La loi de Bitur-Camember

La loi de Bitur-Camember

 

Par Georges Lane et François Guillaumat.

Dans la foulée François-René Rideau , lui aussi, a  brillamment exposé et commenté cette loi. Voir: http://www.livejournal.com/users/fare/32611.html



(Pour une version lisible de la BD: http://fare.tunes.org/files/pics/Camember.gif )

"L'adjudant-major interpelle le sergent Bitur : 'Signifie, sergent, ce tas d'ordures dans la cour de la caserne ? Si dans une heure ce n'est pas enlevé, je vous ferai savoir comment je m'appelle !'
"Bitur fait venir Camember : 'Sapeur, lui dit-il, je vous imprime l'ordre de creuser un trou pour la seule fin d'y mettre ces ordures et autres, si non je vous ferai-z-un peu voir comment j's'appelle !'
"Camember, qui ne tient pas à savoir comment s'appelle le sergent Bitur, a creusé un trou et y a délicatement déposé les ordures. Puis il demeure perplexe : 'oui, se dit-il, mais, maintenant, la terre du trou,… ousque j'vas la fourrer ?'
"Sergent ! interroge Camember, et la terre du trou ? Que vous êtes donc plus herméfitiquement bouché qu'une bouteille de limonade, sapeur ! Creusez un autre trou !'…
'C'est vrai !' approuve Camember.
"Camember creuse donc un deuxième trou et y dépose la terre du premier, puis il redevient perplexe : 'oui, mais la terre de ce deuxième trou, se redit-il… qu'est-ce que j'vas en faire ?'
"'Sergent ! réitère Camember,… ousque j'vas la mettre celle-ci ? S'pèce de double mulet cornu ! m'ferez quatre jours pour n'avoir pas creusé le deuxième trou assez grand pour pouvoir y mettre sa terre avec celle du premier trou.'"
Christophe (1992)
, scène "On ne pense pas à tout".


 

La loi de Bitur-Camember1
Par Georges Lane et François Guillaumat


Version modifiée ici

Une fois qu'une richesse peut être volée elle est soumise à toutes les lois de la spoliation légale : notamment, les ressources, une fois livrées à la décision politique, sont désormais l'objet de la rivalité des puissants, et ces puissants-là doivent se battre pour en obtenir leur part : en effet, il n'y a jamais de profit garanti, pas plus dans le domaine du vol que dans celui de la production.

C'est une des illusions les plus courantes sur le pillage étatique, oubliant que les puissants rivalisent pour son butin, que de croire que parce qu'elle est impunie, la spoliation légale pourrait rapporter davantage que la production.

En réalité, dans le domaine du vol qui est celui de l'intervention étatique, une fois détruite la propriété des produits, c'est à la foire d'empoigne de la politique que ceux-ci sont livrés.
Résolu à vivre de cet argent volé aux autres, chaque candidat au butin aura intérêt à investir dans 'action politique, jusqu'à ce que la part de butin qu'il s'attend avec incertitude à recevoir cesse de dépasser les ressources qu'il emploie pour l'obtenir.

 
En outre, la richesse en question, ce n'est pas cet investissement-là qui l'a produite : c'est un autre, un vrai, celui de la victime, qui a engendré sa capacité à servir les projets humains. Les "investissements" dans l'action politique ne sont ni nécessaires ni suffisants pour la produire ; ce sont donc en fait des pseudo-investissements, entièrement perdus pour la production réelle.
Conséquence logique et massive pour l'idée qu'on se fait du patrimoine productif global et pour le jugement qu'on peut porter sur les statistiques officielles qui n'en rendent aucun compte : "pour toute richesse volée et redistribuée par les hommes de l'Etat, une richesse équivalente devra être détournée de la production réelle pour être pseudo-investie dans la lutte pour ce butin, c'est-à-dire dans les démarches, l'intrigue, la propagande, la corruption et la violence nécessaires pour affronter la rivalité des autres prétendants : de sorte que la plus grande partie des avantages de l'action politique doivent être dissipés en coûts subis pour les obtenir."


On en trouvera une preuve dans l'écart entre ce que les politiciens volent et le peu qu'ils réussissent à garder pour eux-mêmes2. Une autre illustration sera que le prix à payer pour se faire élire ou nommer s'accroît à mesure que se développe la spoliation légale.
De même des victimes désignées de ladite spoliation légale, dans la mesure où chacune pense pouvoir y faire quelque chose, chacune a intérêt à investir dans la parade : protestations, pressions, évitement, dissimulation, à hauteur du pillage qu'elle s'attend avec incertitude à pouvoir éviter de la sorte.

Il est donc nécessairement vrai que pour l'ensemble des richesses volées et redistribuées, et pour l'ensemble des personnes, une richesse comparable ou analogue est soustraite pour être dépensée en pure perte.

De ce fait, il est aussi nécessairement vrai que l'équivalent au moins des "cotisations" de Sécurité sociale a été soustrait à la production pour être dépensé en pure perte. Si aucune statistique officielle ne rend jamais compte de cette réalité nécessaire des Pseudo-Investissements dans la Spoliation Légale, entièrement perdus pour la production et en tendance équivalents à la spoliation légale elle-même, c'est uniquement parce que les statisticiens ignorent ce double inavouable du pillage étatique et qu'ils sont généralement au service des hommes de l'Etat, qui ne la connaissent pas non plus et ont tout intérêt à ce que ça ne se sache pas.

Il reste que ce gaspillage-là existe forcément. Les seuls écarts par rapport à cette loi tiennent à l'ignorance de l'avenir, qui fait que bien des gens qui pseudo-investissent dans la politique y gagnent bien moins qu'ils n'espéraient, ou au contraire y font des gains spectaculaires dont on ne sait pas, comme pour toute spéculation, s'ils sont dus à la chance ou à une capacité supérieure (qu'ils auraient mieux fait d'employer ailleurs, dans un métier honnête). Car la manifestation concrète de ces gaspillages ne se mesure pas seulement à l'excès de dépenses du prétendu "service public" par rapport à une entreprise normale, privée et concurrentielle3 : on la repère aussi aux coûts non pécuniaires que l'usager doit subir pour recevoir le prétendu "service public" du fait du monopole, ou encore dans l'exploitation que subissent les fournisseurs de l'Etat (notamment les professions de santé), ou encore dans le gaspillage insane des richesses humaines que représente l'accaparement et la stérilisation des élites par l'administration d'Etat.

En hommage au dessinateur Christophe (Georges Colomb), nous proposons d'appeler cette loi logique "loi de Bitur-Camember", en reconnaissance du fait qu'il n'est pas possible de creuser un trou assez grand pour y mettre à la fois sa propre terre et celle d'un autre trou.
Bien entendu, c'est parce qu'ils refusent d'admettre l'ampleur des destructions que causent leurs pillages que les hommes de l'Etat s'imaginent pouvoir indéfiniment accroître les "cotisations" de sorte qu'ils puissent toujours livrer les RIRES promis, alors que leur système est destructeur, n'est pas régulé et ne peut pas l'être. S'ils saisissaient l'ampleur de ces catastrophes, il leur faudrait s'avouer que la Sécurité sociale disparaîtra nécessairement.

1 Article originellement publié dans L'A-sécurité sociale, livre de Georges Lane sur la Sécurité sociale, janvier 2002. Texte modifié depuis par les auteurs.

2 Qu'ils ne parviennent pas à s'enrichir personnellement n'est donc pas la preuve qu'ils ne volent pas : tout l'argent dont ils vivent est volé : c'est la preuve que, pour accéder à la mangeoire étatique, les places sont chères. Et c'est bien la preuve de ce gaspillage équivalent au butin qu'ils volent, et qui caractérise l'ensemble de la spoliation légale.

3 Certains statisticiens ont estimé qu'un monopole communiste, c'est-à-dire un prétendu "service public" complètement dépendant du vol coûte, à "service égal", deux fois plus cher : c'est la règle dite "d'Officer". Il reste que la définition d'un "service égal" n'est pas scientifique.