la plupart des théoriciens de l'économie
politique opposent le capitalisme au socialisme, nous rejetons complètement ce
mode d'analyse. Selon nous, il est plus pertinent de distinguer le volontarisme
et le "coercivisme" (10). Les adversaires principaux en présence ne
sont donc pas socialisme vs. capitalisme,
mais plutôt socialisme volontaire allié au capitalisme volontaire d'un côté,
dressés contre les forces maléfiques réunies du socialisme et du capitalisme
coercitifs, d'un autre côté.
Avant de considérer le contenu des quatre cases du
tableau 1, commençons par décrire les lignes, puis les colonnes. Nous avons
déjà abordé la distinction entre volontarisme et "coercivisme". Dans
le premier cas, l'axiome libertarien de non agression est respecté et observé.
Dans la deuxième situation, il y a violation de cet axiome. Il est donc clair
qu'un système strictement volontaire est compatible avec la philosophie
libertarienne, en fait, ces deux expressions sont équivalentes , et que la
coercition lui est diamétralement opposée.
5. Le socialisme
Considérons maintenant les colonnes. J'entends par
socialisme l'adhésion à la doctrine marxiste usuelle: "A chacun selon ses
capacités, à chacun selon ses besoins", ainsi qu'à la vision selon
laquelle toute propriété (ou au moins tous les biens du capital) doit être
détenue en commun. Mais la préoccupation centrale des libertariens est de
savoir si ces perspectives d'inspiration socialiste sont mises en oeuvre sur
une base volontaire ou coercitive. Nous connaissons tous le socialisme
coercitif ou étatique (le communisme). Ici les doctrines socialistes sont
respectées, au moins en théorie (11), mais sur une base coercitive. Les
individus n'ont pas le droit de quitter le système, pas plus que leur
consentement n'est nécessaire pour le mettre en place ou justifier de sa
pérennité.
A l'opposé et en complète contradiction avec le
socialisme coercitif, on trouve le socialisme volontaire, dont les exemples
sont le kiboutz, la coopérative, la communauté, l'organisation syndicale
(volontaire), la colonie hutterite (12), le monastère, etc. De même la famille
nucléaire est-elle une communauté socialiste (volontaire) (13)! Chaque membre
de la famille consomme non pas selon sa capacité à gagner mais selon ses
besoins. Les parents ramènent le revenu total mais ne le consomment
certainement pas entièrement ; les (jeunes) enfants ne ramènent rien et
consomment sur la base de leurs besoins. Dans toutes ces situations, le
volontarisme est strictement respecté. Personne n'est ni entraîné de force,
avec pertes et fracas, dans le volontarisme, ni empêché d'en sortir. De même
que la communauté volontaire ne confisque pas la propriété privée de ceux qui
ne l'ont pas volontairement et librement rejointe. Au contraire, la propriété
de la communauté se fonde sur le rassemblement des ressources légitimement
détenues par les individus qui la composent. Donc, à tous points de vue, cette
forme de socialisme remplit les conditions nécessaires du volontarisme. De ce
fait, elle est entièrement compatible avec la pensée libertarienne.
6. Le capitalisme
Je considère le capitalisme comme un système
d'interactions, basé sur l'échange, l'emploi, les taux d'intérêt, les
entreprises, les profits, etc. Un aphorisme de forme similaire à celui
considéré plus haut pour le socialisme pourrait être : "Chacun apporte et
reçoit selon ses capacités". Comme pour le socialisme, il existe une
dichotomie identique dans le capitalisme. Dans les conditions du laissez-faire
ou de tout autre système volontaire, l'homme d'affaires ne tire ses profits que
des achats librement consentis des consommateurs ; la "souveraineté du
consommateur" est le leitmotiv du système de libre entreprise (14). Chaque
fois qu'un échange a lieu , que ce soit un bien contre un autre (troc), un bien
ou un service contre de l'argent (vente), ou de l'argent contre du travail
(emploi) les deux parties y gagnent, au moins dans leurs anticipations ex ante, en comparaison de la situation
qu'ils avaient avant l'échange et qui aurait continué en son absence. Si
j'échange avec vous une heure de mon temps contre un salaire de $ 5.00, cela
signifie que j'estime cette heure à moins de $ 5.00 et que vous évaluez le
service plus cher que cette somme. Donc, l'échange améliore notre bien-être à
tous les deux (15). L'économie de marché n'est rien d'autre que la totalité de
tous ces échanges volontaires effectués en un lieu donné. De ce fait, nous
pouvons affirmer que le marché est profitable à tous ses participants (16) !
Mais toutes les variantes du capitalisme ne sont pas
aussi favorables. Le système de capitalisme d'Etat (ou capitalisme
monopolistique, ou fascisme économique, ou capitalisme corporatiste, ou
paradoxalement le socialisme nationaliste - le nazisme) conserve l'apparence
d'une adhésion aux institutions de la libre entreprise. Mais ce n'est qu'un masque
cachant une réalité sous-jacente. Dans les faits, les intérêts corporatistes
confisquent, au travers du gouvernement, ce qui ne leur serait pas attribué par
le marché. Si par exemple les consommateurs achètent un bien donné en quantité
suffisante et à un prix suffisamment élevé pour permettre à la classe
dirigeante de retirer un profit, cela paraît correct, bon et bien. Il se peut
que le marché libre permette l'obtention de tels gains dans ce petit secteur.
Mais quand ce n'est pas le cas, alors au travers de toute une série de
protections, pots-de-vin, taxes, subventions, cautionnements, franchises,
autorisations, licences, quotas, corruption, exceptions, tarifs, favoritisme,
etc, les décideurs-capitalistes excluront ces fonds du domaine public. Considérons
une activité typique, celle du cautionnement. La corporation confisque ici, par
des taxes sur les citoyens, les fonds qui ne leur sont pas destinés sous la
forme d'achats volontaires. Par conséquent, cette corporation assiège le
consommateur. Elle demande à son agent, qui est le gouvernement (17), d'imposer
tous les membres de la société puis de lui retourner cette richesse sous forme
de cautionnement (18).
Cette distinction entre le capitalisme de
laissez-faire et le capitalisme monopoliste d'Etat (entre les deux cases de
droite sur le tableau 1) est subtile et difficile à comprendre. Elle est même
plus difficile à appréhender que celle qui existe entre le socialisme
volontaire et le socialisme coercitif (les deux cellules de gauche sur le
diagramme). C'est pourtant l'une des distinctions les plus fondamentales de
l'économie politique. Son importance sera sans doute difficile à évaluer. Mais
essayons de nouveau. Un monde sépare les défenseurs d'un système de
concurrence, le marché, dans lequel les hommes d'affaires se noient ou
surnagent selon qu'ils satisfont ou non les consommateurs, et les défenseurs
des entreprises spéciales (celles par exemple à qui l'on octroie un monopole ou
une protection tarifaire). Cette seconde catégorie peut à juste titre être
caractérisée par une politique de "chien à l'affût" au nom des
intérêts capitalistes. Mais pas la première catégorie qui représente la vision
libertarienne. S'ils sont à l'affût de quelque chose, c'est du consommateur ;
s'ils parlent au nom de quelque chose, c'est au nom de la liberté, de la
justice et des droits individuels, et non de celui de groupes d'intérêts
particuliers.
Dans la phrase très à propos de Robert Nozick (19),
le laissez-faire rend possibles tous "les actes capitalistes entre adultes
consentants". Mais dans la philosophie libertarienne, un système qui rend
possible tous "les actes socialistes entre adultes consentants" est
tout aussi légitime. Ce n'est pas le capitalisme ou le socialisme qui est
important (20). Il s'agit là depuis toujours d'une distorsion qui a empêché
toute analyse sérieuse. Au contraire, c'est l'aspect coercitif ou volontaire
d'un système qui est au coeur du débat.
Le cadre de la pensée libertarienne ayant été dressé,
nous pouvons en considérer des applications à quelques problèmes de politique
publique.
7. Le syndicalisme
Tout comme le capitalisme et le socialisme, le
syndicalisme est un phénomène complexe, qui comporte un aspect volontaire et un
aspect coercitif. Et, selon le schéma exposé plus haut, la pensée libertarienne
est pleinement en accord avec un syndicalisme volontaire, mais catégoriquement
opposée à un syndicalisme coercitif. Que peuvent avoir en commun ces deux types
de syndicalisme ? Les syndicats sont des associations de salariés, organisées
dans le but de négocier avec leurs patrons afin d'augmenter leurs salaires
(21).
Quelle est donc la distinction entre syndicats
intrusifs et non-intrusifs ? Contrairement aux premiers, les seconds obéissent
à l'axiome libertarien de non-agression. En d'autres termes, les syndicats
légitimes limitent leurs actions à l'augmentation des salaires, ce qui ne viole
pas les droits des autres, alors que les syndicats illégitimes ne s'en privent
pas.
8. La grève générale
Cela nous conduit bien sûr à la "question à
1.000 FF". Parmi les armes des syndicats, quelles sont celles qui sont
intrusives et celles qui ne le sont pas ? Commençons par étudier une technique
légitime : la menace ou l'organisation d'une grève si les revendications
salariales ne sont pas satisfaites (22). Cela ne constitue pas une violation
des droits d'autrui puisque l'employeur, en l'absence de contrat, ne peut
obliger les gens à travailler pour lui à des salaires qu'ils estiment trop bas.
Pas plus que n'est valide l'objection selon laquelle les travailleurs agissent
de concert, à l'unisson, en collusion, ou par "complot". Il est
évident qu'ils le font. Mais s'il est possible à un travailleur de quitter son
emploi, alors tous les travailleurs, ensemble, ont le droit d'en faire autant
en masse. Ceci s'inscrit dans la ligne de défense du socialisme volontaire,
dont le syndicalisme volontaire n'est qu'une facette. En vérité, le groupe n'a
pas plus de droits que les individus qui le composent, et si une personne a le
droit de quitter son travail, elle ne perd pas ce droit simplement parce que
les autres ont décidé d'en faire autant au même moment.
De nombreux économistes de "droite"(23)
considèrent que les lois anti-trust et les lois anti-entente devraient
s'appliquer aux syndicats(24). Donc, même les syndicats volontaires tels que
nous les avons décrits seraient illégitimes, car selon eux les "actions
collusives" menées par les syndicats "'exploitent' la communauté tout
entière" (26) en violant la souveraineté des consommateurs (27). Mais ceci
montre seulement que ce que nous avons appelé laissez-faire est radicalement
différent du capitalisme d'Etat. Revenons à la législation du travail.
Si on peut envisager que les syndicats menacent ou
organisent une grève générale, il est inconcevable que les gouvernements
édictent une loi les obligeant à reprendre le travail. Cela est parfaitement en
accord avec le principe libertarien d"'auto-détention". Selon Murray
Rothbard :
"Le 4 Octobre 1971, le Président Nixon invoqua
le Taft Hartley Act pour obtenir une
décision de justice obligeant les dockers à une suspension de grève de 80
jours; c'était la neuvième fois que le gouvemement fédéral utilisait cette loi
dans une grève de dockers. Quelques mois auparavant, le responsable du syndicat
d'enseignants de New York avait passé plusieurs jours en prison pour avoir
violé une loi interdisant la grève aux employés du secteur public. Il est sans
doute très satisfaisant pour le public d'être protégé des longues perturbations
dues à une grève. Pourtant la 'solution' qui s'imposa fut de contraindre
purement et simplement au travail ; les grévistes furent obligés, contre leur
gré, de se remettre au travail. Une société revendiquant son opposition à
l'esclavage, et un pays qui a déclaré hors la loi la servitude non volontaire
n'ont pas d'excuse morale s'ils font appel à la contrainte légale ou judiciaire
pour interdire la grève , ou mettre en prison les leaders syndicaux qui ont
refusé d'obtempérer. L'esclavage est toujours très apprécié des
esclavagistes"(27).
9. Le boycott
Une autre forme d'action légitime des syndicats est
le boycott, qu'il soit "primaire" ou "secondaire". Le
boycott décrit simplement le refus d'une personne de contracter avec une autre
(28). Dans une société libre (capitalisme volontaire ou socialisme volontaire),
chaque interaction doit avoir une base mutuelle, mais rien ne laisse prévoir
que telle ou telle interaction doive avoir lieu. Je peux par exemple refuser de
m'associer avec vous pour une raison X qui me paraît suffisante. Puisque le
boycott est simplement un refus organisé de contracter, et que chaque personne
a le droit d'agir ainsi, alors les gens peuvent le faire ensemble. Que dit
Rothbard à cet égard ?
"Le boycott est une activité visant à persuader
des gens d'éviter tout commerce avec une personne ou une firme donnée.
L'objectif poursuivi par un boycott peut être blâmable, louable ou neutre d'un
point de vue moral. Par exemple, il peut viser à persuader les gens de ne pas
acheter des raisins cueillis par une main-d oeuvre non syndiquée ou bien, tout
au contraire, par des ouvriers syndiqués. Dans notre perspective, ce qui
importe, c'est que le boycott est purement volontaire, c'est une tentative de
persuasion et, par conséquent, un mode d'action parfaitement juste et licite.
Tout comme la diffamation, le boycott peut, en enlevant des clients à une
entreprise, avoir pour conséquence de faire chuter la valeur de celle-ci mais
cette action demeure un exercice parfaitement légitime du Droit de propriété et
de la liberté d'expression. Que nous encouragions ou condamnions un boycott
donné dépend de nos valeurs morales et de notre évaluation de l'objectif
poursuivi ou de l'action entreprise. Mais, en soi, un boycott est légitime.
Ceux qui le jugent moralement condamnable sont dans leur droit en organisant un
contre-boycott pour influencer les consommateurs dans l'autre sens ou pour
boycotter les boycotteurs. Tout cela est partie intégrante du processus de
diffusion de l'information et du choc des opinions dans le contexte des droits
de propriété privée.
Les boycotts appelés "secondaires" sont
tout aussi légitimes malgré leur prohibition par la législation américaine
actuelle du travail. Le boycott secondaire consiste pour un syndicat à
persuader les consommateurs de cesser d'acheter auprès des entreprises qui maintiennent
des relations commerciales avec les entreprises non syndicalisées visées par un
boycott primaire. Répétons-le : dans une société libre, on a le Droit de mener
ce genre d'action de persuasion, tout comme ceux qui s'y opposent ont le Droit
de riposter par un contre-boycott"(29).
10. Le piquet de grève
Considérons maintenant une action syndicale
illégitime. Ce sont des actes engagés par des syndicats coercitifs, alors
qu'ils sont rejetés par les syndicats non-coercitifs. Le piquet de grève, par exemple,
est illicite et devrait donc être mis hors-la-loi parce qu'il équivaut à la
menace ou à la mise en oeuvre de la violence physique. C'est pour cette raison
qu'il se démarque clairement du boycott. Dans cette action, l'objectif est
d'empêcher ceux qui le voudraient (fournisseurs, clients, syndicats adverses ,
"vendus" ou briseurs de grève) de contracter avec l'employeur visé.
Le boycott au contraire a pour but de mobiliser ceux qui sont déjà d'accord
pour faire la grève et de les empêcher de faire les achats qui s'y rapportent.
On peut véritablement essayer de convaincre ceux qui sont neutres mais dans un
boycott, les moyens pour le faire sont strictement limités à des techniques non
intrusives. Si l'on a recours à l'agression alors le boycott devient piquet de
grève.
11. Le piquet de grève informationnel
Certains considèrent le piquet de grève comme
simplement "informationnel". Afin de se rendre compte du ridicule
d'une telle revendication, essayons d'imaginer quelle serait notre réaction si
McDonald's envoyait des centaines d'agents portant des banderoles pour
encercler les locaux de Burger King ou de Wendy's dans le but
d"'informer" leurs clients ou leurs fournisseurs. De la même manière,
Hertz n'est pas autorisé à faire le piquet de grève devant Avis, ni General
Motors devant Ford. Il ne fait aucun doute que de telles actions seraient
interprétées, à juste titre, comme une tentative d'intimidation. Si ces
entreprises souhaitent diffuser de l'information, elles disposent d'autres
moyens : la publicité, le "mailing", les jeux-concours, la guerre des
prix, les promotions, etc. Et la même chose s'applique au syndicat. S'il désire
communiquer, il doit se restreindre à ces méthodes.
Certains affirment que les piquets de grève se
forment sur un lieu de travail afin d'informer qu'une grève est en cours, et il
est "admis" que les grévistes deviennent méchants s'ils voient
quiconque (clients, fournisseurs, briseurs de grève) s'engager dans des
négociations commerciales avec l'entreprise visée. On essaie ici de prétendre
que le piquet de grève est simplement informationnel, et que ces
"interférences" sont responsables de la violence qui lui est
inhérente. Mais il faut choisir entre ces deux conceptions du piquet de grève :
soit seule l'information est diffusée, soit il y a autre chose. Si elle l'est,
alors comment expliquer l'inévitable émergence de la violence dans un piquet de
grève ? Ces membres seraient-ils trop "susceptibles" ? Mais tout ceci
est hors de propos. Même si la violence n'avait jamais été associée aux piquets
de grève, cela prouverait seulement qu'ils réussissent si bien leur
intimidation qu'aucune violence n'est nécessaire. Comme nous l'avons déjà vu,
l'axiome libertarien de non-agression exclut aussi bien la mise en oeuvre de la
violence que sa menace, ainsi que le piquet de grève même s'il est non-violent
car il est une menace pour tous ceux qui voudraient le traverser.
12. La propriété du travail
D'autres défenseurs du piquet de grève admettent
qu'il s'agit d'une action violente tout en affirmant que ce n'est pas le
déclenchement d'une coercition mais plutôt une défense des droits de propriété
privée, c'est-à-dire les emplois des syndicalistes grévistes. Cette
revendication semble partiellement plausible. En effet, les libertariens ne
sont pas des pacifistes et défendent assurément le droit des personnes de
protéger leur propriété contre le vol. Cependant, le "briseur de
grève" ne vole pas le travail du syndicaliste gréviste. Par sa nature même,
un emploi ne peut être détenu par personne. C'est plutôt la concrétisation d'un
accord entre deux parties consentantes. La grève est la démonstration de
l'insatisfaction du syndicat envers l'offre de l'employeur. Ce faisant, il
renonce publiquement à cette offre. On ne peut donc pas dire que ces
travailleurs "détiennent" encore ces emplois(30).
Dans un régime de laissez-faire, tous les individus peuvent concourir pour des emplois sur un marché
libre du travail. C'est une réminiscence du système de caste justement
désavoué, ou du corporatisme, que de penser à l'existence de deux groupes
d'individus au regard de l'emploi dans une usine : les syndicalistes
coercitifs, qui ont les postes, ou qui ont un droit sur eux, et tous les autres
individus, qui doivent s'abstenir de les convoiter.
Dans une certaine mesure nous sommes dupés par le
propre langage que nous utilisons afin de décrire cette situation. Nous parlons
de "mon" travail, de "votre" travail, de "son"
travail ; cette utilisation du pronom possessif semble correspondre à une
possession réelle, ou à une propriété. Mais c'est une erreur totale. Nous
parlons également de "mon" épouse, de "mon" tailleur, de
"mon" employé, ou de "mon" client, et là encore cela
tiendrait du grotesque que d'attribuer des droits de propriété à n'importe
laquelle de ces conventions. Toutes sont fondées sur le caractère mutuel, et
non sur la propriété de la part de l'une ou l'autre personne. Par exemple, s'il
s'agit de "mon" épouse et si elle veut le divorce, alors je serais aussi
sûr en faisant le siège de sa maison qu'elle ne va entrer dans une nouvelle
relation avec mon remplaçant, que le serait le syndicaliste coercitif
protégeant "son" emploi contre les "incursions" similaires
du "renard". Si c'est "mon" employé, alors je pourrais lui
interdire de quitter son emploi. Si c'est "mon" client, je pourrais
l'empêcher de faire ses achats ailleurs, chez un concurrent. Et si c'est
"mon" tailleur, cela constituerait une violation de mes droits s'il
s'installait dans une autre ville, s'il prenait sa retraite, ou s'il changeait
de métier.
13. L'exploitation
Que dire de la revendication selon laquelle sans
droit de grève, les syndicats coercitifs seraient virtuellement sans pouvoir,
et en l'absence d'organisations ouvrières coercitives puissantes, les
travailleurs seraient prisonniers des "exploiteurs" ? En tout premier
lieu, même si cette revendication était justifiée, le droit de grève
demeurerait encore injustifié, en tant que violation du principe libertarien
d'opposition à l'instauration de la violence. En second lieu, même si les
syndicats coercitifs représentaient tout ce qui existerait entre les
exploiteurs et les conditions d'existence actuelles de ses membres, il ne
s'ensuivrait pas encore que la situation de la masse des travailleurs serait
améliorée par le droit de grève. Cette activité n'est pas tant tournée vers
l'employeur que vers le travailleur non-gréviste, le briseur de grève.
L'objectif majeur du piquet de grève est d'empêcher les non-grévistes de
pénétrer sur le site. En effet, la propre terminologie employée par les
syndicats coercitifs pour le décrire, le "jaune", indique l'extrême
dénigrement dont il fait l'objet. Mais ces individus sont également des
travailleurs. De plus, ils sont presque toujours plus pauvres(31) que les syndicalistes
coercitifs. On peut le constater en observant que les "jaunes" sont
habituellement plus qu'heureux d'accepter l'offre repoussée avec mépris par les
grévistes. Ainsi si quelqu'un devait être protégé du spectre de
l'"exploiteur", ce ne serait pas le syndicaliste coercitif, mais le
"jaune".
En troisième lieu, il est profondément erroné de
croire que le niveau de salaires que nous connaissons dépend de l'activité
syndicale coercitive. Comme n'importe quel ouvrage d'introduction à l'économie
le met en évidence(32), les salaires dépendent, au contraire, de la
productivité du travail. Si les salaires se situent au-dessus des niveaux de
productivité, faillite et chômage pourront en résulter(33). Cependant, si d'une
façon ou d'une autre les salaires se trouvent au-dessous du niveau de
productivité, d'autres employeurs peuvent tirer du profit en éloignant ces
travailleurs de leurs employeurs actuels , en améliorant continuellement
l'offre de travail jusqu'à ce que salaires et niveaux de productivité s'égalisent.
Il est tout à fait évident que l'on ne peut porter au
crédit du syndicalisme coercitif l'explosion des salaires et des conditions de
vie. D'une part, le mouvement coercitif ouvrier moderne est né dans ce siècle,
et a seulement gagné beaucoup de son pouvoir (aux Etats-Unis) avec la
législation des années 1930, quand sa part dans la force ouvrière est passée de
5 à 20 %(34). Pourtant les salaires, le bien-être et les conditions de vie
ont augmenté depuis des centaines d'années avant cela. D'autre part, les
économies des pays d'Asie du Sud sont telles que la Corée du Sud, Taïwan,
Hong-Kong, Singapour, ont bourgeonné dans les dernières décennies, en l'absence
pratique de syndicalisme, coercitif ou volontaire(35). De même, il y a eu des
accroissements de salaires prononcés dans des activités , à l'intérieur de pays
pourtant dotés d'un mouvement ouvrier puissant , qui ne sont pas du tout
organisées. Les exemples comprennent les secteurs bancaire, informatique et du
nettoyage domestique.
La comparaison entre les Etats-Unis et le Canada est
également éclairante. En 1960, le secteur (coercitivement) syndicalisé dans les
deux pays était d'environ 30% ; en 1983, les organisations ouvrières
représentaient globalement 40% de la force de travail canadienne, mais seulement
18% aux Etats-Unis. Si l'hypothèse du syndicat en tant que source de la
prospérité était correcte, nous aurions noté un glissement vers des conditions
de travail exploiteuses aux Etats-Unis, et une zone de grande affluence au
Canada. Inutile de dire que cela n'a jamais été le cas(36).
14. L'inégalité dans le pouvoir de
négociation
Envisageons une dernière défense possible : il existe
un inégal "pouvoir de négociation" entre l'employeur et l'employé, et
seul le syndicalisme coercitif peut rétablir l'équilibre. La raison
habituellement invoquée pour supposer qu'il y a un inégal pouvoir de négociation est qu'il y a plus
d'employés que d'employeurs(37). S'il en est ainsi, cela n'est guère suffisant
pour le démontrer. Je suppose que le pouvoir de négociation est défini de telle
sorte que lorsqu'il y a une différence d'opinion, ou une controverse, la
personne disposant du plus grand pouvoir de négociation est plus susceptible
d'atteindre son but que celle dotée du plus faible pouvoir de négociation. Mais
en fait, la capacité d'atteindre son objectif dans une situation de négociation
dépend presque entièrement du positionnement du salaire, au dessus, au dessous
ou à l'équilibre(38). Dans la première situation, l'employeur disposera de plus
de "pouvoir de négociation", en tout cas tant que les salaires
tendront à diminuer ; dans la deuxième situation, l'employé aura plus de
"pouvoir de négociation", puisque le marché impose un accroissement
des salaires. On pourrait affirmer, si on le souhaite, que dans la troisième
situation le "pouvoir de négociation" est équivalent, puisque les
salaires ne présentent aucune tendance au changement. Mais si on applique le
principe du "rasoir d'Occam", il serait plus scientifique de se
passer entièrement du concept de pouvoir de négociation, et de restreindre le
champ d'investigation à l'analyse fondamentale de l'offre et de la demande sur
le marché du travail(40).
15. Le droit du travail
Il découle de notre analyse du syndicalisme coercitif
que notre actuel droit du travail est en grande partie malencontreux et
nuisible. Si l'association volontaire et le consentement mutuel sont les seuls
fondements légitimes de l'emploi, s'il devait être interdit à un groupe de
travailleurs d'en empêcher par la force un autre (les "jaunes") de
concourir pour des emplois ; il s'ensuit que les lois gouvernementales qui sont
incompatibles avec ces principes le sont également avec le code libertarien.
Par exemple, il ne devrait exister aucune loi obligeant l'employeur à
"négocier de bonne foi" avec une certaine catégorie d'employés : il
devrait être autorisé à négocier avec qui il le souhaite. En outre, toute la
législation empêchant un employeur de licencier les grévistes, et d'embaucher
des remplaçants sur une base permanente, devrait être abrogée. Selon Rothbard :
"Il est évident que la grève est une forme
singulière d'arrêt de travail. Les grévistes ne quittent pas simplement leurs
emplois ; ils soutiennent que d'une manière ou d'une autre, d'un certain point
de vue métaphysique, ils 'possèdent' toujours leurs emplois et possèdent un
droit sur eux, et qu'ils ont l'intention de les retrouver quand les problèmes
sont résolus. Mais le remède à cette politique contradictoire en elle-même,
aussi bien qu'au pouvoir perturbateur des syndicats ouvriers, n'est pas de
voter des lois proscrivant les grèves : le remède consiste à retirer le corps
considérable de lois fédérales, étatiques et locales, qui confère des
privilèges gouvernementaux spéciaux aux syndicats ouvriers. Tout ce qui est
nécessaire, à la fois au principe libertarien et à une économie prospère, c'est
d'effacer et d'abolir ces privilèges spéciaux.
"Ces privilèges ont été intégrés dans le droit
fédéral , en particulier dans le Wagner-Taft-Hartley Act, adopté à l'origine en 1935, et Le Norris-LaGuardia Act de 1931. Ce dernier interdit aux
tribunaux d'envoyer des injonctions dans les cas de violence syndicale
imminente ; le précédent oblige les employeurs à négocier "de bonne
foi" avec le syndicat qui a remporté les votes de la majorité d'une unité
de travail arbitrairement définie par le gouvernement fédéral , et empêche
également les employeurs de faire de la discrimination à l'égard des
responsables du syndicat. ... En outre, les législations locales et étatiques
protègent souvent les syndicats des poursuites en justice, et elles placent des
restrictions sur les embauches par les employeurs de briseurs de grèves ; et la
police est souvent chargée de ne pas interférer dans l'utilisation de la
violence par les grévistes contre les briseurs de grève. Éliminons ces
privilèges spéciaux...
"Il est typique de notre tendance étatistes que,
lorsque l'indignation générale contre les syndicats conduisit au Taft-Hartley Act de 1947, le gouvernement n'abrogea
pas le moindre de ces privilèges spéciaux. Au contraire, il rajouta des
restrictions particulières sur les
syndicats pour limiter le pouvoir que le gouvernement avait lui-même
créé ... la politique apparemment contradictoire du gouvernement sur les
syndicats sert, premièrement, à accroître le pouvoir du gouvernement sur les
relations ouvrières et en second lieu à entretenir un syndicalisme
convenablement conçu par l'Establishment
et convenablement intégré comme un partenaire subalterne dans le rôle du
gouvernement sur l'économie"(40).
16. Le libre-échange
Les barrières canadiennes au commerce extérieur sont
parmi les plus élevées dans le bloc de pays industrialisés occidentaux. Eu
égard aux quotas et aux autres barrières non tarifaires, qui sont bien plus
insidieuses et bien moins quantifiables, le Canada a de façon croissante assumé
une attitude plus protectionniste dans les années récentes.
L'argument moral contre les barrières à l'échange sur
la base libertarienne est total, complet et sans détours. Tous les détenteurs d'une
propriété légitimement acquise ont le droit de l'échanger, sur une base
volontaire, avec qui ils souhaitent. On ne se soucie pas que le partenaire de
l'échange réside dans un autre pays : les droits de l'homme ne s'arrêtent pas
aux frontières nationales.
En plus de l'argument moral pour un libre échange
total, il y en a également un d'ordre économique : les barrières commerciales
réduisent le bien-être économique. Malheureusement, la plupart des Canadiens ne
sont pas conscients du tort économique causé par la politique qui écrase le
commerce international. Le bannissement auto-imposé des avantages de la
spécialisation et de la division internationale du travail est une grave erreur
pour un grand pays qui dispose à l'intérieur de ses propres frontières d'un
marché à échelle mondiale et renferme bien des compétences, des matières
premières et du capital disponibles dans le monde entier ; pour un petit pays
comme le Canada, c'est réellement folie.(41)
Le terme-même de "protectionnisme" est
faux. Il implique que les citoyens sont défendus contre une quelconque
exploitation économique, rendue encore plus malhonnête car sa genèse est
l'extérieur. En fait rien ne pourrait être plus éloigné de la réalité que cela.
Afin de clarifier ce point, ne commençons pas avec
une nation qui refuse de commercer avec d'autres, mais avec un individu
érigeant des barrières entre lui-même et les autres. Une telle personne, bien
sûr, devra produire tout ce dont elle a besoin. Il devra produire sa propre
nourriture, fabriquer ses habits, construire sa maison, se soigner par lui-même
en cas de maladie, se divertir lui-même et ainsi de suite. Etant incapable de
se spécialiser, sa productivité ne pourra atteindre des niveaux viables. Il
sera "un prisonnier de tous les commerces et maître d'aucun".
Si tout le monde essayait le chemin de l'autarcie
économique, cette terre fertile qui peut assurer aujourd'hui la vie de quatre
milliards de gens ne pourrait laisser subsister que quelques millions de
sauvages vivant dans un état de semi-famine.
Au niveau national, un argument en faveur du
protectionnisme est qu'une politique libre-échangiste signifierait une
réduction du niveau de l'emploi pour les nationaux. Et cela, on doit le
concéder, est vrai. Si on offre aux consommateurs canadiens par exemple le
choix entre un pull fabriqué au Canada pour 50$ et un article identique venant
d'Asie du Sud-Est coûtant 10$, ils choisiraient sûrement d'être économes et
épargneraient 40$. Le résultat inévitable sera une perte d'emplois pour les
Canadiens...dans le secteur de la production de pulls.
Mais, ne nous arrêtons pas ici, comme le font les
protectionnistes, car de nombreux autres effets doivent être pris en
considération. Que feront les consommateurs des 40$ supplémentaires ? Ils
peuvent les dépenser en achetant d'autres produits canadiens, et s'il en est
ainsi, les salariés du secteur des pulls devenus chômeurs pourront retrouver un
emploi dans ces autres secteurs d'activité. Ils peuvent aussi épargner ce
revenu supplémentaire, et dans ce cas, les banques pourront accorder des prêts
à des taux plus avantageux, créant ainsi des emplois dans la construction, le
bâtiment et l'industrie lourde. De manière alternative, ils pourraient acheter
quatre pulls , fabriqués à l'étranger , de plus (ou importer d'autres produits
venant d'autres pays).
Que feront les fournisseurs étrangers avec les 10$
(ou 50$) versés par les Canadiens ? Une possibilité est qu'ils achètent des
produits canadiens, renforçant leur industrie intérieure. Ils pourraient
également dépenser leurs dollars dans d'autres pays où les nationaux pourraient
à leur tour acheter des biens canadiens, stimulant à nouveau le niveau de
l'emploi dans le pays.
Mais que se passerait-il si les étrangers, peut-être
déterminés à faire couler l'économie canadienne, décidaient simplement
d'économiser leurs fonds canadiens fraîchement acquis ? Que se passerait-il
s'ils étoffaient leurs matelas avec cet argent ? S'ils étaient aussi fous, ils
réussiraient seulement à nous donner leurs pulls gratuitement ! Par cette
politique ils nous offriraient des biens de valeur et recevraient en retour des
morceaux de papier que leurs actions rendraient sans valeur. Cette forme
d'épargne financière rendrait, bien sûr, notre industrie de pulls superflue,
mais tous les Canadiens épargnant sur leurs factures vestimentaires pourraient
s'offrir des biens supplémentaires , et des emplois seraient créés dans les
industries satisfaisant ces nouveaux désirs.
Si un autre pays peut fabriquer des pulls moins cher
que nous, il devient logique que nous nous concentrions sur ce que nous faisons
de mieux, et de leur permettre d'en faire de même, d'échanger alors en
utilisant les aptitudes spécifiques et les dotations en facteur de chaque
région du globe. Nous ne deviendrons pas une nation riche si nous obligeons les
gens à travailler dans des secteurs où d'autres sont plus efficaces.
16.1. Qui sont les perdants ?
Les principales victimes d'une politique de
libre-échange ne sont pas les salariés à faible revenu et faible qualification
générale, utilisable aussi bien dans le secteur de la production de pulls
qu'ailleurs. Ceux-ci trouveront un autre emploi avec des salaires comparables.
Les véritables perdants sont les propriétaires des
entreprises protégées et les salariés hautement payés, fortement syndicalisés
et détenant des compétences particulières dans la production de pulls. Eux
seuls souffriront de pertes sans limite. En conséquence, les syndicats
soutiendront les producteurs dans leur demande de protection et d'assistance
accrue.
Pourquoi alors, si le libre-échange a autant de sens,
nous trouvons-nous barricadés, avec des droits de douane élevés, contre
l'affluence ? Bien que ceci ne puisse seulement être spéculatif, la réponse
repose sur notre organisation économique et sociale. A l'instar des
producteurs, nos intérêts sont hautement concentrés(42). Il est rare de trouver
une personne ayant plus d'une source d'emploi ; la plupart des investisseurs se
concentrent en effet sur une (voire quelques) industrie(s). Mais, en tant que
consommateurs, nous achetons habituellement des dizaines de milliers de biens.
Nos intérêts sont alors étonnamment diffus.
Il est alors évident que, lorsqu'on considère un
droit de douane sur des chaussure, des brosses à dents, des trombones ou des
chewing-gums, les producteurs, aussi bien propriétaires qu'employés, peuvent
facilement se mobiliser.
La "protection" des échanges peut coûter
des milliards au public, et ne valoir seulement que quelques millions pour les
fabricants. En raison de l'éparpillement des consommateurs et du fait que les
droits de douane ne coûteront que quelques pennies à chacun de nous, les
consommateurs ont peu d'incitation à organiser une résistance.
La population est tellement sur-informée par le blitz
médiatique qu'opèrent les bénéficiaires des barrières commerciales , les
entreprises protégées et les travailleurs syndicalisés , qu'elle en vient à
sentir, vaguement, que les barrières douanières sont véritablement de leur
intérêt autant que de l'intérêt général.
16.2. Unilatéralisme ?
Une déclaration unilatérale de libre-échange émanant
par exemple du Canada sera difficilement une priorité pour le gouvernement
Mulroney. Mais il est de la plus haute importance que l'on examine ce projet
politique alternatif.
Si les négociations sur le libre-échange continuent à
faire toujours autant de tapage sans jamais émerger sur une conclusion
favorable au libre-échange, nous nous perdrons dans une escalade tarifaire
tragique et serons confrontés à de sérieux problèmes. L'abolition des barrières
douanières peut relever de l'intérêt national, mais risque fort d'être hors de
portée, quelle que soit sa désirabilité.
Une suppression unilatérale de tous les droits de
douane, quotas, et autres interférences
a au moins l'avantage de pouvoir être atteinte sans la coopération des
autres nations. De plus, elle apporterait, sans aucun doute, d'importants
bénéfices au pays qui adopterait une telle décision. (Dire qu'il serait
difficile de convaincre la population concernée , les Canadiens par exemple ,
des mérites d'un tel changement serait, cependant, la sous-estimation du
siècle).
Sous un tel régime, les consommateurs nationaux ,
disons les canadiens , profiteraient de biens à des prix jusqu'ici
inimaginables. Cela donnerait sans aucun doute un magnifique coup de fouet à
notre niveau de vie, et ferait bien plus pour le bien-être des plus démunis que
tous les programmes sociaux théoriques réunis.
De plus, cet avantage accordé aux consommateurs se
répercuterait sur les exportations de ce pays, le Canada. En effet, les fonds
supplémentaires dépensés aux Etats-Unis notamment reviendraient, finalement,
ici sous la forme d'achats intérieurs. Cela ne serait pas seulement un avantage
pour les consommateurs, mais dynamiserait l'emploi au Canada.
En fait, une abolition unilatérale des barrières
protectionnistes est une si bonne idée qu'il pourrait être logique de l'adopter
tout de suite et d'oublier toutes les négociations en cours. Ceci est vrai à un
point près : un accord mutuel entre deux ou plusieurs pays (ou mieux encore,
entre le Canada et le reste du monde) pour ouvrir complètement nos frontières est certainement préférable à un accord
unilatéral.
Nous pouvons, en effet, soit gagner un montant
moindre sous l'hypothèse d'unilatéralisme, soit attendre et atteindre
probablement un meilleur résultat plus tard, si les négociations aboutissent à
un accord réciproque.
Etant donné cette situation, deux questions se
posent. Premièrement, un tiens vaut-il mieux que deux tu l'auras ? La théorie
économique seule ne peut pas répondre à cette question car nous ne connaissons
pas l'importance respective des gains immédiats (unilatéraux), des gains
espérés de la négociation, ni même le taux d'actualisation qui pourrait permettre
de comparer les bénéfices de manière significative.
Deuxièmement, nous devons nous demander si prendre
"un tiens" augmentera ou diminuera l'occurrence de "deux tu
l'auras". Une déclaration unilatérale de libre échange favorisera-t-elle
ou découragera-t-elle la probabilité que les Etats-Unis acceptent de mettre fin
à leurs propres restrictions commerciales ?
D'un certain point de vue, si nous agissons seuls,
nous pouvons inciter les Américains des Etats-Unis à nous emboîter le pas. Si
nous balisons le sentier vers la libre-entreprise, nous pourrons leur montrer
l'ambiguïté de leur allégeance au marché, et ainsi les forcer à entrer dans
l'ère du véritable libre-échange.
D'un autre point de vue, il est impossible de leur
forcer la main. Cela reviendrait à considérer les relations commerciales entre
les pays comme un problème de force pure. Si nous nous débarrassons de nos
moutons (leur accès à nos marchés), ils riront de nos espoirs qu'ils se
débarrassent des leurs (notre accès à leur marché).
Malheureusement, encore une fois, il n'y a rien dans
la science économique qui permette de donner une réponse définitive à cette
énigme. Néanmoins, une "science pessimiste" peut être d'une certaine
utilité. D'un côté, elle nous montre notre ignorance. Elle nous aide à
comprendre où et comment nous devons rechercher des informations
supplémentaires. De l'autre, elle indique que le moment est peut-être venu où
les bénéfices certains mais moindres issus de l'unilatéralisme commenceront à
compenser les gains plus substantiels espérés de l'attente interminable d'un
accord négocié mais toujours décroissants.
Ainsi devrons-nous volontiers admettre que, même si
nous sommes convaincus qu'en toute circonstance un accord de libre-échange ne
sera pas signé avec des partenaires potentiels, nous devrions nonobstant
déclarer nos frontières ouvertes à leurs incursions commerciales. Il apparaît
déplaisant de tendre l'autre joue, bien que cela relève de la sagesse du
commerce.
Bien que l'idée paraisse difficile à réaliser, il
s'agit d'une politique publique saine. L'industrie nationale bénéficierait
d'exportations accrues, provenant de la capacité d'augmenter le degré de
spécialisation ; elle se joindrait à la division internationale du travail et
bénéficierait d'économies d'échelle. Le consommateur national tirerait
également avantage d'une dissolution unilatérale des barrières
protectionnistes.
Cela peut sembler improbable, mais il est
réconfortant de savoir que nous bénéficierions d'une déclaration unilatérale
d'ouverture des frontières même si les autres ne suivaient pas notre exemple.
16.3. Payer l'équité
A l'heure actuelle, beaucoup de pays occidentaux, et
en particulier le Canada auquel je m'intéresse, sont impliqués dans un processus d'inflation législative, dans le but
déclaré de promouvoir "l'égalité face à l'emploi". Telle est en tout
cas la dénomination utilisée par le juge Rosalie Abella. La principale
découverte de la Commission Royale Abella(43) est que le ratio de salaire
femme/homme, de 63,9% en 1982, est largement dû à une discrimination sexuelle
de la part des employeurs de la nation, aussi bien publics que privés. Sa
principale recommandation est qu'une nouvelle politique active en faveur de
"l'équité de l'emploi" soit mise en oeuvre, ce qui exigerait que les
entreprises privées et celles de la Couronne changent leurs pratiques
d'embauche et de promotion des salariés, jusqu'à atteindre une représentation
équilibrée et un salaire équivalent.
Cependant, cette proposition est une fausse solution
à un problème inexistant. Le principal de l'étude menée par le Fraser Institute
est que l'écart des revenus entre les sexes est dû non pas à une discrimination
des employeurs mais plutôt à des différences de productivité. Rien ne peut
permettre d'affirmer que ces différences soient inhérentes ou fondées sur des
dissemblances génétiques. Mais, un facteur déterminant est l'effet asymétrique
que produit le mariage sur les revenus. Il augmente les revenus du mari et
réduit ceux de la femme. Les responsabilités sont inégales quant aux soins
apportés pour élever les enfants, quant à la gestion de la maison, et aussi en
égard aux attachements psychologiques différents que l'on peut éprouver pour la
vie au foyer plutôt que la vie en entreprise. La preuve ? Les femmes qui n'ont
jamais été concernées par l'institution du mariage, et dont on ne peut que
supposer des niveaux de productivité identiques à ceux des hommes, n'ont pas à
subir des salaires inférieurs.
Les statistiques sont sans appel. En 1981, dernière
année pour laquelle les données sont disponibles, le ratio de salaire
femme/homme pour les Canadiennes qui n'ont jamais été mariées était de 83,1%.
Mais, même ceci est une sous-estimation de la relation véritable, parce que les
statistiques n'ont pas été corrigées par l'expérience, l'age, l'éducation, la
syndicalisation, etc. Quand une seule de ces corrections est faite, par
exemple, et que nous comparons les revenus des hommes et des femmes qui n'ont
jamais été mariées et qui ont un diplôme universitaire, le chiffre monte à
91,3%. (En 1971, les femmes non mariées et ayant un diplôme universitaire
gagnaient, à niveau équivalent, 9,8% de plus que leurs collègues hommes)(44).
En d'autres termes, quand nous considérons seulement les hommes et les femmes
qui n'ont jamais été concernées par l'institution du mariage amenant à une
différentiation de productivité, c'est-à-dire lorsque nous comparons les hommes
et les femmes qui sont à même d'avoir des productivités similaires, nous ne
trouvons aucune différence statistiquement significative quant à leurs
revenus(45).
Ces résultats ne sont pas non plus une aberration
statistique limitée aux chiffres les plus récents. Une étude approfondie des
données collectées sur les cinq derniers recensements (1941-1981) révèle que le
ratio des revenus femme/homme jamais mariés n'a jamais chuté en dessous de 80%
et n' a pas crû au delà de 47% pour ceux ayant été mariés(46).
Les recommandations du rapport de la Commission
Royale Abella, sur le rôle de discrimination de l'employeur et sur la cause de
l'écart de revenus, ne résoudra pas le problème fondamental. En fait, elles
causeront des erreurs notables. Car si la raison pour laquelle les femmes
reçoivent en moyenne 6,5$ alors que les hommes en gagnent 10 consiste en une
plus faible productivité moyenne, il est facile de comprendre quel sera l'effet
de la législation qui exige qu'elles soient payées sur une base
"équitable" : leur salaire sera au-dessus du salaire d'équilibre du
marché, et elles seront au chômage(47).
La tragédie est que sur ce marché la discrimination
sexuelle, ou raciale, n'est simplement
pas viable(48). Si les hommes et les femmes salariés, à productivité égale,
avaient des salaires largement différents, des incitations entrepreneuriales
tendraient à dissiper le différentiel. Des entrepreneurs chercheraient à
embaucher des femmes sous-payées et licencieraient des hommes sur-payés.
Supposez que vous soyez un employeur, par exemple, faisant face à deux
candidats chacun ayant un niveau de productivité de 10,00$ par heure. Supposez
que l'homme doit être payé 10,00$ alors que la femme, grâce à la magie de la
"discrimination", ne doit être payée que 6,50$. Qui choisiriez vous ?
A moins d'être extrêmement sexiste, vous embaucherez la femme parce que vous
pourrez faire un profit supplémentaire de 3,50$ par heure. Même si vous étiez
extrêmement sexiste et embauchiez l'homme, vous seriez rapidement éliminé de
votre activité, car vos concurrents, avec une force de travail féminine moins
onéreuse, pourraient vendre à meilleur prix que vous.
16.4. Le salaire minimum
Considérons les conditions des salariés à faible
revenu, et la réponse du gouvernement, c'est-à-dire la loi instaurant le
salaire minimum. La critique générale de cette initiative s'est limitée à
contester le niveau trop faible du salaire minimum ou sa trop lente
augmentation. Cela est particulièrement malheureux puisque l'effet à long terme
des lois sur le salaire minimum, paradoxalement, n'est pas d'augmenter les
revenus des salariés les moins formés, mais de rendre presque impossible tout
succès dans leur recherche d'emploi.
La principale motivation à l'origine de cette
législation est la peur qu'en son absence les employeurs soient totalement
libres de dicter les niveaux de salaire. Dans cette optique, ce serait un désastre
pour les gouvernements de laisser le choix de la rémunération des salariés les
moins payés à la grâce de la classe capitaliste. Cette attitude est tout à fait
compréhensible. Les opposants éclairés aux lois de salaire minimum ne renient
pas le fait que les employeurs essayeront de payer le moins possible.
Au contraire, ceux qui à l'instar des libertariens,
acceptent pleinement l'attitude des employeurs soucieux de leurs intérêts
personnels acceptent aussi l'âpre réalité selon laquelle il existe une tendance
inexorable des niveaux de salaires à refléter la productivité des travailleurs.
Les niveaux de salaire inférieurs à la productivité sont tirés vers le haut, et
ceux au dessus sont tirés vers le bas.
Prenons par exemple un travailleur qui crée une
valeur ajoutée de 2$ l'heure alors qu'il n'est payé que 25 cents. Cela signif1e
que l'employeur réalise un profit pur de 1,75 $ pour chaque heure de travail du
salarié. Cela n'est pas très bon pour le travailleur , mais c'est une situation
improbable dans le monde réel, et même si elle a pu exister, elle est
impossible à maintenir.
Cela ne peut pas durer parce que le profit de 1,75$
jouerait le rôle d'une pompe à vide, aspirant toute utilisation concurrentielle
de ce profit tiré du travail. Tout employeur ne souhaiterait rien d'autre que
d'attirer ce salarié pour qu'il quitte son patron actuel et tirer à son tour
profit de ces profits extraordinaires. Mais le nouvel employeur, bien
évidemment, ne pourrait appâter ce travailleur tant courtisé qu'en lui offrant
un meilleur salaire.
Ainsi se poursuivrait la tendance vers un salaire
horaire de 2$ pour ne cesser qu'au moment où les gains provenant de l'embauche
d'un tel employé commenceraient à être inférieurs aux coûts de recherche et
d'embauche payés par l'employeur potentiel. Nous devons donc conclure qu'en
l'absence d'intervention de l'Etat, un travailleur qui rapporte 2$ de l'heure
va gagner, à l'extrême, un salaire qui ne sera pas sensiblement inférieur à ces
2$ de productivité horaire.
Mais que se passe-t-il si une loi stipule que toute
firme qui emploie ce salarié doit lui verser, disons, 3,40$ par heure ? Il sera
contraint à une vie de chômage.
Pour l'employeur potentiel, accepter de faire
travailler cet employé serait un désastre financier : 3,40$ par heure devraient
être payés, alors que seulement 2$ seraient engrangés ! Il n'y a pas beaucoup
de cas où une firme peut accepter d'agir aussi peu sagement, si ce n'est par
charité ; mais si la firme persiste dans cette voie sur une grande échelle,
alors elle n'ira qu'à la faillite.
La tragédie et la honte viennent de ce que, bien que
le travailleur produisant à faible productivité, au cas où il est embauché,
puisse augmenter son niveau de compétence au-dessus des seuils définis par la
loi, du fait du salaire minimum il est d'emblée empêché de trouver un emploi.
Il est consigné dans une vie de désoeuvrement forcé, qui amène dans ses
faiblesses un cortège d'autres problèmes : crime, alcoolisme, désespoir, maladie.
16.5. Santé
Qui sont les gens à faible productivité économique
que cette politique si mal avisée maltraite ? On les trouve en grande partie
parmi les jeunes, ceux qui abandonnent leurs études, les natifs qui viennent
des provinces rurales, les immigrants, les handicapés. Lorsque deux de ces
catégories ou plus sont combinées, le taux de chômage grimpe à des niveaux
effarants.
Les taux de chômage pour les groupes opprimés comme
les noirs aux Etats-Unis, les gens peu instruits et les jeunes gens d'origine
rurale ont atteint des chiffres proches de 50%. Et même ceux-ci sous-estiment
le véritable problème, parce qu'ils ignorent les personnes qui sont désespérées
d'avoir été mises à l'écart du marché du travail.
Le Canada auquel je m'intéresse ne fait pas exception
à la loi économique générale. La législation sur le salaire minimum au Canada a
réduit les possibilités d'emploi pour ceux qui se situent au bas de l'échelle
des revenus.
Pourquoi Ottawa et les provinces continuent-elles
dans cette voie si la loi sur le salaire minimum est une telle erreur ? La
première raison réside dans la crainte du public d'avoir affaire à des
entrepreneurs "exploiteurs". Cette crainte est l'un des motifs
invoqués dans les revendications syndicales.
Mais le fond du problème ne réside pas là. Il est
dans la concurrence qui existe toujours entre syndicats et travailleurs
non-syndiqués, et c'est en particulier le cas pour les activités non organisées
où la productivité du travail est moindre. Chaque fois que les syndicats élèvent
le niveau de leurs revendications salariales, les employeurs sont tentés de
répliquer, jusqu'à un certain point, en substituant du travail non-syndiqué.
Quel meilleur moyen de couper l'herbe sous les pieds des employeurs que de
faire pression pour imposer un salaire minimum légal ? Par le salaire minimum
le coût de revient des travailleurs inorganisés est ipso facto augmenté et ceux-ci deviennent par là même non
compétitifs.
Naturellement, les syndicats clament leur soutien à
une telle loi en montrant leurs efforts "pour augmenter le niveau de
salaire de ceux qui sont en bas de l'échelle des salaires". Mais si cela
était vraiment leur position, alors ils devraient ne pas avoir d'objection à
une loi sur le salaire minimum qui s'appliquerait exclusivement au travail des
syndiqués, une loi qui interdirait aux seuls syndiqués de travailler pour,
disons, moins de 30$ par heure. Aucun responsable syndical ne voudra de toute
façon accepter ce défi, parce que cela signifierait un chômage massif de ses
adhérents et une carrière moins rémunératrice pour lui-même.
Comment pouvons-nous vérifier le principe économique
selon lequel des niveaux élevés de salaire minimum tendent à augmenter les taux
de chômage relatif des individus les moins qualifiés ? Un des moyens est de
calculer le taux de chômage des jeunes en pourcentage des taux concernant les
salariés adultes les plus productifs, et de les comparer aux niveaux de salaire
minimum dans chacune des provinces. (Pour notre tableau, nous choisissons la
classe des travailleurs entre 20 et 24 ans parce qu'ils sont la partie la plus
jeune de la population active qui soit soumise à la loi sur le salaire minimum
des adultes.)
|
Rapport du Taux de chômage des salariés de 20 à 24
ans en % et du taux de chômage des salariés 25 ans et plus en % |
salaire minimum en $ |
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Manitoba Saskatchewan Ontario Nouveau Brunswick Nouvelle Ecosse Québec Terre Neuve Columbie Britannique Alberta Prince Edward Island |
289 257 251 237 213 206 204 190 182 n.a. |
4,30 4,25 4,00 3,80 4,00 4,00 4,00 3,65 3,80 3,75 |
Source: Département du Travail, Institut de
Statistiques Canadien, Statistics Canada, mai 1985.
Malheureusement les résultats sont évidents. Le
Manitoba, avec le niveau de salaire minimum le plus élevé (4,30$), connaît un
niveau de chômage pour ses chômeurs les plus jeunes qui est 1,9 fois plus élevé
que pour le reste de la population. Le Saskatchewan vient immédiatement après
avec un salaire minimum de 4,25$ et un taux de chômage des jeunes 1,6 fois plus
important que celui du reste de la population. A la fin de la liste, Alberta et
la Colombie Britannique montrent les niveaux les plus faibles de salaire
minimum en même temps que les jeunes y subissent la plus faible différenciation
en matière de chômage.
16.6. Le développement du Tiers-Monde.
De prime abord, l'aide aux pays sous-développés
semble noble, humanitaire, et présente l'avantage de servir en retour nos
intérêts nationaux. Après tout, l'aide aux nations les moins favorisées doit
certainement sauver des peuples de la famine, doit encourager le développement
d'économies primitives, accroître nos exportations et mettre en valeur la
liberté en empêchant la diffusion du communisme.
Il y a toutefois de nombreuses preuves montrant que
les programmes d'aide sont sujets à caution au regard de ces fins louables. En
outre, il y a des indications selon lesquelles le commerce et l'investissement
privés, aujourd'hui entravés et tempérés par les tarifs et les barrières à
l'exportation dans les pays occidentaux, pourraient être plus efficaces que les
transferts intergouvernementaux.
L'octroi de stocks de nourriture représente une
importante part de l'aide internationale, et le Canada tientv la première place
mondiale, fournissant près de 30% de ses engagements bilatéraux sous cette
forme. (Le Canada canalise près de 70% de ses donations totales de façon
bilatérale, les autres 30% étant donnés par l'intermédiaire d'organisations
internationales comme l'Organisation pour la Coopération et le Développement
Économiques).
Les denrées alimentaires sont évidemment vitales,
parce que la malnutrition qui prévaut malheureusement dans de nombreux pays
sous-développés empêche toute amélioration économique. Mais mis à part les cas
d'aide humanitaire d'urgence comme ceux de famine, même cette sorte d'aide est
dangereuse. Par des cadeaux massifs, on peut écarter loin de l'agriculture
locale les signaux de profitabilité : avec moins d'agriculteurs et moins de
surface arables et cultivables, cela peut paradoxalement aggraver, et non
améliorer, les perspectives à long terme de la production alimentaire, et par
là même accroître le danger d'une famine future.
Dans le même sens, l'attribution de capitaux est
susceptible de détruire la productivité à long terme. Bien que les pyramides
des anciens Égyptiens puissent représenter un exemple extraordinaire
d'accumulation de capital, elles n'entraînèrent aucun gain dans le sens
fondamental de la contribution à l'amélioration du bien-être des grandes masses
de population.
L'aide internationale constitue un équivalent moderne
de telles constructions, ne le cédant en rien pour la qualité de monument de
gaspillages : les aciéries en Égypte, l'industrie chimique moderne en Inde, les
tracteurs donnés aux peuples aborigènes qui ne peuvent pas les faire
fonctionner, les usines d'assemblage automatique disséminées largement dans le
Tiers-Monde (qui sont tout autant le résultat de tarifs protecteurs sur les
importations d'automobiles).
Il y a là une source de gaspillage parce que les
produits fabriqués avec ces technologies très en pointe coûtent aux pays
sous-développés plus cher que ne le seraient ces mêmes produits s'ils les
importaient finis depuis les pays plus développés.
De nombreuses personnes déduisent de la situation où
les pays riches ont beaucoup de capital et que les pays pauvres en ont peu
qu'il est nécessaire d'insuffler dans ces pays du capital à une vaste échelle.
Cette lapalissade(49) nous mène quasiment à l'opposé de ce qui est vraiment
nécessaire. Le capital, par et en lui-même, ne crée pas de richesse. C'est
plutôt le résultat d'un processus de développement économique
qui inclut aussi, en tant que facteurs complémentaires, des choses comme la
volonté au travail, les aptitudes et l'éducation des forces de travail, et
l'existence de marchés relativement libres et privés, protégés par un code de
lois strict.
Une indication de l'importance de ces autres
phénomènes est donnée par le fait qu'une grande proportion du capital très
limité généré dans les pays les plus pauvres est en réalité investie dans les
nations les plus avancées, où les droits de propriété privée sont beaucoup plus
sûrs.(50)
Il y a ensuite l'aide internationale sous la forme
d'une instruction technologique ou de toute autre forme d'éducation. Le Canada
se range en troisième place parmi les nations de cette catégorie, après la
France et la Nouvelle Zélande, distribuant juste un peu plus de 15% ses
engagements bilatéraux envers les pays sous-développés sous cette forme. Mais
la difficulté vient de ce qu'en l'absence d'équipements tels que laboratoires
complètement installés, bibliothèques, centres informatiques, et sans le
soutien mutuel de milliers d'autres scientifiques et techniciens impliqués
issus de systèmes éducatifs et culturels similaires, une telle aide ne peut
être utilisée de façon efficace. Et la preuve peut se voir dans l'immigration
des catégories de la population les plus instruites des sociétés du Tiers Monde
vers les pays les plus avancés, une fuite de cerveaux "inversée".
L'aide internationale de toute sorte, qu'il s'agisse
de nutrition, de capital, de technologie ou de trésorerie met en place
principalement un statut de dépendance pour le pays récipiendaire. De même que
les programmes intérieurs de l'Etat-providence minent l'ambition économique, la
vitalité et les perspectives de progrès de leurs clients locaux, les programmes
internationaux ont des effets analogues.
Si l'aide internationale n'aide pas vraiment ses
destinataires, peut-elle au moins apporter quelque chose au donneur ? Des
considérations pragmatiques semblent conforter ce point de vue. Au moins sur ce
point, la Canadian International Development Agency requiert que 80% de ses
dépenses bilatérales soient faites en biens et services canadiens.
C'est un tour de passe-passe comptable, qui ne
concerne que les biens et services offerts gratuitement par le Canada à
d'autres pays, sans aucun effet en retour. Personne n'est assez fou pour
imaginer que les réparations de l'Allemagne de l'Ouest destinées à Israël
puissent être liées à un bénéfice économique de l'Allemagne, quand bien même
ces réparations aient pour une large part pris la forme d'exportations de
produits domestiques. De la même façon, devant un tribunal civil, le prévenu ne
possède pas vraiment de richesse nouvelle s'il est forcé par la cour de verser
des compensations au défendeur , y compris sous la forme de biens qu'il produit
lui-même.
L'existence d'une aide canadienne aux autres pays
va-t-elle permettre de rendre plus probable le fait que ces pays choisissent le
chemin de la démocratie et des institutions de l'économie de marché, plutôt que
de sombrer dans le communisme et de connaître le collectivisme coercitif ?
Malheureusement, rien de permet de dire que les aides internationales apportées
par les pays occidentaux atteignent atteindre ce but, et il est même probable
que l'effet contraire se fasse ressentir, à savoir que socialisme coercitif et
totalitarisme y trouvent un encouragement dans le Tiers Monde.
Tout d'abord, l'aide canadienne prend
traditionnellement la forme de protocoles de subventions de gouvernement à
gouvernement. Cela renforce le rôle du secteur public face au secteur privé
dans les pays sous-développés. Mais la liberté politique est une fleur délicate
et précieuse, qui ne peut pas survivre là où la majeure partie de l'activité
économique est assumée par le secteur public.
Ensuite, I'aide internationale canadienne a été
octroyée à des pays qui ont fait ostensiblement leur l'idéologie totalitaire de
l'économie planifiée et centralisée, et nos largesses n'ont jamais permis, même
dans la plus petite mesure, de prévenir les répercutions de telles politiques.
Au contraire, elles leur ont offert la possibilité de continuer sans contrôle
dans ces directions. En Inde, un pays qui continue à recevoir un fort soutien
de la part du Canada, l'adoption du plan quinquennal prend appui sur l'idée que
"la planification doit prendre place en vue de l'établissement d'une
société socialiste, où les principaux moyens de production seraient sous
contrôle public ou propriété sociale".
17. L'alternative
Une politique de libre échange et de circulation
totalement libre des flux internationaux de capitaux serait bien plus bénéfique
aux nations du Nord et du Sud. Cela permettrait d'améliorer grandement le
niveau de vie général, et nous pourrions acheter de nombreux biens (comme les
vêtements) à des prix bien plus intéressants s'ils étaient produits dans les
pays moins développés qu'ils ne le sont quand nous produisons ces biens
nous-mêmes. Mais ce qui est d'une importance encore plus grande, c'est que de
telles politiques mèneraient sûrement à un développement économique des nations
du Tiers-Monde, et à une intégration plus étroite avec nos propres économies.
Comment pouvons-nous qualifier les représentants
d'une nation qui proclame haut et fort son ambition de contribuer au
développement économique des pays les plus pauvres du monde, mais qui pourtant
demeure strictement engoncée dans sa détermination à maintenir des tarifs
protecteurs, des quotas et autres expédients dans les relations économiques
avec le Tiers Monde ? D'hypocrites, tout simplement.
18. La pollution.
Quels que puissent être ses réussites par ailleurs,
le libre marché est communément blâmé pour la pollution et autres désastres
environnementaux. Ceux qui critiquent , Greenpeace, les prétendus
"environnementalistes", le Sierra Club, les partis "Verts"
partout dans le monde , tous tiennent le capitalisme du laissez-faire pour
responsable des pluies acides, de l'air pollué, et de ces sortes de choses.
Une réponse superficielle serait déjà que la
pollution existait aussi derrière le rideau de fer, et que nombre
d'interférences malignes avec la nature sont causées en Occident par les
interventions gouvernementales ou les services publics.
Une réponse encore plus fondamentale consisterait à
dire que, bien sûr, le capitalisme est en fait responsable de la pollution,
mais que la faute réside dans les aspects coercitifs du système, et non pas
dans les aspects volontaires et libertariens.
Dans les années 1830 et 1840, il y eut une avalanche
de lois aux États-Unis et en Grande-Bretagne qui sont très pertinentes pour
notre expérience moderne. Typiquement, une femme irait en justice, présentant
un cas tombant sous le coup de la loi (common law) pour nuisance, expliquant
que l'usine qui vomit de la fumée salit le linge qu'elle étend pour sécher. Ou
bien un fermier viendrait objecter que la locomotive de chemin de fer qui passe
en laissant s'envoler des étincelles, met le feu à ses meules de foin.(51) Le
plaignant, en d'autres termes, exposerait que ses droits de propriété privée
sont violés, et en appellerait au judiciaire pour laver et stopper cet affront.
Les tribunaux dans une longue série de décisions qui
établissent des précédents qui ont toujours force aujourd'hui, ont admis que
les droits de propriété étaient effectivement violés par les défendeurs. Mais
elles ont considéré qu'il y avait là en jeu quelque chose d'encore plus
important que les droits de propriété privée, à savoir le "bien
public". En quoi consiste ce bien public, demanderez-vous ? Rien d'autre
qu'à encourager l'industrie ! Avec cette doctrine à l'esprit, le cas du
plaignant était sommairement expédié, et l'industriel recevait carte blanche pour utiliser l'atmosphère
comme bon lui semblait.
Quelques points doivent être éclaircis à propos de
cette triste histoire triste. D'abord, il doit être clair que cela n'était
qu'une manifestation du capitalisme coercitif et non pas du laisser-faire. Dans
ce dernier cas, mais non dans le premier, les droits de l'individu et son droit
de propriété sont sacro-saints; ils ne sont pas contournés et rendus inopérants
par des concepts philosophiquement vides comme le "bien public", le
"bien commun".(52) Deuxièmement, il est clair que le concept de droit
de propriété privée est la clé de toute protection, bien qu'il soit
improprement très utilisé par les prétendus défenseurs de l'environnement. Nous
sommes ici face à la tragédie de la "vaine pâture". Quand le peuple
s'arroge un plein droit de propriété les individus composant ce peuple agissent
comme s'ils en étaient réellement les possesseurs, à savoir ils tendent à
protéger leur "bien". Mais quand les droits de propriété ne sont pas
protégés, et que d'autres peuvent les violer en toute impunité, ils en
profitent et pillent l'environnement. Troisièmement, par cette série de
décisions juridiques, même un industriel public respectueux de l'environnement
serait obligé de polluer. Car s'il est le seul à investir dans des systèmes
coûteux de traitement des fumées, pendant que ses concurrents envahissent les
propriétés de leurs voisins avec des fumerolles polluantes, ces derniers seront
capables de vendre à plus bas prix que lui, et finalement de l'exclure du
marché. Le résultat est que l'économie entière est encouragée à produire en
utilisant des technologies polluantes. Ici, si les juges avaient suivi les
plaignants sur les cas qui leur étaient soumis, l'économie aurait plus investi
dans des systèmes moins polluants. Plus d'investissement en recherche et
développement serait allé vers la création de techniques plus adaptée à la
prévention de la pollution par la fumée. Les institutions légales qui auraient
diminué les effets négatifs du pillage de l'environnement , comme des
engagements restrictifs , pourraient avoir émergé et/ou été renforcées. Les
types de processus industriels qui auraient à maintenir inévitablement des
fumées polluantes comme résultat indirect de la production seraient obligés de
se délocaliser par rapport aux centres d'habitation. En bref, la crise de
l'environnement pourrait avoir été drastiquement réduite, ou même totalement
évitée, si les préceptes de la libre entreprise avaient été incorporés aux
conclusions légales. Qu'elles ne l'aient pas été est dû au capitalisme
coercitif, mais pas au système de marché.
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Mises, L. von (1963), Human Action, Chicago,
Regnery.
|
(1) Pour s'en assurer, d'autres
perspectives seraient également en accord avec cet axiome de non-agression.
Même l'opinion publique est entièrement en faveur d'un tel point de vue. Ce
qui distingue les libertariens n'est pas le fait qu'ils soutiennent eux aussi
cet axiome, mais plutôt qu'ils en font un principe de base de leur système
tout entier, et qu'ils y adhèrent avec rigueur. Voir à cet égard
Rothbard-1982. |
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(2)La pensée libertarienne est une philosophie politique,
et non une philosophie de la vie. Elle pose une seule et unique question :
dans quelles conditions peut-on justifier l'usage de la force physique ? Et
elle donne une seule et unique réponse : quand l'usage de la force est déjà
engagé. |
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(3) Etre un membre de la race aryenne, avoir les
cheveux roux, ou être capable de parcourir un mile en moins de quatre minutes
sont certainement des caractéristiques qui distinguent ceux qui les
possèdent, mais elles ne sont pas moralement pertinentes, et donc ne peuvent
pas être utilisées pour justifier que l'un dirige l'autre. |
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(4) Proudhon-1890. |
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(5) Pour une explication complète, voir la notion de
processus legitime chez Nozick-1983. |
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(6) Voir Locke-1948, pp. 17-18. |
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(7) La théorie du premier occupant a été soumise à une
critique approfondie de Nozick-1983. Pour une réaction à cette attaque, voir
Paul-1983. |
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(8) Il y a ceux qui répliqueront que le gouvernement nous
représente tous, particulièrement ceux qui se trouvent dans la mouvance
démocrate. Pour une critique de ce point de vue, voit Spooner-1966. |
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(9)La recherche par certains théologiens d'une
"troisième voie" qui ne soit ni le socialisme, ni le capitalisme
est pire que de considérer la pensée libertarienne. |
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(10) N.D.T.: L'auteur utilise le néologisme
"coercivism". |
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(11) Le code égalitaire est loin d'être atteint dans des
pays comme Cuba, l'ex-Union Soviétique, la République Populaire de Chine, en
Europe de l'Est, ou dans les dictatures marxistes d'Afrique, etc. |
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(12) Voir Walter
Block, "The Hutterites", Grainews. |
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(13) Au moins en ce qui concerne les membres adultes
qui, dans tous les cas, sont les seules personnes auxquelles le concept
d"'acte volontaire" pourrait s'appliquer pleinement. |
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(14) Le marché est institué en vue de satisfaire le consommateur.
Mais il arrive (souvent) que le consommateur demande des biens considérés (à
juste titre) comme immoraux. Viennent à l'esprit des exemples comme la
pornographie, la prostitution ou certaines drogues "récréatives".
Mais il serait malvenu de considérer le système de libre entreprise
responsable de ces faits. Il est vraisemblable qu'un système volontairement
socialiste produise de tels biens et services, dans le cas où ses membres s'y
intéresseraient. La vision libertarienne du phénomène n'est donc pas que le
marché (ou la liberté économique) exclut toujours la production de biens
moralement douteux (voir Block/Brennan/Elzinga-1985, en particulier le ch.
VI), mais simplement que puisque la production de ces biens n'implique pas
nécessairement la violence, elle ne doit pas être considérée comme un délit
passible de prison. |
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(15) Je peux avoir été dans une mauvaise situation au
préalable. Ceci peut être montré par le fait que ma position s'améliore grâce
à l'emploi au prix de $ 5 de l'heure. Mais ceci n'est pas (nécessairement) la
faute de mon nouvel employeur ! Supposons que ce ne soit pas le cas.
Supposons que ma situation malheureuse précédant mon embauche soit due à
d'autres causes. Donc il est clair que mon employeur est mon bienfaiteur,
même si la position qu'il ou elle me procure est modeste. |
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(16) Considérons une objection possible. Quand Henry
Ford a commencé la production de masse de "voitures sans chevaux", il
a sans aucun doute avantagé des millions de gens. Pour la première fois dans
l'histoire de l'humanité, ce bien est devenu plus qu'un jouet pour riches :
la classe moyenne et même les plus pauvres pouvaient s'acheter une
automobile. Mais qu'est-il advenu des employeurs et des travailleurs de
l'industrie des chevaux et diligences : les dresseurs et entraîneurs de
chevaux, les fabricants de fouets et de rênes, les habiles artisans créateurs
de selles, etc. ? N'ont-ils pas souffert du marché ? La réponse est
"non". Le marché se réalise uniquement dans les échanges
volontaires qui ont réellement lieu. De fait, après l'arrivée de Ford,
personne n'était disposé à s'engager dans quelque échange que ce soit sur les
compétences des membres de l'industrie des chevaux et diligences. Par
définition, ils ne faisaient plus partie du marché (alors que, avant
l'automobile, ils en étaient partie intégrante). Après l'introduction de la
voiture, ces personnes ont dû faire un choix : rester en dehors du
marché et ne pas en retirer d'avantage, ou s'orienter vers le marché et
commencer à produire les biens que les consommateurs désirent maintenant. Le
marché est donc profitable à tous les participants, mais tout le monde ne
choisit pas forcément d'en faire partie. |
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(17) Voir Williams-1982. |
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(18) Quand
cela se produit dans le tiers monde, c'est particulièrement vicieux. Il vient
à l'esprit plusieurs cas où des peuples indigènes étaient assez satisfaits de
leur vie tribale pré-(coercitive) capitaliste, et/ou qui ne souhaitaient pas
travailler pour une multinationale contre un salaire. Sur ce, le gouvernement
local, sous la pression de la multinationale, commença à imposer les
habitants et les força à payer en argent, et non en nature , ce qui était
auparavant une "faveur" du capitalisme (coercitif). De cette
manière, la firme multinationale pouvait effectivement asservir (forcer les
récalcitrants à devenir employés) les habitants. Voir Moon-1927. Mais ce sont des multinationales coercitives. Dans la
mesure où notre analyse se veut cohérente et rationnelle, elles doivent être
très nettement différenciées des entreprises multinationales volontaires, qui
ne bénéficient qu'à ceux avec qui elles sont en contact, puisque par essence,
elles font partie du système de libre entreprise mutuellement profitable.
Voir à ce propos Bauer-1981 ; et Novak-1986. |
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(19) Nozick-1983. |
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(20) On affirme souvent que la coopération prévaut sous le
socialisme, et la compétition sous le capitalisme. Si maintenant on limite
notre vision aux seules versions volontaires de ces deux systèmes, on se rend
compte qu'il y a une part de vrai dans cette affirmation. En effet, on trouve
la coopération explicite seulement dans le socialisme volontaire, ce qui
n'est pas le cas du capitalisme volontaire. Par contre, la coopération
implicite se trouve dans le dernier système. Par exemple, si chacun voulait
être charpentier sur le marché du travail et personne ne voulait être
plombier, les salaires du premier baisseraient fortement et ceux du dernier
augmenteraient brusquement. Cela inciterait certaines personnes à abandonner
une carrière de charpentier pour embrasser celle de plombier. Si la
répartition entre ces deux métiers ne correspondait toujours pas aux demandes
des consommateurs pour ces services, il y aurait encore un écart de salaire
entraînant davantage de changements. Il n'est pas nécessaire d'être très
perspicace pour voir que le marché incite véritablement les personnes à
coopérer. Comme le disait Adam Smith, chaque personne est seulement tentée de
poursuivre son propre intérêt. Mais ce faisant, elle est conduite, par une
sorte de main invisible, à faire profiter le public de ses actions, même si
telle n'était pas son intention. Les théologiens voient la main de Dieu dans
chaque part de notre existence, même dans les lieux et moments les plus
improbables : dans le lever du soleil, dans la musique, dans les
mathématiques, dans le sourire d'un enfant. C'est pour cette raison que le
marché libre peut faire partie des plans de Dieu, ainsi que la main invisible
identifiée par Adam Smith. (Pour plus d'informations et de développements sur
ce point, voir Block-1985). |
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(21) Puisque les salaires sont des fonds que les
employés ramènent chez eux et qu'ils dépensent, et que les conditions de
travail englobent ces fonds, il y a réellement deux types de desiderata. Le
premier concerne l'ensemble représenté par les salaires et les conditions de
travail, le deuxième la préférence entre les deux. Comme j'ai d'autre part
analysé le dernier point (The US
Bishops and Their Critics, op. cit., pp. 30-32), je le considère comme
extérieur à notre sujet, et je me concentre donc sur les salaires totaux. |
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(22) Je suppose qu'il n'existe pas de contrat de travail
en cours qui interdise un tel acte. |
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(23) Contrairement, bien sûr, aux économistes
libertariens. |
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(24) A l'inverse, les libertariens considèrent que la législation
anti-trust et anti-entente ne devrait s'appliquer à personne, ni aux
syndicats, ni aux entreprises. Voir ci-dessous. |
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(25) Hutt-1973, p.3. Voir également Schmidt-1973 ; Simons-1948.
Voir Petro-1957; Reynolds-1984, pour une analyse libertarienne de la défense
du droit des travailleurs de menacer ou de "quitter". |
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(26) Pour une critique de Hutt, voir Rothbard-1970, pp.
561-566. |
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(27) Voir Rothbard-1978, pp. 83-84. |
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(28) Un "tract violent" dans lequel un
syndicat déclare la manipulation de certains produits interdite par les
membres d'une organisation syndicale est un cas de boycott particulier. Etant
donné l'absence de contrat incompatible avec une telle déclaration, ce
boycott est tout à fait compatible avec le code de droit libertarien. |
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(29) Rothbard-1983, p. 131 (dans l'édition française,
pp. 173-174). |
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(30) Je suppose qu'il n'y a pas de contrat de travail
valide entre l'employeur et l'employé. S'il y en a un, alors les travailleurs
"possèdent" réellement ces emplois, mais seulement par le fait du
contrat, et non à cause d'un quelconque statut supérieur qu'ils pourraient
revendiquer du fait de leur appartenance à la caste syndicale. |
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(31) Les évêques canadiens et américains ont été
enregistrés comme supporters de "l'option préférentielle pour les
pauvres". Ainsi, de manière incohérente, ils soutiennent le syndicalisme
coercitif contre les "renards", qui constituent leurs victimes
principales. Comme je l'ai affirmé dans un autre contexte, "il n'est pas
exagéré de considérer le renard comme l'équivalent économique du lépreux. Et
nous connaissons tous le traitement que leur infligèrent les autorités
ecclésiastiques et bibliques. Voir Block-1986, p. 22 ; voir également
Block-1983. |
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(32) Même ceux écrits par ceux loin d'éprouver de la sympathie
pour le système de libre entreprise. Voir par exemple Samuelson-1970,
chapitre 29. |
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(33) Ce fut le sort réservé à la Virginie de l'Ouest,
qui fut victime des activités de John L. Lewis, et du travail organisé dans
l'activité minière. |
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(34) Voir Rothbard-1978, p. 84. |
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(35) Voir Novak-1987. |
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(36) Ces données sont tirées de Grubel/Bonnici-1986, pp.
40-43. Outre des taux de syndicalisation différents, les deux pays ont également
connu des politiques d'assurance chômage extrêmement différentes. En 1970,
les Etats Unis et le Canada dépensaient tous deux environ 0,9% de leur PNB
sur les bénéfices de l'assurance-chômage ; en 1983, les Etats-Unis avaient
maintenu le niveau antérieur de 0,9%, mais le niveau Canada était monté à
3,4%, soit une augmentation de 277% ! (pp. 44-47). Ces deux évènements ont eu
des conséquences profondes sur les taux de chômage des deux voisins
nord-américains. Traditionnellement, les taux de chômage canadien et
américain étaient allés de paire à l'intérieur d'une faible marge. En 1963
par exemple, ils étaient tous deux légèrement inférieurs à 6%. Mais comme la
syndicalisation et les politiques de chômage disparates commençaient à
produire leurs effets, le taux canadien commença à dépasser celui des
Etats-Unis. Au début des années 1980 un différentiel de quelque 4% se fit
jour. (p. 2). |
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(37) Les autres raisons sont que les employeurs sont habituellement
plus aisés que les salariés, et qu'il est plus facile pour les premiers de
remplacer les seconds plutôt que l'inverse. |
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(38) Voir Hutt-1973, ch. V. |
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(39) Il y a plus de consommateurs que de commerçants (et
plus de blancs que de noirs, plus de droitiers que de gauchers, plus de
brunes que de blondes). Cela signifie-t-il que ces derniers disposent d'un
"pouvoir de négociation" plus important que les premiers quand ils
sont en concurrence, ou en conflit à propos des termes de l'échange ? Pas du
tout. Les consommateurs ont plus de "pouvoir de négociation"
lorsque les prix sont au dessus de l'équilibre, c'est-à-dire, quand des biens
sont en offre excédentaire, parce que les prix tendent à baisser dans de
telles situations. De même, les commerçants disposent d'un "pouvoir de
négociation" plus important lorsque les prix sont au dessous de
l'équilibre, i.e., quand il y a une
demande excédentaire du bien en question, car les prix tendent à augmenter
dans de telles situations. |
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(40) Voir
Rothbard-1978, pp. 84-85 : (Cette
affirmation suit sa défense retentissante du droit des employés à
s'organiser, et à s'engager dans des départs massifs (voir plus haut la fin
de la note 25). |
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(41) La meilleure
défense du libre échange comme moyen de la prospérité humaine est encore
probablement Smith-1974 (1776) : pour un énoncé moderne éloquent, voir
Friedman-1962, ch. III. |
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(42) Ibid. |
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(43) Le livre de Walter Block and Michael Walker,
Block/Walter-1985, est une réponse à L'Egalité
devant l'Emploi, rapport de la Commission Royale réalisé en 1984. Cette
réaction est opportune non pas parce qu'elle talonne le rapport écrit par le
Juge Rosalie Abella mais parce que sur la base de ses résultats et
conclusions, le temps est venu pour le gouvernement de reconsidérer les
recommandations de politique publique mises en avant dansL'Egalité devant l'Emploi. |
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(44) Ibid., p. 54. |
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(45) La recherche indique que outre la peur que ces
changements menacent leur mariage ou leurs relations sociales, les femmes
refusent des promotions, des augmentations de salaire, et des
délocamlisations professionnelles pouvant améliorer leur carrière. Ainsi,
lors de l'enfance la socialisation des filles, et non des garçons, doit être
moins compétitve et différer du sexe opposé en matière de commerce. Il est de
peu d'importance que ces modèles de socialisation soient capables
d'influencer des choix qui affectent des revenus. Voir Block/Walker-1982,
p.245. |
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(46) Block/Walker-1985, p.43. |
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(47) Voir section ci-dessous, sur la loi sur le salaire
minimum. |
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(48) Ibid. |
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(49) N.D.T.
Pour wet-sidewalks-cause-rain reasoning |
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(50) Voir Novak-1985 ; Bauer-1981. |
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(51) Voir Horwitz-1977. |
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(52) Des entités telles que les "biens
publics", les "biens communs", ou les intérêts de la
"société" n'existent pas. Il n'y a que des individus sur cette planète.
Une telle doctrine n'est pas équivalente à l'atomisme, parce que ces
individus peuvent interagir volontairement avec d'autres à travers les
groupes, clubs, églises et autres institutions qui servent d'intermédiaires.
Pour d'autres lectures sur la philosophie de l'individualisme méthodologique,
voir Mises-1963, pp 44-46. |